Ressources pour une littérature non genrée

Table ronde au salon de Montreuil

Un petit article d’autopromo pour vous dire que je participe le lundi 4 décembre à 14h15 à une table ronde au salon du livre jeunesse de Montreuil intitulée « La diversité dans la littérature jeunesse, quelles réponses des bibliothèques ? » avec Penda Diouf, responsable de la bibliothèque Ulysse (Saint-Denis) et Diariatou Kébé, présidente de l’Association Diveka, animée par Sophie Agié, responsable de la médiathèque Visages du Monde (Cergy) et membre de la commission Légothèque (ABF).
J’ai été contactée pour ce blog, et on parlera de diversité au sens large : représentations de genre, de classe, d’enfants racisés, en situation de handicap, etc.

Vous trouverez toutes les informations pratiques ici.

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Je sais que le lundi c’est pas l’idéal pour la plupart des gens, mais c’est la journée professionnelle du salon, destinée aux bibliothécaires et aux libraires et donc oui, le principe c’est qu’on aille à une journée professionnelle sur notre jour de week end (même si ça reste ouvert à tous). J’essayerai d’en faire un compte-rendu ici !

Et si vous voulez me dire bonjour sur le salon, j’y serai aussi le vendredi après-midi et toute la journée du lundi !

 

Quelques autres rencontres qui s’annoncent captivantes, mais je vous encourage vivement à aller voir l’ensemble du programme parce qu’il est très riche :

Mercredi, 9h30, scène décodage : Migrants, réfugiés : quand la littérature manifeste ! En ouverture du Salon, un temps de lectures et de dialogues avec écrivains et dessinateurs pour s’indigner, se positionner, être solidaire quant à la situation dramatique vécue par les migrants et les réfugiés… Avec les écrivaines Marie Desplechin (Ta race, ill. Betty Bone, éditions courtes et longues/Musée de l’Homme), Carole Saturno (Enfants d’ici, parents d’ailleurs, Gallimard Jeunesse) et les illustrateurs Serge Bloch (Eux, c’est nous, collectif Les éditeurs jeunesse avec les réfugiés) et Carole Chaix, membre de l’association Encrages (www.encrages.org). Animation : Marie-José Sirach, journaliste, L’Humanité. A partir de 12 ans.

Vendredi, 14h30, scène BD : Bergères guerrières, l’aventure au féminin. Dans un village où les hommes sont partis depuis dix ans pour la Grande Guerre, un groupe de femmes choisies parmi les plus braves forme l’ordre des Bergères guerrières, qui protège les troupeaux et les habitants. Pour enrichir les rangs de jeunes recrues doivent passer les différentes épreuves qui se présentent. Où l’on suit l’odyssée de Molly, jeune héroïne dans un univers médiéval-fantastique inspiré des légendes celtiques. Avec Amélie Fléchais, dessinatrice et Jonathan Garnier, scénariste autour de la série éditée chez Glénat. Animation : Romain Gallissot, chroniqueur jeunesse, Bodoï. A partir de 9 ans.

lundi, 12h30, scène vocale ➜Non conformes ? Les jeunes en marge dans la fiction ado
Durée : 1h15
Table ronde avec Hérvé Giraud, auteur, Éva Grynszpan, éditrice (Nathan), Alice Saint Guilhem, éditrice (Pocket jeunesse) et trois membres des comités de lecture de Lecture jeunesse, animée par Christelle Gombert, rédactrice en chef de Lecture jeune.

lundi, 15h30, scène BD ➜ Édition / télévision : quelles héroïnes ?
Durée : 1h
Débat avec Antoine Dole, auteur, Aurélya Guerrero, directrice éditoriale Milan, Chloé Miller, réalisatrice, Tiphaine de Raguenel, directrice exécutive France 4, Chris Riddell, auteur, Royaume-Uni et Chloé Sastres, scénariste. Animé par Virginie Boda, scénariste et scriptdoctor. Sur une proposition de l’association Des femmes s’animent. Dans le cadre du projet européen Transbook.

 

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Ces livres qui ont attiré mon attention… #1

Très souvent, en fouinant sur un site d’éditeur ou en librairie, ou au boulot, je tombe sur un livre dont je me dis « celui-là, il faudrait que je le regarde de plus près/il faudrait que j’en parle sur le blog ». Souvent, j’en prends quelques photos à la va-vite, et j’en parle sur twitter, mais j’aimerais en garder une trace plus durable.

Alors j’ai décidé d’en faire une nouvelle série d’article ici. Je reviendrai parfois sur certains de façon plus détaillée par la suite, d’autre non (les journées n’ont que 24h, tout ça tout ça).

Je précise donc, avant de commencer, que je n’ai en général pas lu ces livres en détail. J’en ai vu la couverture, un résumé, quelques mots, ou je l’ai parcouru rapidement.. Je ne peux donc pas garantir qu’ils ne soient pas décevant. Mais je suis sûre que beaucoup seront des pépites. Si vous les avez lu, vu, en avez parlé sur votre blog, n’hésitez pas à m’en parler dans les commentaires !

 

Si vous vous intéressez à la littérature jeunesse antisexiste, vous avez sans doute remarqué la publication en français du livre d’Elena Favilli et Francesca Cavallo, histoires du soir pour filles rebelles (les Arènes, 2017).

histoires du soir pour filles rebelles

 

J’en avais déjà entendu parlé lors de sa publication en anglais, grâce à cette vidéo que je trouve très parlante, malgré sa visée publicitaire, pour montrer les stéréotypes toujours présents dans la littérature jeunesse aujourd’hui :

Il a aussi bénéficié de pas mal de presse au moment de sa publication en français, dont cet article dans Libération. Je serais très curieuse de le découvrir, en ayant entendu beaucoup beaucoup de bien et j’adhère à son ambition de «Rêvez plus grand, visez plus haut, luttez plus fort. Et, dans le doute, rappelez-vous : vous avez raison.». Je reste cependant dubitative sur son titre et ce « pour fille » genré, quand bien même elles sont rebelles, contre lequel je m’insurge dans la littérature jeunesse.

 

Un documentaire pour pré-ados et ados sur les règles, par Elise Thiébaut qui a déjà publié, pour adultes, Ceci est mon sang, Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font (la Découverte, 2017) et illustré par Mirion Malle, dont vous connaissez sans doute le blog, Commando Culotte. Et en plus, c’est publié par la ville brûle, maison d’édition engagée, qui a déjà publié de chouettes albums.

les règles quelle aventure

Voilà ce qu’en dit l’éditeur !

