Kaleidoscope

Parler d’égalité filles/garçons avec des CM2

J’ai eu l’occasion récemment d’intervenir dans deux classes de CM2 pour parler d’égalité filles garçons. Et j’ai eu envie de vous parler un peu de mon intervention, même si c’était une première expérience et qu’elle est largement perfectible.

J’avais demandé qu’une instit demande aux élèves de sa classe, de me dessiner « une fille et un garçon », sans plus de consigne que ça. Le but c’était de partir de leurs représentations (et j’en ai tiré plein d’enseignements).

On a démarré de deux façons différentes. Dans la première classe, je leur ai proposé d’écrire dans deux colonnes ce qui d’après eux était « pour les garçons » ou « pour les filles ». Quelques uns ont lu ce qu’ils avaient noté. Cela concernait essentiellement les tenues vestimentaires et les métiers. Ensuite, j’ai demandé : « est-ce que vous pensez que les filles peuvent faire tout ce qui est dans la colonnes « pour les garçons » et inversement ? On m’a dit oui pour presque tout. Sauf pour « porter une robe » pour les garçons et certains métiers physiques pour les filles (maçon, bucheron, forgeron).

Dans la seconde classe, je leur ai proposé certains dessins et leur ai demandé : est-ce qu’on reconnait tout de suite qui sont les filles et qui sont les garçons. Est-ce qu’on le voit du premier coup d’œil ? Comment ?

Le rose, les cheveux longs, les robes pour les filles, les couleurs plus sombres, les cheveux courts, la barbe pour les garçons.

 

J’ai ensuite demandé s’ils pensaient que ces différences étaient naturelles. Et s’ils pouvaient me donner des exemples de différences naturelles entre les hommes et les femmes. Dans une des classes, un des élèves m’a répondu que les garçons avaient les cheveux courts et les filles les cheveux longs. On a donné des contre exemples.

Et on en est venus aux différences biologiques entre les hommes et les femmes. Quelles sont elles ? Dans la première classe une fille m’a immédiatement donné l’exemple des règles, et tout a été dit naturellement. Cependant, s’ils connaissaient le mot « pénis », le mot « vulve » leur était inconnu. Dans la seconde classe, il y a eu d’abord une grosse réserve pour parler du corps. Quand j’ai demandé ce qu’avaient les femmes que les hommes n’avaient pas, une gamine a montré sa poitrine sans oser prononcer le mot « seins ». Alors que je parlais de ça, un gamin ricanait, et son copain le reprenait en disant « mais c’est pas drôle !! ». Je suis alors intervenue en disant que parfois on riait pour cacher sa gène et que ça ne me posait pas de problème que quelqu’un rie tant que ce n’était pas de la moquerie. Un garçon a dit le mot pénis. Quand j’ai demandé s’ils savaient comment s’appelait le sexe de la femme, le premier mot qui a été dit, c’est « la fleur ». Puis une des filles m’a répondu « l’utérus ». J’ai donc expliqué que l’utérus était une petite poche à l’intérieur, où un bébé pouvait se développer si la femme le voulait, et que le passage qui le reliait à l’extérieur s’appelait le vagin. A ce moment là, une petite fille a osé dire le mot vulve. C’était important à mes yeux de leur donner ce vocabulaire, des mots qui ne soient ni enfantins (zizi, zezette) ni vulgaires.

Tout ça pour arriver aux notions de sexe et de genre, même si je n’ai pas utilisé les mots :

Capture d’écran 2019-02-19 à 13.24.26Sur comment distinguer les unes des autres, j’ai expliqué qu’on pouvait regarder si c’était des différences qu’on retrouvait toujours et partout ou si c’était seulement maintenant. Je suis partie de la question de la robe/jupe et utilisé cette double page du magnifique Costumes de Joelle Jolivet (Les grandes personnes, 2013) pour expliquer que ce n’était pas depuis toujours et partout que la robe était reservée aux filles.

costumes jollivet

L’exemple de Jules César, figure connue des enfants, qui portait des jupes et était non seulement militaire mais général les a beaucoup marqué.

