Ressources pour une littérature non genrée

Les liens du moment (4 janvier 2017)

Oups, ça fait 9 mois que je ne suis pas venue ici… Pourtant ce n’est pas l’envie qui m’en manque. C’est le temps. Les quelques mois qui viennent de s’écouler n’ont pas été de tout repos et j’ai été occupée par d’autres projets et par mes enfants. Je ne perds cependant pas espoir de réussir à reposter régulièrement ici ! Je reprends avec une petite revue de presse/de blogs. Je vous donne ainsi de la lecture ailleurs à défaut d’en proposer suffisamment ici !

Littérature jeunesse

Un nouveau blog très chouette, les livres de Mumu. La maman de Muriel, petite fille métisse, « cherche continuellement une littérature jeunesse plus diversifiée et débarrassée des clichés de genre. Je pense que nos enfants méritent des livres, des films, des produits culturels dédiés plus riches et plus proches des réalités d’aujourd’hui et de ce qu’ils vivent. » Elle est également active sur twitter.

Le placard sous l’escalier ou PlacardProject est un séminaire organisé par des étudiants de l’ENS : « Genres, sexualités et identités queer dans les productions culturelles pour la jeunesse (1945-2015) ». Deux séances sont encore à venir. On trouve un blog, un compte twitter et une page facebook. Il y a un LT de chaque séance sur twitter et des enregistrements des séances devraient être bientôt disponibles. J’ai pu assister pour le moment à deux séances et je n’ai pas été complètement convaincue, sans doute parce que mon point de vue était trop différent de celui des intervenants, étudiants ou chercheurs mais pas professionnels du livre.

Seize livres pour combattre les stéréotypes dans les contes de fées, où l’on découvre que Madame Figaro peut faire une belle sélection de livres antisexistes.

Une analyse de la répartition fille/garçon dans le magazine « les belles histoires » qui souligne la sur-représentation des garçons et qui est l’occasion d’une réflexion plus globale très intéressante sur la représentation dans la littérature jeunesse.

Un « guide à l’usage des auteurs qui écrivent des livres sexistes (mais qui ne le font pas exprès) » qui souligne les « pièges » dans lesquels les auteurs tombent trop souvent (« Vos personnages féminins sont décrits avant tout par leurs attributs physiques »,  » Vous avez le syndrome de la Shtroumpfette »). S’il ne parle pas spécifiquement de littérature jeunesse, les conseils et analyses marchent aussi pour ce secteur !

Vous voulez découvrir des femmes qui ont contribué à changer le monde ? Allez voir ces femmes incroyables qui ont changé le monde de Kate Pankhurst (pour les petits) ou l’ABCD…Z des héroïnes de Marylin Degrenne et Florette Benoit (pour les plus grands).

Sur le bog des Vendredis Intellos, Philippe Aim dénonce le sexisme d’un extrait de  documentaire récemment paru à l’école des loisirs, Le mystère de la vie de Jan Paul Schutten et Floor Rieder. Suite à cet article, une analyse de l’ensemble du livre a été publié sur le blog LU cie & co.

Anne GE propose sur son blog Women and fiction un article passionnant consacré à l’étiquette « féminine » en littérature : lectures de filles, écriture de filles. « Les lectures féminines ne doivent donc être appréhendées uniquement à partir de raisonnements de type « les filles préfèrent [tels livres]… » mais comme des pratiques culturelles complexes; du point de vue, certes, de leur contenu formel et thématique, mais surtout du point de vue de leur intégration à l’économie du livre (leur marketing) et à des pratiques culturelles socialement construites. »  De manière générale, je vous recommande vivement ce blog, qui s’intéresse aux liens entre genre et expérience de lecture.

Cité dans l’article précédent, une étude de Christine Détrez et Fanny Renard : « Avoir bon genre ? : les lectures à l’adolescence sur les pratiques de lecture des adolescents selon leur genre.  Ainsi que, de Christine Détrez et Mohamed Dendani, « lectures de filles, lectures de garçons en classe de troisième« .

Filles d’album, les représentations du féminin, une conférence de Nelly Chabrol-Gagne au salon du livre jeunesse de Namur en 2011 :

Je rappelle au passage que c’est également le titre d’un livre qu’elle a publié à l’atelier du poisson soluble et que c’est ce livre qui a donné son nom à mon blog.

 

Education, genre et féminisme

Je n’ai même pas pris le temps de vous parler ici de mon nouveau projet ! Voilà Maternités Féministes et @MereFeministe, le blog et le compte twitter d’un groupe de mères féministes dont je fais partie qui réfléchit à la maternité et à l’éducation d’un point de vue féministe, mais surtout d’un point de vue très concret, sur la manière de faire au quotidien, nos réussites mais aussi nos difficultés ou nos échecs. Pour en savoir plus, allez lire ce très beau texte, le manifeste du projet.

