Homosexualité dans les albums jeunesse, partie 2

Comme je le disais à propos du fils des géants de Gael Aymon, plusieurs auteur·e·s utilisent l’univers bien connu des contes de fées pour mettre en scène des couples homosexuels. Ici, il n’est plus question d’homoparentalité, mais d’histoire d’amour naissantes, de rencontres. Un détournement du coup de foudre de la princesse et du prince charmant que l’on trouve si souvent (ça me fait penser que je n’ai toujours pas publié l’article sur le coup de foudre de la princesse et du prince charmant, pourtant il y a énormément à dire d’un point de vue féministe !).

Commençons donc avec des princesses lesbiennes !

Cela a commencé dès Camelia et Capucine d’Adela Turin et Nella Bosnia (Actes Sud Junior, 2000, épuisé), auteures de rose bombonne aux éditions des femmes en 1975.

camélia et Capucine

Je ne l’ai malheureusement pas trouvé, donc je ne peux vous en donner que le résumé de l’éditeur : « Camélia passe le plus clair de son temps chez Capucine, une amie qui lui apprend la musique, des recettes savoureuses ou l’art d’interpréter les rêves. Depuis sa plus tendre enfance, Camélia est promise à un prince, riche et beau. Quand il la demande en mariage, son arrogance déplaît à Camélia, qui se débarrasse de sa bague de fiançailles. Ses parents mettent le château sens dessus dessous pour la retrouver. En vain. Capucine prend alors un malin plaisir, en interprétant les rêves du roi, à bouleverser tout le château. Scandalisé, le prince prend la fuite. Au grand soulagement de Camélia et de Capucine qui, depuis, coulent ensemble des jours heureux. »

Dans Cristelle et Crioline de Muriel Douru (KTM, 2011), la princesse Cristelle doit se marier. Mais elle n’est guère intéressée par le « crapaud charmant » ! Elle tombe amoureuse d’une petite grenouille, Crioline, et contrairement à ses craintes, son père le roi est ouvert d’esprit et les marie.

Cristelle et Crioline

Ce livre est publié par KTM, un éditeur spécialisé dans les romans lesbiens pour adulte et qui a publié seulement cet album pour la jeunesse. Si je trouve le texte sympa, je dois avouer que je trouve les illustrations sans intérêt.

Dans la princesse qui n’aimait pas les princes d’Alice Brière-Haquet et Lionel Larchevêque (Actes Sud Junior, 2010), on retrouve la princesse comme on l’imagine : blonde, en robe rose… et bien sûr, elle doit se marier ! Alors son père, le roi, fait défiler tous les prétendants afin qu’elle se décide, les princes du monde entier, et même « des super héros aux capes belles comme des drapeaux, et quelques très savants sorciers bien calés sur leurs balais. Il y avait aussi : de géniaux scientifiques aux mille inventions fantastiques, et de grands champions du monde, de foot, de course ou d’aviron ». Mais aucun ne lui convient.

princesse qui n'aimait pas les princes

Il fait alors appel à une fée pour dénouer la situation et là… le coup de foudre : « En une seconde, elle comprit que c’était Elle. En deux secondes, elle montait derrière sa selle. En trois secondes, elles galopaient sous le grand ciel ».

princesse qui n'aimait pas les princes 1

Un livre que j’aime beaucoup ! Et signalons au passage que la fée est noire, ce qui est particulièrement rare, dans les albums jeunesse en général, déjà, et dans les albums sur ce sujet en particulier, à croire que les LGBT sont tous blancs (ou alors des animaux !). Et qu’il ne tait pas les difficultés auxquelles les couples de même sexe doivent faire face dans notre société (même si la question du mariage a évolué depuis la sortie du livre), puisqu’il s’achève ainsi : « Elles ne purent pas vraiment se marier, et pour faire des bébés, ce fut un peu plus compliqué… mais toutes les deux, elles vécurent heureuses. Et c’est ainsi que doit s’achever tout véritable conte de fées. »

Heu-reux de Christian Voltz (Rouergue, 2016), reprend le même scénario, sauf que cette fois c’est le prince qui doit se choisir une épouse dans la foule de prétendantes que son père fait défiler devant lui. A tel point que j’ai eu une impression de quasi plagiat un peu désagréable à la première lecture. Mais en le relisant, et en le lisant à voix haute, j’ai aussi vu à quel point ce livre était un régal à lire et tout l’humour qu’on y trouve.

heureux voltz

Ici, le père s’affirme résolument moderne. Il veut que son fils soit « heureux ! ». Alors s’il doit renoncer à que son fils épouse une vache, il est suffisamment ouvert d’esprit pour que son fils épouse une chèvre. Ou une truie. Oh puis après tout, il peut épouser qui il veut. ça tombe bien, le prince est amoureux d’Hubert le Bélier !

heureux voltz

Les illustrations de Christian Voltz sont chouettes et pleines de détails et d’humour. Le détournement du défilé des prétendantes fonctionne très bien. Chlopitille en parle .

Dans Titiritesse de Xerardo Quintia et Maurizio A. C. Quarello (OQO, 2008), la princesse Titiritesse fuit sa mère qui veut qu’elle se comporte « comme une princesse » et la préceptrice qui vient lui enseigner les bonnes manières. Avec l’aide de l’âne Buffalet, elle va délivrer Wendoline du monstre Avalesix Duncoup.

titiritesse

Au moment où elles se rencontrent, « une brise joueuse se souleva alors et leur fit des chatouillis dans la tête ».

Un album vraiment original, autant par ses illustrations que par son histoire : si on retrouve de nombreux éléments détournés du conte de fée traditionnel, l’album nous entraine ensuite dans un voyage onirique très particulier, où les princesses découvriront un « mot pour rire », Trukulutru !

 

 

Amour entre enfants

Certains livres pour enfants se placent dans un univers beaucoup plus réaliste et racontent des histoires d’amour, comme peuvent les vivre les enfants. Avec des réactions d’adultes plus ou moins bienveillantes…

J’avais déjà parlé ici de la BD Bichon de David Gilson (Glénat, 2013). Depuis, les volumes 2 et 3 sont sortis (en 2015 et 2017).

 

Dans Philomène m’aime de Jean-Christophe Mazurie (P’tit Glénat, 2011), tous les garçons sont amoureux de Philomène.

philomène m'aime

Quand elle passe en vélo, tout s’arrête. Mais les garçons sur son chemin l’indifférent car elle est amoureuse de Lili.

 

Jérôme par coeur de Thomas Scotto et Olivier Tallec a été publié chez Actes Sud en 2009 et est disponible actuellement dans leur collection « poche » encore une fois.

jérome par coeur

Et c’est un petit bijou.

« Raphael aime Jérôme, je le dis. Très facile ». Raphael aime Jérôme parce qu’il lui tient toujours la main, très accroché, pour le 100% coton de son sourire et parce qu’il raconte des mensonges qui ressemblent à de vraies histoires. Le soir, il fait « des provisions de lui pour la nuit ». Et parfois il en rêve, même. Mais la façon dont il parle de Jérôme ne plait pas à ses parents. Alors forcément, Raphael s’interroge. Mais la force de ses sentiments est là.

Le quotidien des enfants, la force de leur amour, la délicatesse des illustrations d’Olivier Tallec qui répond à celle des mots de Thomas Scotto… Ce livre est un gros coup de coeur.

 

Deux garçons et un secret d’Andrée Poulin et Marie Lafrance (éditions de la Bagnole, 2016), qui nous vient du Québec mais est également distribué en France, nous présente aussi deux petits garçons qui s’aiment et les réactions de leurs parents.

deux garçons et un secret

Emile et Mathis sont les meilleurs amis du monde. Un jour, Emile trouve une bague dans le bac à sable du square. Et ça lui donne une idée : ils vont se marier ! Comme ça, quand ils seront grand, ils habiteront ensemble et Emile pourra emprunter à Mathis son camion de pompiers. Alors avec leurs amis, ils préparent un beau mariage.

deux garçons et un secret mariage

Mais quand Emile le raconte à ses parents, le soir, son père affirme qu' »un gars ne se marie pas avec un gars. Ça ne se fait pas » et lui interdit de garder la bague. Les parents de Mathis, eux, le soutiennent. « Lorsque la maman de Mathis le borde dans son lit, elle lui dit : Quand tu seras grand, si Emile et toi, vous vous aimez encore, vous pourrez vous marier pour de vrai. » Alors Emile et Mathis décident de rester mariés en secret. Parce que « des fois, les parents se trompent, comme les enfants ».

L’illustratrice parle de son travail sur cet album ici.

 

Dans Boum boum et autres petits (grands) bruits de la vie de Catherine Lafaye Latteux et Mam’zelle Roüge (Frimousse, 2011, épuisé, réédité par Pourpenser en 2018), on entend les bruits de la vie.

Les bruits du coeur de Timothée qui pense à Fleur, et les « cling cling » que font les pièces quand ils vont au cinéma ensemble. Mais aussi le « snif snif » de José qui les voit, lui qui aime Timothée en secret.

Mais il va rencontrer un autre garçon, et leur amour fera les mêmes bruits de coeur qui bat, de moments partagés et de joie. « et tant pis si un jour cet amour fait GRAND bruit autour de lui ».

Enfin, un album que j’avais raté (mais il va falloir que je répare ça parce que vraiment il a l’air chouette), ça change tout ! de Cathy Ytak et Daniela Tieni (Atelier du poisson soluble, 2017).

ça change tout

Camille aime Baptiste. Alors Camille lui donne des poèmes sur des petits papiers. Et Baptiste lui répond avec des Bulles de savon.

Je n’ai pas pu voir le livre en dehors des extraits sur le site de l’éditeur, aussi je vous cite un extrait de sa critique par Gabriel sur la mare aux mots en vous encourageant vivement à aller voir son article où il propose des livres jeunesses LGBTQ+ (notons ici que Gabriel m’a beaucoup aidé pour cette série d’articles, en me donnant des références, en me prêtant des livres, etc) : « L’autrice joue avec la surprise (nos visions hétérocentrées penseront d’abord que Camille est une fille). On est loin ici des clichés et, contrairement à la plupart des livres sur le sujet, rien n’arrive de négatif aux deux héros de l’histoire. À noter que ici, et c’est tellement exceptionnel qu’il faut le signaler, on parle de bisexualité car les héros ont aussi été amoureux de filles. »

 

Voilà pour aujourd’hui, j’espère vous avoir donné envie avec tous ces chouettes albums. J’ai un troisième article en préparation pour compléter tout ça (en espérant le publier dans moins de 3 mois…) et parler de la banalisation de l’homoparentalité, de l’homophobie ou de la transidentité dans les albums jeunesse, et pour vous proposer quelques ressources supplémentaires.