 

On a continué, avec la 2e classe, avec ce tableau des enfants Habert de Montmor, par Philippe de Champaigne, au milieu du XVIIe siècle, avec cette question toute simple : à votre avis, combien y’a-t-il de filles, combien y’a-t-il de garçons ?

enfants bleu:rose

La réponse fait beaucoup moins l’unanimité parmi les élèves que dans les dessins du début ! L’occasion de montrer que les codes évoluent, que contrairement à aujourd’hui, les petits garçons portent des robes et qu’on les habille en rose ! (pour info, il n’y a qu’une fille, au centre, les autres sont des garçons).

On a alors pu aborder la question des stéréotypes. On les a comparé à des cases dont la société ne voulait pas qu’on sorte.

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(la définition vient de la ligue des super féministes de Mirion Malle). Je leur ai demandé d’autres exemples. J’ai eu le garçon qui fait de l’équitation même si on lui dit que c’est un sport de filles. Un groupe de footballeuses dans la deuxième classe.

 

Je leur ai ensuite posé la question : en quoi les stéréotypes sont embêtants ?

– les moqueries sont abordées immédiatement. Nous parlons aussi de harcèlement.

– je leur parle aussi d’autocensure. De la difficulté de se projeter hors des cases quand on manque de modèles. Une des classes venait de lire le chouette garçon rose malabar de Claudine Aubrun (Syros, 2018), où le héros rêve de devenir sage-femme : lui a un modèle (un ami de ses parents fait ce métier), mais même comme ça, c’est compliqué d’assumer un choix à contre-courant !

Bien sûr, je suis bien décidée à leur lire des albums ! Je leur lis donc, pour « conclure » cette première partie, Ni poupées ni super-héros de Delphine Beauvois et Claire Cantais (la ville brûle, 2015) dont j’avais parlé ici.

ni poupée ni super héros

Dans une des classes, un garçon m’interroge sur cette page :

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L’occasion d’aborder (très rapidement) la question du consentement, d’insister sur le fait que le non de l’autre doit TOUJOURS être entendu et respecté.

Dans une des classes, j’ai modifié un peu ma présentation parce que l’instit avait déjà parlé un peu des stéréotypes, donc j’ai pu passer plus vite sur certaines parties, mais n’avait pas abordé le m’a demandé si je pouvais aborder le fait qu’on peut aimer qui on veut, parler aussi d’homosexualité. J’ai donc choisi de lire le très bel album de Cathy Ytak et Daniela Tieni, ça change tout (l’atelier du poisson soluble, 2017) dont j’ai un peu parlé ici. Etre amoureux, ça change tout. Que ce soit d’un garçon ou d’une fille, ça ne change rien.

ça change tout

 

Mais même si cette première partie sur l’importance de pouvoir se détacher des stéréotypes, que l’on soit une fille ou un garçon, est très importante, je n’en voulais pas m’arrêter à l’idée que cela pesait autant sur les garçons que sur les filles. Parce que non, les stéréotypes ne touchent pas les hommes et les femmes de la même façon dans notre société. Parce que oui, on vit dans une société inégalitaire et patriarcale (non, je ne leur ai pas dit comme ça ^^).

Dans la seconde classe, j’ai alors lu A calicochon d’Anthony Browne (Kaléidoscope, 2010, 1e édition 1987).

a calicochon

Dans cette famille, la mère s’occupe de l’intégralité des tâches ménagères pendant que son mari et ses fils glandent sur le canapé. Jusqu’au jour où elle en a marre et se casse en leur laissant ce mot « vous êtes des cochons ».

Ce livre a déclenché, comme à peu près à chaque lecture, beaucoup de réactions. Et comme à chaque fois, des gamins m’ont dit « oui moi c’est comme ça chez moi ». Ou « moi mon père il aide un peu ». D’autres au contraire soulignent qu’ils aident leur mère. Une petite fille en garde alternée soulignait que du coup son père faisait la même chose que sa mère. Un autre enfant racontait que chez lui, c’était sa mère qui rentrait tard du travail donc son père qui s’occupait des tâches ménagères.

J’ai donc dit que la répartition dépendait des familles, et dépendait de beaucoup de critères. Mais je suis revenue aux études de l’INSEE et j’ai rappelé qu’en moyenne, les femmes font 3h26 de tâches ménagères (ménage, cuisine, bricolage, courses, lessive, s’occuper des enfants) par jour, les hommes 2h. Donc elles ont moins de temps libre que les hommes pour les loisirs. 