 

J’espère revenir très vite ! En attendant, n’hésitez pas à fureter dans la page Analyse des représentations genrées ou à me suivre sur twitter où je suis beaucoup plus active !

Les liens du moment (4 avril 2016)

Litterature jeunesse

Une super sélection par Kaleidoscope Quebec de livres jeunesse pour un monde égalitaire. Cette sélection, qui a pour sous-titre « Osez un monde inclusif où chaque enfant peut être lui-même » comporte les catégories suivantes : égalité des sexes, affirmation de soi, diversité corporelle, diversité culturelle, diversité familiale, diversité fonctionnelle (aborde la notion de handicap), diversité de sexe et de genre, société. Elle rejoint ma liste de bibliographies.

Construire son identité de garçon : les représentations de la masculinité dans la littérature de jeunesse par Anne-Marie Dionne.

Des histoires de princesses (qui ont autre chose à faire que d’attendre le Prince charmant) chez Une femme et des livres (en attendant la suite de ma série sur les princesses, à laquelle je me remets dès que je trouve un peu de temps pour le faire).

Des livres pour enfants sur l’identité de genre, la transidentité : un article de Bob et Jean-Michel à propos de deux livres publiés au Rouergue et une vidéo de Princesse, la chaîne d’un autre genre.

Actualitté présente la maison d’édition Goater qui propose des livres contre les stéréotypes. 

Je vous ai déjà parlé des Culottées de Peneloppe Bagieu, j’ai particulièrement apprécié le portrait de Tove Jansson, créatrice des Moumines, d’autant plus, que, pleine de stéréotypes moi-mêmes, j’étais jusque là persuadée que c’était un homme.

Un article de la Nébuleuse sur le chouette Riposte de Jessie Magana.

Les livres jeunesse qui me font de l’oeil :

Elisabeth Brami et Estelle-Billon Spagnol publient chez Talents Hauts la déclaration des droits des mamans et la déclaration des droits des papas.

Je suis une fille de Tasmeen Ismail (éditions Milan, 2015) :

je suis une fille

 

Ca ne concerne pas spécifiquement la jeunesse, mais l’édition en général, un article de Diglee sur la grossophobie et le problème du modèle unique dans le monde de l’image.

 

Education et genre

La blogueuse féministe Olympe prépare un web documentaire pour décrypter comment les enfants apprennent à se comporter selon leur genre, de la conception jusqu’au choix d’un métier, intitulé l’école du genre. Le documentaire n’est pas encore en ligne, mais on peut déjà suivre sa page Facebook et en découvrir des extraits.

Stereotips, un blog de mamans féministes contre les stéréotypes de genre et les clichés sexistes.

Que se passe-t-il quand on demande à des enfants de dessiner quelqu’un qui serait pompier, chirurgien, ou pilote de l’armée ? Ils imaginent des hommes dans plus de 90% des cas.

Filles et garçons sur le chemin de l’égalité, de l’école à l’enseignement supérieur, les statistiques 2016 de l’éducation nationale qui « renseigne sur la réussite comparée des filles et des garçons depuis l’école jusqu’à l’entrée dans la vie active. Elle met en évidence des différences selon les sexes en matière de parcours et de réussite des jeunes, de choix d’orientation et de poursuite d’études entre filles et garçons, qui auront des incidences ultérieures sur l’insertion dans l’emploi ainsi que sur les inégalités professionnelles et salariales entre les femmes et les hommes. »

Un Mooc pour se former à l’égalité femmes/hommes (merci Carpediem)

Bonne lecture ! Vous pouvez retrouver des liens intéressants plus régulièrement sur la page facebook du blog et sur twitter. 

Ni poupées ni super-héros !

Aujourd’hui, je vais vous parler de rien de moins que d’un « premier manifeste antisexiste ». C’est le sous-titre de Ni poupées ni super-héros ! de Delphine Beauvois et Claire Cantais édité par la ville brûle (2015).

ni poupée ni super héros

« Les filles… les garçons… c’est comme ça… et pas autrement !

Non mais ça va pas la tête !? »

Cet album dit donc non aux clichés et va déconstruire les stéréotypes qu’on impose aux petites filles ou aux petits garçons. Ici, pas de narration, mais des enfants qui parlent à la première personne et qui affirment qu’ils ont le droit de faire ce qu’ils veulent, d’aimer ce qu’ils veulent, de vivre comme ils le souhaitent !

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De nombreux stéréotypes sont abordés : les jeux et activités « de filles » ou « de garçons », l’idée que les garçons ont le droit d’être sensibles et d’exprimer leurs sentiments, que les filles peuvent être aventurières, que chacun doit avoir le même espace pour s’exprimer, que les filles ne doivent pas être jugées sur leur physique, etc.

