Mois: avril 2014

Les liens de la quinzaine (27 avril 2014)

Désolée pour la longue absence, grand week end + panne d’internet !

Mais je reviens avec des liens.

Des chroniques croisées de la mare aux mots et de Maman Baobab avec une sélection d’albums jeunesse antisexistes. Deux blogs que j’adore sur ce sujet, c’est à découvrir absolument.

Un entretien avec la sociologue Marie Duru-Bellat à propos du rôle de l’école pour l’apprentissage des valeurs d’égalité entre les sexes (découvert via la page facebook des vendredis intellos)

Et même si ce n’est pas le sujet direct de ce blog, un article sur la diversité (ou plutôt l’absence quasi totale de diversité) dans les albums pour enfants (parce que si j’avais plein de temps, j’ouvrirais un troisième blog sur ce sujet) (grâce à Chlop).

Et à partir d’aujourd’hui, même si je continuerai à publier des articles de liens le dimanche, je vais essayer de les mettre au fur et à mesure sur la page facebook du blog.

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Communiquons des clichés (vive les stéréotypes, 6)

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Aujourd’hui, un bel exemple d’édition genrée avec un communiqué de presse des éditions Larousse.

 

 

La recette ?

On commence et on finit par une phrase en rose qui s’adresse explicitement aux filles. Et entre, on conjugue tout au féminin.

On met des couvertures mauves (la couleur pour fille quand on ne veut pas utiliser le rose), des coeurs, des nounours, des papillons roses.

 

Et puis on a décrété que certains domaines, comme l’équitation, étaient féminins. D’ailleurs, on trouve d’autres titres sur l’équitation au féminin chez Larousse comme « si j’étais… cavalière« , en selle avec Alexandra Ledermann (pour « devenir une excellente cavalière »)

L’ édition genrée pose un autre problème : le côté un peu arbitraire de certains domaines : tu es un garçon et tu aimes le cheval ? (…) va falloir t’accrocher mon ptit gars ! Détail marrant, l’équitation qui était réservée aux hommes jusqu’au XIXeme siècle, est devenue un sport en grande partie féminin au début du XXeme, (et certains prétendront que c’est dans la nature)… Mais maintenant c’est pour les petites filles, alors toi le mâle, passe ton chemin.

(extrait de l’article de l’inconvénient d’être féministe en librairie jeunesse). J’ai trouvé un titre qui s’adresse aux cavaliers, quand même.

Et d’après Larousse, quels sont les « thèmes très appréciés par les filles » ? Organiser des fêtes, l’amitié (qui doit être analysée et évaluée), se faire belle, les princesses, la mode… (communiqué de presse complété par la page du catalogue consacrée à ce titre).

Larousse n’en est pas à son coup d’essai concernant l’édition genrée. On trouve déjà les Boy’s books « incontournable « bible » des jeunes garçons aventuriers et un « collecteur » fabuleux pour les pères, désireux de transmettre à leur fils le B.A.-BA des loisirs de la gente masculine », Boy’s box, Girl’s books, Girl’s box, le club des miss (pour être « styliste de mode ») …

Les liens de la quinzaine (13 avril 20104)

La semaine dernière, je n’ai pas eu le temps de chercher des liens, mais je me rattrape, en voici donc une double dose cette semaine :

Raconte moi une histoire non sexiste, un article de Slate un peu ancien (2012) mais toujours d’actualité et proposant de nombreux liens intéressants qui raconte une formation de l’association Adéquations pour pour « apprendre à chasser le sexisme dans la littérature de jeunesse ».

Des livres de fesses pour la jeunesse sur Bodoi (lien repéré grâce à Gabriel de la mare aux mots).

5 livres à offrir à ta petite soeur (ou à ton petit frère, ça marche aussi) sur mademoizelle (grands ados, jeunes adultes).

– Après avoir parlé de la représentation des genres dans les films de Disney, je vous encourage à regarder ce que ça donne si les héros de Disney et d’autres films d’animation changent de genre, d’après Samikichan.

Une image tirée d’un livre d’éducation sexuelle des années 60 à découvrir sur le blog de Si tu veux (magasin de jouet que j’ai très envie de découvrir, au passage).

– Dans la série Mythes, légendes et femmes sur Mademoizelle, après la fée Morgane dont j’avais déjà parlé, découvrez les sirènes et les Valkyries.

 

Pour élargir un peu, un article passionnant sur l’école, une analyse des pratiques enseignantes (souvent inconscientes) et qui donne des pistes pour aller vers plus d’égalité : genre et pratiques scolaires : comment éduquer à l’égalité de  Nicole Mosconi.