« Les règles, les ragnagnas, les affaires ou les machins… Une fois par mois environ, les filles et les femmes entre 12 et 52 ans saignent pendant quelques jours mais on n’en parle jamais, alors même que cela concerne la moitié de l’humanité.

Les règles ont longtemps été un instrument qui a permis d’opprimer les femmes et de leur donner l’impression qu’elles étaient impures et capables de moins de choses que les hommes. Les règles sont donc un véritable enjeu féministe auquel il n’est jamais trop tôt pour s’intéresser…

Parler des règles, c’est aussi parler du patriarcat, de sexualité, de religion… Dans Les règles… quelle aventure !, Elise Thiébaut et Mirion Malle abordent le sujet avec humour, de façon décomplexée et décalé, avec de solides références culturelles, mythologiques, médicales et féministes pour piquer la curiosité et enrichir la connaissance des préados et ados, filles et garçons. »

 

Encore un documentaire, mais pour les petits cette fois, repéré par Beatrice Kammerer, Zizi et zezette de Camille Laurans et Jess Pauwels (Milan, 2017)

zizi zezettes 1

Ce documentaire destiné aux 3-6 ans parle simplement des sexes aux enfants (et si le titre parle de zizi et zezette, les mots pénis et vulve sont également utilisés), et aussi d’érection, de masturbation. Béatrice Kammerer en a parlé sur son compte Facebook, et je lui emprunte ces quelques photos :

Les près de 350 commentaires qui s’accumulent sous son post Facebook montrent bien la difficulté qu’il y a encore à parler aux enfants de leur sexe.

 

Un album sur l’homoparentalité, les papas de Violette d’Emilie Chazerand et Gaelle Souppart (Gautier-Languereau, 2017).

papas de violette

Violette, face aux moqueries homophobes de ses camarades de classes, parle de sa vie avec ses deux papas, de la manière dont ils prennent soin d’elle, de ce qu’elle partage avec eux. Vous pouvez en voir plus ici. Personnellement, j’ai trouvé le propos un peu trop appuyé, mais il a l’intérêt de mettre en scène des humains réalistes, et il est utile si vous cherchez un album concret et réaliste sur la question.

 

Encore un album, overdose de rose de Fanny Joly et Marianne Barcilon (Sarbacane, 2017), sur les stéréotypes de genre, et une petite fille qui grandit sous cloche, sous une avalanche de rose, surprotégée par ses parents.

overdose de rose

Madame Machin-Chose a enfin une fille, après 6 garçons. Cette fille, qu’elle appelle Rose, sera forcément douce, calme, obéissante, gentille, mignonne, choupignonne, trognonne. Rose grandit sous cloche, ravissante et bien coiffée. Jusqu’au jour où…

J’ai été surprise de voir un album antisexiste illustré par Barcilon que j’associais justement un peu aux princesses roses bonbons. Mais je l’ai trouvé, en le parcourant rapidement, plutôt chouette, et abordant beaucoup de sujets : l’éducation genrée et la prédominance du rose, mais aussi la volonté de surprotéger les filles, l’importance qu’on porte à leur apparence, etc.

 

Et enfin, avec Dur·e·s à cuire, 50 athlètes hors du commun qui ont marqué le sport (Cambourakis, 2017), dans lequel il met en avant 25 femmes et 25 hommes hors du commun, Till Lukat est, à ma connaissance, le premier à utiliser l’écriture inclusive dans le titre d’un livre pour enfants (et ça ne m’étonne pas que ce soit chez Cambourakis !). Il avait déjà publié, chez le même éditeur, Dures à cuire, 50 femmes hors du commun qui ont marqué l’histoire en 2016.

dur-e-s à cuire

Mary, Solange…

Mais aussi Sami, Joos, Monelle, Lili, Clémence.

J’ai publié récemment sur mon blog personnel, la licorne et ses bouquins, des articles sur deux romans ados/young adult qui auraient tout à fait pu être publiés sur ce blog.

Deux romans historiques où des jeunes femmes vont faire face à l’adversité, vont grandir, murir, s’affirmer.

Deux romans très différents, mais deux énormes coup de coeur pour moi.

D’un trait de fusain de Cathy Ytak, donc (Talents Hauts, 2017).

d'un trait de fusain

1992. Mary, Monelle, Julien et Sami sont lycéens dans une école d’art. En cours de dessin, leur modèle préféré s’appelle Joos. Il est jeune, libre et beau. A l’âge des premières expériences amoureuses, l’épidémie de sida s’immisce brutalement dans leurs vies. La plupart des adultes se taisent et semblent ignorer la tragédie. Mary décide de briser le silence, d’affronter le regard de ses parents, de la société, et de s’engager. 

J’en parle ici !

Pourquoi en parler aussi sur Fille d’Album ?

  • parce que c’est le portrait d’une jeune fille venue d’une famille étouffante, méprisée parce qu’elle est née fille, qui va grandir et trouver la force de s’affirmer, de militer, d’agir
  • parce que ça parle du corps des femmes, sans tabou. De celui de l’héroïne, élevée dans la haine de celui-ci et qui parviendra à se le réapproprier, du corps représenté, dessiné, etc
  • parce que ça parle de sexualité sans tabou ni stéréotypes, de masturbation, de rapports sexuels, et que non, clitoris n’est pas un gros mot.
  • parce que ça parle d’homosexualité, sans la réduire à l’homophobie et au sida
  • parce que ça parle d’homophobie
  • parce que ça parle du sida, d’Act Up, de militantisme
  • parce que ce roman est superbe et que j’ai envie de le faire lire !

 

 

Là où tombent les anges de Charlotte Bousquet (Gulfstream, 2015)

là où tombent les anges

Solange, Lili et Clémence. En 1912, ces trois couturières découvrent la vie parisienne. Solange épouse Robert Maximilien, qu’elle n’aime pas et qui est tyrannique mais qui lui apporte un certain confort. Elle s’occupe de sa vieille tante maussade. Lili, audacieuse et joyeuse, se produit comme chanteuse dans les cabarets. Clémence, jeune ouvrière, tombe éperdument amoureuse de Pierre. Mais la guerre arrive…

J’en parle ici !

Pourquoi en parler aussi sur Fille d’Album ?