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Un livre qui est donc très complet et surtout ouvre la porte à de nombreuses discussions, à des échanges entre parents et enfants mais aussi entre enfants, comme Chlop le raconte ici.

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Et puis il y a les magnifiques collages de Claire Cantais : aplats de couleurs, motifs, et les yeux, nez et bouches d’enfants réels qui complètent les visages. Enfants de différentes couleurs de peau, ce qui n’est pas un détail !

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Ce qui m’a plu, aussi,ce sont les références féministes qu’on y trouve : portraits de Rosie la  riveteuse, de Simone de Beauvoir, de Louise Michel ou d’Angela Davis, slogans et symboles féministes… Même si les enfants n’auront bien sûr toutes les références, certaines sont explicités en fin d’ouvrage, dans une page « documentaire » et j’aime le principe d’intégrer l’objectif d’une éducation antisexiste dans le combat féministe passé, puisqu’il en découle logiquement.

Delphine Beauvois et Claire Cantais avaient d’abord publié, en 2013, on n’est pas des poupées, mon premier manifeste féministe. J’avais adoré la couverture et l’emploi assumé du mot féministe, qu’on trouve rarement en littérature jeunesse, même dans les livres qui abordent les stéréotypes de genre. Puis l’année suivante, elles ont publié on n’est pas des super héros, mon premier manifeste antisexiste. Le premier portait donc sur les stéréotypes pesant sur les filles, e second sur les stéréotypes pesant sur les garçons (et non pas le premier s’adressant aux filles, le second aux garçons).

Les contenus des deux ouvrages ont été mêlés dans cette nouvelle édition et à mes yeux c’est une réussite.

L’auteure, l’illustratrice et l’éditrice ont répondu à une interview expliquant ce projet sur le blog la Mare aux Mots et c’est passionnant. Vous pouvez aussi retrouver des articles sur ces livres chez Chlop, sur la Mare aux mots (on n’est pas des poupées et on n’est pas des super-héros), dans le tiroir à histoires, dans la soupe de l’espace

Ces trois albums ont lancé la collection « jamais trop tôt » des éditions La Ville Brûle, qui publie essentiellement des essais pour adultes. Dans la continuité de leur ligne éditoriale, ils ont fait le choix de ne pas raconter d’histoires mais de publier « des albums-manifestes qui ne tournent pas autour du pot pour dire qui l’on est, pour dire ce que l’on veut (et ce que l’on ne veut pas), pour le dire haut et fort, sans clichés ni périphrases mais avec beaucoup de fantaisie ».  Je présente aujourd’hui un autre de leurs livres sur le blog des vendredis intellos, on n’est pas si différents ! qui parle du handicap. Et leur dernier album, On n’est pas des moutons, insiste sur l’importance de penser par soi-même, d’être unique.

Inspirée par Ni poupées, ni super-héros, Claire Cantais a créé un cahier d’activité, mon super cahier d’activités antisexistes.

super cahier d'activités antisexistes

On y trouve des labyrinthes, des dessins, des collages, un jeu de l’oie, des histoires à créer, des masques…

Un cahier très riche, donc, et surtout très beau puisqu’on retrouve les illustrations de Claire Cantais, que le papier est épais, que les activités sont variées… Mais il nécessite parfois d’être accompagné par un adulte, puisque certains textes sont ouvertement là pour ouvrir un échange.

Et on termine avec un slogan féministe que j’aime beaucoup :

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Alors, vous avez trouvé ?

La princesse et le dragon

J’ai cité dans l‘article sur les princesses qui partent à l’aventure la princesse et le dragon de Robert Munsch et Michael Martchenko (Talents Hauts, 2005).

princesse et le dragon

Au début de l’histoire, une princesse somptueusement vêtue s’apprête à épouser Ronald, son prince. Mais arrive un dragon, qui brûle le château et les vêtements de la princesse et kidnappe Ronald. Mais la princesse, attrapant la première chose qu’elle trouve pour se couvrir, un sac en papier, décide de poursuivre le dragon et de sauver Ronald…

La princesse est très maligne. Elle va utiliser l’orgueil du dragon pour l’épuiser et ainsi pouvoir délivrer le prince. Elle le pousse par exemple à utiliser toute sa réserve de feu pour l’impressionner :

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On a donc ici l’image d’une princesse qui mène l’action, qui est intelligente et fait preuve de ruse, qui se montre en colère dans l’illustration (sentiment rare chez les princesses !), qui est capable de sauver le prince et qui ne prête pas attention à son apparence. Et c’est le prince qui attend à la fenêtre :

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Pourtant quand elle délivre le prince, la seule chose qu’il trouve à dire, ce sont des reproches, qui rappellent l’obligation pour les princesses d’être belles mais aussi de prêter attention à leur apparence :

