Mois: juin 2014

Les liens de la semaine (29 juin 2014)

On reparle, comme les semaines précédentes, des ABCD de l’égalité. Cette fois, leur abandon semble acté, et cela a provoqué de nombreux articles et réactions. On commence avec une vidéo de Benoît Hamon qui noie un peu le poisson en disant que la lutte contre les stéréotypes est indispensables mais sans rien de concret. On poursuit avec un article des Nouvelles News, un article de Clémentine Autain dans Regards, et un article du Monde qui souligne que le bilan de l’expérimentation est positif. Sur Rue89, c’est un prof qui souligne le machisme ordinaire des élèves et l’importance des ABCD de l’égalité pour faire évoluer les mentalités. Benoît Hamon et Najat Vallaud-Belkacem promettent des annonces demain, affaire à suivre !

 

J’avais déjà souligné ici que la bibliothèque municipale de Lyon propose de nombreuses ressources en ligne intéressantes. En voici une nouvelle : un article parlant de la sexualité dans la production éditoriale pour ados (documentaires, romans…) par Point d’acte :

La production actuelle en littérature de jeunesse, documentaires et fictions confondus, présente certaines limites lorsqu’il s’agit d’aborder la question de la sexualité, tant dans la forme que dans le fond. Cependant, à l’instar de l’ensemble des domaines auxquels peuvent s’intéresser les éditeurs et les auteurs produisant des ouvrages à destination d’un jeune public, de nombreuses évolutions sont à constater ces dernières années. Les propos, les formats et les modes d’expression apparaissent de plus en plus libres. Ainsi, si certains thèmes restent encore timidement abordés, il faut tout de même constater un élargissement intéressant des contenus.
L’ensemble de ces ouvrages, en participant à l’éducation sexuelle des lecteurs, permet à ces derniers d’accéder à une compréhension personnelle et mutuelle indispensable. Outre le simple fait de tenter d’accompagner les jeunes vers une sexualité épanouie, il s’agit également de mener à l’égalité entre les sexes, à la lutte contre les violences sexuelles et à l’élimination des discriminations.

 

Un auteur anglais, Jonathan Emmett, explique que l’illettrisme des garçons et leur désintérêt pour les livres, c’est de la faute des femmes qui choisissent des livres à leur goût et pas des livres de pirates ou d’astronautes. Voici un article en anglais et un article en français.

Et pour finir, un petit compte-rendu par Marine Bouiller d’une journée d’étude de 2012 intitulée « Etre une fille, être un garçon dans la littérature de jeunesse (1970-2012) et en particulier un compte-rendu du livre Les mangados, lire des mangas à l’adolescence de Christine Détrez.

 

Retrouvez  les liens au fil de la semaine sur la page facebook du blog et sur twitter ! Bonne lecture.

Poka et Mine, le football par Kitty Crowther

Poka et Mine sont les héros d’une série d’album de Kitty Crowther, deux insectes que l’on suit dans leur vie quotidienne, à la pêche, au musée ou au cinéma. Il s’agit d’un père et de sa fille :

Ça me plaisait de nouveau de raconter une histoire monoparentale. Il y en beaucoup d’histoires très belle qui fonctionnent sur ce principe en Suède. Cela ne veut pas forcément dire que le père ou la mère est absent. Mais la relation que mon fils a avec moi n’est pas la même que celle qu’il a avec son père. Et dans l’histoire de Poka & Mine, je voulais raconter une histoire de père et de fille. (source)

L’opus qui nous intéresse ici, c’est « le football » :

poka et mine football

Poka & Mine, le football de Kitty Crowther (Pastel, 2010). Existe en lutin poche (l’école des loisirs, 2012).

Un beau jour, Mine annonce à Poka qu’elle veut faire du foot :

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Poka va donc accepter sans difficulté d’inscrire sa fille au foot et de lui acheter le matériel nécessaire. Mais au club, elle est la seule fille. Elle débute, et les garçons se moquent d’elle. Elle doit attendre que les douches soient disponibles, et se retrouve seule.