  • parce que c’est le portrait d’une jeune fille venue d’une famille maltraitante, dans une société où les femmes ont très peu de libertés, qui va grandir et trouver la force de s’affirmer, de trouver une place
  • parce qu’au delà de l’héroïne, ce sont toutes les femmes qui se croisent dans ce roman: des bourgeoises, des ouvrières d’usines de munition, des veuves de guerre, des artistes, des journalistes…
  • parce qu’alors que l’Histoire met généralement en avant les hommes, ici ce sont des figures historiques féminines que l’on découvre, militantes, journalistes, artistes…
  • parce qu’on y parle de mariage abusif, de viol conjugal
  • parce que l’héroïne est bisexuelle, que plusieurs personnages secondaires sont lesbiennes
  • parce que ce roman est superbe et que j’ai envie de le faire lire !

 

J’ai mis ici l’accent sur ce qui me semblait important et intéressant du point de vue des représentations. Des aspects qu’on voit rarement dans la littérature pour ado. Mais on ne peut bien sur pas réduire ces romans à ces listes. J’espère avoir montré comment ils m’avaient emporté dans les articles en lien !

Diversité des familles

Nous avons parlé des rôles et des représentations des pères et des mères dans les albums pour les petits, mais ils ne sont pas présents dans toutes les familles, et nous avons ensuite parlé des diversités familiales, des familles qui sortent du modèle un papa/une maman.

Nous avons cherché des livres sur des parents séparés. Force est de constaté que la production éditoriale est très pauvre sur le sujet, surtout pour les tout-petits : les albums sont peu nombreux et ceux qui existent nous ont souvent déçu par leur piètre qualité. Nous n’avons donc pas abordé tous les sujets que nous souhaitions, et en particulier la séparation des parents et le temps partagé entre deux maisons. Si vous avez des titres intéressants, les commentaires vous sont ouverts !

On commence avec une famille monoparentale dans le papa qui avait 10 enfants de Bénédicte Guettier (oui, celle de l’âne Trotro) (Casterman, 1997).

papa qui avait 10 enfants

Dans cet album, comme le titre l’indique, un père s’occupe (seul) de ses 10 enfants : habillage, trajets jusqu’à l’école, préparation des repas et histoire du soir. Ce papa, un peu débordé, semble quand même assumer pas mal. Tout pour lui est compté sur une base de 10 : bisous, brossage des dents, vêtements (chaussettes : 20), repas (mûres : 100), etc. Ici, donc, l’image d’un papa qui s’occupe des tâches ménagères comme éducatives, ce qui est encore rare dans la production jeunesse. En “collant” 10 enfants à ce pauvre homme, l’auteur caricature la situation comme elle caricature son dessin : trait noir épais, dessin très simple, très en mouvement et couleurs très vives « sorties du tube ».

Dans ce livre, il n’y a pas de mère. Elle n’est même pas évoquée et personne ne dit pourquoi. C’est un état de fait et nous l’acceptons car l’auteur commence le livre à la manière d’un conte : « Il était une fois un papa qui avait 10 enfants. »

On remarque tout de même sa fatigue. Et un jour, il ose l’interdit (il l’a même prémédité puisqu’il construisait le soir un bateau). Il confie ses enfants à la grand-mère et s’offre le rêve absolu : être seul, dormir, faire une activité rien que pour lui (pêcher). Abandon temporaire : il s’offre 10 mois. Mais voilà, au bout de 10 jours ses enfants lui manquent déjà !

À sa manière, ce livre nous parle d’une situation très réelle. Qui n’a pas rêvé de ne plus avoir d’enfants temporairement ? Dans les albums, on aborde presque jamais la fatigue, ou le ras-le-bol des parents (qui plus est, du parent seul). L’auteur nous décrit une situation proche du burn-out mais elle le fait avec beaucoup d’humour et de tendresse.

 

Nous avons ensuite abordé la question de l’homoparentalité, avec deux livres au parcours éditorial très différent.

Jean a deux mamans d’Ophélie Texier (école des loisirs, 2004).

jean a deux mamans

Ce livre fait partie d’une série : « les petites familles », des petits livres cartonnés toujours au même format avec animaux anthropomorphes, qui proposent différentes configurations familiale : famille recomposée, enfant adopté, différentes formes de fratries, etc.

il s’adresse directement aux tout-petits (tout cartonné, dessin simple…). Edité en 2004, avant que ce sujet soit mis sur le devant de la scène par le mariage pour tous, il affirme l’homoparentalité dès le titre. De plus, il est publié à l’école des loisirs, le plus gros éditeur de littérature jeunesse et non par un éditeur militant et bénéficie donc d’une distribution plus large. Il a donc a le mérite d’exister. Comme il aborde le sujet très frontalement dès le titre, ce livre est très identifié, à la fois par des personnes qui s’intéressent au sujet et par les réacs (quand ce livre a été publié, des associations catholiques ont porté plainte, et il a été par la suite l’objet d’attaques de la manif pour tous). Il était d’ailleurs connu par plusieurs des professionnelles et présent dans plusieurs crèches. Une auxiliaire expliquait qu’elles l’avaient beaucoup lu car un enfant de la crèche avait deux mères et que « ça permet d’en parler ». Elle évoque des parents choqués qu’on mette ce livre à disposition (« on leur a répondu que c’était la réalité, que ça existait et qu’on vit tous ensemble »). Dans d’autres cas, ce sont des professionnelles qui avaient beaucoup de mal à le lire, qui le cachaient.

Un enfant raconte de façon factuelle sa vie quotidienne avec ses deux mamans, les activités de chacune et ses jeux d’enfants.

Cependant, le dessin et le texte se révèlent sans grand intérêt. Et surtout, il reproduit des stéréotypes courants dans le couple hétérosexuel. Ainsi, la mère qui a porté l’enfant se retrouve cantonnée aux activités traditionnellement féminines (cuisine, couture, consoler l’enfant…) et porte un tablier alors que l’autre mère se retrouve liée aux activités traditionnellement masculines (bricolage, chahut, etc). On y trouve donc une vision très hétérosexuelle (et très stéréotypée) d’un couple homosexuel. Loin de s’opposer aux clichés, il les reproduit.

 

 

L’heure des parents de Christian Bruel et Nicole Claveloux (Thierry Magnier, 2013. 1e édition : Etre, 1999) n’aborde pas spécifiquement l’homoparentalité, mais présente toutes sortes de familles.