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Les liens du moment

Bon. Le dernier article de cette catégorie date de janvier. Alors certains « liens du moment » seront un peu anciens, en fait, mais il me semble quand même très intéressant de les signaler !

Chouettes sélections

Incontournable, « Plouf ! spécial antisexisme » est un webzine du blog la mare aux mots qui propose une sélection de 80 livres antisexistes (albums, documentaires, romans) qu’on peut télécharger ici ou feuilleter .

plouf

Les livres sont bien choisis, récents, tous disponibles. c’est vraiment un chouette travail qui va rejoindre ma sélection de bibliographies !

Notons que la mare aux mots a également publié récemment deux articles en accès livre, un sur des livres jeunesse LGBTQ+, le second, intitulé girl power, sur le féminisme, les droit des femmes et des portraits de femmes.

 

Découvert grace à Olympe, le projet européen G-book a pour ambition de « promouvoir une littérature pour enfants “positive” du point de vue des rôles et des modèles de genre, c’est-à-dire ouverte, plurielle, variée, sans stéréotypes, caractérisée par le respect et la valorisation des diversités. » C’est un projet regroupant des universités, des bibliothèques et des centres de recherche de 6 pays (Italie, France, Espagne, Irlande, Bulgarie, Bosnie), et donc disponible dans ces 6 langues et en anglais. Le site propose une bibliographie, des sélections thématiques (corps, sentiments et émotions, diversité et égalité, familles, personnes célèbres), des jeux. Des achats de livres pour des bibliothèques et des collaborations avec des éditeurs sont prévus.

15 livres antisexistes et féministes à lire dès 3 ans sur le blog parisianavore (je ne suis pas convaincue par Boucle d’ours et Rebelle au bois charmant, mais le reste de la sélection est chouette !).

 

Littérature jeunesse

Le blog face de citrouille propose « face de féministe« , une chouette newsletter pour causer antisexisme en littérature jeunesse avec chaque mois « la présentation d’une autrice pour la jeunesse, une sélection de liens à ne pas manquer (vidéos, articles de presse, réflexions, chroniques), des livres engagés, des extraits de romans (ou albums) et d’articles de recherche, la mise à l’honneur de personnages féminins ». Pour s’inscrire, c’est ! Et n’hésitez pas à suivre ce blog dont l’autrice est féministe et attentive aux représentations, en particulier LGBT. Voilà par exemple une sélection de 8 livres jeunesse avec un message féministe, qui changent un peu par rapport aux titres qu’on trouve souvent dans les sélections.

Un nouveau blog, planète diversité, qui s’intéresse à la littérature young adult du point de vue de la diversité (genre, orientation sexuelle, handicap et maladie, représentation du corps, personnages racisés…). Ils ont également un compte twitter.

Télérama parle de Talents Hauts, « la maison d’édition jeunesse qui piétine les stéréotypes ».

 

Education à la sexualité : 

La loi dit, depuis 2001, que chaque élève doit avoir au moins trois séances d’éducation à la sexualité par an du CP à la terminale. Elle était insuffisamment appliquée jusque là, et Marlène Schiappa a indiqué qu’une circulaire serait diffusée afin que la loi soit appliquée et que ces séances aient lieu. Cela a réactivé les délires des réacs, qui parlent de légalisation de la pédophilie, d’apprentissage de la masturbation, etc. Ces discours délirants se propagent sur les réseaux sociaux, obligeant à une réaction. Le monde a donc fait un article expliquant que « l’école de promeut pas la masturbation à 4 ans« … Je pense qu’il faut y être très vigilant, étant donné ce qui s’est passé il y a quelques années avec les ABCD de l’égalité

 

Bonne lecture !

Et n’hésitez pas à me suivre sur twitter où je partage régulièrement des ressources !

Homosexualité dans les albums jeunesse, partie 1

J’ai participé il y a quelques temps à une table ronde sur la représentation des LGBT dans la littérature jeunesse (dire que quand j’ai commencé cet article, il débutait par « je vais participer dans quelques temps à une table ronde »…) avec Mx Cordelia, Anne-Fleur Multon, Marie de Ce que tu mates et Hélène Breda.

Elle a été enregistrée et on peut l’écouter ici :

 

Et c’était vraiment chouette ! (j’espère que ça l’est aussi à l’écoute, mais en tout cas j’ai adoré y participer). Pour cette table ronde, je me suis plus particulièrement penchée sur les albums jeunesse. Et j’ai eu envie d’en parler ici aussi, de manière complémentaire à la table ronde, en vous présentant des titres, en vous montrant des extraits d’albums, etc.

Je parlerai ici d’homosexualité quasiment uniquement, la bisexualité et la transidentité étant absentes, ou presque, des albums jeunesse.

 

Une représentation très récente

Les représentations explicites d’homosexualité dans les albums pour enfants sont inexistantes jusqu’à très récemment, c’est-à-dire au début des années 2000. Soit un peu plus tard que dans les romans jeunesse, où ils apparaissent de manière discrète au début des années 1990.

Cependant, bien avant, certaines situations, certains personnages se prêtent à une interprétation homosexuelle : des « amis » qui vivent ensemble, en particulier. Je pense par exemple à Poule Rousse d’Etienne Morel et Lida, publié en 1949, où les deux amies emménagent ensemble et où la dernière phrase évoque la fin heureuse des contes pour les couples hétérosexuels.

poule rousse

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(et elles lisent ensemble la plus mignonne des petites souris, un des albums préférés de toute mon enfance mais aussi un des livres les plus sexistes qui soient…).

Et c’est encore le cas dans des livres plus récents. On peut par exemple citer Renard & Renard de Max Bolliger et Klaus Ensikat (Joie de Lire, 2002).

renard & renard

L’éditeur parle, dans la présentation de l’album, de deux frères, mais rien (en tout cas dans la traduction française) ne l’indique dans le texte du livre. On voit juste deux renards mâles aux caractères opposés vivre ensemble, se manquer quand ils sont séparés, et s’aimer. L’album se termine sur cette phrase : « par dessus-tout, il s’ennuyait du renard peureux qui l’attendait dans leur terrier ».

Chez ce même éditeur, je m’interroge sur va faire un tour ! de Joukje Akveld et Philip Hopman, publié en 2017, alors qu’on trouve désormais régulièrement des livres évoquant explicitement l’homosexualité.

va faire un tour

Ce livre commence par ce qui ressemble fort à une scène de ménage entre William et Bruno, qui vivent ensemble. Bruno, agacé, part faire un tour en vélo, tout en pensant à William. Cette séparation leur permet de se calmer et ils sont heureux de se retrouver. L’album s’achève sur une image des deux personnages qui dinent ensemble dans leur cuisine. Une photo sur le mur ressemble fortement à une photo de couple. Et pourtant, Bruno désigne William comme son ami.

Mais s’il était impensable de parler homosexualité dans un album dans les années 50, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Alors couple ou collocation ? Je serais curieuse de savoir ce qui est dit dans la version originale, en néerlandais.

Ces livres laissent aussi, et ça peut être précieux, une liberté d’interprétation au jeune lecteur. Qui peut ainsi y puiser ce dont il a besoin.

 

Le premier album a utiliser ouvertement le mot homosexuel, à ma connaissance, c’est Marius de Latifa Aloui M. et Stéphane Poulin, à l’atelier du poisson soluble, en 2001. Mais plusieurs albums abordent le sujet de l’homosexualité juste avant : l’heure des parents de Christian Bruel et Nicole Claveloux (Etre, 1999), Camélia et Capucine d’Adela Turin et Nella Bosnia (Actes Sud Junior, 2000). Enfin, un précurseur, si on le compte parmi les albums et non parmi les romans première lecture (il est à la limite entre les deux), Je me marierai avec Anna de Thierry Lenain et Mireille Vautier (éditions du sorbier, 1992).

 

On va ensuite voir une première vague d’albums mettant en scène des personnages homosexuels au milieu des années 2000, avant une nouvelle accélération de la production depuis le mariage pour tous et les années 2012-2013. Cependant, on reste dans une production de niche, souvent par de petits éditeurs (voir des micro-éditeurs militants). Ce qui pose la question de la diffusion des livres et de l’accès du grand public à ces questions.

 

Homoparentalité

Dans les albums jeunesse, actuellement, la présence de l’homosexualité est souvent, avant tout, homoparentale. Les premiers livres à aborder la question apparaissent donc autour de 2000, et se multiplient depuis le mariage pour tous. Certains sont purement narratifs, beaucoup ont des velléités documentaires.

Le premier cas que l’on trouve, c’est celui de la famille recomposé, avec un enfant issu d’un couple hétérosexuel.

Marius, donc, est un petit garçon de 5 ans qui raconte son quotidien avec ses mots à lui. Ses parents se sont séparés, il a donc deux maisons, et « maintenant maman a un amoureux et mon papa aussi ».

marius

Il raconte pêle-mêle sa cabane dans le jardin, son amoureuse la « femme-pirate », l’amoureux de sa maman qui « n’aime pas qu’on lui coupe la parole » et l’amoureux de son papa qui « rouspète quand je parle en même temps que le monsieur de la télévision ». Mais aussi l’incompréhension de certaines personnes de son entourage : sa grand-mère ou son institutrice.

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C’est un très bel album et avec des illustrations très fortes et originales de Stéphane Poulin à la peinture à l’huile.

On trouve ici une situation qu’on retrouvera dans plusieurs album : un enfant pour qui la situation est évidente, et qui la dit, sans aucune difficulté. Et les préjugés des adultes, les remarques homophobes auxquelles l’enfant doit faire face. Sans forcément les comprendre vraiment.

 

Dans la quasi totalité des livres, donc, l’homosexualité du parent est totalement accepté par l’enfant. Le seul livre que j’ai lu où c’est l’enfant qui rejette l’homosexualité de son père, c’est l’amoureux de papa d’Ingrid Chabbert et Lauranne Quentric (Kilowatt, 2017), comme on le voit dans la vidéo les livres pour enfants sur l’homoparentalité 2 : Amandine, l’héroïne, elle aussi issue d’un couple hétérosexuel séparé, refuse l’homosexualité de son père et son nouveau compagnon (qui se trouve être son instituteur). Elle comprendra ensuite que « c’est de l’amour tout ça, juste de l’amour », grâce à son père, sa mère et ses amis. Mais il ne s’agit pas d’un album, mais d’un roman première lecture, « à lire seul(e) dès 7-8 ans ».

amoureux de papap

 

 

De nombreux albums mettent en scène des  « catalogues de familles » : on y présente tous types de familles, « classiques », adoptives, monoparentales, recomposées, homoparentales, etc.

