Les femmes scientifiques dans la littérature jeunesse

Après les femmes artistes, j’avais envie de vous parler de femmes scientifiques.

Si on tape « dessin de scientifique » sur google, on trouvera quasiment uniquement des hommes. Encore plus si c’est un « professeur ».

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Alors apportons un peu de diversité dans les représentations. Proposons des femmes scientifiques dans les livres pour enfants, découvrons d’autres femmes que Marie Curie, toujours donnée en exemple, et souvent la seule femme dans des livres sur les sciences. Il y en a souvent quelques unes dans les livres de portraits de femmes, mais je vais me pencher ici sur les livres spécifiquement centrés sur les scientifiques. 

 

Les recueils :

inventrices et leurs inventionsInventrices-Inventions-1

  Les inventrices et leurs inventions d’Aitzibier Lopez et Luciano Lozano (éditions des éléphants, 2019).

Dans ce livre au format album accessible dès 5-6 ans, on trouve des portraits d’inventrices qui « ont révolutionné notre quotidien, en inventant une multitude d’objets devenus indispensables : couches jetables, lave-vaisselle, mais aussi essuie-glaces ou périscope… ». En se concentrant sur les inventions du quotidien, le choix des femmes qu’on y découvre est différent de la plupart des autres livres sur la question, cela apporte une variété bienvenue !

 

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Les femmes de sciences vues par une ado un peu vénère ! de Natacha Quentin (Poulpe Fiction, 2021)

La collection 100% bio de chez Poulpe fiction a pour projet de proposer des biographies dynamiques et facilement lisibles par les (pré)ados. Le 7e tome est consacré aux femmes scientifiques. « Excédée par les propos de Clément, son frère qui affirme que les femmes ne sont pas faites pour les sciences, Louise relate avec humour la vie de 25 grandes scientifiques : Marie Curie, Jocelyn Bell, Emilie du Châtelet, Rosalind Franklin ou encore Jane Goodall. » Le ton est moderne et accrocheur. A partir de 10 ans environ.  

 

femmes de scienceFemmes de science, à la rencontre de 14 chercheuses d’hier et d’aujourd’hui d’Annabelle Kremer-Lecointre (La Martinière Jeunesse, 2021)

Ce documentaire à destination des ados présente sous forme d’interview (souvent fictives) le parcours de femmes scientifiques. Il est richement illustré et plusieurs pages mettent en contexte les découvertes et la vie de ces chercheuses. Son intérêt principal est de présenter des figures historiques mais aussi des portraits de chercheuses françaises contemporaines.  A partir de 12-13 ans. 

 

women in science

mary anning women in science

Women in science, 50 fearless pioneers who change the world de Rachel Ignotofsky (Ten Speed, 2016)

Ce livre n’a malheureusement pas été traduit en français. D’habitude, je ne publie pas de livres en anglais, parce que je le lis très mal, et que j’ai déjà du mal à suivre la production éditoriale française, mais j’en ai entendu beaucoup de bien, en particulier de la part de Sophie en qui j’ai toute confiance sur le sujet. 

 

Enfin, ce n’est pas un livre mais une ressource intéressante pour les plus grand·es, lycéen·nes et étudiantes, le site de l’association femmes et sciences qui a pour objectif de « promouvoir et de valoriser les carrières scientifiques et techniques auprès des jeunes filles et des jeunes femmes, de promouvoir et de valoriser les femmes dans les carrières scientifiques et techniques » est très riche et propose entre autres une brochure avec « 40 femmes scientifiques remarquables du XVIIIe siècle à nos jours »

 

Marie Curie :

Comme Frida Kahlo pour les artistes, Marie Curie est LA femme scientifique qu’on trouve systématiquement mise en avant, parfois au détriment des autres. Elle est dans tous les livres sur les portraits de scientifiques ou presque, souvent la seule femme ou quasiment.