« Elisabeth ! Mais… tu es dans un état lamentable ! Tu sens la fumée, tes cheveux sont emmêlés… Et regarde ta robe : un vieux sac en papier ! Reviens quand tu seras habillée comme une véritable princesse »

Mais notre héroïne est loin de se laisser déstabiliser. La fin de l’album est donc particulièrement jubilatoire. Elle lui répond :

« Ronald, dit Elisabeth, tu es très élégant et parfaitement bien coiffé. Tu ressembles à un véritable prince, mais tu n’es qu’un gros nul. »

Et l’album se referme sur une princesse dansant, seule, dans sa robe en papier et les cheveux ébouriffés, sur fond de soleil couchant :

« Et finalement, ils ne se marièrent pas »

Réjouissant, non ?

On a donc ici une remise en cause à la fois de la princesse potiche qui attend d’être sauvée, de la princesse qui doit non seulement être belle mais aussi richement vêtue et soignée et bien sûr de la fin traditionnelle du conte de fée « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants », donc je vous reparle très vite !

Le tout dans un album très agréable à lire, vivant et drôle.

Robert Munsch et Michael Martchenko ont publié dès 1980 ce titre qui est devenu un classique dans le monde anglo-saxon. Il a été traduit et publié en France en 2005 : c’est un des premiers albums publié par Talents Hauts, une maison d’édition qui publie des albums qui a pour objectif de publier des livres « percutants, forts, drôles, qui bousculent les idées reçues », et en particulier qui luttent contre le sexisme.

Les liens du moment (30 janvier 2016)

Littérature jeunesse

Sexisme : où trouver des livres pour enfants sans stéréotypes ?. Je ne pensais pas trouver un article de ce genre sur Atlantico, mais je l’ai trouvé chouette, et, un peu d’autopromo, il cite ce blog.

Je ne suis pas la seule à parler de princesses ! Sur Madmoizelle, Lucie Kosmala nous présente cinq livres avec des princesses qui changent des demoiselles en détresse.

Cela ne concerne seulement l’antisexisme, mais aussi la diversité ethnique dans les livres pour enfants, deux thématiques aussi importantes et qui se rejoignent : une petite fille de 11 ans, rejointe par deux amies, a créé le projet #1000blackgirlbooks qui a pour but de réunir 1000 livres jeunesse où l’héroïne serait une petite fille noire. Le projet est parti de Jamaïque mais la question est soulevée dans le monde anglo-saxon.

Dessins animés

Deux linguistes ont étudié la prise de paroles des hommes et des femmes dans des dessins animés disney avec des princesses. Une conclusion : ce sont les hommes qui ont l’essentiel de la parole. Plusieurs articles sur le sujet : les nouvelles news (abonné), slate, Actualitté, l’express.  J’avais réuni quelques ressources sur les représentations genrées dans les dessins animés disney ici.

Jouets, marketing genré

Toujours sur les princesses, dans Princesses et chevaliers : l’héritage de trop ? , Mi-kids mi-raisin parle stéréotypes, marketing genré, et rend « un hommage aux héroïnes d’hier et aujourd’hui qui, avec ou sans homme à leur bras, ont su paver un chemin différent dans notre imaginaire collectif archaïque »

Beaucoup l’ont remarqué : le personnage de Rey est peu présent dans les produits dérivés du dernier Star Wars. Elle disparait parfois complètement de certains packs de figurines. L’argument ? « Les garçons ne veulent pas de produits avec un personnage féminin. » Pourtant, la demande est forte, de la part de filles (qui oui, sont fan de star wars) comme de garçons. Un article de libération sur le sujet.

Des barbies rondes (mais pas trop quand même), grandes, petites, de toutes les couleurs… Mattel sort une nouvelle gamme de poupées. Et Lego propose désormais un personnage en fauteuil roulant. On va peu à peu vers plus de diversité…

Marre du rose, une campagne contre le marketing genré au moment de Noël par Osez le féminisme et les chiennes de garde.

Certains magasins s’engagent contre le marketing genré. C’est le cas des magasins U qui ont fait une pub antisexiste au moment de Noël. Cela mérite réflexion quant à l’antisexisme utilisé comme argument marketing, mais c’est une initiative à souligner !

Féminisme

Sur son blog, Crêpe Georgette publie des interview de féministes. Elle explique en introduction : « Beaucoup ont tendance à voir les féministes comme un groupe monolithique, dont les membres seraient interchangeables. Le féminisme est, plus que jamais, riche de personnalités très diverses. J’ai donc décidé d’interviewer des femmes féministes ; j’en connais certaines, beaucoup me sont inconnues. Je suis parfois d’accord avec elles, parfois non. Mon féminisme ressemble parfois au leur, parfois non.
Toutes sont féministes et toutes connaissent des parcours féministes très différents. Ces interviews sont simplement là pour montrer la richesse et la variété des féminismes. » Il y a actuellement 32 interview, 32 parcours différents, 32 façon d’aborder le féminisme, plein de sujets différents abordés… C’est passionnant !