Le précurseur, et celui qui reste mon chouchou, c’est l’heure des parents de Christian Bruel et Nicole Claveloux, qui a été édité une première fois chez Etre en 1999, puis réédité par Thierry Magnier avec une couverture différente en 2013. J’en parle en détails ici.

heure parents

Camille (enfant volontairement non genré) s’endort devant son école et rêve de plein de familles différentes. Sur chaque double page, Camille va s’imaginer dans une nouvelle famille et tous types de familles vont être abordées, mais aussi tous types de parents, différents les uns des autres par leurs hobbies, leurs métiers, leurs façons d’être parent. Toutes ces familles sont toutes mises sur le même plan. Et surtout, elles sont toutes présentées de façon positive, dans des situations de jeu, de câlin, d’affection. On y trouve une famille avec deux mamans, une famille avec deux papas :

 

On trouve de nombreux titres sur ce principe de catalogue. Dans Mais… comment naissent les parents ? de Jean Regnaud et Aude Picault (Magnard, 2014) demande à ses copains comment naissent les parents, et chacun lui raconte sa naissance (naturelle, adoptive, par PMA…) et on y voit un couple de mamans. Dans Un air de familles, le grand livre des petites différences de Béatrice Boutignon (Le Baron perché, 2013, épuisé), ce sont toutes sortes de familles d’animaux dans des situations de la vie courante (dans leur nid, à l’extérieur ou au musée). Il n’est pas narratif, ce sont simplement des tableaux, et on peut prendre chaque page individuellement. Dans Camille veut une nouvelle famille de Yann Walcker et Mylène Rigaudie (Auzou, 2013), le petit garçon est agacé par ses parents et décide de se chercher une nouvelle famille. Il va donc voir les familles de ses copains. L’un vit avec ses deux papas. Mais ce livre tombe, à mes yeux, dans un travers qu’on voit parfois, la reprise des stéréotypes sexistes du couple hétérosexuel : l’un des pères est présenté comme fort, l’autre comme doué en cuisine… Enfin, Familles de Patricia Hegarty et Ryan Wheatcroft présente cette fois des humains réalistes au cours d’une journée et de ses différentes activités, et met en avant le côté aimant et protecteur de la famille. Il y a une famille avec deux papas. Cet album fait également attention à la diversité (couples mixtes, familles racisés, personnages handicapés). Et j’adore les illustrations de cet album, mais je trouve le texte sans grand intérêt…

 

On trouve d’autres albums beaucoup plus centrés sur une famille homoparentale. Les premiers que je présente ici utilisent, comme souvent dans les albums jeunesse, des animaux, anthropomorphiques ou non.

Commençons par deux albums mettant en scène un couple de manchots mâles, Roy et Silo, ayant couvé un œuf ensemble et élevé la petite manchote qui en est sortie. Ils sont inspirés par une histoire vraie qui a eu lieu au zoo de New York. Le premier, Tango a deux papas, et pourquoi pas ? est de Béatrice Boutignon et a été publié en 2010 au Baron Perché (il est désormais épuisé). Le second, et avec Tango, nous voilà trois ! de Justin Richardson, Peter Parnell et Henry Cole a été publié en France par Rue du Monde en 2013, mais la publication aux USA date de 2005.

Je n’ai lu que le premier, qui est très mignon, avec de jolies illustrations, mais dont le texte est un peu longuet.

Avec Jean a deux mamans d’Ophélie Texier (l’école des loisirs, 2004), on a cette fois des animaux anthropomorphiques.

jean 2 mamans

Jean raconte de façon factuelle sa vie quotidienne avec ses deux mamans, les activités de chacune et ses jeux d’enfants. J’en ai parlé ici. Publié en 2004, chez un grand éditeur (donc bien distribué) et indiquant clairement l’homoparentalité dès le titre, il a fait scandale à sa sortie (j’y reviendrai). Il a le mérite de s’adresser directement aux tout-petits, par son illustration et son texte simple et par le fait qu’il est cartonné. Cependant le dessin et le texte se révèlent sans grand intérêt. Et surtout, il reproduit des stéréotypes courants dans le couple hétérosexuel. Ainsi, la mère qui a porté l’enfant se retrouve cantonnée aux activités traditionnellement féminines (cuisine, couture, consoler l’enfant…) et porte un tablier alors que l’autre mère se retrouve liée aux activités traditionnellement masculines (bricolage, chahut, etc).

Avec mes deux papas de Juliette Parachini-Deny et Marjorie Béal (des ronds dans l’O, 2013), après les manchots et les loups, place aux oiseaux. Un couple de deux mâles trouve un œuf, le couve, en prend soin. On est ici à nouveau dans l’anthropomorphisme, leur petite fille ira à l’école, etc.

mes deux papas

Le texte est simple, les illustrations aussi, et il est donc accessible aux tout-petits.

 

Dans les deux albums qui suivent, on a des personnages humains et des illustrations beaucoup plus réalistes. Dans la fête des deux mamans d’Ingrid Chabbert et Chadia Loueslati (les petits pas de Ioannis, 2010, épuisé), une petite fille fabrique au centre de loisirs un cadeau de fête des mères. Mais à qui l’offrir ? La petite fille se renferme sur elle-même. Mais ses mamans vont l’aider à trouver une solution.

fête des deux mamans

 

Dans les papas de Violette, d’Emilie Chazerand et Gaelle Souppart (Gautier-Langereau, 2017), la petite fille parle de sa vie avec ses deux papas, de la manière dont ils prennent soin d’elle, de ce qu’elle partage avec eux. Mais elle fait aussi face aux moqueries homophobes de ses camarades de classes, et ses papas ont aussi des difficultés à faire face au regard des autres… Vous pouvez en voir plus ici.

papas de violette

Personnellement, j’ai trouvé le propos un peu trop appuyé, mais il a l’intérêt de mettre en scène des humains réalistes, et il est utile si vous cherchez un album concret et réaliste sur la question.

Et enfin, on bascule dans l’univers du conte avec le fils des géants de Gael Aymon et Lucie Rioland (Talents Hauts, 2013).

fils des géants

Un tout petit tout petit enfant est abandonné par ses parents, le roi et la reine, qui le trouvent trop petit pour survivre. Il est heureusement recueilli par deux géants qui lui donnent leur force et leurs mots, pour l’aider à grandir. Gael Aymon a décidément bien du talent pour revisiter les contes. Ici, si les mots homoparentalité ou homosexualité ne sont pas présents, c’est une lecture assez évidente. Et surtout, le conte souligne que ce qui compte vraiment, pour faire une famille, pour faire des parents, ce n’est pas le sang mais l’amour et l’attention prodigués. Une très belle histoire.

Et cette histoire me permet de commencer à dire que l’univers des contes de fées à souvent été choisi pour évoquer l’homosexualité, mais ça j’en parlerai dans un second article parce que celui-ci est déjà très long… La suite dès que possible, donc !

 

Bibliothèques jeunesse : comment lutter contre les stéréotypes de genre

Comme je vous le disais ici, j’ai été invitée à participer à une table ronde lors d’une journée sur la place des femmes dans la culture, le 8 mars. Ma table ronde s’intitulait « le service Public de la Culture, outil d’égalité et d’émancipation », et mon intervention devait présenter, en 5 minutes, à la fois le sexisme dans la littérature jeunesse et ce que les bibliothécaires pouvaient faire pour lutter contre les stéréotypes. Sacré défi, ces 5 minutes, sachant que je pourrais en parler pendant des heures ! 

Mais voilà, grosso modo, ce que j’ai raconté (ça, c’est la version qui dure 10 minutes, avant que j’élague !).

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les illustrations sont d’Elise Gravel et viennent d’ici et

 

Est-ce que la production éditoriale pour la jeunesse est genrée et sexiste ? Oui.

L’édition est genrée, c’est à dire qu’elle considère qu’il y a des couleurs et des sujets pour les filles (l’amour, l’amitié, les princesses, le rose, etc) et d’autres pour les garçons (l’action, les chevaliers, le bleu, etc). Ainsi, bibliothèques rose et verte ne séparent plus des niveaux de lecture mais les filles et les garçons. J’en avais déjà parlé ici et vous pouvez le vérifier

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Et même quand les sujets ne sont pas genrés, les représentations des filles et des garçons sont souvent stéréotypées. Exemple avec Papa et maman de Benoit Charlat : maman charlat couv.jpg

Les images viennent d’ici et je vous conseille vivement cet article sur « le problème des stéréotypes de genre dans les albums pour la jeunesse »

On y voit le père est dans des moments de détente (devant la télé, sur le fauteuil). Il joue avec son enfant, il bricole et aime le foot et les voitures. La mère prend soin de son apparence (rouge à lèvre, régime), est câline, s’occupe des tâches ménagères et quand elle bricole c’est pour réparer… la machine à laver.

 

Les stéréotypes sexistes sont donc très présents dans les livres pour enfants, comme dans la plupart de la production destinée aux enfants (jouets, dessins animés, etc).

 

Est-ce que les bibliothèques et les bibliothécaires peuvent faire quelque chose ?

Oui ! Mais pour faire quelque chose il faut avant tout avoir conscience du problème.

A ce sujet,  j’aimerais vous rapporter une anecdote : Quand j’ai commencé à travailler avec les tout-petits, j’aimais beaucoup lire ma voiture de Byron Barton.

ma voiture barton

Un auteur plutôt attentif à la lutte contre les clichés. Mais au bout de quelques mois, je me suis rendue compte qu’inconsciemment, je le proposais beaucoup plus aux petits garçons qu’aux petites filles. C’est en me rendant compte que moi, féministe convaincue, je proposais quand même les histoires de voitures aux petits garçons que j’ai commencé à me poser la question des représentations des filles et des garçons dans la littérature jeunesse et du rôle des bibliothécaires.

Cela signifie donc s’interroger, se former, s’informer, se rencontrer pour en parler, échanger et diffuser les ressources etc….

Ensuite on peut entamer une démarche active :

  • Agir sur les collections :

– proposer des titres qui luttent ouvertement contre les stéréotypes, des titres avec des personnages qui prennent le contrepied des clichés, que ce soit des livres militants :

J’avais déjà parlé de ni poupées ni super-héros !, marre du rose et un peu d’overdose de rose.

ou des livres qui présentent des filles et des garçons loin des clichés :

 

– éliminer petit à petit des ouvrages vraiment problématiques et éviter d’en racheter

– réfléchir aux représentations dans l’ensemble des livres. Y compris quand ce n’est pas le sujet de l’album.