Sautant du coq à l’âne, je leur ai demandé de me citer des présidents de la république française. Les mômes ont tout de suite vu où je voulais en venir : que des hommes. Et si on revient à l’échelon plus local… 16% des maires sont des femmes (mais c’était le cas dans les deux communes où je suis intervenue ^^). Je leur ai rappelé que le droit de votes des femmes, c’était en 1944 (un enfant connaissait la date !). Et que donc mon arrière-grand-mère accompagnait mon arrière-grand-père mais n’avait pas le droit de voter.

Troisième exemple utilisé pour montrer les inégalités hommes/femmes : la cour de récré.  Avec cette image (source) :cour de récré

Et la question : est-ce que c’est comme ça dans votre école ? Dans la première classe, l’instit, qui est aussi la directrice de l’école, explique que c’est pour ça que le foot est interdit pendant les récrés, afin de mieux partager l’espace. Bien sûr, le « mais les filles sont nulles c’est pour ça qu’elles ont pas le droit de jouer/qu’elles sont dans les cages » arrive vite. On discute, on parle de l’opportunité de s’exercer, de s’entrainer, qui permet de progresser et de mieux jouer. On parle aussi de la notion de sport d’équipe et de l’importance du jouer ensemble, au lieu de la valorisation du niveau individuel. On parle du club de foot voisin où les filles sont apparemment nombreuses mais où les entrainements ne sont pas mixtes.

De ces trois exemples, on tire la notion d’inégalité entre les hommes et les femmes. Et de la nécessité de la combattre. Et on en arrive au féminisme.

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Et je suis drôlement contente d’en être arrivée là !

 

Je me suis ensuite attaquée plus frontalement à mon sujet de prédilection : la question de la représentation.

J’avais prévu de débuter avec ce slide sur les personnages de contes et leur représentation, mais on est passé dessus beaucoup plus rapidement que ce que je pensais.

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Finalement, cet extrait de la ligue des super féministes de Mirion Malle (la ville brûle, 2019) a été plus parlant. fullsizeoutput_5d4f

Je me suis aussi appuyé sur ce livre pour parler des représentations (tout ce bouquin est très bien et cette double page est à la fois précise et accessible c’est un super boulot) :

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Et expliqué que des chercheurs, des sociologues avaient montré que les représentations avaient un impact. On a pris l’exemple d’une petite fille qui veut devenir scientifique. Quel impact si les livres, les séries ne montrent que des hommes, que les scientifiques interviewés à la télé où dans les journaux sont des hommes, que les scientifiques dont elle entend parler à l’école ne sont que des hommes ?

Il était important pour moi de ne pas être culpabilisante ou jugeante sur les choix des enfants. J’ai donc insisté grâce à cette image sur la liberté de choisir ce qu’on aime, de lire et de regarder des choses même si on a conscience que c’est stéréotypé. Que je n’étais certainement pas là pour dire aux filles de ne plus lire de livres « pour filles » et aux garçons de ne plus lire de livres « pour garçon », juste de réfléchir sur ce qu’on lit et peut être essayer d’apporter un peu plus de diversité.

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Cela donne aussi la possibilité de détourner les stéréotypes, d’en rire (j’avais à ce moment là prévu de lire la pire des princesses d’Anna Kempt et Sara Ogilvie (Milan, 2013) et parler du détournement des contes traditionnels, mais je n’ai pas pu récupérer le bouquin à temps…).

Je voulais aussi parler un peu de la notion de marketing genré. Pour cela, on est parti des collections « bibliothèque rose » et « bibliothèque verte » dont j’avais déjà parlé ici.

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Ceux qui fabriquent les livres différencient donc les livres « pour filles » et « pour garçons ». On a parlé des thèmes, des couleurs, mais aussi des positions des personnages  : les garçons sont dans l’action alors que les filles posent. Le but là encore : avoir consciences des cases, rappeler qu’on n’est jamais obligé d’y rester.

Je soulève ensuite la question des modèles, en partant de documentaires et d’une question simple : combien y’a-t-il, à votre avis, d’homme et de femmes dans chacun de ces livres ?