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Ce livre a un parcours éditorial différent du précédent. Si cet album peut être lu dès la crèche, il ne s’adresse pas spécifiquement aux tout-petits puisqu’on est ici à la sortie de l’école, que c’est un livre papier, et qu’il peut aussi être proposé à des enfants un peu plus grands. Il a été publié pour la première fois en 1999 chez Etre, une petite maison d’édition militante. Christian Bruel, à la fois auteur et éditeur, cherche toujours à lutter contre les stéréotypes. Le livre a ensuite été réédité en 2013 par Thierry Magnier (avec d’autres livres de cet auteur dont l »histoire de Julie qui avait une ombre de garçon, pour des enfants un peu plus grands, dont j’ai parlé ici).

Le personnage du livre, Camille, n’est pas genré. On est ici dans le contexte du rêve, puisque l’enfant s’endort à la première page et qu’on retrouve à la dernière page, où il est avec ses parents, des éléments concret qu’il a mêlé à ses rêves (les gâteaux, la bouée, etc). Sur chaque double page, Camille va s’imaginer dans une nouvelle famille et tous types de familles vont être abordées : familles homoparentales, adoptives, recomposées, monoparentales… Mais aussi tous types de parents, différents les uns des autres par leurs hobbies, leurs métiers, leurs façons d’être parent.

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Toutes ces familles sont toutes mises sur le même plan. Et surtout, elles sont toutes présentées de façon positive, dans des situations de jeu, de câlin, d’affection.

Ce livre nous semble donc beaucoup plus riche que le précédent, par la présence du rêve et les liens avec la réalité quotidienne de Camille, par une vraie remise en cause des stéréotypes et par une illustration plus riche.

 

Une auxiliaire est gênée qu’on propose, sur ces sujets là, trop souvent des livres avec des animaux, que cela manque de représentations “réalistes” d’êtres humains. Une collègue souligne que l’anthropomorphisme (le fait de présenter des animaux qui se conduisent comme des humains, qui parlent, sont habillés, etc) permet à l’enfant de s’identifier mais aussi de prendre de la distance avec ce qui se passe dans le livre, plus facilement que quand les personnages sont humains. Ainsi, dans l’heure des parents, cela correspond à une volonté que le message ne soit pas trop appuyé, que l’enfant ait le choix de s’identifier ou non. Elle défend donc l’importance de la diversité des représentations, entre anthropomorphisme et personnages humains. D’autres livres de la sélection proposent des personnages humains très réalistes.

 

La suite de cette matinée de présentation concernait d’autres formes de diversité (humaine, culturelle) qui ne sont pas les sujets directs de ce blog. La suite du compte-rendu sera donc publié dans quelques jours sur mon autre blog sur lequel je parle plus largement de littérature jeunesse, la licorne et ses bouquins.

Rôle du père, rôle de la mère

Cet article et ceux à venir sont une adaptation de matinées de présentation et d’analyse d’albums à destination des professionnelles de crèche que nous organisons régulièrement avec des collègues. Elles sont thématiques, et nous en avons consacré une aux diversités, et une autre aux représentations des filles et des garçons, des hommes et des femmes dans les albums pour les tout-petits.

La première matinée est partie d’une demande d’une auxiliaire qui nous a demandé si on pouvait lui proposer des livres sur différentes sortes de familles (homoparentales, monoparentales…). Nous sommes partis de cette question et avons élargi le sujet pour parler des diversités familiales, mais aussi humaines (handicap, différence de couleur de peau) et culturelles. Avec l’idée que les enfants accueillis dans les crèches viennent de familles variées, tant au niveau du modèle familial que des origines, des langues, des cultures différentes. Mais comment accueillir ces familles tout en acceptant leurs différences et leurs diversités? Cela va au-delà du simple constat, de la simple reconnaissance ou de la tolérance. Il s’agit de reconnaître et de valoriser les compétences de chacun et d’apprendre de l’autre…. Nous voulons donc proposer à tous les enfants des livres dans lesquels ils peuvent se retrouver. Mais aussi des livres qui nous permettent d’apprendre les uns des autres et d’être dans une réciprocité, d’établir un équilibre dans les échanges…

En raison du temps limité, d’un public défini (enfants de moins de 4 ans), de la disponibilité des albums et d’une exigence sur la qualité des livres nous n’avons proposé qu’une sélection restreinte d’albums, et certains aspects n’ont pas été abordés alors que nous le souhaitions. N’hésitez pas à compléter en commentaire !

 

Pour parler des diversités familiales, nous abordons d’abord la répartition des rôles et des représentations entre le père et la mère, et nous commençons avec des papas et des mamans de Jeanne Ashbé (Pastel, 2003).

papas mamans ashbé

Sur chaque page, un portrait d’un papa ou d’une maman dans des activités de la vie quotidienne. Tous les papas et toutes les mamans sont différents les uns des autres. Jeanne Ashbé puise son inspiration dans la vie quotidienne de n’importe quelle famille, c’est sans doute pour cette raison que les enfants peuvent s’y reconnaître, choisir de s’identifier ou non.

Elle a pris soin d’apporter une vraie diversité dans les adultes qu’elle présente, puisque l’on croise des familles de différentes couleurs de peau. Nous retrouvons aussi dans cet album une variété des rôles parentaux. Par exemple, le papa donne à manger à son bébé….et la mère ne possède plus à elle seule la fonction nourricière. Les enfants pourront s’identifier en reconnaissant leur propre modèle familial ou au contraire découvrir d’autres modèles.

Une auxiliaire assistant à la présentation a également souligné qu’il y a une page où les parents sont fâchés :

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L’image est explicite (on voit bien leurs visages en colère, l’enfant est entre les deux) et assez forte. Ces images sont plutôt rares dans les albums pour les petits et c’est bien qu’on n’en fasse pas un tabou, car ce sont des choses de la vie que les enfants rencontrent. Ils y sont confrontés et c’est bien de montrer que ça existe.

Ce qui est intéressant dans cet album c’est que ce n’est pas appuyé, qu’on est dans une succession de tableaux, et chacun va prendre ce dont il a besoin.

 

Viennent ensuite les deux albums d’Anthony Browne, mon papa et ma maman (école des loisirs, 2002 et 2006), gros succès en crèche ! Ma maman est une commande de l’éditeur après le succès de mon papa. Mais même s’il a été publié plusieurs années après, pour les enfants ces deux livres sont souvent indissociables.

Dans ces albums, un enfant nous parle de ses parents avec un regard plein d’admiration. Au fil des comparaisons de l’enfant, le parent se métamorphose, mais garde toujours le motif de sa robe de chambre, le motif sert de fil conducteur. Et comme un refrain, « il est vraiment, VRAIMENT bien mon papa », « elle est vraiment, VRAIMENT bien ma maman ». Vous trouverez des images du premier ici.