Littérature adulte

Chaque lundi, sur le blog les culottées, Peneloppe Bagieu fait la biographie en BD d’une « femme qui ne fait que ce qu’elle veut ». Des personnalités fascinantes à découvrir !

Emma Watson a lancé un groupe de lecture féministe sur le site de recommandations de lectures Goodreads, our shared shelf. En anglais. Un article en français présente le projet ici.  On trouve par exemple des suggestions de BD/comics (en anglais) ici.

Le festival d’Angoulême s’est fait remarquer cette année par son sexisme. 30 nominées, 0 femmes. Le collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme a appelé au boycott. Riad Sattouf, suivi Joann Sfar et Daniel Clowes, a demandé à être retiré de la liste, comme c’est rappelé ici. Julie Maroh a alors publié ce très intéressant article sur Slate « tout est rentré dans l’ordre, les mecs ont le contrôle à Angoulême », soulignant que : « quand chacun des nominés s’est retiré de la liste, j’ai fait une danse de la joie. Je suis ravie de la prise de conscience collective et des actions des confrères. Ce que je soulève ici est un phénomène médiatique typique, dû à un conditionnement social. Si, en tant que groupe féministe, nous crions au loup et demandons réparation, nous allons facilement passer pour les emmerdeuses de service qui n’ont rien de mieux à faire, voire qui sont des mal baisées. (J’exagère? Allez faire un tour sur Twitter ou Facebook.) Si un seul homme s’empare de nos revendications, il est vu comme le chevalier à la rescousse des princesses et déclenche l’admiration. » Un article du monde a alors fait un récapitulatif sur la place des femmes dans les prix deBD, cinéma, littérature, soulignant que très peu de prix prestigieux sont décernés aux femmes.

Bonne lecture ! Vous pouvez retrouver des liens intéressants plus régulièrement sur la page facebook du blog et sur twitter. 

Des princesses qui partent à l’aventure

Des princesses héroïques dès le XVIIe siècle :

Dans les contes traditionnels, et dans de nombreux albums contemporains, les princesses restent profondément passives. Heureusement, dès le XVIIe siècle, on trouve des princesses actives, rebelles, qui ne font pas qu’attendre passivement leur prince. Ainsi, l’héroïne de Marmoisan de mademoiselle Lhéritier est une sorte de « Mulan » occidentale qui part combattre déguisée en homme,pour sauver l’honneur de sa famille. On notera qu’elle s’illustre au combat :

« il s’y donna trois grandes batailles, où Marmoisan se distingua d’une manière toute héroïque; et dans l’une desquelles il eut le bonheur de sauver la vie au prince »

Mme d’Aulnoy met aussi en scène, dans Belle-Belle ou le chevalier Fortuné, une femme qui se déguise en homme pour partir à l’aventure.

belle belle ou chevalier fortuné

Le chevalier Fortuné, par Marillier, Dessins pour le Cabinet des fées, 2 vol., 1785 (source)

Anne Defrance écrit ainsi dans Aux sources de la littérature de jeunesse : les princes et princesses des contes merveilleux classiques : « Dans les contes écrits par les premiers auteurs*, qui relèvent d’une esthétique galante et néo-précieuse, une revendication féministe est perceptible. Leurs princesses peuvent être dotées de qualités identiques à celles des princes – audace, générosité, courage, et ce sont à ces filles-soldats que revient ironiquement la charge de donner une leçon de virilité aux petits maîtres efféminés. »

*Rappelons que la grande majorité sont des femmes, même si Charles Perrault est le seul dont on garde vraiment la mémoire…

On reste cependant dans la société du XVIIe siècle, et Marmoisan, toute héroïque, courageuse qu’elle soit, ne peut apparemment pas supporter un peu de linge sale et mal plié :

Cependant Marmoisan ravi de voir sa réputation cavalière bien établie, s’observa peut-être un peu moins que d’ordinaire, et eut l’imprudence de témoigner beaucoup de chagrin, en présence du marquis de Brivas, pour du linge mal blanchi et des habits mal pliés; malgré sa douceur naturelle, il gronda fort ses gens sur ce sujet; et sa mauvaise humeur augmenta encore, remarquant que son pavillon n’était pas bien rangé. Il fit une attention si forte sur toutes ces choses, et entra dans des détails de propreté si pleins de bagatelles qu’il marqua parfaitement bien, en cette occasion, le caractère ordinaire des femmes, dont la plupart affectent dans leurs habits et dans leurs meubles une propreté qu’elles portent quelquefois jusqu’à la bizarrerie la plus ridicule, et dont elles se font un mérite comme d’une délicatesse bien entendue. Celles qui ont l’esprit un peu ferme sont ordinairement exemptes de ces défauts; cependant Marmoisan avec toute sa grandeur d’âme, n’avait pas eu la force de se mettre au-dessus, tant ce penchant est enraciné chez certaines personnes du sexe.