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Mais elle ne se laisse pas abattre. Elle décide de s’entrainer dur, seule chez elle, pour s’améliorer. Et bien sûr, c’est grâce à elle que l’équipe va finalement gagner le match.

Le livre se termine par un écho au début :

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On a donc ici une petite fille bien consciente des stéréotypes qui pèsent sur ces deux activités, mais qui est bien décidée à ne pas en tenir compte pour faire ce qui lui plait à elle. L’auteure, cependant, ne masque pas les difficultés, les moqueries. Est-ce qu’un débutant arrivant dans un club serait moquée comme Mine, à qui on reproche dès le premier jour de mal jouer ? Et l’isolement surtout.

Mais à force de persévérance et d’enthousiasme, Mine sera montrer qu’elle est tout à fait capable de bien jouer au foot et sera donc acceptée dans l’équipe.

Poka est un père attentionné, qui s’il tend à véhiculer des stéréotypes (« c’est un sport de garçon »/ »c’est un sport de filles », il veut aller « dire deux mots à l’entraineur » et donc défendre sa fifille), respecte les choix et les décisions de Mine. leur complicité, le respect qu’il y a entre eux est manifeste.

On retrouve dans ce livre les dessins délicats de Kitty Crowther, au crayon de couleur, que j’aime beaucoup. Mais comme je le disais à propos d’un autre de ses livres sur mon blog perso, sous cette apparente simplicité on découvre une grande richesse et beaucoup de détails.

Pour en savoir plus, on en parle aussi sur Ricochet, lire aux enfants, enfantillages, le blog de la librairie Comptines, et on trouve des pistes pédagogiques pour l’utiliser en classe ici.

PS : le choix de ce titre n’a rien à voir avec l’actualité footballistique. C’est juste que je l’ai pris à la bibliothèque il y a un moment (doux euphémisme) et qu’il faut vraiment que je le rapporte !

Les liens de la semaine (22 juin 2014)

Cette semaine :

Héro(ïne)s, une exposition de BD qui « propose d’illustrer et de faire réfléchir à la disproportion des représentations – personnages féminins/ personnages masculins- au sein de la BD, en demandant à des dessinatrices et dessinateurs d’imaginer et de réaliser la représentation féminine d’un héros de BD de leur choix » et qui a lieu du 16 au 30 juin à la mairie du 4e arrondissement de Lyon. Pour les non lyonnais(es), un tumblr réunit les dessins (et on peut y contribuer en proposant un dessin). Ca donne ça, par exemple :

astérix et cléopatre détourné maléfice koinséochato (Catel et B-gnet)

Vous trouverez ici une analyse par des membres du labo GenERe et du laboratoire junior Sciences Dessinées. On y parle BD franco-belge, mangas, comics, tenue des héroïnes, demoiselle en détresse, syndrome de la schtroumpfette…

 

Depuis quelques temps, on parle de menace sur les ABCD de l’égalité (j’en ai déjà parlé ici et ). Elle semble se préciser. L’express a annoncé que l’ABCD de l’égalité allait être enterré. Cela a été relayé (entre autres), par médiapart (dans un article réservé aux abonnés). Véronique Soulé propose une analyse intéressante de la situation ici :

Benoît Hamon « n’est pas chaud à l’idée de généraliser tel quel le dispositif (…). Mais sur les principes et le bienfondé de la cause, Benoît Hamon assure qu’il n’est pas prêt à transiger. Au contraire. Preuve est faite, selon lui, que l’école reproduit les clichés, générateurs d’inégalités filles-garçons. Elle a donc un rôle clé à jouer dans la lutte contre ces stéréotypes et dans la transmission d’une « culture de l’égalité ».  Simplement, cela peut se faire autrement: par une formation de tous les enseignants – et non plus seulement les volontaires des ABCD – afin d’éviter qu’ils reproduisent des biais,  y compris dans leurs comportements à l’égard des élèves filles et garçons, et par un enseignement qui serait, en conséquence, revu au travers de ce prisme. (…) inutile d’être naïve, il s’agit bien d’une reculade (…). Côté face, il est difficile de conclure qu’il s’agit d’un « enterrement » pur et simple. »

Dans le monde, un collectif a signé une tribune demandant la généralisation des ABCD de l’égalité. Elle a été signée, entre autres, par Osez le féminisme ou Catherine Vidal. Benoît Hamon devrait faire une annonce sur le sujet début juillet.