 

Les représentations genrées dans les dessins animés Disney

Aujourd’hui, je m’éloigne un peu des livres pour enfant pour vous parler des dessins animés de Disney (ou plutôt pour vous donner des ressources qui vous en parlent).

En effet, la toujours chouette émission de radio Ecoute, il y a un éléphant dans le jardin (que j’avais déjà cité ici) a proposé le 2 avril un entretien avec Simon Massei (qu’on peut réécouter, il n’y a qu’à cliquer sur le lien), à propos de son mémoire « L’esquisse du genre. Les longs métrages Disney et leur réception par le jeune public au prisme des rapports sociaux de sexe« .

 

Il y analyse 9 films : Blanche-Neige et les Sept Nains (1937), Cendrillon (1950), La Belle au bois dormant (1959), Aladdin (1992), Pocahontas (1995), Mulan (1998), Atlantide, l’empire perdu (2001), Raiponce (2010) et Rebelle (2012).

Il peut ainsi montrer l’évolution mais aussi les stéréotypes sexistes qui demeurent entre les premiers Disney et les longs-métrages plus récents.

 

Il s’intéresse dans une seconde partie à leur réception par les enfants.

« On souhaiterait insister sur la liberté dont l’enfant fait preuve dans sa relation aux différents supports culturels. Les modèles féminins et masculins proposés par les séries pour adolescents, les albums illustrés ou les dessins animés sont décodés par l’enfant à partir de sa propre expérience, et notamment à partir de ce qu’il a observé dans le cadre d’autres instances de socialisation plus formelles. Cette logique « d’arbitrage » tient au fait que des patterns moraux et comportementaux contradictoires sont en permanence proposés à l’enfant qui, pour férer la dissonance cognitive, doit effectuer des choix. Comme Ann Swidler l’écrit dans Culture in actionla culture ne doit plus être considérée comme un ensemble cohérent mais comme une boîte à outils (tool kit) proposant des répertoires parfois contradictoires à l’enfant dont il se sert en fonction de ses besoins. »

Dans ses entretiens avec 17 enfants, il montre que les enfants ne sont pas entièrement dupes, et qu’ils soulignent souvent la variété des comportements dans la vie réelle :

 » Les enquêtés ont reconnu de grandes différences de caractère et de comportement entre les personnages de dessins animés et les individus réels. L’écart se situe selon eux dans l’invariabilité et l’aspect stéréotypé des manières d’être des princes et des princesses tranchant avec la variété de tempéraments et de pratiques (notamment de pratiques de séduction) qui se rencontrent dans la réalité. »

 

Je ne peux que vous encourager à aller jeter un coup d’oeil au mémoire et à écouter l’émission. Pour une autre analyse des représentations genrées dans les dessins animés, on peut aussi lire les analyses du blog le cinéma est politique. Voici les analyses de quelques uns des films cités dans le mémoire : AladdinPocahontasAtlantide, l’empire perduRaiponce et Rebelle. J’y ajoute le dernier sorti, la reine des neiges, un article sur les pères et les mères, un article sur les méchantes et un article sur les méchants.

Bonne lecture !

 

Edit du 3 avril 2015 :

Mi-kids mi-raisin analyse les stéréotypes de plusieurs dessins animés.

Il est également intéressant de se pencher sur la morphologie des héroïnes de dessin animées. On trouve un article d’analyse ici, un article où les héroïnes sont redessinées avec des morphologies « normales » et enfin un article en anglais qui souligne que les hommes sont surdimentionnés par rapport aux femmes.

 

Edit du 30 janvier 2016 :

Deux linguistes ont étudié la prise de paroles des hommes et des femmes dans des dessins animés disney avec des princesses. Une conclusion : ce sont les hommes qui ont l’essentiel de la parole. Plusieurs articles sur le sujet : les nouvelles news (abonné), slateActualittél’express.

Coup de talon de Sylvie Deshors

Aujourd’hui, roman pour ados !

Coup de Talon de Sylvie Deshors (Talents Hauts, 2013)

coup de talon deshors

La collection Ego de chez Talents Hauts présente de courts romans pour ados écrits à la première personne, « pour réfléchir, comprendre, s’émouvoir, se libérer » et qui abordent « Sexisme, identité, différence, discrimination, amour, violence, résistance, solidarité, égalité, liberté… » Après un roman consacré aux dangers d’internet et un autre à la violence conjugale, c’est Sylvie Deshors qui écrit le troisième roman et nous parle d’agression sexuelle.

Alors qu’elle descend du métro, Laure se fait agresser. Un sac volé, des insultes, une jupe déchirée, et des mains entre ses cuisses.