Les enfants s’amusent à repérer des détails de l’illustration (qui avaient parfois échappé aux adultes) et les adultes s’amusent du regard admiratif de l’enfant et sont amusés par ces « super parents » qui se promène dans la vie en pyjama, robe de chambre et pantoufles.  Et ce livre est une belle mise en valeur de l’amour réciproque entre enfants et parents.

Qu’en est-il des représentations du père et de la mère dans ces albums ?

Anthony Browne a consacré un album  pour les un peu plus grands à la répartition des tâches ménagères : à calicochon (Kaléidoscope, 2010). Il s’est intéressé également aux stéréotypes attachés aux hommes dans sa série Marcel (j’en reparlerai).  Il y a donc une réflexion de cet auteur sur les représentations hommes/femmes. Et pourtant, je ne les trouve pas complètement réussi de ce point de vue là.

Pointons déjà le positif : les comparaisons et les métamorphoses parfois surprenantes nous éloignent des représentations les plus stéréotypées. Dans mon papa, on retrouve, certes, de nombreuses images du père fort et protecteur (« mon papa n’a peur de rien, pas même du grand méchant loup », « il pourrait lutter contre des géants » « il est fort comme un gorille »). Mais on s’en éloigne par d’autres aspects plus originaux : il est « heureux comme un hippopotame », et quand on aborde sa douceur, on l’associe à une qualité généralement considérée comme féminine.

Dans ma maman, là encore, on trouve des comparaisons opposées aux stéréotypes habituels associés aux mères : la maman « rugit comme un lion » et est « costaude comme un rhinocéros » (on a tellement peu l’habitude de voir cet adjectif au féminin qu’on m’a déjà demandé si c’était bien français). Elle est également représentée en super héroïne.

maman lion

Et si on s’arrête aux images, elles propose des visions suffisamment variées pour qu’elles aient été choisies pour illustrer cet article contre les stéréotypes dans la littérature jeunesse.

On trouve également des scènes où elle cuisine, d’autres où elles se maquille… mais souvent avec un certain décalage entre le texte et l’image : quand elle se maquille, elle « peint admirablement ». Cette activité purement féminine n’est donc plus présentée comme quelque chose de superficiel mais comme une activité valorisée et valorisante. De même, lorsqu’elle rentre avec des sacs de courses, « c’est la femme la plus FORTE du monde » :

ma maman browne

Certains déplore qu’on retrouve tout de même l’image de la femme chargée des tâches ménagères (courses et cuisine), aspect complètement absent dans mon papa. Personnellement, j’aime assez la manière dont c’est détourné.

On aborde, à la fin de l’album, l’hypothétique carrière de la mère. Elle « pourrait être danseuse, ou astronaute, vedette de cinéma, ou grand patron ».

Une variété intéressante, non ? Cependant, on reste dans l’hypothèse, comme le montre le conditionnel, et cette mère est rappelé à son seul rôle maternel, puisque cette énumération se clôt avec « mais c’est MA maman ». Elle est donc enfermée dans ce rôle domestique par ce « mais » qui montre une opposition claire entre la maternité et un métier extérieur. C’est personnellement ce qui me gêne, et ce pour quoi, à mon avis, on ne peut pas parler ici de livre qui remette en cause les stéréotypes.

Une auxiliaire participant à la formation a raconté qu’à la page disant que « ma maman pourrait être grand patron » et où on la voit en costume, assise à un bureau, un enfant avait dit “non, c’est papa”, montrant à quel point les enfants intègrent jeunes les représentations.

 

Et pour finir cette première sous-partie,  nous avons parlé de l’heure bleue de Ghislaine Herbéra (MeMo, 2014)

heure bleue

Dans une ambiance douce et chaleureuse grâce aux illustration aux couleurs pastels, une famille passe un moment tranquille en soirée. Chacun fait une action différente. Le père raconte une histoire, deux enfants jouent, un autre prend son bain, etc. Mais lorsque le bébé se met à pleurer, tout le monde tourne son attention vers lui. Chacun lui demande ce qui ne va pas.

heure bleue 1

Dans les illustrations, on distingue les adultes par leur taille, mais il est impossible de distinguer le genre des personnages visuellement, seul le texte le permet. On peut souligner ici que c’est le père qui raconte une histoire tandis que maman bricole sur le marchepied. Finalement, c’est la petite sœur et non pas la maman qui réconforte le bébé. Les rôles parentaux se redéfinissent, alors, et chacun participe, y compris les enfants, à la vie de la famille. Et on aborde tout en douceur les difficultés du soir pour les bébés… (vous pouvez lire une autre critique sur Ricochet).

Je m’arrête là pour aujourd’hui et on aborde très vite des familles qui sortent du schéma papa/maman/enfants. !

Les liens du moment (4 janvier 2017)

Oups, ça fait 9 mois que je ne suis pas venue ici… Pourtant ce n’est pas l’envie qui m’en manque. C’est le temps. Les quelques mois qui viennent de s’écouler n’ont pas été de tout repos et j’ai été occupée par d’autres projets et par mes enfants. Je ne perds cependant pas espoir de réussir à reposter régulièrement ici ! Je reprends avec une petite revue de presse/de blogs. Je vous donne ainsi de la lecture ailleurs à défaut d’en proposer suffisamment ici !

Littérature jeunesse

Un nouveau blog très chouette, les livres de Mumu. La maman de Muriel, petite fille métisse, « cherche continuellement une littérature jeunesse plus diversifiée et débarrassée des clichés de genre. Je pense que nos enfants méritent des livres, des films, des produits culturels dédiés plus riches et plus proches des réalités d’aujourd’hui et de ce qu’ils vivent. » Elle est également active sur twitter.

Le placard sous l’escalier ou PlacardProject est un séminaire organisé par des étudiants de l’ENS : « Genres, sexualités et identités queer dans les productions culturelles pour la jeunesse (1945-2015) ». Deux séances sont encore à venir. On trouve un blog, un compte twitter et une page facebook. Il y a un LT de chaque séance sur twitter et des enregistrements des séances devraient être bientôt disponibles. J’ai pu assister pour le moment à deux séances et je n’ai pas été complètement convaincue, sans doute parce que mon point de vue était trop différent de celui des intervenants, étudiants ou chercheurs mais pas professionnels du livre.