Ainsi, si on prend deux albums sur un même sujet, l’anniversaire d’un enfant, on se rend compte que les représentations peuvent être très différentes. Dans le premier (joyeux anniversaire de Chihiro Nakagawa), la mère, en rose, est à l’intérieur, dans la cuisine, pendant que le père, en bleu, est dehors devant la voiture au début de l’album. Et à la fin, c’est le mère en tablier qui apporte le gâteau.

 

Dans le deuxième (Tommy : l’anniversaire de Rotraut Susanne Berner), la mère bricole pendant que le père met la table et accueille les invités, et apporte en cadeau la trottinette qu’elle a elle-même fabriqué pour son fils.

 

Je ne dis pas qu’il ne faut pas lire le premier, mais qu’il est important de réfléchir au niveau global à la diversité des représentations et de proposer une vraie diversité aux enfants. Car les enfants sont d’excellents lecteurs d’images et remarquent souvent des détails qui nous échappent. Et engrangent aussi ces représentations « de fond ». Ces livres dont le sujet n’a rien à voir avec la lutte contre les stéréotypes de genre, mais où on  voit au détour d’une illustration des pères qui s’occupent de leurs enfants, des femmes qui font du bricolage… sans que ça justifie qu’on s’y arrête, qu’on argumente, simplement parce que la vie, c’est aussi comme ça, élargissent le champ des possibles.

 

  • Conseiller et valoriser

La première étape est déjà de ne pas céder à la facilité en proposant des documents genrés aux enfants (les princesses aux filles et les véhicules aux garçons).

Mais comment répondre aux demandes genrées des lecteurs ?

Quand quelqu’un cherche un livre pour un enfant, le genre sera toujours précisé (« je cherche un livre pour une fille de tel âge »).  On peut déjà reformuler la demande sans sexisme (pour les enfants de tel âge, nous avons) et demander des titres de livres que l’enfant a aimé pour répondre en fonction de ses goûts et non en fonction de son genre.

On peut aussi répondre à la demande tout en ouvrant éventuellement sur d’autres horizons. Par exemple, quand on me demande des livres de princesse, je répond à la demande en proposant des contes traditionnels, mais j’ajoute toujours à la pile quelques titres avec des princesses rebelles et actives.

J’ai parlé en détails de la princesse et le dragon et de l’horrible petite princesse. Et vous pouvez retrouver une série d’articles sur les princesses , que je ne désespère pas de terminer un jour, entre autre en vous présentant les autres titres qu’on voit ici.

Notre rôle est aussi de proposer sur place et/ou en ligne des sélections : Bibliographies, tables, etc. En voici deux exemples : la bibliographie Littérature de jeunesse non sexiste, une sélection de l’association Adéquation et de la bibliothèque Goutte d’Or (2011) et la malle Egalité·e (« une sélection de 31 livres pour réfléchir autour de ce thème pas toujours si simple à aborder… ») prêtée aux collectivités par les médiathèques de plaine commune.

Et là encore, réflexion sur les représentations même quand on parle d’autres sujets, quel que soit le thème de la sélection.

Je me permets d’ajouter la petite table de présentation faite récemment à ce sujet à la bibliothèque (avec les affiches d’Elise Gravel sur les filles et les garçons, la sélection antisexiste de la mare aux mots dont je vous reparle bientôt et les chouettes dépliants de MamanRodarde).

 

Mettre en place des animations pour accompagner ces ressources

On a la chance, en bibliothèque, d’avoir une grande liberté pour proposer et inventer des choses : gouter philo, projections de films, expo, débats, lectures, ateliers, etc. Deux exemples : la participation de Louise Michel à Queer for kids, semaine de réflexion autour de la diversité des genres, avec un atelier pour enfants pour permettre « d’inventer des personnages à la diversité sans limite qui formeront la fresque d’un royaume utopique ! » (c’est par Maman Rodarde, le 24 mars, allez-y !).

Et l’exposition et les animations (heure du conte) à la bibliothèque Rouger Gouhier  de Noisy-Le Sec, « filles intrépides, garçons tendres ».

CONCLUSION : Pour que les bibliothèques jouent un rôle significatif dans la lutte contre les stéréotypes, il faut aller au delà de l’initiative individuelle et locale et réfléchir à cette question dans l’ensemble du réseau. Cela doit s’appuyer sur la formation des bibliothécaires, et sur un travail quotidien sur ses propres représentations. On commence à s’emparer vraiment de ce sujet, et c’est un beau défi pour les années à venir !

(Merci à Gabriel, Elise, Sophie et surtout @BibliBonjour pour leur relecture et leurs conseils).

Le reste de la table ronde, sur le rôle des conservatoires, les ressources humaines, la place des femmes dans l’espace public, était passionnante. Des actes doivent être publiés, je vous tient au courant dès que j’en sais plus !

Tables rondes

Un petit article pour vous dire que je vas participer à deux tables rondes dans les semaines qui viennent !

D’abord, demain, jeudi 8 mars, la ville de Paris organise un colloque pour la journée internationale de lutte pour les droits des femmes : « Les femmes et la Culture, quelle place, quels outils pour sensibiliser et favoriser égalité et émancipation ? ». C’est de 9h à 16h45 à la maison des Métallos, dans le 11e.

Impression

Je participerai à la première table ronde, de 10h à 11h30, intitulée « le service Public de la Culture, outil d’égalité et d’émancipation » et plus particulièrement à la partie consacrée aux bibliothèques :

« Les bibliothèques sont les équipements culturels les plus fréquentés par les Parisien.nes. Ce sont des équipements porteurs de valeurs et de transmission des connaissances. Com- ment peuvent-elles participer à la lutte contre les stéréotypes sexistes ? »

 

Je vais tenter de parler, en 5 minutes chrono, de la production massivement genrée et stéréotypée en littérature jeunesse et de la manière dont les bibliothécaires peuvent lutter contre les stéréotypes (oui, faire ça en 5 minutes, c’est environ mission impossible).

Si ça vous intéresse, voilà le programme complet de la journée (les autres tables rondes ont aussi l’air très intéressantes), l’évènement Facebook et le formulaire d’inscription (la journée est gratuite). J’en profite pour vous mettre aussi le programme des bibliothèques pour le 8 mars. Perso si j’étais dispo, j’irais voir la rencontre Girl Power, les figures féminines dans la littérature Young Adult à la Canopée.

 

 

2e table ronde dans un cadre moins institutionnel ! Je participe à une table ronde sur les représentations LGBT+ dans la littérature jeunesse organisée par Mx Cordelia dans le cadre du Festival des Cultures LGBT.

table ronde 2

La table ronde aura lieu à la bibliothèque Marguerite Audoux (Paris 3e) le vendredi 23 mars de 18h à 19h30.

J’y interviendrai avec Mx Cordelia, donc, mais aussi avec Anne-Fleur Multon, autrice (entre autres de Viser la lune), Hélène Breda, maîtresse de conférence et autrice et Marie, vidéaste (Ce Que Tu Mates) et autrice.

Et j’y parlerai plus particulièrement de la représentation LGBT+ dans les albums.

Vous trouverez toutes les infos ici et l’event Facebook . Il y aura également une autre table ronde sur le même sujet le lendemain,  samedi 24 mars de 19h à 21h à la maison du Combattant, de la vie associative et citoyenne de Paris 19e. Je ne pourrai malheureusement pas y être, mais vous pourrez y écouter Anne-Fleur Multon, Cordelia et Marie, et cette seconde table ronde sera plus centrée sur l’écriture.

 

J’espère vous croiser à ces tables rondes !

J’essayerai aussi de publier des compte-rendus de ces interventions ici. Mais je ne sais pas trop quand je pourrai le faire (je suis en plein déménagement et en train de changer de bibliothèque, ça fait un peu beaucoup à gérer en même temps !).

La diversité dans la littérature jeunesse, compte-rendu de table ronde

Vous le savez peut être, j’ai participé, en décembre dernier, au salon du livre jeunesse de Montreuil à une table ronde intitulée « La diversité dans la littérature jeunesse, quelles réponses des bibliothèques ? », organisée par le ministère de la culture. C’est Sophie Agié qui modérait la table ronde. Elle est responsable de la médiathèque Visages du Monde (Cergy) et membre de la commission Légothèque une des commission de l’Association des Bibliothécaires de France qui s’intéresse aux questions de genre, d’orientation sexuelle et sentimentale, d’interculturalité et multiculturalisme. Et j’y participais avec Penda Diouf, responsable de la bibliothèque Ulysse (Saint-Denis) qui fait partie du réseau de lecture publique de Plaine Commune, autrice de théâtre et coorganisatrice d’un festival de théâtre, Jeunes textes en liberté, qui travaille sur la question de la diversité « pour que justement ça n’en soit plus une ». Et avec Diariatou Kébé, qui n’est pas bibliothécaire mais maman et présidente de l’Association Diveka, « dont l’objet est la promotion de la diversité dans la littérature jeunesse, notamment, mais pas que ».

C’était vraiment une chouette expérience. C’était une première pour moi de participer à une table ronde, la première fois aussi que j’assumais mon blog IRL, et j’étais fière que ce soit au salon de Montreuil. Il y avait un monde fou, autant vous dire que j’ai bien stressé ! Mais j’ai aussi rencontré des personnes passionnantes, et ça m’a donné encore plus envie de réfléchir et de m’engager sur ce sujet.

Mais bref, qu’est-ce qui s’est dit à cette table ronde ?

Il y en a un résumé sur le blog de légothèque. Je vais essayer d’en parler un peu plus en détails.

On a commencé par échanger autour du mot diversité, qui pose question. D’abord, souligne Penda, il sous-entend qu’il y a un standard ou une norme, à laquelle on appartient ou non. Ceux qui emploient ce mot s’excluent d’eux-mêmes de cette diversité là. La diversité, c’est l’autre. Cependant, on ne trouve pas d’autre mot qui recouvre l’ensemble du champ que nous voulons couvrir, à savoir une notion large de la diversité, que ce soit les représentations des filles et des garçons, des LGBT, des personnages racisés, du handicap, mais aussi les questions de grossophobie, etc. Et le mot racisé, que l’on utilise pour désigner toute personne qui subit des discrimination en raison de sa couleur de peau, est peu connu hors du milieu militant et peut être très clivant (il y a des personnes qui sont effectivement racisées mais qui ne veulent pas du tout s’appliquer ce terme à elles-mêmes). Diariatou explique donc que « nous, on a choisi de s’appeler Diversité and kids parce qu’il n’y a pas d’autre mot finalement (…) même si on n’y croit pas vraiment parce que c’est un terme fourre-tout (…). On a choisi un cadre pour les livres qu’on met en avant : on a choisi la diversité mélanique, c’est-à-dire les personnages non blancs, culturelle, de genre, comme fille d’album, mais aussi le handicap, parce que c’est des discriminations qui peuvent s’entremêler, on peut être noir et handicapé ». 