Et aujourd’hui ? 

Les princesses rebelles, actives, sont plus nombreuses. Elle sont plus souvent capables de se débrouiller seule, même pour affronter le danger. Ainsi, dans la princesse qui dit non, de Tristan Pichard et Daphné Hong (Milan Jeunesse, 2014) la princesse se débarrasse seule du sorcier et du dragon qui la retiennent, et quand le chevalier arrive, tout est déjà réglé !

princesse qui dit non

Dans Contes d’un autre genre (Talents Hauts, 2011), Gael Aymon propose des réécritures antisexistes de contes traditionnels (et c’est super et vous trouverez plus de détails ici). Dans la belle éveillée, réécriture de la belle au bois dormant, la princesse n’attend pas le prince. Elle se réveille seule (grâce à une fée qui lui a donné… le pire sommeil du monde !). Elle s’empare alors d’une épée, se fraye un passage dans la forêt de ronces, en sauvant un prince coincé au passage, puis sauve sa mère, ouvre les yeux de son père sur ses dangereux conseillers et obtient de lui de garder sa propre main pour qu’elle ne soit pas offerte à un prince quelconque. Les illustrations de François Bourgeon la représentent active, volontaire et même une épée à la main :

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En effet, plus besoin désormais de se déguiser en homme pour combattre ou partir à l’aventure. La princesse attaque (Delphine Chedru, Helium, 2012) porte sans souci une armure sur ses cheveux longs et une fleur pour la décorer.

princesse attaque

 

Et c’est elle qui va  libérer son compagnon, le chevalier Courage, prisonnier du cyclope à l’oeil vert. En effet, les princesses n’agissent pas que quand elles sont contraintes, pour s’échapper ou sauver leur vie. Elles n’hésitent plus à partir à l’aventure, à aller délivrer le prince. Dans la princesse et le dragon de Robert Munsch et Michael Martchenko (que je vous présente en détails très vite), elle part affronter le dragon qui retient le prince prisonnier.

Et dans le chevalier noir de Michaël Escoffier et Stéphane Sénégas (Frimousse, 2014), la princesse est bien décidée à défendre son territoire, sa tour, et n’hésite pas à en venir aux mains contre le chevalier ! (plus de détails ici)

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Même si on trouve encore des princesses potiches, on trouve donc des princesses actives, aventurières, et ça fait du bien !

Si vous avez d’autres titres en tête, les commentaires vous ouvrent les bras !

« féminin – masculin », 100 films pour lutter contre les stéréotypes

Les départements de Drôme et d’Ardèche font décidément de belles choses en matière de ressources pour lutter contre les stéréotypes. Après leurs merveilleuses bibliographies jeunesse Pour l’égalité des filles et des garçons (2009), pour bousculer les stéréotypes fille garçon (2013) et Fille garçon, l’aventure d’être soi (2015),ils publient féminin-masculin, 100 films pour lutter contre les stéréotypes.

100 films contre les stéréotypes

Vous pouvez la trouver en ligne ici.

Cette filmographie a été rédigée par la fédération des oeuvres laïques de la Drôme et est destinée aux jeunes. Pour chaque film, on a une indication de l’âge auquel on peut le voir. On y trouve quelques films visibles dès le CE2, mais la plupart sont destinés aux lycéens.

On y trouve les catégories suivantes : entre elles, héroïnes, le poids de la tradition, les droits n’ont pas de sexe, les stéréotypes c’est pas mon genre,  mon corps et moi, parcours féminins singuliers, qui suis-je ?, révolte et solidarité/s’affranchir, violences et contraintes.

Et voilà le sommaire :

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Une filmographie très utile pour les enseignants de l’école primaire au lycée mais aussi pour les adultes ou les parents de jeunes qui s’intéressent à la question.

Elle rejoint les autres ressources sur la page Bibliographies.

La princesse parfaite

Les princesses présentées précédemment sont loin d’être parfaites. La princesse dont je vous parle maintenant l’est, parfaite. Mais ce n’est pas si enviable…

princesse parfaite

La princesse parfaite de Frédéric Kessler et Valérie Dumas (Thierry Magnier, 2010)

Dans ce royaume, « les princesses ont pour prénom le don qu’elles ont reçu de leur marraine ». Le roi choisit pour sa fille le don de perfection.