(respectivement 4 femmes sur 50, 16 femmes sur 100, 7 femmes sur 40 et 6 femmes sur 40)

Pourquoi c’est embêtant ?

Je reprends l’exemple de la petite fille qui voudrait être scientifique. Une gamine s’écrit alors : « mais il y a des femmes scientifiques, aussi ! » Moi : « bien sûr, est-ce que vous pouvez m’en citer ? » Tous ont cité Marie Curie. Mais personne n’a su donner d’autre noms. Je leur ai alors montré les dépliants de Maman rodarde (que vous connaissez tous, j’imagine, sinon il faut vite les découvrir !), en leur disant qu’ils allaient pouvoir en découvrir plein d’autres. J’ai regretté de ne pas avoir prévu la chouette affiche d’Elise Gravel sur le sujet.

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J’ai souligné l’importance de la diversité des modèles, pour que chacun puisse se projeter dans les livres, mais aussi découvrir des personnages et des fonctionnements différents de ceux qu’il voit au quotidien. Parlé de l’importance de voir des femmes, mais aussi des personnages racisés, des personnages handicapés, etc, dans toutes les situations.

J’ai dit qu’heureusement, il y avait une prise de conscience sur cette question ces dernières années.

Ils-et-elles-ont-change-le-monde

Certains ont fait le choix d’un livre présentant autant de femmes que d’hommes, et prenant soin de visibiliser les femmes dès la couverture.

D’autres ont fait le choix, pour rééquilibrer, de faire des livres avec que des femmes (j’en ai pris 3 un peu au hasard, mais je vous prépare une présentation de ces bouquins de portraits de femmes).

Je leur ai pour finir distribué une petite bibliographie que vous pourrez retrouver ici 

 

Et j’ai fini par une lecture, un de mes albums préférés, la fée sorcière de Brigitte Minne et Carll Cneut (il en existe deux éditions différentes, là j’avais la première (Pastel, 2000), mais je vous mets aussi la seconde (école des loisirs, 2017) déjà parce qu’elle est sublime même si la couverture est moins parlante, et parce que c’est l’édition qui est actuellement disponible).

 

J’ai ensuite affiché ces trois affiches d’Elise Gravel.

Et les enfants ont eu un temps libre pour regarder ces affiches, les livres de la bibliographie que j’avais apportés, les dépliants antisexistes de Maman Rodarde (les filles et les garçons) qui avaient été imprimés, discuter. Cela permettait des échanges moins formels. Dans une des classes, cela s’est fait entre eux, la plupart des enfants se sont plongés dans des bouquins. Dans l’autre, par contre, ça a été un moment de discussion à partir des dépliants. Ils ont commencé par chercher les photos de femmes à la tête rasée, parce que nous avions abordé le sujet des cheveux en début de séance, puis se sont emparés de l’ensemble des dépliants. Ça a été l’occasion de définir les mots « homosexuel », « bisexuel », « trans » et nous avons pas mal parlé de transidentité. C’est intéressant de voir que les seules images qui ont provoqué des réactions horrifiées des filles comme des garçons, ce sont les femmes avec des poils. D’ailleurs, en début de séance, lorsque j’ai parlé de différences biologiques, les poils ont été présentés comme masculins et j’avais déjà rappelé que les femmes aussi en avaient et que l’épilation était bien une pratique culturelle.

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Voilà, j’espère que ce n’est pas trop brouillon, je pensais au départ juste présenter le PPT utilisé mais je me suis rendu compte que ça n’avait pas de sens sans les commentaires, sans les réactions des enfants. Et puis même si j’avais beaucoup préparé ces interventions, je tenais aussi à laisser de l’espace pour des échanges plus libres, pour laisser dévier la conversation. On a entre autres, suite à des questions, parlé de Malala, du match de rugby féminin passé la veille à la télé, etc. Si le power point vous intéresse, n’hésitez pas à me le demander !

Rôle du père, rôle de la mère

Cet article et ceux à venir sont une adaptation de matinées de présentation et d’analyse d’albums à destination des professionnelles de crèche que nous organisons régulièrement avec des collègues. Elles sont thématiques, et nous en avons consacré une aux diversités, et une autre aux représentations des filles et des garçons, des hommes et des femmes dans les albums pour les tout-petits.