Sophie souligne ensuite que le thème du salon, c’est les représentations des enfants dans la littérature de jeunesse. Et que ces questions de représentations sont aussi liées au fait que le livre est un outil de construction de soi, qu’on peut s’identifier ou non aux personnages qui sont représentés dans les livres, et que ça nous sert aussi à se représenter le monde. Qu’on trouve des livres jeunesse intéressants du point de vue des représentations mais que l’on n’arrive pas toujours à les mettre en avant dans les bibliothèques et que si on regarde la majorité des albums, on a des représentations très normées, avec des personnages hétérosexuels, de couleur blanche, qui ont un standard de vie qui est assez différent de ce qu’on peut voir au quotidien.. 

Penda souligne à son tour que la question de l’enjeu des médiathèques, et de pourquoi une médiathèque, c’est à la fois proposer un large choix de documentaires, d’albums mais aussi de répondre à une certaine demande et travailler aussi à la question de la représentation, c’est-à-dire de faire en sorte que les documents qui soient proposés reflètent la société ou l’environnement proche d’une médiathèque, mais que ça n’est pas complètement le cas. 

Comment l’explique-t-on ?

  • les titres présentant une réelle diversité sont peu nombreux, et c’est de la responsabilité des éditeurs. Penda a ainsi fait une expérience : « je me suis dit que j’allais regarder dans la médiathèque pour voir quels albums pouvaient parler de la diversité au sens large, telle qu’on l’entend aujourd’hui dans cette table ronde, et en fait j’ai trouvé 3 sacs à peu près, autour de la diversité ethnique, de la diversité de genre, de la diversité du handicap aussi. Juste 3 sacs sur 16 500 documents. Et pourtant je suis dans un réseau de lecture publique qui travaille beaucoup sur ces questions là, de représentations, qui a à coeur d’être le plus inclusif possible ». Cela rejoint l’expérience de Diariatou : « j’ai un petit garçon qui a 7 ans et quand j’ai commencé à la question de la diversité dans la littérature jeunesse, j’ai commencé à chercher des livres. je pensais que la question était réglée et que j’allais trouver des livres qui correspondaient à l’identité de mon fils, un petit garçon noir né en France et élevé en France. Et finalement ça a été hyper compliqué ».
  • par la difficulté à identifier ces titres dans l’abondance de la production éditoriale : ils sont en quelque sorte noyés dans la masse. Il y a donc un travail de veille à faire, d’identification des éditeurs, des collections, des bibliographies, des ressources qu’on peut avoir sur ce sujet là (des ressources sont proposées à la fin de cet article).
  • par la question de l’identification : il y a l’idée forte que tout le monde peut s’identifier à un garçon. Par exemple on donnera des romans où il y a un héros à des filles sans aucun souci par contre proposer une héroïne fille à un lecteur garçon, c’est déjà un peu plus compliqué, ou alors il faudra quand même faire attention à mettre des personnages garçons forts, juste à côté (comme dans Hunger games de Suzanne Collins par exemple). Et cela s’applique aussi à la question du handicap, de la couleur de peau : on va considérer que tous les enfants peuvent s’identifier à un petit garçon blanc, mais le petit garçon blanc, on ne va pas forcément lui présenter d’autres identifications possibles.
  • par la composition de la chaîne du livre, majoritairement blanche, valide, hétéro : des éditeurs aux prescripteurs, parmi lesquels bien sur les bibliothécaires. Diariatou raconte : « j’ai eu la chance d’être éditée il y a 2 ans, pour un livre qui n’est pas de la jeunesse du tout, ça s’appelle Maman noire et invisible, et la plupart des personnes qui sont revenues vers moi pour savoir comment j’avais fait pour être publiée me disaient que quand elles envoyaient un manuscrit, quand le personnage principal n’est pas blanc, cisgenre, on leur répondait qu’ils n’arrivaient pas à s’identifier aux personnages, ce qui est normal en fait. »
  • par l’absence totale ou presque de certaines représentations. J’explique qubonbons pour Aichae je travaille dans un quartier où il y a beaucoup de mamans qui sont voilées. Mais le seul album que je connais avec un personnage significatif qui porte unvoile, il s’appelle des bonbons pour Aicha de Elly Van der Linden et Suzanne Diederen (Mijade, 2007), et on le garde très précieusement à la bibliothèque parce qu’il est épuisé depuis longtemps.
  • par la difficulté des auteur·e·s concerné·e·s r(acisé·e·s, handicapé·e·s, etc) à se faire éditer.

 

Quelles représentations ? 

Ensuite, quand il y a des représentations, quelles sont-elles ? Penda dit que pour la question de la diversité ethnique, ce sont souvent des enfants africains, et pas forcément des enfants noirs, arabes, asiatiques, vivant en France. Et du coup la réalité des enfants qui lisent ces livres est complètement différente de ce qu’on peut leur proposer dans les albums. « Je pense qu’il y a aussi tout un travail à faire autour de ces enfants qui sont français, qui sont nés ici, mais qui n’ont pas de miroir, ne trouvent pas d’albums sur lesquels ils puissent se projeter vraiment directement. »

Et même dans cette représentation de l’Afrique, on est souvent dans la caricature, dans l’exotisation. Diariatou cite Kirikou (femmes en pagne, enfant nu, village de cases, fétiches…). En jetant un coup d’oeil aux collections de sa médiathèque, Penda a trouvé pas moins de 3 livres où les enfants noirs sont liés à la sorcellerie…

(Tous ces albums n’ont pas été cités lors de la table ronde, mais je trouve que cela montre bien une représentation des personnages noirs fréquentes dans la littérature jeunesse).

Je cite alors un album qui va un peu contre cette exotisation, justement, que j’aime bien, la petite fille qui voulait voir des éléphants de Sylvain Victor (atelier du poisson soluble, 2013), l’histoire d’une petite fille blanche qui va en Afrique, et elle s’attend à forcément voir des éléphants partout, à tous les coins de rue. Son avion arrive elle s’étonne de voir une ville sous ses pieds, et pas la savane avec les éléphants, et en fait elle va découvrir un pays qui est complètement différent des représentations qu’on trouve souvent en France.

 

Il faut donc qu’il y ait des représentations, mais aussi voir ce qu’elles véhiculent. Et ces représentations sont importantes pour les enfants concernés, mais aussi pour les enfants blancs, valides, etc, parce qu’on a tendance à leur dire que leur modèle est universel, pour qu’ils prennent conscience que ce n’est pas le cas.

Plus tard, on en vient au défaut du point de vue : souvent quand on parle des enfants noirs, c’est que ça traite du racisme, mais on a toujours le ressenti du petit enfant blanc, et pas le sentiment de l’enfant qui reçoit les remarques racistes ou autre, et c’est dommage. Et on dérive parfois vers l’idée du « sauveur blanc » : Penda pense à Max et Koffi sont copains de Dominique de Saint-Mars et Serge Bloch (gros succès de la série Max et Lili en bibliothèque), où Max a copain qui s’appelle Koffi, qui est victime de brimades parce qu’il est noir, et c’est Max qui le sauve, et on n’a effectivement pas du tout le point de vue de Koffi. On retrouve d’ailleurs ce travers en dehors de la littérature jeunesse : dans le film le brio, par exemple, c’est un homme blanc qui va sauver tout une communauté.

Sophie souligne à nouveau que le livre sert à se représenter le monde et qu’on doit prêter une attention à l’environnement tel qu’il est représenté dans les livre. Aux médiathèques de faire un vrai travail de médiation. L’édition jeunesse ET les bibliothécaires ont vraiment un rôle à jouer pour pouvoir trouver ces pépites. Se dire « je suis bibliothécaire, je suis dans un environnement, peu importe lequel, je dois être la plus large et la plus inclusive possible ». Pour moi, si on parle de diversité, on parle aussi d’inclusion. Proposer à un public des choses dont il n’est pas forcément en demande, mais qui vont lui permettre de se représenter, et de se trouver.

Heureusement il existe des titres intéressants. Par exemple, Ilya Green vient de sortir chez Nathan un livre qui s’appelle mon château où un petit garçon construit un château de cubes, et le petit garçon est noir, et ça ne change rien à l’histoire.

mon chateau green

C’est important qu’il y ait des livres avec des enfants racisés, handicapés, sans que ce soit un livre sur le handicap ou sur le racisme. Un enfant avec deux papas ou deux mamans sans que ce soit un livre SUR l’homoparentalité. Etc. 

Car le problème des représentations concerne aussi, par exemple, le handicap qui est souvent édulcoré. Souvent c’est, comme Marianne éditrice à la ville brûle disait, « un enfant valide qu’ils ont assis dans un fauteuil roulant ». Et je voulais citer on n’est pas si différents de Sandra Kollender et Claire Cantais puisque l’illustratrice a passé plusieurs semaines dans un IME et a proposé une représentation très réaliste de ces enfants là, et je pense que c’est quelque chose qui est très rare, le fait que ce soit vraiment montré et pas édulcoré.

pas si différents

 

Quels éditeurs pour des représentations intéressantes ? 

Sophie cite la ville brûleet en particulier une de leurs dernières parutions pour la jeunesse, les règles… quelle aventure ! d’Elise Thiébaut et Mirion Malle qui parle des règles, et on a un mix de pas mal de questions, et dans les représentations de ce livre, on a des personnes noires, des personnes blanches, des personnes grosses, des personnes plus maigres, des personnes avec des poils, sans poils…

regles-livre-jeunesse

 

Je cite la collection « mes p’tits docs » chez Milan, qui a le mérite d’aborder des questions qui n’ont rien à voir avec la diversité tout en intégrant ces questions là. Je pense à un titre qui s’appelle les maîtres et les maîtresses (j’en avais fait un article là) où une des maîtresses est racisée, beaucoup des enfants de l’école aussi, on voit des personnes handicapées, et chose qui est rare, à la fin on explique que les maîtres et les maîtresses ont aussi une vie de famille et c’est le maître qui est mis en rapport avec sa vie de famille, alors que très souvent c’est la mère qui est rattachée à la sphère familiale. Je trouve intéressant que dans cela soit pris en compte même si le sujet du livre n’est pas la diversité. 