Depuis ce jour, Princesse-Perfection est en tout point parfaite. A un an, elle parle parfaitement pour faire plaisir à papa. A deux ans, elle range sa chambre et s’habille seule pour faire plaisir à sa gouvernante. A trois ans, elle sait lire et écrire pour faire plaisir à sa maman. A quatre ans, elle parle dix langues vivantes pour faire plaisir à son professeur de langues vivantes. A cinq ans, elle parle dix langues mortes pour faire plaisir à son professeur de langues mortes. A six ans, pour faire plaisir à sa mère, elle joue du piano en sourdine pour ne pas déranger son père. Et à sept ans, elle sait tout sur tout pour faire plaisir à tout le monde.

Les années passent, et Princesse-Perfection devient une jeune fille parfaitement élégante, cultivée et obéissante pour le plus grand plaisir du roi ».

En cherchant à être parfaite, et donc à satisfaire les désirs de tous pour apparaitre parfaite à leurs yeux, la princesse perd de vue ce qu’elle désire elle. Mais sur les conseils de sa mère, elle choisit une nouvelle marraine pour ses 16 ans, qui la débarrasse de ce don de perfection beaucoup trop encombrant et souligne qu’elle est naturellement capable de nommer ses désirs et choisir ce qui est bon pour sa vie.

« Tu feras des erreurs, sans conte, mais tu recommenceras forte de ton expérience. Tu échoueras parfois, mais tu réussiras aussi. »

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Elle s’autorise alors à créer selon ses désirs et à être fière de ses créations, même si la robe qu’elle coud n’est pas parfaite et qu’elle a raté l’ourlet. Elle s’autorise à vivre SA vie.

Cet album insiste sur le fait que savoir ce que l’on désire, être capable de faire des choix et de les faire pour soi et pas seulement pour les autres, c’est beaucoup plus important qu’être parfaite au regard des autres. Quelque chose de très important à rappeler à nos enfants, et peut être encore plus aux filles à qui on a tendance à apprendre à « faire plaisir ». On s’éloigne donc fortement de l’image de perfection finalement très artificielle des princesses.

On retrouve, pour le reste de l’histoire, les classiques des contes : des fées marraines, une reine qui meurt trop tôt, une marâtre, et pour finir un mariage heureux avec un prince charmant. Et, le plus gênant à mes yeux au niveau des stéréotypes de genre, une femme qui sacrifie son indépendance et son pouvoir par amour alors que l’homme ne renonce à rien.

J’ai cependant apprécié, à la fin de l’histoire,

La princesse vécut encore quelques années au château avec son père, sa belle-mère et ses demi)frères et soeurs. Entre elle et Margareth ce ne fut jamais le grand amour, mais au fil du temps chacune finit par trouver sa place afin de vivre en bonne entente.

Une chronique de cet album sur Ricochet.

Les maîtres et les maîtresses (on progresse, 9)

Je ne consacrerai pas d’article ici aux attentats de Paris, parce que ce n’est pas le lieu pour le faire. Si vous chercher des ressources pour en parler à vos enfants, les cahiers pédagogiques en ont réunies ici.  A mes yeux, il faut être aujourd’hui encore plus qu’hier attentif à être ouverts à une société plus diverse, et au respect de chacun de ses membres, et ce afin de « répondre » à la fois au terrorisme et aux militants d’extrême droite qui tentent de récupérer la question à coup d’islamomphobie.

Alors aujourd’hui, je fais une pose dans ma série sur les princesses et je reprends ma catégorie « on progresse » qui a pour but de présenter des livres qui prennent soin de présenter des situations non sexistes et non stéréotypées, alors même que ce n’est pas le sujet principal de l’album.

Aujourd’hui, des extraits d’un documentaire de Stephanie Ledu et Magali Clavelet, les maîtres et les maîtresses dans la collection « mes p’tits docs » chez Milan, 2015. Le titre même qui présente maîtres et maîtresses à égalité se détache de la production actuelle sur le sujet, où l’enseignant est quasiment toujours une maîtresse.

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Dans cet album, il y a (aussi) des pères qui emmènent leur enfant à l’école. Et c’est un homme qui a un peut être un peu peur. Dans cette école, les enfants ont toutes les couleurs de peau. Et cette diversité est importante afin que tous les enfants puissent se retrouver et retrouver leur environnement dans ce livre. (une enseignante est également racisée).

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Dans cet album, les hommes aussi apportent le café et préparent le repas pendant que leur femme travaille.

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Ici, le maître console alors que la maîtresse représente l’autorité :

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Et on évoque aussi la vie de famille hors du travail des hommes :

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Et pour finir, on propose aux filles comme aux garçons de jouer au maître et à la maîtresse.

Alors sur le sujet, c’est un petit documentaire qui fait du bien.

Quant au contenu du documentaire, il est plutôt bien fait mis à part qu’il insiste un peu trop à mon goût sur les règles, l’autorité et les punitions.