La première matinée est partie d’une demande d’une auxiliaire qui nous a demandé si on pouvait lui proposer des livres sur différentes sortes de familles (homoparentales, monoparentales…). Nous sommes partis de cette question et avons élargi le sujet pour parler des diversités familiales, mais aussi humaines (handicap, différence de couleur de peau) et culturelles. Avec l’idée que les enfants accueillis dans les crèches viennent de familles variées, tant au niveau du modèle familial que des origines, des langues, des cultures différentes. Mais comment accueillir ces familles tout en acceptant leurs différences et leurs diversités? Cela va au-delà du simple constat, de la simple reconnaissance ou de la tolérance. Il s’agit de reconnaître et de valoriser les compétences de chacun et d’apprendre de l’autre…. Nous voulons donc proposer à tous les enfants des livres dans lesquels ils peuvent se retrouver. Mais aussi des livres qui nous permettent d’apprendre les uns des autres et d’être dans une réciprocité, d’établir un équilibre dans les échanges…

En raison du temps limité, d’un public défini (enfants de moins de 4 ans), de la disponibilité des albums et d’une exigence sur la qualité des livres nous n’avons proposé qu’une sélection restreinte d’albums, et certains aspects n’ont pas été abordés alors que nous le souhaitions. N’hésitez pas à compléter en commentaire !

 

Pour parler des diversités familiales, nous abordons d’abord la répartition des rôles et des représentations entre le père et la mère, et nous commençons avec des papas et des mamans de Jeanne Ashbé (Pastel, 2003).

papas mamans ashbé

Sur chaque page, un portrait d’un papa ou d’une maman dans des activités de la vie quotidienne. Tous les papas et toutes les mamans sont différents les uns des autres. Jeanne Ashbé puise son inspiration dans la vie quotidienne de n’importe quelle famille, c’est sans doute pour cette raison que les enfants peuvent s’y reconnaître, choisir de s’identifier ou non.

Elle a pris soin d’apporter une vraie diversité dans les adultes qu’elle présente, puisque l’on croise des familles de différentes couleurs de peau. Nous retrouvons aussi dans cet album une variété des rôles parentaux. Par exemple, le papa donne à manger à son bébé….et la mère ne possède plus à elle seule la fonction nourricière. Les enfants pourront s’identifier en reconnaissant leur propre modèle familial ou au contraire découvrir d’autres modèles.

Une auxiliaire assistant à la présentation a également souligné qu’il y a une page où les parents sont fâchés :

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L’image est explicite (on voit bien leurs visages en colère, l’enfant est entre les deux) et assez forte. Ces images sont plutôt rares dans les albums pour les petits et c’est bien qu’on n’en fasse pas un tabou, car ce sont des choses de la vie que les enfants rencontrent. Ils y sont confrontés et c’est bien de montrer que ça existe.

Ce qui est intéressant dans cet album c’est que ce n’est pas appuyé, qu’on est dans une succession de tableaux, et chacun va prendre ce dont il a besoin.

 

Viennent ensuite les deux albums d’Anthony Browne, mon papa et ma maman (école des loisirs, 2002 et 2006), gros succès en crèche ! Ma maman est une commande de l’éditeur après le succès de mon papa. Mais même s’il a été publié plusieurs années après, pour les enfants ces deux livres sont souvent indissociables.

Dans ces albums, un enfant nous parle de ses parents avec un regard plein d’admiration. Au fil des comparaisons de l’enfant, le parent se métamorphose, mais garde toujours le motif de sa robe de chambre, le motif sert de fil conducteur. Et comme un refrain, « il est vraiment, VRAIMENT bien mon papa », « elle est vraiment, VRAIMENT bien ma maman ». Vous trouverez des images du premier ici.

Les enfants s’amusent à repérer des détails de l’illustration (qui avaient parfois échappé aux adultes) et les adultes s’amusent du regard admiratif de l’enfant et sont amusés par ces « super parents » qui se promène dans la vie en pyjama, robe de chambre et pantoufles.  Et ce livre est une belle mise en valeur de l’amour réciproque entre enfants et parents.

Qu’en est-il des représentations du père et de la mère dans ces albums ?