 

Je vous avais déjà parlé de la campagne « let’s books be books » en Angleterre, qui lutte contre la littérature genrée. L’association « Lets toys be toys » qui a lancé cette campagne réunit sur twitter de nombreuses photos, certaines qui pourraient illustrer un article « on progresse », et beaucoup qui pourraient illustrer ma catégorie « vive les stéréotypes » : ici ou .

 

Et sur les blogs de littérature jeunesse, la mare aux mots parle de Fille ou garçon ? de Sabine de Greef et Fleur dont on peut voir les premières pages ici. J’en profite pour vous redonner le lien de leur sélection de livres « pour casser les clichés sexistes ».

Retrouvez  les liens au fil de la semaine sur la page facebook du blog et désormais sur twitter ! Bonne lecture.

Achat de livre pour enfants : choix des livres et genre (on progresse ? 7)

Lu dans une « étude de lectorat » lancée par Babelio intitulée « Littérature jeunesse, qui sont les prescripteurs ? »

J’ai envie de voir le verre à moitié plein. 3 personnes sur 4 ne prennent pas en compte le genre de l’enfant à qui ils vont offrir un livre.

 

Mais j’ai quelques réserves.

Déjà, une personne sur 4 qui choisit d’offrir un livre selon le genre du destinataire, c’est (encore ?) beaucoup trop.

Et puis le panel n’est pas forcément représentatif. Il s’agit ici d’un questionnaire envoyé aux membres du site Babelio, et ont répondu majoritairement des femmes (84,4%), plutôt jeunes (28% entre 18 et 34 ans), grosses lectrices et lisant surtout des romans jeunesse.

Et surtout, l’achat genré n’est pas forcément conscient. Il s’agit là d’un questionnaire purement déclaratif. Mais mon expérience personnelle me pousse à dire qu’il y a peut être un décalage entre le choix conscient et la réalité. Il y a 2 ou 3 ans, j’aurais affirmé en toute bonne foi que « mes choix de livres ne différaient pas » selon le genre de l’enfant. Mais une réflexion plus poussée sur le sujet ces dernières années m’a montré qu’il était en fait extrêmement difficile de ne pas être influencée par le genre de l’enfant à qui on destine le livre. J’ai ainsi réalisé que sans en être consciente, je proposais plus volontiers un livre sur les voitures à un garçon qu’à une fille. Et qu’il ne me serait même pas venue à l’idée de proposer de la chick litt’ à un garçon. Et même aujourd’hui, je trouve cela très compliqué de me détacher complètement des stéréotypes de genre.

D’ailleurs, quand un parent me demande conseil de livre pour ses enfants, il me dit systématiquement « c’est pour un garçon de tel âge » « c’est pour une fille de tel âge ». Il faut presque toujours que je demande pour avoir d’autres informations pourtant plus pertinentes (goûts en terme de livre, niveau de lecture…).

Les liens de la semaine (15 juin 2014)

On commence avec l’analyse sur Twitter de Comment plaire aux garçons et de Comment plaire aux filles par @SaptePupici et @FloZ. Je les ai rajouté en lien dans mon article sur Comment plaire aux garçons.

Je je vous parlais la semaine dernière des menaces sur l’ABCD de l’égalité, les reacs en profitent pour attaquer à nouveautés ABCD et les nouvelles news publient un article sur le sujet.

Une sélection de livres contre le sexisme en littérature jeunesse par la librairie Ombres blanches à Toulouse.

Et des articles sur deux albums antisexistes, Salut ! de Perrine Dorin par Claire et Votez Victorine de Claire Cantais dans le cabas de Za.