Diariatou cite Bilibok (éditeur qui a malheureusement arrêté son activité depuis). Ils ont publié un album qui s’appelle Comme un million de papillons noirs de Laura Nsafou, qui est blogueuse, qui est auteure, et illustré par Barbara Brun, et ça parle du cheveu afro, crépu. « Ce sont des livres qu’on voit très rarement.  Moi je suis née en France, j’ai grandi en France, et c’est un livre qui m’a beaucoup touché finalement parce que j’en ai jamais lu comme ça, malheureusement » (alors qu’on trouve de nombreux livres sur le sujet aux Etats-Unis par exemple). « Les noirs en France ils n’ont pas été inventés hier, en fait, on est là depuis longtemps, du coup il faut avoir ce genre de livre là, je pense, dans les bibliothèques. »

comme un million de papillons noirs

La maison d’édition n’est pas passée par les schémas éditoriaux habituels puisque c’est un album qui a été publié grace à un financement participatif. Mais ce qui est intéressant à noter, c’est à la fois la difficulté pour ce type de livres de passer par l’édition traditionnelle et le succès que cette campagne de financement participatif a obtenu, puisqu’ils ont eu 200 ou 300% de ce qu’ils avaient demandé, donc il y a une vraie demande sur ces livres là, qu’on a parfois du mal à satisfaire.

Lors des questions, une membre de la (super) association DULALA nous a demandé si on connaissait des livres montrant la diversité des langues (livres faisant par exemple apparaître dans les illustrations, certains mots d’autres langues, et pas seulement celles apprises à l’école).  Diariatou cite une petite maison d’édition qui publie des livres qui s’appellent « Fifi et Patou« , dans plusieurs langues africaines. Il y a des mots par exemple en soninké, en wolof, en plein de langue, et c’est personnalisable. Il y a même un livre sur l’albinisme. Je cite, chez Didier Jeunesse, la collection contes et voix du monde, qui mêle le français et l’arabe ou d’autres langues africaines. Avec en particulier le travail de la géniale Halima Hamdane

 

Mais deux réserves par rapport à cela :

Penda souligne qu’il est très dommage que sur toute la palette que l’on peut avoir en France, il n’y en ait que 2-3 éditeurs qui s’intéressent à ces questions, et que si on a envie de travailler sur le handicap on aille voir tel éditeur et que ça ne soit pas proposé de façon plus large et plus globale.

Diariatou que beaucoup d’éditeurs qui travaillent sur la représentations des enfants noirs ont très peu de visibilité. Ils ne sont par exemple pas présents au salon de Montreuil. On ne trouve leurs livres que dans les évènements afro ou au salon dédié au livre jeunesse afro-caribéen qui existe depuis 6 ans. S’ajoute à cela la difficulté, même quand on a identifié les éditeurs et les titres, de faire entrer certains livres en bibliothèque, puisque nous sommes contraints par les marchés publics : nous avons un fournisseur, nous ne pouvons pas commander directement à de petits éditeurs souvent mal distribués, ou participer à des financements participatifs. 

 

Comment trouver des livres avec des représentations intéressantes ? 

Le centre Hubertine Auclert qui travaille sur les questions de genre avait une expression que j’aimais bien, c’était « chausser les lunettes du genre » pour analyser la situation, et c’est vrai que maintenant j’essaye de « chausser les lunettes de la diversité » quand je vais en librairie, j’achète les livres pour la bibliothèque, sans que ça ne devienne LE critère central ou unique. J’ai une pile de livres devant moi, quelle représentations il y a ? Donc il y a la question « est-ce qu’il y a des personnages différents qui sont représentés ? » et aussi comment ils sont représentés?

Nous avons aussi souligné qu’on trouvait en ligne ou non de nombreuses sélections, bibliographies intéressantes. J’en parle en fin d’article.

Quelles autres pistes pour améliorer les représentations ? 

Diariatou insiste sur l’importance de soutenir les auteur·e·s racisé·e·s en achetant leurs livres et en les proposant en bibliothèque « parce que ce sont d’autres histoires, d’autres points de vue, et ces histoires justement elles méritent aussi d’être racontées et d’être diffusées ». 

On peut aussi « tout simplement » mettre les livres qui rendent la diversité visible en avant. Sur les présentoirs de la bibliothèque. Dans des sélections. Das des bibliographies. Quand je fais une sélection j’essaye toujours de me poser la question « est-ce qu’il y a une certaine diversité qui est représentée ou pas ? ». J’essaye de le faire vraiment systématiquement, c’est-à-dire que quand je fais un accueil de crèche, je vais sortir 20 bouquins pour les enfants, lesquels il y a ? Après la difficulté c’est que du coup on a tendance à retomber toujours sur les mêmes titres, j’ai mes albums, comme 2 petites mains et 2 petits pieds de Mem Fox et Helen Oxenbury, mais j’essaye effectivement de faire attention à la question.

 

Est-ce possible que dans 5 ou 10 ans, la question soit « réglée », que la diversité soit présente de façon évidente dans la littérature jeunesse ? 

J’ai alors parlé de la représentation des filles et des garçons parce que c’est ce que je connais le mieux : il y a eu des livres militants très chouettes sur ces sujets là ces dernières années, des titres qui insistaient sur la liberté, pour les petites filles, de sortir des carcans, pour les petits garçons aussi. Je pense à ni poupées, ni super héros de Delphine Beauvois et Claire Cantais à la ville brûle, aux déclaration des droit des filles et déclaration des droits des garçons d’Elisabeth Brami et Estelle Billon-Spagnol chez Talents Hauts, il y a des choses qui se font !

Mais est-ce que c’est vraiment une nouveauté ? Dans les années 70, c’était un peu la même chose. Il y avait une production de masse stéréotypée et des albums très intéressants qui mettaient en cause les clichés. Je pense à l’histoire de Julie qui avait une ombre de garçon de Christian Bruel et Anne Bozellec aux éditions du sourire qui mord, à rose bonbonne d’Adela Turin aux éditions des femmes, 10 ans plus tard à la princesse Finemouche de Babette Cole au Seuil.

J’ai un peu l’impression qu’on est toujours dans ce système où on publie des livres qui sont intéressants mais on ne se pose pas la question des représentations dans la masse, et donc on en est à faire des bibliographies, des sélections alors que dans l’idéal, il devrait suffire de prendre un livre devant soi, sans que le sujet soit forcément militant mais que la diversité soit présente en toile de fond.

Penda souligne alors l’importance d’une politique volontariste en bibliothèque. Faire des sélections, des malles, le prendre en compte dans les acquisitions, ça semble évident pour certain, mais c’est loin de l’être toujours.

Elle prend l’exemple du handicap : sur 65 millions de français, il y en a 12 millions qui sont atteints d’un handicap physique ou mental, visible ou non. Et en fait, il y a très peu d’albums alors que ça touche une grande partie de la population.

Diariatou pense qu’on n’est pas rendus! Mais elle souligne que cette table ronde, et l’invitation de son association a moins d’un an, c’est déjà un premier pas. Elle constate l’avance des anglo-saxons sur ces questions. Ils se penchent sur le problème, et on trouve par exemple des chiffres sur les représentations dans les albums jeunesse, alors qu’on n’en trouve pas en France. Aux Etats-Unis, ils ne sont pas très encourageant parce que 93% des personnages sont blancs dans les 3600 albums étudiés en 2012. Mais ils ont le mérite d’exister.

 

Si c’est compliqué au niveau des collections, est-ce que l’action culturelle (les animations, rencontres, heure du conte, etc) sont un levier d’action qui peut être plus facile ? 

Les bibliothécaires ne dépendent pas de l’édition pour cela, et sont donc plus libres. Et on peut réfléchir à la diversité en terme de contenu des animations, mais aussi en terme de public touché. Parce qu’il y a souvent un décalage entre le quartier où la bibliothèque est implantée et la population qui fréquente la bibliothèque et il y a aussi la question de comment on fait venir l’ensemble du public, comment on les fait rentrer dans la bibliothèque, que ce soit pour les collections ou pour l’action culturelle. Les animations peuvent aussi être un moyen, pour nous bibliothécaires, d’être plus inclusives dans ce qu’on propose, et de faire en sorte que les gens, quelque soit leur couleur de peau, leur orientation sexuelle ou autre, se sentent bien à la médiathèque. 

Parmi les actions citées :

  • des sélections de livres, et la mise en place de malles sur l’égalité filles/garçons ou autour du vivre ensemble par les médiathèques de Plaine Commune. Ces malles sont accompagnées d’expositions, de spectacles sur ces questions, d’ateliers qui valorisent les femmes invisibilisées de l’histoire…
  • un travail autour des langues étrangères : proposer des livres dans les langues que les enfants parlent à la maison. On peut avoir aussi des heures du conte où on peut inviter des personnes parlant d’autres langues, le bambara, le soninké, le wolof, à venir conter, lire des histoires dans leur langue. Les médiathèques de Plaine Commune travaillent, pendant le festival Histoire Commune, pour que les contes soient en bilingue. Ainsi la médiathèque Ulysse a accueilli au mois de décembre un conteur qui a raconté en français et en wolof.
  • les pôles sourds des bibliothèques de la ville de Paris qui proposent à la fois des collections dédiées, un personnel formé pour l’accueil, des animations comme des heures du conte bilingue français parlé/LSF
  • le choix des auteurs invités en médiathèque. Penda : « Je pense par exemple à tout un travail qu’on a fait avec Rachid Santaki, qui est auteur de polar, et que vous connaissez peut être parce qu’il organise la dictée des cités, c’est un peu du Bernard Pivot mais aujourd’hui en 2017. On en a organisé une d’ailleurs samedi dernier à la basilique de Saint-Denis lors des journées populaires du livre organisées par la ville. Il était en résidence à la médiathèque pendant un an. Voir qu’il y a un auteur habitant dans Saint-Denis, racisé, qui écrit des polars, qui fait plein de choses, ça peut aussi avoir valeur d’exemple pour les jeunes qui viennent à la médiathèque, pour les collégiens, lycéens qui ont pu participer aux ateliers, et je pense que c’est aussi intéressant de travailler sur ces questions là. » Elle parle également du festival hors limites
  • l’action de l’association LIRE à Paris qui va lire dans les salle d’attente de PMI, par exemple en choisissant des jours où des traductrices sont présentes pour pouvoir toucher l’ensemble des enfants. J’ai la chance de travailler avec eux et quand on arrive à faire venir des parents qui ne maîtrisent pas du tout le français ou pour qui la bibliothèque reste un endroit où on ne peut pas aller avec un tout-petit parce que ça fait du bruit et que la bibliothèque c’est un endroit où les bibliothécaires disent chut, c’est une victoire.
  • Les partenariats avec les structures du quartier. J’explique qu’on reçoit beaucoup de groupes, des crèches, des classes… et qu’on cherche comment faire revenir ces enfants avec leur famille. Nous on a fait le choix d’aller à la crèche à l’heure où les parents viennent récupérer les enfants pour rencontrer les familles, expliquer ce qu’on fait, que les enfants viennent à la bibliothèque pendant leur journée mais aussi qu’eux peuvent venir, etc. Un travail d’explication de ce que c’est que la bibliothèque, de ce qu’on y trouve. On travaille avec des écoles classées REP voire REP+ avec un public parfois un peu éloigné du livre, avec une image très austère de la bibliothèque. Simplement, la bibliothèque c’est un endroit où on ne va pas. Donc on les invite le samedi matin pour moment convivial, un petit déjeuner en présence de l’enseignante. On a la chance d’avoir des enseignantes qui sont engagées puisqu’elles viennent sur leur week end. Le fait de les inviter tous ensemble, ça permet de toucher des publics qui ne viendraient pas spontanément.