Extrait de Les femmes de sciences vues par une ado un peu vénère ! de Natacha Quentin

Extrait de Les femmes de sciences vues par une ado un peu vénère ! de Natacha Quentin

On trouve 44 notices à son nom en littérature jeunesse dans Electre, logiciel professionnel des libraires et bibliothécaires. Quand on peine souvent à trouver un ou deux livres sur d’autres femmes. Je vous propose donc une sélection par âge approximatif. 

Marie curie petite & grande

Marie Curie d’Isabel Sanchez Vegara et Frau Isa, collection petite & grande (Kimane, 2018). Cette collection, qui présente de nombreux portraits de femmes (on retrouvera Ada Lovelace un peu plus bas) se présente comme un album, accessible aux enfants dès 3-4 ans. Une grande douceur dans les illustrations pour une première approche. 

 

marie curie odyssées

Le génial podcast pour enfants « les odyssées » consacre pas moins de trois épisodes à Marie Curie ! C’est vivant, prenant et très chouette à écouter en famille. « Voici l’odyssée d’une des femmes les plus épatantes qu’ait connue l’histoire, si bien qu’elle a changé le monde grâce à ses incroyables découvertes scientifiques ! Tenez-vous prêts à pénétrer dans le laboratoire de Marie Curie où nous allons assister à de folles expériences. Marie ne veut qu’une chose : réaliser son rêve, devenir une femme de sciences ! »

Marie Curie Bayard

L’incroyable destin de Marie Curie, qui découvrit la radioactivité de Pascale Hédelin et Capucine (Bayard Jeunesse, 2018)

Cette collection propose des portraits de scientifiques dans un format « roman première lecture » à partir de 8 ans. On y trouve également quelques pages documentaires sur le contexte de l’époque et les découvertes scientifiques et leurs conséquences. 

Marie Curie grandes vies GallimardMarie Curie d’Isabel Thomas et Anke Weckmann, collection « les grandes vies » (Gallimard jeunesse, 2018)

Un documentaire petit format aux illustrations mignonnes, mais aux explications quand même assez pointues et complètes. J’y ai découvert beaucoup de choses quand je l’ai lu avec les enfants. A partir de 8-9 ans. 

 

marie curie belinLe journal de Marie Curie de Gertrude Dordor et Daphnée Collignon (Belin Jeunesse, 2020). Chez un éditeur pédagogique et scolaire, la vie de Marie Curie sous la forme d’un journal de bord, de son enfance en Pologne jusqu’à ses prix Nobel et son engagement pendant la Première Guerre mondiale. Un roman illustré indiqué à partir de 9 ans. 

 

 

Marie curie ceux qui ont dit non

Marie Curie, non au découragement d’Elisabeth Motsch, collection « ceux qui ont dit non » (Actes Sud Junior, 2016). 

Dans la chouette collection « ceux qui ont dit non » dont je parlais ici, un court roman biographique qui est centré sur sa lutte pour se faire une place dans le milieu scientifique, malgré les cabales et le dénigrement constant des milieux traditionnels. A partir de 12 ans environ. 

 

marie et bronia

Marie et Bronia de Natacha Henry (Albin Michel Jeunesse, 2017). Existe aussi au format poche (le livre de poche jeunesse, 2019) et en livre audio (Audiolib, 2019). « En Pologne, suite à la mort de leur mère, Marie Curie et sa soeur Bronia décident de tout faire pour aller à l’université afin de réaliser leurs rêves, devenir chimiste et médecin. Mais les femmes n’y étant pas admises, elles font alors un pacte : Bronia part la première faire des études de médecine à Paris et, une fois installée, fait venir Marie pour que celle-ci suive des études à son tour. » Ce roman ado, donc, accorde beaucoup de places aux années de formation et souligne l’importance du soutien familial de Marie Curie, son père et le lien avec sa soeur Bronia. La seconde prend autant de place que la première et c’est intéressant de découvrir cette femme médecin, engagée et militante. Cependant, j’ai trouvé qu’il accordait un peu trop d’importance aux histoires d’amour par rapport aux recherches scientifiques des deux femmes. A partir de 12-13 ans. 