Technique de séduction pour adolescentes (Vive les stéréotypes, 11)

Samedi, je suis allée faire un tour à la Fnac, chose que j’évite en général. En passant devant les présentoirs pour ados, j’ai été contente d’y trouver « les mots indispensables pour parler du sexisme » de Jessie Magana et Alexandre Messager. Et puis j’ai jeté un coup d’oeil aux titres des livres d’à côté…

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Et j’aurais pas du. Voilà quelques extraits de Comment plaire aux garçons, et surtout à l’un d’entre eux de Stephane Clerget illustré par Soledad Bravi (Limonade, 2014).

Je l’ai feuilleté très rapidement. Mais cela m’a suffi pour y relever quelques perles. On commence par un conseil donné par une fille pour plaire aux garçons :

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Un très bel exemple des injonctions contradictoires que subissent les filles et les femmes : être mince mais pas trop, intelligente mais pas trop, rigolote mais pas trop, coincée mais pas trop… Et surtout, ne pas être une « fille facile », c’est le mal.

Certes, on pourra dire que ce sont les propos d’une adolescente et pas ceux de l’auteur. Mais il n’y a pas de prise de distance avec ce témoignage. Et les propos de l’auteur ne valent parfois pas mieux. J’ai un faible pour la psychologie de la coupe de cheveux :

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Dans le genre « l’important n’est pas de découvrir ce qui te correspond le mieux mais de plaire aux garçons » « je fais de la psychologie à 2 balles » et « vive les injonctions contradictoires », ce passage est pas mal, non ?

L’auteur, Stephane Clerget, psychiatre spécialiste de l’adolescence, s’est exprimé à propos des stéréotypes filles/garçons dans le figaro. Ca vaut son pesant de cacahouètes.

Pourquoi les garçons sont meilleurs en math ? « Il y a sans doute plusieurs explications. L’imprégnation d’hormones mâles sur le fœtus influe sur le cerveau, ce qui explique les différences – certes beaucoup moins nombreuses qu’on ne l’a longtemps cru – entre le cerveau des garçons et celui des filles. Cette imprégnation hormonale favorise l’agressivité des garçons, ce qui encouragerait leur esprit cartésien. » (il n’a probablement pas entendu parler de cette expérience). « Et pourquoi les garçons jouent-ils à la guerre et pas les filles? Lorsqu’ils réalisent, vers 4 ans, qu’ils ne pourront jamais avoir un bébé dans leur ventre, qu’il ne pourront pas donner la vie, c’est un drame. Ils décident alors de donner la mort, qui est un pouvoir équivalent à celui de donner la vie. Voilà des explications psychologiques qui ne sont pas liées à l’éducation mais bien à la réalité biologique. »

 

EDIT : @SaptePupici en a fait un compte-rendu de lecture sur twitter, qu’on peut trouver ici.

Documentaires antisexistes pour ados chez Syros

Il y a quelques jours, je vous parlais de la fabrique des filles de Laure Mistral, passionnant documentaire sur l’éducation genrée. Il s’inscrit dans une collection intitulée « Femmes ! » dont j’avais envie de vous parler aujourd’hui.

La collection « Femmes ! » est construite sur le modèle de la collection « j’accuse ! », à partir de témoignages. Elle a pour but « d’amener chaque lecteur – fille, femme, garçon ou homme – à s’engager dans les grands combats pour l’égalité entre femmes et hommes ». Elle est dirigée par Philippe Godard et certains titres sont publiés en partenariat avec le mouvement français pour le planning familial (MFPF).

Dans un entretien, Sandrine Mini, directrice des éditions Syros, en parle ainsi :