Seize livres pour combattre les stéréotypes dans les contes de fées, où l’on découvre que Madame Figaro peut faire une belle sélection de livres antisexistes.

Une analyse de la répartition fille/garçon dans le magazine « les belles histoires » qui souligne la sur-représentation des garçons et qui est l’occasion d’une réflexion plus globale très intéressante sur la représentation dans la littérature jeunesse.

Un « guide à l’usage des auteurs qui écrivent des livres sexistes (mais qui ne le font pas exprès) » qui souligne les « pièges » dans lesquels les auteurs tombent trop souvent (« Vos personnages féminins sont décrits avant tout par leurs attributs physiques »,  » Vous avez le syndrome de la Shtroumpfette »). S’il ne parle pas spécifiquement de littérature jeunesse, les conseils et analyses marchent aussi pour ce secteur !

Vous voulez découvrir des femmes qui ont contribué à changer le monde ? Allez voir ces femmes incroyables qui ont changé le monde de Kate Pankhurst (pour les petits) ou l’ABCD…Z des héroïnes de Marylin Degrenne et Florette Benoit (pour les plus grands).

Sur le bog des Vendredis Intellos, Philippe Aim dénonce le sexisme d’un extrait de  documentaire récemment paru à l’école des loisirs, Le mystère de la vie de Jan Paul Schutten et Floor Rieder. Suite à cet article, une analyse de l’ensemble du livre a été publié sur le blog LU cie & co.

Anne GE propose sur son blog Women and fiction un article passionnant consacré à l’étiquette « féminine » en littérature : lectures de filles, écriture de filles. « Les lectures féminines ne doivent donc être appréhendées uniquement à partir de raisonnements de type « les filles préfèrent [tels livres]… » mais comme des pratiques culturelles complexes; du point de vue, certes, de leur contenu formel et thématique, mais surtout du point de vue de leur intégration à l’économie du livre (leur marketing) et à des pratiques culturelles socialement construites. »  De manière générale, je vous recommande vivement ce blog, qui s’intéresse aux liens entre genre et expérience de lecture.

Cité dans l’article précédent, une étude de Christine Détrez et Fanny Renard : « Avoir bon genre ? : les lectures à l’adolescence sur les pratiques de lecture des adolescents selon leur genre.  Ainsi que, de Christine Détrez et Mohamed Dendani, « lectures de filles, lectures de garçons en classe de troisième« .

Filles d’album, les représentations du féminin, une conférence de Nelly Chabrol-Gagne au salon du livre jeunesse de Namur en 2011 :

Je rappelle au passage que c’est également le titre d’un livre qu’elle a publié à l’atelier du poisson soluble et que c’est ce livre qui a donné son nom à mon blog.

 

Education, genre et féminisme

Je n’ai même pas pris le temps de vous parler ici de mon nouveau projet ! Voilà Maternités Féministes et @MereFeministe, le blog et le compte twitter d’un groupe de mères féministes dont je fais partie qui réfléchit à la maternité et à l’éducation d’un point de vue féministe, mais surtout d’un point de vue très concret, sur la manière de faire au quotidien, nos réussites mais aussi nos difficultés ou nos échecs. Pour en savoir plus, allez lire ce très beau texte, le manifeste du projet.

 

J’espère revenir très vite ! En attendant, n’hésitez pas à fureter dans la page Analyse des représentations genrées ou à me suivre sur twitter où je suis beaucoup plus active !

Les liens du moment (4 avril 2016)

Litterature jeunesse

Une super sélection par Kaleidoscope Quebec de livres jeunesse pour un monde égalitaire. Cette sélection, qui a pour sous-titre « Osez un monde inclusif où chaque enfant peut être lui-même » comporte les catégories suivantes : égalité des sexes, affirmation de soi, diversité corporelle, diversité culturelle, diversité familiale, diversité fonctionnelle (aborde la notion de handicap), diversité de sexe et de genre, société. Elle rejoint ma liste de bibliographies.

Construire son identité de garçon : les représentations de la masculinité dans la littérature de jeunesse par Anne-Marie Dionne.

Des histoires de princesses (qui ont autre chose à faire que d’attendre le Prince charmant) chez Une femme et des livres (en attendant la suite de ma série sur les princesses, à laquelle je me remets dès que je trouve un peu de temps pour le faire).

Des livres pour enfants sur l’identité de genre, la transidentité : un article de Bob et Jean-Michel à propos de deux livres publiés au Rouergue et une vidéo de Princesse, la chaîne d’un autre genre.

Actualitté présente la maison d’édition Goater qui propose des livres contre les stéréotypes. 

Je vous ai déjà parlé des Culottées de Peneloppe Bagieu, j’ai particulièrement apprécié le portrait de Tove Jansson, créatrice des Moumines, d’autant plus, que, pleine de stéréotypes moi-mêmes, j’étais jusque là persuadée que c’était un homme.

Un article de la Nébuleuse sur le chouette Riposte de Jessie Magana.

Les livres jeunesse qui me font de l’oeil :

Elisabeth Brami et Estelle-Billon Spagnol publient chez Talents Hauts la déclaration des droits des mamans et la déclaration des droits des papas.

Je suis une fille de Tasmeen Ismail (éditions Milan, 2015) :

je suis une fille

 

Ca ne concerne pas spécifiquement la jeunesse, mais l’édition en général, un article de Diglee sur la grossophobie et le problème du modèle unique dans le monde de l’image.

 

Education et genre

La blogueuse féministe Olympe prépare un web documentaire pour décrypter comment les enfants apprennent à se comporter selon leur genre, de la conception jusqu’au choix d’un métier, intitulé l’école du genre. Le documentaire n’est pas encore en ligne, mais on peut déjà suivre sa page Facebook et en découvrir des extraits.

Stereotips, un blog de mamans féministes contre les stéréotypes de genre et les clichés sexistes.

Que se passe-t-il quand on demande à des enfants de dessiner quelqu’un qui serait pompier, chirurgien, ou pilote de l’armée ? Ils imaginent des hommes dans plus de 90% des cas.

Filles et garçons sur le chemin de l’égalité, de l’école à l’enseignement supérieur, les statistiques 2016 de l’éducation nationale qui « renseigne sur la réussite comparée des filles et des garçons depuis l’école jusqu’à l’entrée dans la vie active. Elle met en évidence des différences selon les sexes en matière de parcours et de réussite des jeunes, de choix d’orientation et de poursuite d’études entre filles et garçons, qui auront des incidences ultérieures sur l’insertion dans l’emploi ainsi que sur les inégalités professionnelles et salariales entre les femmes et les hommes. »

Un Mooc pour se former à l’égalité femmes/hommes (merci Carpediem)

Bonne lecture ! Vous pouvez retrouver des liens intéressants plus régulièrement sur la page facebook du blog et sur twitter. 