Vous pouvez aussi retrouver la vie de Marie Curie en BD, chez Faton (Marie Curie, la scientifique aux deux prix Nobel de Céka et Yigaël) ou chez Bayard (Marie Curie en BD d’Agnieska Biskup et Sonia Leong), une petite biographie dans la collection quelle histoire qui a été adaptée en courte vidéo disponible sur youtube, un petit roman policier qui met en scène deux enfants qui viennent en aide à Marie Curie (Menaces sur le trésor de Marie Curie d’Emmanuelle Kecir-Lepetit, Le Pommier, 2017), une biographie romancée pour ados de Xavier-Laurent Petit (Marie Curie, elle a découvert l’énergie nucléaire, école des loisirs, 2016). Et enfin, elle prend une place importante dans le film d’animation Dilili à Paris de Michel Ocelot (2018), parmi d’autres femmes ayant réellement existé, où elle vient en aide à l’héroïne. 

 

Les portraits d’autres femmes scientifiques :

Marie Curie prend une place énorme. Elle a tendance à être l’arbre qui cache la forêt, donc il me tenait à coeur de mettre en avant d’autres scientifiques, dont beaucoup que j’ai découvertes moi-même grâce à ces ouvrages à destination de la jeunesse. 

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Ces affiches sont téléchargeables gratuitement sur le site d’Elise Gravel et la première existe aussi en version à colorier

 

Je vous les présente par ordre chronologique approximatif. 

Hypathie d’Alexandrie (entre 355 et 270-415), philosophe, astronome et mathématicienne

hypatiaHypatia d’Arnulf Zitelmann, (école des loisirs, 1991)

Roman biographique de la philosophe et mathématicienne de l’Antiquité tardive. A partir de 12 ans environ.

 

Emilie du Châtelet (1706-1749), femme de lettres, mathématicienne et physicienne

passions d'emilieLes passions d’Emilie, la marquise du châtelet, une femme d’exception d’Elisabeth Badinter et Jacqueline Duhême (Gallimard jeunesse, 2006, épuisé)

Un album à partir de 6 ans. 

J’ai hésité à le mettre parce qu’il est épuisé, mais je n’ai rien trouvé d’autre sur Emilie du Châtelet et j’avais envie qu’elle figure dans cette liste. Vous le trouverez sans doute en bibliothèque. 

Sophie Germain (1776-1831), mathématicienne

rien n'arrête sophie

Rien n’arrête Sophie, l’histoire de l’inébranlable mathématicienne Sophie Germain de Cheryl Bardoe et Barbara McClintock (éditions des éléphants, 2018)

Un album biographique accessible dès 4 ou 5 ans, qui montre autant dans le texte que dans l’illustration que le langage mathématique peut être un poème, qui souligne le courage et l’obstination de Sophie Germain pour s’imposer dans un monde d’hommes et qui présente de manière simple et accessible ses découvertes. Sophie en parle ici. Etonnant que cette biographie d’une scientifique française soit une traduction d’un livre américain !

sophie germain la femme cachée des mathématiquesSophie Germain, la femme caché des mathématiques de Sylvie Dodeller et Julien Billaudeau (école des loisirs, 2020) 

Un roman biographique à partir de 12 ans. 

L’écriture de ce roman a provoqué chez Sylvie Dodeller des interrogations sur la place des femmes dans la science, et a créé un podcast, « Sophie Germain project« , une émission qui parle de la place des femmes dans les sciences. Pourquoi y a t-il si peu de filles dans les filières scientifiques comme les maths, la physique ou l’informatique ? Qu’est-ce qui les freine ? Comment les inciter à y aller ? Qu’est-ce que l’effet Matilda ? Pourquoi des scientifiques comme Sophie Germain, Ada Lovelace ou Lise Meitner ont-elles été oubliées, invisibilisées ? Des chercheur.e.s en histoire des sciences, histoire de l’éducation, sociologues et spécialistes du genre répondent à toutes ces questions et à bien d’autres au micro de Sylvie Dodeller.