Je souhaitais depuis plusieurs années développer des collections de livres qui puissent aider à lutter contre le sexisme et les discriminations de genre. (…) Nous sommes nombreux à être inquiets par la recrudescence des collections spéciales « filles » et spéciales « garçons » qui, au lieu de promouvoir la mixité, renforcent de manière scandaleuse des stéréotypes déjà trop ancrés dans les mentalités. Lorsque Elise Thiébaut et Agnès Boussuge, auteures du « J’accuse ! » sur l’excision Le pacte d’Awa, m’ont fait part de leur envie (et de l’urgence) de voir naître, enfin, une collection entièrement consacrée aux questions d’égalité entre les hommes et les femmes, il a paru évident que Syros était la maison qui pouvait et devait se lancer dans une telle entreprise. J’ai donc décidé de reprendre le nouveau modèle de « J’accuse ! » (témoignages et documents), et de publier cette série de titres sous le nom de « Femmes ! » pour qu’ils soient immédiatement identifiables. Contrairement à « J’accuse ! », les titres « Femmes » n’ont pas tous vocation à dénoncer les violations de droits humains mais ils s’attachent, en donnant matière à débat, à démontrer l’importance d’un combat pour l’égalité des sexes. Philippe Godard a accepté de prendre la direction de ces titres et nous avons confié la rédaction des deux premiers ouvrages à Elise Thiébaut et Agnès Boussuge. Il s’agit de Si j’étais présidente, Des femmes en politique et J’appelle pas ça de l’amour, La violence dans les relations amoureuses.

Parmi les titres existants, on trouve donc La fabrique des filles, en version papier ou en version numériquele droit de choisir, un livre numérique sur l’avortement en France et dans le monde. Deux titres plus anciens sont épuisés, mais sans doute trouvables en bibliothèque : si j’étais présidente, sur les femmes en politique, et j’appelle pas ça de l’amour, la violence dans les relations amoureuses. On peut y ajouter un titre de la collection « j’accuse ! » le pacte d’Awa, pour en finir avec les mutilations sexuelles, lui aussi épuisé. Il ne semble plus y avoir de publication dans cette collection.

Mais les éditions Syros viennent de publier dans une autre collection les mots indispensables pour parler du sexisme de Jessie Magana et Alexandre Messager. Il s’agit là encore d’un documentaire pour les ados et les adultes. Il est décrit ainsi sur le site de l’éditeur :

Le sexisme est plus que jamais d’actualité. Même si notre société a évolué, l’égalité entre les hommes et les femmes, entre les filles et les garçons, est loin d’être réalisée. Nous sommes encore prisonniers de nos clichés, de nos stéréotypes sexistes. Ils peuvent avoir de lourdes conséquences et nous empêchent de nous réaliser pleinement. Parler du sexisme, c’est tenter de le comprendre pour mieux le combattre. Tel est l’objectif de ce livre, qui, sous la forme d’un abécédaire en 60 mots, décrypte tous les aspects du sexisme, passés et présents : de « Amazones » à « Zizi/Zézette », en passant par « Beauté », « Égalité des sexes », « Foot », « Manuels scolaires », « Violences »…

mots indispensables pour parler du sexisme

Je n’ai pas encore eu l’occasion de le lire, j’espère que ça sera le cas rapidement, mais j’en ai entendu beaucoup de bien et les extraits que j’ai lus ici (merci Syros pour les extraits en ligne) m’ont semblé très prometteurs. Si vous voulez en savoir plus, il y a eu un article dans Ouest France. Et sur les blogs, la mare aux mots, les livres de Georges, Lireado, le bateau livre, le blog des ados de Mollat.

Les auteurs ont été invités dans l’émission « Tous les chats sont gris » sur France inter. Jessie Magana, auteure engagée, a publié de nombreux livres autour des droits des femmes (Comment parler de l’égalité filles-garçons aux enfants, Riposte ! comment répondre à la bêtise ordinaireGisèle Halimi non au viol !…). Elle a été l’invitée de l’émission « Ecoute, il y a un éléphant dans le jardin » du 14 mai (que j’avais déjà mis dans ma sélection de liens du 25 mai) et elle est super à écouter. On trouve également un entretien avec elle ici.