Y’a-t-il des princesses moches ?

Des princesses toujours belles

S’il y a un stéréotype qui a la peau dure, c’est bien la beauté des princesses ! Même dans les livres qui remettent en cause les clichés, même quand elles sont rebelles, vivantes, actives, etc, les princesses restent toujours belles. Certes, une des princesses de Riquet à la Houppe est laide, mais elle restera seule et il épousera la jolie princesse sans esprit.

On peut tempérer en disant qu’on trouve parfois certaines princesses moches dans l’illustration. On m’a cité la princesse Finemouche ou la princesse Dézécolle, qui n’apparaissent pas forcément comme belles. Mais elles ne sont pas présentées comme laides dans le texte, ou perçues comme telle par leur entourage.

Certaines princesses sont momentanément rendues laides par un sortilège ou un déguisement (Peau d’âne, la jolie petite princesse de Nadja, etc) mais retrouvent leur beauté.

Des princesses vraiment laides, je n’en ai trouvé que trois. Autant dire que cela pèse peu sur l’énorme production des albums de princesses.

L’horrible petite princesse de Nadja (Ecole des loisirs, 2005) :

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Elle est horrible tant au niveau de son apparence, comme le montre la présence du miroir, que de son caractère, comme le montre le martinet qu’elle tient  la main. Et elle s’en réjouit !

Nadja et Solotareff ont également inventé une soeur très moche à la Belle au bois dormant dans la laide au bois dormant (Ecole des loisirs, 1991) dans leurs Anticontes de fées. Celle-ci est rejetée par sa mère à la naissance. Mais pourra vivre libre et heureuse pendant le sommeil de sa soeur et du reste du château (et transformera sa mère en pou).

Princesse moche, une BD de Jean-Christophe Mazurie (P’tit Glénat, 2009), que je n’ai pas eu l’occasion de feuilleter.

Des princesses en salopettes

Si les princesses restent belles, certaines prennent en revanche leurs distances avec les robes, pierreries et autres habits de princesses qui ne sont franchement pas pratiques.

C’est parfois accidentellement. Dans la princesse et le dragon de Robert Munsch et Michael Martchenko (Talents Hauts, 2005), la princesse Elisabeth est « somptueusement vêtue » jusqu’à ce qu’un dragon brûle tous ses vêtements, détruise son château et enlève son fiancé.

Elisabeth décida de poursuivre le dragon et de sauver Ronald. Elle chercha autour d’elle de quoi s’habiller mais tout ce qu’elle pu trouver fut un sac en papier épargné par le feu. Alors elle revêtit le sac en papier et suivit le dragon.

Mais le renoncement aux tenues princières est la plupart du temps volontaire. Dans Même les princesses doivent aller à l’école de Susie Morgenstern (Ecole des loisirs, 1992), la princesse Alystère se rend vite compte que ses vêtements ne sont pas adaptée à la vie d’une petite écolière :

Son retour à la maison causait des drames. Ses broderies majestueuses étaient déchirées, ses escarpins en soie étaient pleins de boue, sa houppelande était éclaboussée. sa mère disait chaque jour « Tu ne retourneras plus à cet endroit, Ce n’est pas pour une princesse » (…) « Au contraire, Mère. Levez-vous s’il vous plait. Il faut que vous veniez m’acheter des tennis. Je ne peux pas courir avec ces maudits escarpins » (…) Alystère élimina la crinoline et courut ainsi beaucoup mieux avec les tennis, mais sa jupe l’empêchait d’améliorer son record. (…) Sa mère accepta petit à petit de lui acheter un jean, des pulls, des chaussettes et tout l’attirail des non-princesses. »

Léontine, princesse en salopette (de Séverine Vidal et Soufie, les P’tits Bérêts, 2011) explique :

« J’ai jeté à la poubelle mes pantoufles de vair, mes robes de bal à dentelle et mes manteaux brodés au fil d’or. Adieu vêtements ridicules de princesse. Maintenant, je ne porte plus que mon tee-shirt tête de mort, ma salopette en jean pour être à l’aise quand je grimpe aux arbres et mes bottes avec des grenouilles vert flou dessus ».

Quand à la princesse Finemouche (Babette Cole, Seuil Jeunesse, 1986), elle passe de la salopette à la tenue de motarde.

princesse finemouche moto

Ces princesses se débarrassent cependant rarement de leur couronne. Sinon, comment saurait-on qu’elles sont des princesses ?

« Tout le monde aurait oublié qu’Alystère était une princesse s’il n’y avait eu la minuscule couronne qu’on lui avait offerte à sa naissance et qui restait en permanence sur sa tête, perchée en haut comme si elle y était collée ». (Même les princesses doivent aller à l’école)