Ada Lovelace (1815-1852), pionnière de la science informatique

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Ada Lovelace de Maria Isabel Sanchez Vegara et Zafouko Yamamoto dans la collection Petite & Grande (Kimane, 2020)

Un album accessible dès 4 ans. 

 

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Opération Lovelace d’Emmanuelle Kécir-Lepetit (Le Pommier, 2018)

Dans la collection « les savantissimes », des petits romans à partir de 9 ans qui mettent en scène des enfants qui viennent en aide à des grands scientifiques. On me souffle cependant à l’oreille qu’ils sont souvent plus didactiques que romanesques… 

Voilà le résumé de celui-ci : Hiver 2025 : un virus géant a attaqué les systèmes informatiques occidentaux. Plus rien ne fonctionne. Au Pentagone, des experts internationaux tentent de trouver une solution, le Professeur Holmes est consulté. Selon lui il n’y a qu’une solution : revenir en arrière et réparer le mal à la source en empêchant l’invention de l’informatique, cause de tous leurs soucis. Un programme secret du département de défense américain, baptisé « Lovelace », permettrait de voyager dans le temps et de se transporter en 1943 à l’université de Philadelphie, où a été construit le premier ordinateur. Nancy, une jeune fille de 12 ans, après avoir franchi un tunnel spatio-temporel, se retrouve propulsée à Londres, début juillet 1843. Le programme s’est trompé de 100 ans… Elle rencontre Oliver, un autre enfant, mais surtout Ada Lovelace, pionnière du langage informatique et Charles Babbage inventeur de la machine à différence. Entre passé et futur, les aventures seront nombreuses et les deux enfants découvriront la vie et les recherches d’Ada Lovelace, mathématicienne et première programmeuse informatique, discipline apparue au milieu du 20ème siècle…

A noter qu’un titre lui avait déjà été consacré dès 1998, Ada de Lovelace et la programmation informatique de Jean-Paul Soyer (Sorbier, 1998, épuisé)

Sophie Kovaleskaia (1850-1891), mathématicienne

Un épisode du podcast « Sophie Germain Project » dont j’ai parlé un peu plus haut lui est consacré : « la mathématicienne Sophie Kovaleskaia, portrait d’une aventurière« , accessible aux ados. 

Joan Procter (1897-1931), herpétologue

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Joan Procter, la femme qui aimait les reptiles de Patricia Valdez et Felicita Sala (Cambourakis, 2018)

Un très bel album qui raconte la vie de cette spécialiste des reptiles, qui s’est en particulier occupée des dragons de Komodo du zoo de Londres. C’est cet album qui a donné envie à mon fils, passionné par les reptiles, de devenir herpétologue. 

 

Anita Conti (1899-1997), océanographe

Dans la collection « l’incroyable destin » qui a déjà publié les biographies de Marie Curie, Katherine Johnson et Dian Fossey va paraître en septembre 2021 l’incroyable destin d’Anita Conti de Fleur Daugey et Laura Pérez. 

Katherine Johnson (1918-2000), physicienne, mathématicienne et ingénieure spatiale :

Katherine Johnson nasaL’incroyable destin de Katherine Johnson, mathématicienne de génie à la Nasa de Pascale Hédelin et Javi Rey (Bayard, 2020)

Un petit roman avec des pages documentaires, à partir de 8-9 ans. 

 

 

combien de pas jusqu'à la lune

Combien de pas jusqu’à la lune de Carole Trébor (Albin Michel Jeunesse, 2019)

Un roman pour ados très chouette (malgré quelques longueurs) qui insiste surtout sur son enfance et ses années de formation, sa passion pour les mathématiques partagée avec son père et qui reste un lien entre eux, les discriminations et le racisme auquel elle doit faire face. A partir de 12-13 ans. 

 

figures de l'ombreLe film de Theodore Melfi, les figures de l’ombre (2016) met en avant trois scientifiques noires ayant travaillé pour la Nasa, Katherine Johnson, mais aussi Dorothy Vaughan (qui devient responsable du département de calculs informatiques de la NASA) et Mary Jackson (première Afro-Américaine ingénieure en aéronautique). Ce film a joué un rôle important dans la mise en avant de ces femmes qui avaient été invisibilisées. Si ce n’est pas à proprement parler un film pour les enfants, il peut parfaitement être vu avec des ados.  