Les liens de la semaine (8 juin 2014)

Cette semaine :

– un entretien avec Jessie Magana sur le site Breizh Femmes. Elle y parle de ses livres, mais aussi de ses actions auprès des scolaires, des éducateurs :

 « J’envisage vraiment ces livres comme un point de départ ; ce qui m’intéresse c’est d’intervenir auprès de parents ou de professionnels, dans les classes, etc. (…) On peut semer des graines à n’importe quel âge mais c’est vrai que pour moi, l’idée c’est vraiment d’impliquer les parents, les enseignants et les éducateurs, dès la petite enfance. C’est par la construction des rôles dans la toute petite enfance – le petit garçon qui joue aux petites voitures, la petite fille qui joue à la poupée – qu’on développe des capacités et des aptitudes différentes qui ensuite vont induire un conditionnement pour choisir tel ou tel métier. Il ne s’agit pas de stigmatiser ; on est tous, et moi aussi, conditionnés par notre identité sexuée ! »

– l’ABCD de l’égalité sera-t-il toujours d’actualité à la rentrée ? Après un article du Figaro qui évoquait la « gêne » de Benoit Hamon, ministre de l’éducation nationale, par rapport à ces ABCD, un article de Madmoizelle défend vigoureusement ces ABCD en rappelant, grâce à de nombreux liens et références, l’importance d’éduquer à l’égalité dès le plus jeune âge, et le rôle de l’école. Un article à mettre entre les mains de tous ceux qui veulent en savoir un peu plus sur les conséquences du sexisme en France, et sous les yeux de tous ceux qui nient les conséquences voir l’existence de ce sexisme. Un article du monde « le gouvernement cherche une issue pour les ABCD de l’égalité » analyse la chose du point de vue politique. Et pour celles et ceux qui veulent en savoir un peu plus sur l’ABCD de l’égalité, j’ai mis des liens intéressants à la fin de cet article.

– L’émission « l’as-tu lu mon petit loup », émission sur la littérature jeunesse sur France Inter, était le dimanche 1er juin consacré à « la déclaration des droits des filles » et « la déclaration des droits des garçons » d’Elisabeth Brami et Estelle Billon-Spagnol (Talents Hauts). On peut la réécouter ici.

Et retrouvez toujours les liens sur la page facebook du blog ! Bonne lecture.

Histoires de filles, histoires de garçons, comment font les parents ? (vive les stéréotypes, 10)

Entendu récemment par mon amoureux lors d’une conversation avec une mère de trois filles :

« Mais ça doit être compliqué d’avoir une fille et un garçon. Par exemple, le soir, quand tu choisis l’histoire que tu racontes, tu fais comment ? Tu vas pas lire une histoire de fille à un garçon ! »

La fabrique des filles de Laure Mistral

La fabrique des filles est un documentaire de Laure Mistral à destination des adolescents qui a pour sous-titre « Comment se reproduisent les stéréotypes et les discriminations sexuelles ».

fabrique des filles

Ce livre  s’ouvre par une partie « témoignages ». On y trouve des entretiens avec 4 adolescentes de 14 à 18 ans à propos de la féminité, de la différence fille/garçon, de l’avenir… Il s’agit là de filles qui ne sont pas forcément militantes ni même féministes, mais qui s’interrogent sur le sujet. Il est intéressant de noter que ce qu’elles soulignent le plus, quand on parle de différence entre les filles et les garçons, c’est la plus grande liberté qu’on laisse aux garçons par rapport à elles. On trouve ensuite des entretiens avec des femmes plus âgée : une femme d’une trentaine d’année qui aborde la maternité, l’éducation des enfants et la conciliation vie familiale / vie professionnelle et une femme d’une cinquantaine d’années qui revient sur l’évolution ces dernières années et qui considère qu’on est en pleine régression.

On trouve ensuite 70 pages de « dossier » qui vont démontrer de manière systématique qu’on éduque différemment les filles et les garçons et qu’on fabrique ainsi des différences entre les sexes. Ce dossier est divisé en 7 parties :