 

La question de la formation des bibliothécaires 

Le jour de cette table ronde, nous étions entre convaincues de la nécessité d’avancer sur ce sujet. Mais ce n’est pas forcément toujours le cas.

Penda souligne que c’est quelque chose qui doit être partagé en équipe, et qu’on doit tous être convaincus de l’utilité de la démarche, de sa pertinence et de sa nécessité. Parfois, les difficultés peuvent aussi être plutôt de notre côté, nous bibliothécaires, parce qu’on peut aussi avoir des préjugés, des stéréotypes. Essayer de mettre tout ça à plat et de déconstruire un maximum. Il y a aussi ce qu’on peut dire, projeter sur le public qui vient à la médiathèque, etc.

La formation est donc une question centrale. Et actuellement, certaines formations sont problématiques. Penda raconte ainsi qu’elle a fait une formation au CNFPT il y a quelques années sur l’accueil des publics et le formateur nous expliquait que quand on voyait une femme sénégalaise arriver dans la médiathèque, il fallait plutôt l’orienter vers les livres de cuisine. Voilà. Donc bien sûr tout de suite je me suis mise assez en colère et que j’étais absolument contre cette idée, que c’était quelque chose que je ne me voyais pas du tout appliquer. Et le lendemain, il est venu vers moi en disant « non mais en fait je sais pourquoi vous étiez un peu cachée hier, c’est parce que vous même vous êtes sénégalaise ». Voilà. Donc je vous laisse juger de la violence de la situation, mais tout ça pour dire que les formateurs eux-mêmes ont aussi des préjugés, que nous mêmes nous avons des préjugés et qu’il faut aussi être vigilants à tout ça.

C’est ce que montre la traduction publié sur le blog de légothèque d’un article d’Erika Sanchez, une autrice américaine d’origine hispanique qui témoigne : tous les auteurs, quand ils sont interviewés, disent « moi, quand j’étais petit, j’allais à la bibliothèque », mais moi, quand j’allais à la bibliothèque, on se faisait virer parce qu’on parlait espagnol, le staff tout le monde était blanc, et quand on demandait de l’aide, les bibliothécaires râlaient parce que nos parents ne venaient pas avec nous.

Sophie raconte qu’elle a travaillé à un livre sur les questions LGBT (le livre numérique est disponible gratuitement ici !), il y avait toute une formation qui avait été faite sur le sujet, et les bibliothécaires disaient « oui mais on a un livre qui traite de cette question là donc le sujet est couvert ». Et ça, c’est une réponse qu’on ne peut pas valider. On ne peut pas se dire que parce qu’on a Jean a deux mamans la question LGBT est couverte, ce n’est pas vrai ! 

Il faut aussi prendre du temps (et c’est souvent compliqué) d’échanger en équipe. Et souligner que ça ne doit pas être vu comme du militantisme (on a tendance à avoir l’étiquette « féministe » collée sur le front), c’est juste inscrire la bibliothèque dans la société dans laquelle elle est.

A propos d'(auto)formation, j’ai mis en avant internet et les réseaux sociaux car c’est en grande partie là où je me suis formée, où j’ai découvert des choses, en échangeant sur twitter avec des militantes, avec des auteur·e·s, avec des afroféministes, etc. Ca m’a beaucoup apporté.

Se pose aussi la question de la diversité des bibliothécaires eux-mêmes. Ainsi, une personne dans le public dit « j’ai vu comme pas mal d’entre vous je pense le docuemntaire de Wisemann sur les bibliothèques de New-York, et ce qui m’a frappé dans ex libris c’est qu’on y voit des bibliothécaires hommes, femmes, d’origine asiatique, maghrébine, noire… On disait aussi qu’aux Etats-Unis il y a plein de livres sur les cheveux crépus, mais en fait, les bibliothécaires eux-mêmes représentent la diversité, ce qui n’est pas du tout du tout notre cas. Vous avez peut être passé les concours comme moi, et à chaque fois c’est quelque chose qui me choque énormément : on est dans une salle immense et il va y avoir une personne noire qui va passer le concours de bibliothécaire par exemple, parmi 500 candidats et candidates blanches. Donc si j’avais une question, c’est savoir comment donner envie à des petits garçons, des petites filles, français, mais d’origines diverses et variés, d’être bibliothécaires. » Diariatou reconnait avoir elle-même des préjugés sur le métier de bibliothécaire et se réjouit d’avoir rencontré Penda : « j’en connais deux maintenant des bibliothécaires noires, avec des cheveux crépus ». Si déjà dans les équipes, dans le recrutement, il y avait plus d’exemples de personnes qui représentent la société telle qu’elle est, cela permettrait de se dire que tout le monde peut faire ce métier. Penda rapporte cette anecdote : « il y a 3 semaines, il y a 3 gamines qui viennent à la bibliothèque pour leur stage de 3e, elles ont 15 ans, elles sont toutes les 3 noires. Ma collègue leur dit « je vais chercher la responsable ». J’arrive et elles me regardent avec des grands yeux « c’est vous la responsable ? ». Elles-mêmes elles n’avaient pas du tout imaginé que la responsable de la médiathèque puisse être noire en fait. Et je pense que ça a ouvert quelque chose chez elle. Alors je dis pas qu’elles vont devenir bibliothécaire, mais malgré tout elles se disent « c’est possible ».

Voilà la fin du compte-rendu. Une heure, ça passe très vite, et il y a beaucoup d’autres sujets qu’on aurait voulu aborder, j’espère qu’on le fera par la suite, sous une forme ou une autre !

 

Je vous ajoute une série de ressources sur la diversité dans la littérature jeunesse, c’est plus facile par écrit et avec des liens qu’à l’oral !

Sur la diversité au sens large où on l’entend, la super bibliographie Kaléidoscope, sous-titrée  « Osez un monde inclusif où chaque enfant peut être lui-même ». Elle aborde l’égalité des sexes, la diversité sexuelle et de genre, la diversité familiale, la diversité corporelle, le handicap, la diversité culturelle…

J’ajoute aussi cette bibliographie de l’atelier des merveilles, « pour vivre ensemble, riches de nos différences« , qui complète celles sur l’égalité filles/garçons.

  couv biblio

Sur la diversité mélanique et culturelle, je vous invite bien sur à adhérer à l’association Diveka, présidée par Diariatou. Vous pouvez également suivre le travail de l’association sur Facebook et sur twitter.

Sur la diversité des représentations hommes/femmes, je vous renvoie à la partie bibliographie du site, où j’ai réuni beaucoup de ressources intéressantes et aux liens du moment.

Sur le handicap, on m’a conseillé la bibliographie du site handicap.fr. Et il faut aussi prendre en compte la question de l’accessibilité des documents. Je voulais donc donner le lien du blog des pôles sourds de la ville de Paris. Mettre en avant le superbe travail de la maison d’édition les doigts qui rêvent qui rend accessible l’album illustré aux enfants non-voyants grace à la tact-illustration. Ou parler des collections qui se développent à destination des enfants dyslexiques, comme dyscool chez Nathan qui adapte des succès de la littérature jeunesse ou flash fiction chez Rageot qui publie de courts textes d’auteurs confirmés dans une mise en page adaptée.

Sur les LGBT et l’homoparentalité, citons la rainbowthèque, répertoire participatif de livres avec des héros et héroïnes LGBT+, et la bibliographie jeunesse du Point G, centre de ressources sur le genre de la bibliothèque municipale de Lyon (j’en avais parlé ici).

J’essaye de partager régulièrement d’autres ressources intéressantes avec mes « liens du moment« .

Voilà pour cette rencontre passionnante, et il devrait y en avoir d’autres dans les semaines qui viennent !

Les liens du moment (janvier 2018)

Une sélection très riche aujourd’hui, à tel point que je n’ai pas encore pu l’explorer en entier (j’ai bcp de mal à trouver du temps pour regarder des vidéos), mais je la publie quand même sinon on y sera toujours dans 3 mois !

 

Sélection d’albums antisexistes

Une belle sélection de « 10 albums jeunesse dénichés à Montreuil qui bousculent le genre » réalisée par Nelly Chabrol-Gagne, qui ne se contente pas de les citer mais est passionnante dans sa manière d’en parler et de les présenter !

Un article très riche et une sélection avec des titres un peu différents de ce qu’on trouve habituellement, et quelques pistes d’utilisation pédagogique dans « l’égalité entre les garçons et les filles: lutter contre les stéréotypes sexistes grâce à la littérature jeunesse« .

 

Analyse des stéréotypes dans la littérature jeunesse

Une vidéo d’une table ronde de décembre 2017 sur les stéréotypes de genre dans la littérature et les médias pour la jeunesse avec Gaël Aymon  (écrivain pour la jeunesse), Mélanie Decourt (directrice éditoriale chez Nathan Jeunesse, cofondatrice des éditions Talents Hauts, ancienne présidente de l’association Mix-Cité) et Gwendoline Gaciarz (libraire jeunesse à la librairie du Parc de la Villette).

Dans le dernier épisode du podcast Quoi de Meuf, pour une littérature jeunesse féministe, Clémentine Gallot et Mélanie Wanga vous parlent littérature jeunesse et replongent dans les livres qui ont marqué leur enfance. Intéressant par leur position de lectrice (éclairée) et non de professionnelles du livre. (et elle citent le blog !)