Ni poupées ni super-héros !

Aujourd’hui, je vais vous parler de rien de moins que d’un « premier manifeste antisexiste ». C’est le sous-titre de Ni poupées ni super-héros ! de Delphine Beauvois et Claire Cantais édité par la ville brûle (2015).

ni poupée ni super héros

« Les filles… les garçons… c’est comme ça… et pas autrement !

Non mais ça va pas la tête !? »

Cet album dit donc non aux clichés et va déconstruire les stéréotypes qu’on impose aux petites filles ou aux petits garçons. Ici, pas de narration, mais des enfants qui parlent à la première personne et qui affirment qu’ils ont le droit de faire ce qu’ils veulent, d’aimer ce qu’ils veulent, de vivre comme ils le souhaitent !

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De nombreux stéréotypes sont abordés : les jeux et activités « de filles » ou « de garçons », l’idée que les garçons ont le droit d’être sensibles et d’exprimer leurs sentiments, que les filles peuvent être aventurières, que chacun doit avoir le même espace pour s’exprimer, que les filles ne doivent pas être jugées sur leur physique, etc.

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Un livre qui est donc très complet et surtout ouvre la porte à de nombreuses discussions, à des échanges entre parents et enfants mais aussi entre enfants, comme Chlop le raconte ici.

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Et puis il y a les magnifiques collages de Claire Cantais : aplats de couleurs, motifs, et les yeux, nez et bouches d’enfants réels qui complètent les visages. Enfants de différentes couleurs de peau, ce qui n’est pas un détail !

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Ce qui m’a plu, aussi,ce sont les références féministes qu’on y trouve : portraits de Rosie la  riveteuse, de Simone de Beauvoir, de Louise Michel ou d’Angela Davis, slogans et symboles féministes… Même si les enfants n’auront bien sûr toutes les références, certaines sont explicités en fin d’ouvrage, dans une page « documentaire » et j’aime le principe d’intégrer l’objectif d’une éducation antisexiste dans le combat féministe passé, puisqu’il en découle logiquement.

Delphine Beauvois et Claire Cantais avaient d’abord publié, en 2013, on n’est pas des poupées, mon premier manifeste féministe. J’avais adoré la couverture et l’emploi assumé du mot féministe, qu’on trouve rarement en littérature jeunesse, même dans les livres qui abordent les stéréotypes de genre. Puis l’année suivante, elles ont publié on n’est pas des super héros, mon premier manifeste antisexiste. Le premier portait donc sur les stéréotypes pesant sur les filles, e second sur les stéréotypes pesant sur les garçons (et non pas le premier s’adressant aux filles, le second aux garçons).

Les contenus des deux ouvrages ont été mêlés dans cette nouvelle édition et à mes yeux c’est une réussite.

L’auteure, l’illustratrice et l’éditrice ont répondu à une interview expliquant ce projet sur le blog la Mare aux Mots et c’est passionnant. Vous pouvez aussi retrouver des articles sur ces livres chez Chlop, sur la Mare aux mots (on n’est pas des poupées et on n’est pas des super-héros), dans le tiroir à histoires, dans la soupe de l’espace

Ces trois albums ont lancé la collection « jamais trop tôt » des éditions La Ville Brûle, qui publie essentiellement des essais pour adultes. Dans la continuité de leur ligne éditoriale, ils ont fait le choix de ne pas raconter d’histoires mais de publier « des albums-manifestes qui ne tournent pas autour du pot pour dire qui l’on est, pour dire ce que l’on veut (et ce que l’on ne veut pas), pour le dire haut et fort, sans clichés ni périphrases mais avec beaucoup de fantaisie ».  Je présente aujourd’hui un autre de leurs livres sur le blog des vendredis intellos, on n’est pas si différents ! qui parle du handicap. Et leur dernier album, On n’est pas des moutons, insiste sur l’importance de penser par soi-même, d’être unique.

Inspirée par Ni poupées, ni super-héros, Claire Cantais a créé un cahier d’activité, mon super cahier d’activités antisexistes.

super cahier d'activités antisexistes

On y trouve des labyrinthes, des dessins, des collages, un jeu de l’oie, des histoires à créer, des masques…

Un cahier très riche, donc, et surtout très beau puisqu’on retrouve les illustrations de Claire Cantais, que le papier est épais, que les activités sont variées… Mais il nécessite parfois d’être accompagné par un adulte, puisque certains textes sont ouvertement là pour ouvrir un échange.

Et on termine avec un slogan féministe que j’aime beaucoup :

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Alors, vous avez trouvé ?

La princesse et le dragon

J’ai cité dans l‘article sur les princesses qui partent à l’aventure la princesse et le dragon de Robert Munsch et Michael Martchenko (Talents Hauts, 2005).

princesse et le dragon

Au début de l’histoire, une princesse somptueusement vêtue s’apprête à épouser Ronald, son prince. Mais arrive un dragon, qui brûle le château et les vêtements de la princesse et kidnappe Ronald. Mais la princesse, attrapant la première chose qu’elle trouve pour se couvrir, un sac en papier, décide de poursuivre le dragon et de sauver Ronald…

La princesse est très maligne. Elle va utiliser l’orgueil du dragon pour l’épuiser et ainsi pouvoir délivrer le prince. Elle le pousse par exemple à utiliser toute sa réserve de feu pour l’impressionner :

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On a donc ici l’image d’une princesse qui mène l’action, qui est intelligente et fait preuve de ruse, qui se montre en colère dans l’illustration (sentiment rare chez les princesses !), qui est capable de sauver le prince et qui ne prête pas attention à son apparence. Et c’est le prince qui attend à la fenêtre :

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Pourtant quand elle délivre le prince, la seule chose qu’il trouve à dire, ce sont des reproches, qui rappellent l’obligation pour les princesses d’être belles mais aussi de prêter attention à leur apparence :

« Elisabeth ! Mais… tu es dans un état lamentable ! Tu sens la fumée, tes cheveux sont emmêlés… Et regarde ta robe : un vieux sac en papier ! Reviens quand tu seras habillée comme une véritable princesse »

Mais notre héroïne est loin de se laisser déstabiliser. La fin de l’album est donc particulièrement jubilatoire. Elle lui répond :

« Ronald, dit Elisabeth, tu es très élégant et parfaitement bien coiffé. Tu ressembles à un véritable prince, mais tu n’es qu’un gros nul. »

Et l’album se referme sur une princesse dansant, seule, dans sa robe en papier et les cheveux ébouriffés, sur fond de soleil couchant :

« Et finalement, ils ne se marièrent pas »

Réjouissant, non ?