C’est sa soeur Lucie qui prend la parole dans ce roman. Lucie qui décrit les conséquences de cette agression, sa soeur qui se renferme, la promesse qu’elle a faite de n’en parler à personne.

« En la voyant si desespérée, si malade de honte, j’ai cédé. J’ai juré. Au moment de m’endormir, cette affreuse nuit-là, j’ai imaginé leurs mains entre les cuisses de Laure et j’ai pleuré. »

Lucie qui va tout faire pour aider sa soeur mais qui va se sentir tellement désemparée face à sa tristesse mais aussi à sa colère.

 

Les agressions sexuelles sont malheureusement fréquentes. C’est donc important de trouver un roman qui aborde le sujet et qui s’adresse à ados à qui, malheureusement, ça peut arriver (Laure et Lucie sont au collège). Sans en minimiser les conséquences, pour la personne mais aussi pour son entourage, le roman montre une adolescente qui finit par trouver le moyen de remonter la pente, de donner le coup de talon, au fond de l’eau, qui permet de remonter à la surface. Le chemin qu’elle va trouver, ce sera la solidarité féminine. S’appuyer sur sa soeur, mais aussi d’autres filles, elles aussi confrontées au sexisme. Et se rappeler que les victimes ne sont pas coupables et qu’elles n’ont pas à avoir honte.

« Eloa conclut l’air rebelle :

– Etre fière d’être une femme. Devenir forte pour se faire respecter, c’est la solution.

Le visage de Laure s’épanouit soudain :

– C’est bon d’être plusieurs. »

 

Au delà du sujet abordé, j’ai apprécié le fait que ce soit la soeur qui parle, ce qui permet de montrer les conséquences d’une telle agression sur Laure sans tomber dans des descriptions psychologiques. La relation de deux soeurs à la fois très proches et très différentes, « la brindille et le galet », est joliment décrite. Les parents vont faire confiance à la plus jeune pour aider sa soeur. J’ai aussi aimé l’amitié de Lucie avec Timéo, qui la soutient. Une amitié entre une fille et un garçon sans romance, c’est rare !

J’ai parfois trouvé le roman un peu court (100 pages, écrit gros, lu en 1h) pour les sujets qu’il aborde, mais je pense que cela peut permettre d’accrocher aussi de faibles lecteurs.

 

Voilà ce que j’avais à en dire en quelques mots. Si vous voulez trouver une chronique mieux écrite ou plus complète, ça tombe bien, on a pas mal parlé de ce roman ! Dans la presse, on trouve des chroniques dans l’humanité (2e titre), le monde des ados, la Revue des livres pour enfantsRicochet. Quant aux blogs, on en parle sur la mare aux mots, Enfantipageles lectures de Val, d’un livre à l’autre, the Café Book, dimension ados,  et A lire au pays des merveilles.

 

A vous de jouer

Voilà la couverture de Une minute, Alfred ! de Virginia Miller (Nathan, 2011).

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Est-ce que vous pouvez décrire l’image ? En dire quelque chose au niveau des représentations genrées ? (celles et ceux qui connaissent l’album ne trichent pas).

Moi, je vous en reparle très vite.

Le petit monde de l’immeuble (on progresse, 4)

Bon, j’aime bien taper sur Popi, mais il y a aussi des trucs chouettes dans ce magazine que mon fils aime beaucoup. Chaque mois, on y trouve un imagier plein de détails. Et celui de mars m’a beaucoup plu :

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Je trouve que cette image a l’immense avantage de remettre en cause les stéréotypes de genre sans se limiter à une inversion systématique qui du coup, devient un peu caricaturale. Oui, une femme peut conduire un métro ou planter un clou. Oui, hommes comme femmes peuvent s’occuper des enfants ou des tâches ménagères. Oui, une petite fille peut se déguiser en fée comme en super héroïne.

Et même si ce n’est pas directement le sujet ici, j’apprécie aussi la diversité des couleurs de peau des personnes représentées, dans une production jeunesse où les personnages sont la plupart du temps blancs, la présence de couples mixtes, d’enfants métisses, de familles recomposées…

Bref, j’aime la vision de la société représentée sur cette page.

Mon fils aime beaucoup cette page aussi, même si ce n’est pas pour les mêmes raisons. Il l’aime parce qu’il y a « du bruit » : on peut faire le « vvvvv » du sèche cheveux, le « bam bam » du marteau, la musique du violon… On y voit aussi de nombreuses références à sa vie quotidienne. Cependant, je pense que plus ou moins inconsciemment, il enregistre la diversité des représentations. C’est pour cela que montrer des images diverses des hommes et des femmes sans que cela soit appuyé, c’est à mes yeux essentiel. Et c’est la raison d’être de cette rubrique du mardi.