 

Rachel Carson (1907-1964), biologiste marine et militante écologiste

rachel carsonRachel Carson, non à la destruction de la nature d’Isabelle Collombat, dans la collection ceux qui ont dit non (Actes Sud Junior, 2021). Ce court roman parle de sa carrière scientifique, mais aussi de son engagement écologiste, dénonçant l’empoisonnement de la planète par l’industrie chimique, les pesticides et tout ce qui se déverse dans la nature. C’est le second roman de cette collection consacré à une scientifique, après celui sur Marie Curie présenté un peu plus haut. Pour ados à partir de 12 ans. 

 

Dian Fossey (née en 1932), primatologue

dian fossey kimane

Dian Fossey d’Isabel Sanchez-Vegara et Alessandra De Cristofaro dans la collection Petite & Grande (Kimane, 2018)

Dès 4 ans. 

 

 

dian fossey bayardL’incroyable destin de Dian Fossey, une vie à étudier les gorilles de Jean-Baptiste de Panafieu et Claire de Gastold (Bayard Jeunesse, 2019).

A partir de 8-9 ans. Dans la même collection, on trouve également Marie Curie et Katherine Johnson. Cela fait donc 1/3 de femmes dans la collection, ce qui est plus que ce que l’on trouve en général…

 

dian fossey a dos d'ane

Dian Fossey, l’ange gardien des gorilles de Brigitte Hache et Hypathie Aswang (A dos d’âne, 2020)

A partir de 8 ans. Une partie récit et un dossier documentaire.

Cet éditeur propose de nombreuses biographies, de personnes engagées, de scientifiques, d’artistes, etc. Mais leurs livres sont malheureusement rapidement épuisés, ce qui explique que je ne les ai pas plus cité dans mes articles. 

sur la trace des grands singes

Sur les traces des grands singes avec Jane Goodall, Dian Fossey et Biruté Galdikas de Jim Ottaviani & Maris Wicks (Ecole des loisirs, 2016)

Une bande dessinée accessible dès 7 ans qui présente le travail et les observations des grands singes de Jane Goodall (chimpanzés), Diane Fossey (gorilles) et Biruté Galdikas (orang-outang). 

 

Jane Goodall (née en 1934), éthologue, spécialiste des chimpanzés

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La petite fille aux singes, l’enfance incroyable de Jane Goodall de Patrick McDonnell (De la marinière jeunesse, 2013)

Cet album accessible dès 4 ans, met en scène l’enfance de Jane Goodall, passionnée par la nature, l’observation des petites bêtes de son jardin, sa passion pour l’Afrique, dès l’enfance. L’album s’achève sur une photographie de Jane Goodall adulte, qui a réalisé son rêve d’enfance. On y trouve des dessins d’enfance de Jane, quand elle était à la tête de la « Société des Alligators », des gravures naturalistes et le dessin très doux de Patrick MacDonnell. Un album très émouvant, un coup de coeur pour moi. 

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Jane Goodall de Noémie Arnaud (Quelle histoire, 2020)

Dans cette collection de biographies, à partir de 6 ans, un portrait de Jane Goodall. A petit prix (5 euros). Ils en ont fait une vidéo visible ici

 

 

jane goodall odyssées

Le super podcast les Odyssées consacre deux épisodes à Jane Goodall. C’est par ces épisodes que nous avons découvert ce podcast, et mes enfants se sont passionnés pour cette histoire. A partir de 5-6 ans.

 

sur la trace des grands singes

Sur les traces des grands singes avec Jane Goodall, Dian Fossey et Biruté Galdikas de Jim Ottaviani & Maris Wicks (Ecole des loisirs, 2016)

Une bande dessinée accessible dès 7 ans qui présente le travail et les observations des grands singes de Jane Goodall, Diane Fossey et Biruté Galdikas. 