On a donc ici une remise en cause à la fois de la princesse potiche qui attend d’être sauvée, de la princesse qui doit non seulement être belle mais aussi richement vêtue et soignée et bien sûr de la fin traditionnelle du conte de fée « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants », donc je vous reparle très vite !

Le tout dans un album très agréable à lire, vivant et drôle.

Robert Munsch et Michael Martchenko ont publié dès 1980 ce titre qui est devenu un classique dans le monde anglo-saxon. Il a été traduit et publié en France en 2005 : c’est un des premiers albums publié par Talents Hauts, une maison d’édition qui publie des albums qui a pour objectif de publier des livres « percutants, forts, drôles, qui bousculent les idées reçues », et en particulier qui luttent contre le sexisme.

Les liens du moment (30 janvier 2016)

Littérature jeunesse

Sexisme : où trouver des livres pour enfants sans stéréotypes ?. Je ne pensais pas trouver un article de ce genre sur Atlantico, mais je l’ai trouvé chouette, et, un peu d’autopromo, il cite ce blog.

Je ne suis pas la seule à parler de princesses ! Sur Madmoizelle, Lucie Kosmala nous présente cinq livres avec des princesses qui changent des demoiselles en détresse.

Cela ne concerne seulement l’antisexisme, mais aussi la diversité ethnique dans les livres pour enfants, deux thématiques aussi importantes et qui se rejoignent : une petite fille de 11 ans, rejointe par deux amies, a créé le projet #1000blackgirlbooks qui a pour but de réunir 1000 livres jeunesse où l’héroïne serait une petite fille noire. Le projet est parti de Jamaïque mais la question est soulevée dans le monde anglo-saxon.

Dessins animés

Deux linguistes ont étudié la prise de paroles des hommes et des femmes dans des dessins animés disney avec des princesses. Une conclusion : ce sont les hommes qui ont l’essentiel de la parole. Plusieurs articles sur le sujet : les nouvelles news (abonné), slate, Actualitté, l’express.  J’avais réuni quelques ressources sur les représentations genrées dans les dessins animés disney ici.

Jouets, marketing genré

Toujours sur les princesses, dans Princesses et chevaliers : l’héritage de trop ? , Mi-kids mi-raisin parle stéréotypes, marketing genré, et rend « un hommage aux héroïnes d’hier et aujourd’hui qui, avec ou sans homme à leur bras, ont su paver un chemin différent dans notre imaginaire collectif archaïque »

Beaucoup l’ont remarqué : le personnage de Rey est peu présent dans les produits dérivés du dernier Star Wars. Elle disparait parfois complètement de certains packs de figurines. L’argument ? « Les garçons ne veulent pas de produits avec un personnage féminin. » Pourtant, la demande est forte, de la part de filles (qui oui, sont fan de star wars) comme de garçons. Un article de libération sur le sujet.

Des barbies rondes (mais pas trop quand même), grandes, petites, de toutes les couleurs… Mattel sort une nouvelle gamme de poupées. Et Lego propose désormais un personnage en fauteuil roulant. On va peu à peu vers plus de diversité…

Marre du rose, une campagne contre le marketing genré au moment de Noël par Osez le féminisme et les chiennes de garde.

Certains magasins s’engagent contre le marketing genré. C’est le cas des magasins U qui ont fait une pub antisexiste au moment de Noël. Cela mérite réflexion quant à l’antisexisme utilisé comme argument marketing, mais c’est une initiative à souligner !

Féminisme

Sur son blog, Crêpe Georgette publie des interview de féministes. Elle explique en introduction : « Beaucoup ont tendance à voir les féministes comme un groupe monolithique, dont les membres seraient interchangeables. Le féminisme est, plus que jamais, riche de personnalités très diverses. J’ai donc décidé d’interviewer des femmes féministes ; j’en connais certaines, beaucoup me sont inconnues. Je suis parfois d’accord avec elles, parfois non. Mon féminisme ressemble parfois au leur, parfois non.
Toutes sont féministes et toutes connaissent des parcours féministes très différents. Ces interviews sont simplement là pour montrer la richesse et la variété des féminismes. » Il y a actuellement 32 interview, 32 parcours différents, 32 façon d’aborder le féminisme, plein de sujets différents abordés… C’est passionnant !

Littérature adulte

Chaque lundi, sur le blog les culottées, Peneloppe Bagieu fait la biographie en BD d’une « femme qui ne fait que ce qu’elle veut ». Des personnalités fascinantes à découvrir !

Emma Watson a lancé un groupe de lecture féministe sur le site de recommandations de lectures Goodreads, our shared shelf. En anglais. Un article en français présente le projet ici.  On trouve par exemple des suggestions de BD/comics (en anglais) ici.

Le festival d’Angoulême s’est fait remarquer cette année par son sexisme. 30 nominées, 0 femmes. Le collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme a appelé au boycott. Riad Sattouf, suivi Joann Sfar et Daniel Clowes, a demandé à être retiré de la liste, comme c’est rappelé ici. Julie Maroh a alors publié ce très intéressant article sur Slate « tout est rentré dans l’ordre, les mecs ont le contrôle à Angoulême », soulignant que : « quand chacun des nominés s’est retiré de la liste, j’ai fait une danse de la joie. Je suis ravie de la prise de conscience collective et des actions des confrères. Ce que je soulève ici est un phénomène médiatique typique, dû à un conditionnement social. Si, en tant que groupe féministe, nous crions au loup et demandons réparation, nous allons facilement passer pour les emmerdeuses de service qui n’ont rien de mieux à faire, voire qui sont des mal baisées. (J’exagère? Allez faire un tour sur Twitter ou Facebook.) Si un seul homme s’empare de nos revendications, il est vu comme le chevalier à la rescousse des princesses et déclenche l’admiration. » Un article du monde a alors fait un récapitulatif sur la place des femmes dans les prix deBD, cinéma, littérature, soulignant que très peu de prix prestigieux sont décernés aux femmes.

Bonne lecture ! Vous pouvez retrouver des liens intéressants plus régulièrement sur la page facebook du blog et sur twitter.