Anthony Browne a consacré un album  pour les un peu plus grands à la répartition des tâches ménagères : à calicochon (Kaléidoscope, 2010). Il s’est intéressé également aux stéréotypes attachés aux hommes dans sa série Marcel (j’en reparlerai).  Il y a donc une réflexion de cet auteur sur les représentations hommes/femmes. Et pourtant, je ne les trouve pas complètement réussi de ce point de vue là.

Pointons déjà le positif : les comparaisons et les métamorphoses parfois surprenantes nous éloignent des représentations les plus stéréotypées. Dans mon papa, on retrouve, certes, de nombreuses images du père fort et protecteur (« mon papa n’a peur de rien, pas même du grand méchant loup », « il pourrait lutter contre des géants » « il est fort comme un gorille »). Mais on s’en éloigne par d’autres aspects plus originaux : il est « heureux comme un hippopotame », et quand on aborde sa douceur, on l’associe à une qualité généralement considérée comme féminine.

Dans ma maman, là encore, on trouve des comparaisons opposées aux stéréotypes habituels associés aux mères : la maman « rugit comme un lion » et est « costaude comme un rhinocéros » (on a tellement peu l’habitude de voir cet adjectif au féminin qu’on m’a déjà demandé si c’était bien français). Elle est également représentée en super héroïne.

maman lion

Et si on s’arrête aux images, elles propose des visions suffisamment variées pour qu’elles aient été choisies pour illustrer cet article contre les stéréotypes dans la littérature jeunesse.

On trouve également des scènes où elle cuisine, d’autres où elles se maquille… mais souvent avec un certain décalage entre le texte et l’image : quand elle se maquille, elle « peint admirablement ». Cette activité purement féminine n’est donc plus présentée comme quelque chose de superficiel mais comme une activité valorisée et valorisante. De même, lorsqu’elle rentre avec des sacs de courses, « c’est la femme la plus FORTE du monde » :

ma maman browne

Certains déplore qu’on retrouve tout de même l’image de la femme chargée des tâches ménagères (courses et cuisine), aspect complètement absent dans mon papa. Personnellement, j’aime assez la manière dont c’est détourné.

On aborde, à la fin de l’album, l’hypothétique carrière de la mère. Elle « pourrait être danseuse, ou astronaute, vedette de cinéma, ou grand patron ».

Une variété intéressante, non ? Cependant, on reste dans l’hypothèse, comme le montre le conditionnel, et cette mère est rappelé à son seul rôle maternel, puisque cette énumération se clôt avec « mais c’est MA maman ». Elle est donc enfermée dans ce rôle domestique par ce « mais » qui montre une opposition claire entre la maternité et un métier extérieur. C’est personnellement ce qui me gêne, et ce pour quoi, à mon avis, on ne peut pas parler ici de livre qui remette en cause les stéréotypes.

Une auxiliaire participant à la formation a raconté qu’à la page disant que « ma maman pourrait être grand patron » et où on la voit en costume, assise à un bureau, un enfant avait dit “non, c’est papa”, montrant à quel point les enfants intègrent jeunes les représentations.

 

Et pour finir cette première sous-partie,  nous avons parlé de l’heure bleue de Ghislaine Herbéra (MeMo, 2014)

heure bleue

Dans une ambiance douce et chaleureuse grâce aux illustration aux couleurs pastels, une famille passe un moment tranquille en soirée. Chacun fait une action différente. Le père raconte une histoire, deux enfants jouent, un autre prend son bain, etc. Mais lorsque le bébé se met à pleurer, tout le monde tourne son attention vers lui. Chacun lui demande ce qui ne va pas.

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Dans les illustrations, on distingue les adultes par leur taille, mais il est impossible de distinguer le genre des personnages visuellement, seul le texte le permet. On peut souligner ici que c’est le père qui raconte une histoire tandis que maman bricole sur le marchepied. Finalement, c’est la petite sœur et non pas la maman qui réconforte le bébé. Les rôles parentaux se redéfinissent, alors, et chacun participe, y compris les enfants, à la vie de la famille. Et on aborde tout en douceur les difficultés du soir pour les bébés… (vous pouvez lire une autre critique sur Ricochet).

Je m’arrête là pour aujourd’hui et on aborde très vite des familles qui sortent du schéma papa/maman/enfants. !