  • la fabrique scientifique des filles. On s’intéresse alors au cerveau, on parle de plasticité cérébrale (le cerveau se développe en fonction du vécu et des expériences de l’individu), au rôle (surévalué) des hormones, au mythe de l’instinct maternel.
  • la fabrique familiale des filles, ou comment les parents interprètent différemment les comportements de leur bébé selon son sexe puis éduquent différemment filles et garçons.
  • la fabrique médiatique des filles : « on aurait pu penser que la multiplication des images et des supports permettrait la diffusion d’une plus grande diversité de représentations, de modèles ou de rêves. Or il semblerait au contraire qu’ils renforcent une vision très stéréotypée des sexes et que, si leurs messages sont parfois contradictoires, ils ne s’annulent pas mais au contraire se cumulent pour imposer aux filles une image toujours plus contraignante : il faut être à la fois sage et sexy, drôle mais discrète, à la mode mais sans ostentation, battante mais réaliste… »
  • la fabrique scolaire des filles s’intéresse aux différences de traitement entre filles et garçons au sein d’une classe, au mythe selon lequel les garçons sont matheux et les filles littéraires, à l’orientation et aux études…
  • la fabrique professionnelle : la séparation entre métiers « féminins » et métiers « masculins », le plafond de verre, l’inégalité salariale, les temps partiels imposés…
  • la fabrique politique : la sous-représentation des femmes dans le monde politique et le machisme de ce milieu, mais aussi les femmes dans les syndicats ou les associations
  • la fabrique sociale des filles : la violence faite aux femmes, les religions patriarcales…

On trouve ensuite une partie « entretiens » :

  • un entretien avec Catherine Monnot, anthropologue, à propos de la préadolescence et de l’adolescence face aux médias
  • un entretien avec Christine Bard, historienne, à propos, entre autres, de la séduction, des vêtements et de la situation du féminisme dans la France contemporaine
  • un entretien avec Marie Duru-Bellat, sociologue spécialiste de l’école
  • un entretien avec Françoise Héritier, anthropologue

Enfin, une partie « ressources » propose une bibliographie, une filmographie et la présentation brève de quelques associations féministes.

 

J’ai vraiment trouvé cet ouvrage passionnant et très utile. On pense bien sûr à Du côté des petites filles d’Elena Belotti, mais en beaucoup plus accessible et avec des données actualisées.

Si j’avoue être passée un peu rapidement sur la partie « témoignages », j’ai vraiment apprécié la partie « dossier » qui analyse les différents aspects de la question tout en montrant bien qu’ils sont interconnectés. La démonstration est limpide, se lit très facilement, mais s’appuie sur de nombreuses études. J’ai vraiment apprécié que les exemples soient nombreux, concrets et chiffrés. On y apprend par exemple que si les femmes représentent 57% des employées de la fonction publique, elles ne sont plus que 13,4 % dans les emplois de direction ou d’inspection. Que pour un même emploi, les femmes sont surdiplômées par rapport aux hommes. Que les femmes consacrent deux fois plus de temps par semaine que les hommes aux tâches ménagères et que cette inégalité s’accentue avec l’arrivée des enfants. Que lorsqu’on interroge les parents sur les futurs métiers de leurs enfants, ils souhaitent des horaires souples pour leur filles dans 44% des cas mais seulement dans 19% des cas pour leur fils. Que si l’on s’intéresse aux enseignants, on constate que plus de 80% des enseignants du primaires sont des femmes, elles sont 57% dans les collèges et les lycées et plus que 37% dans l’enseignement supérieur. On peut parfois déplorer des affirmations un peu rapides, mais le sujet est tellement vaste que je le trouve bien synthétisé !

Les entretiens permettent à des chercheuses de vulgariser leurs propres recherches mais aussi à ces femmes engagées de présenter leur réflexion sur la société actuelle. C’est la partie où j’ai appris le plus de choses.

Ce livre s’adresse aux adolescents, mais il me semble parfaitement adapté pour des adultes qui souhaitent une première approche du sujet ou avoir des arguments chiffrés et sourcés. Il faudrait le faire lire à tous les parents qui disent « mais non, maintenant on élève tous les enfants de la même façon » et qui ensuite offrent une poupée à leur fille et une voiture à leur fils.

Il serait vraiment intéressant d’avoir bientôt une « fabrique des garçons », qui n’apparaissent qu’en creux ici.

 

Vous pouvez feuilleter ce livre ici et en découvrir de nombreux passages, et Radicale le présente . Il existe en format papier (13,50 euros), mais aussi en livre numérique (9,49 euros) que vous pouvez acheter ici.

Et moi, très vite, je vous prépare une présentation de la collection « Femmes ! » de chez Syros dans laquelle cet ouvrage s’inscrit.