En novembre a lieu une nouvelle session de Feminibooks, projet qui consiste à « Présenter tout au long du mois le féminisme au travers du prisme de la littérature. Romans, essais ou même bandes dessinées pourront ainsi s’ils vous ont marqué ou ouvert au sujet permettre à de potentiels lecteurs de s’ouvrir à leur tour à ce thème une fois présenté. » Vous pourrez retrouver l’ensemble des contributions sur la page Facebook ou le compte twitter. Plusieurs participantes ont choisi d’aborder la littérature jeunesse. Mabu parle sur son blog, le vent dans les pages de « ces héroïnes qui dès l’enfance sortent des carcans imposés par la société, de ces petites filles qui d’une certaine manière incarnent les valeurs du féminisme… » et revient sur les pionnières dans la littérature jeunesse du XIXe siècle. On trouve aussi une vidéo sur les héroïnes de Pierre Bottero, une autre sur les clichés sexistes dans la littérature pour enfants « et notamment de la ridicule participation des pères dans la vie familiale », une autre qui s’interroge : est-ce qu’un livre est féministe parce qu’il a une héroïne ? 

Un article de blog qui parle de la figure des héroïnes guerrières dans la littérature pour grands ados sur le fil rouge.

 

des personnages trans dans les romans jeunesse

Plusieurs romans ont été publiés récemment avec des personnages trans.

J’en parlais sur twitter en en présentant plusieurs ici. Vous trouverez également une sélection sur le blog Face de citrouille (que j’ai ajouté au passage à mes favoris…). Et enfin, cette vidéo de Mx Cordelia sur les romans avec des héroïnes trans : 

J’en profite au passage pour vous parler en deux mots de sa chaine Youtube qui s’intéresse aux représentations dans la littérature (plutôt young adult) en général, et aux représentations LGBT en particulier. J’attire votre attention sur deux vidéos récentes, une sur la diversité féminine dans ses dernières lectures, une autre, dans le cadre de Féminibooks, cité plus haut, sur un recueil de témoignages intitulé adolescences lesbiennes.

Bibliothèques 

Tout un dossier professionnel sur « les bibliothèques face aux défis de la diversité » : « Comment faire de la bibliothèque un espace de dialogue interculturel ? Comment et pourquoi bâtir une politique documentaire de fonds en version originale ? Quel rôle les bibliothèques peuvent-elles jouer dans l’accueil des migrants et des réfugiés ? Comment répondre aux besoins des publics non francophones ?… Autant de  questions soulevées par ce dossier, autant de pistes de réflexion et d’actions possibles, nourries de retours d’expérience et d’informations pratiques. »

 

Pour finir, j’ai assisté hier à une formation sur la politique et le politique dans l’album par Christian Bruel. J’en reparlerai ici, mais en attendant, voilà un livre des années 70, découvert hier, la raison des plus grands n’est pas toujours la meilleure d’Albert Cullum, (Harlin Quist, 1976). J’en ai posté plein d’images ici.

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Table ronde au salon de Montreuil

Un petit article d’autopromo pour vous dire que je participe le lundi 4 décembre à 14h15 à une table ronde au salon du livre jeunesse de Montreuil intitulée « La diversité dans la littérature jeunesse, quelles réponses des bibliothèques ? » avec Penda Diouf, responsable de la bibliothèque Ulysse (Saint-Denis) et Diariatou Kébé, présidente de l’Association Diveka, animée par Sophie Agié, responsable de la médiathèque Visages du Monde (Cergy) et membre de la commission Légothèque (ABF).
J’ai été contactée pour ce blog, et on parlera de diversité au sens large : représentations de genre, de classe, d’enfants racisés, en situation de handicap, etc.

Vous trouverez toutes les informations pratiques ici.

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Je sais que le lundi c’est pas l’idéal pour la plupart des gens, mais c’est la journée professionnelle du salon, destinée aux bibliothécaires et aux libraires et donc oui, le principe c’est qu’on aille à une journée professionnelle sur notre jour de week end (même si ça reste ouvert à tous). J’essayerai d’en faire un compte-rendu ici !

Et si vous voulez me dire bonjour sur le salon, j’y serai aussi le vendredi après-midi et toute la journée du lundi !

 

Quelques autres rencontres qui s’annoncent captivantes, mais je vous encourage vivement à aller voir l’ensemble du programme parce qu’il est très riche :

Mercredi, 9h30, scène décodage : Migrants, réfugiés : quand la littérature manifeste ! En ouverture du Salon, un temps de lectures et de dialogues avec écrivains et dessinateurs pour s’indigner, se positionner, être solidaire quant à la situation dramatique vécue par les migrants et les réfugiés… Avec les écrivaines Marie Desplechin (Ta race, ill. Betty Bone, éditions courtes et longues/Musée de l’Homme), Carole Saturno (Enfants d’ici, parents d’ailleurs, Gallimard Jeunesse) et les illustrateurs Serge Bloch (Eux, c’est nous, collectif Les éditeurs jeunesse avec les réfugiés) et Carole Chaix, membre de l’association Encrages (www.encrages.org). Animation : Marie-José Sirach, journaliste, L’Humanité. A partir de 12 ans.

Vendredi, 14h30, scène BD : Bergères guerrières, l’aventure au féminin. Dans un village où les hommes sont partis depuis dix ans pour la Grande Guerre, un groupe de femmes choisies parmi les plus braves forme l’ordre des Bergères guerrières, qui protège les troupeaux et les habitants. Pour enrichir les rangs de jeunes recrues doivent passer les différentes épreuves qui se présentent. Où l’on suit l’odyssée de Molly, jeune héroïne dans un univers médiéval-fantastique inspiré des légendes celtiques. Avec Amélie Fléchais, dessinatrice et Jonathan Garnier, scénariste autour de la série éditée chez Glénat. Animation : Romain Gallissot, chroniqueur jeunesse, Bodoï. A partir de 9 ans.

lundi, 12h30, scène vocale ➜Non conformes ? Les jeunes en marge dans la fiction ado
Durée : 1h15
Table ronde avec Hérvé Giraud, auteur, Éva Grynszpan, éditrice (Nathan), Alice Saint Guilhem, éditrice (Pocket jeunesse) et trois membres des comités de lecture de Lecture jeunesse, animée par Christelle Gombert, rédactrice en chef de Lecture jeune.

lundi, 15h30, scène BD ➜ Édition / télévision : quelles héroïnes ?
Durée : 1h
Débat avec Antoine Dole, auteur, Aurélya Guerrero, directrice éditoriale Milan, Chloé Miller, réalisatrice, Tiphaine de Raguenel, directrice exécutive France 4, Chris Riddell, auteur, Royaume-Uni et Chloé Sastres, scénariste. Animé par Virginie Boda, scénariste et scriptdoctor. Sur une proposition de l’association Des femmes s’animent. Dans le cadre du projet européen Transbook.

 

Un cow-boy en tutu (on progresse, 12)

Je le répète souvent, les albums « engagés » où l’antisexisme est le thème même du livre sont importants. Mais il y a aussi des livres dont le sujet n’a rien à voir avec la lutte contre les stéréotypes de genre, mais qui au détour d’une phrase ou d’une illustrations élargissent le champ des possibles. On y voit des pères qui s’occupent de leurs enfants, des femmes qui font du bricolage… sans que ça justifie qu’on s’y arrête, qu’on argumente, simplement parce que la vie, c’est aussi comme ça. Et j’ai envie de les mettre en valeur, aussi.

Alors aujourd’hui, un coup de coeur pour un premier roman illustré, Charlie et Ouistiti, dans lequel, sans que ce soit même abordé dans le texte, les enfants se détachent des stéréotypes de genre.

Charlie et Oustiti 2

C’est en particulier le cas pour le plus jeune frère, au centre, qui n’hésite pas à porter à la fois un déguisement de cow boy et un tutu de danseuse ! Mais on le retrouve chez la plusieurs personnages, comme la petite fille derrière, en salopette et qui grimpe aux arbres. Bravo à Emily Hughes pour ses illustrations !

charlie et ouistiti Charlie et Ouistiti de Laurel Snyder et Emily Hughes (Little Urban, 2017)

Les liens du moment (novembre 2017)

Littérature jeunesse 

Egalimère montre qu’encore une fois, malheureusement, on trouve des livres bourrés de stéréotypes dès la petite enfance.

Beatrice Kammerer parle de « Ces œuvres qu’on a adorées petits mais qu’on n’ose plus montrer à ses propres enfants » : « Pour tout parent, c’est un des principaux plaisirs liés au fait d’avoir des enfants: pouvoir partager avec eux les œuvres qu’on a dévorées quand on était jeune. Sauf que le message et les valeurs véhiculées ne correspondent pas toujours à celles que l’on souhaiterait. Alors que faire? Voici quelques pistes de réflexion. » Et cet article me donne envie de vous raconter que moi, je lis (aussi) plein de livres sexistes à mes enfants, et pourquoi.

Même si je l’ai déjà partagée, je vous remets cette vidéo que je trouve très parlante, malgré sa visée publicitaire, pour montrer les stéréotypes toujours présents dans la littérature jeunesse aujourd’hui :

 

 

Diversité dans la littérature jeunesse

2 initiatives dont j’ai envie de parler aujourd’hui.

Le premier, La Rainbowthèque, répertoire de livres francophones et disponibles en français LGBT+/MOGAI. Il n’est pas spécifiquement consacré à la littérature jeunesse, mais vous y trouverez pas mal de références, en particulier de romans ados/young adult. C’est un site collaboratif où chacun peut ajouter des références. Je vous encourage donc à y ajouter des titres, d’autant plus que si vous le faites avant le 18 novembre, vous pourrez gagner des livres ! Vous pouvez également suivre le projet sur twitter et sur Facebook

Le 2e, l’association Diveka Diversité & Kids, fait la promotion de la diversité dans la littérature jeunesse, le cinéma, les séries. Ils ont un compte twitter, le site arrive début 2018, et beaucoup de beaux projets à venir : sélection de livres, qui pourront être prêtés grâce à une bibliothèque volante, ateliers de sensibilisation aux préjugés… L’association sera présente au Salon du Livre jeunesse afro-caribéen 2017 qui aura lieu à Clichy les 24 et 25 novembre prochain.

 

Représentations dans les dessins animés : 

Marlène Thomas publie dans Libération un article très riche montrant que dans les dessins animés, les héroïnes sont toujours plus stéréotypées : plus sexy, plus minces, plus roses

Paprika rebondit sur cet article sur twitter et aborde aussi la question des stéréotypes raciaux. Elle a également écrit un article intitulé « l’éducation genrée via les dessins animés » pour Simonae, qui s’achève sur une « petite sélection non-exhaustive de dessins animés jeunesse progressistes ».

En vidéo, Alice in animation propose aussi une analyse de ces sujets avec ses vidéos dessins animés « pour filles », dessins animés « pour garçons » et stéréotypes de genre et dessins animés.

Pour aller plus loi, Mélanie Lallet a publié en 2014 un livre intitulé Il était une fois… le genre. Le féminin dans les séries animées françaises‪ (Ina, coll. Études et controverses, 2014) dont vous trouverez une présentation ici