 

 

 

ma vie avec les chimpanzés

Ma vie avec les chimpanzés de Jane Goodall (école des loisirs, 1e édition 1989,  réédité en juin 2021)

Jane Goodall a elle-même écrit une autobiographie pour les ados à partir de 11 ans où elle raconte son parcours depuis les petits boulots de Bournemouth jusqu’à la réserve de Gombe et sa rencontre avec les chimpanzés.

 

 

 

Un film documentaire, Jane, a été réalisé en 2018 par le National Geographic, à partir d’images d’archives. Je ne sais pas si le film entier est adapté aux enfants, mais en tout cas on peut regarder avec eux quelques extraits visibles sur Youtube, ici ou par exemple. 

Un titre consacré à Jane Goodall existe également dans la collection Petite & Grande aux éditions la courte échelle (Jane Goodall de Maria Isabel Sanchez Vegara et Beatrice Cerocchi, Courte échelle, 2019). Ce sont des éditions canadiennes. En attendant que le titre soit peut être repris chez Kimane, il semble qu’il est distribué en France. 

 

Biruté Galdikas (née en 1946), primatologue

sur la trace des grands singes

Sur les traces des grands singes avec Jane Goodall, Dian Fossey et Biruté Galdikas de Jim Ottaviani & Maris Wicks (Ecole des loisirs, 2016)

Dans ce livre déjà cité plus haut pour Dian Fossey et Jane Goodall, on découvre les recherches de Biruté Galdikas sur les orang-outangs. 

 

Les fictions autour des filles et de la science :

J’avais envie de vous parler ici de livres qui ne mettent pas en scène des scientifiques ayant réellement existé, mais qui utilisent la fiction pour présenter des procédés scientifiques, pour parler de la place des femmes en science. 

comment fabriquer grand frèreComment fabriquer son grand frère ? un livre d’anatomie et de bricolage d’Anais Vaugelade (école des loisirs, 2016)

Dans cet album très grand format, Zuza, héroïne récurrente d’Anais Vaugelade, a décidé de se fabriquer un grand frère. C’est donc le prétexte d’un documentaire sur le corps humain et ce qui le compose, mais aussi, je trouve, une bonne première approche de la méthode scientifique : Zuza expérimente, rate, recommence, fait des recherches pour comprendre pourquoi elle s’est trompée. Et la science est également présenté comme un travail d’équipe puisqu’elle est aidée du crocodile et de ses jouets. 

L’éditeur le conseille à partir de 7 ans mais mon fils s’est passionné pour ce livre dès 3 ans 1/2 (et a joué à la rotule et à la cupule pendant des semaines). 

effet matildaL’effet Matilda d’Ellie Irving (Castelmore, 2017). Existe aussi en version adaptée aux dyslexiques (Castelmore, 2018). A partir de 10 ans. 

Matilda, douze ans, adore les sciences ! Ses héros sont Léonard de Vinci et Marie Curie, et elle passe son temps à imaginer et à fabriquer des inventions géniales. Elle est donc stupéfaite d’apprendre que sa grand-mère était une astrophysicienne, et qu’elle a autrefois découvert une planète ! Mais son odieux chef le professeur Smocks s’est attribué cette extraordinaire trouvaille… Pour Matilda, il est hors de question de le laisser s’en tirer et gagner un prix Nobel. Elle fera éclater la vérité ! Elle n’a que deux jours pour embarquer Mamie Joss dans un voyage loufoque et épique jusqu’en Suède… 

Avec ce jeu de mot, ce roman évoque un souci très réel en sciences, l’effet matilda, qui désigne désigne le déni ou la minimisation récurrente et systémique de la contribution des femmes scientifiques à la recherche, dont le travail est souvent attribué à leurs collègues masculins (on en parle souvent pour les scientifiques Rosalind Franklin ou Lise Meitner). La grand-mère de Matilda est inspirée de Jocelyn Bell, connue pour sa découverte du premier pulsar, pour laquelle c’est son directeur de thèse Antony Hewish qui obtient le prix Nobel.

Une chouette présentation de ce roman par Lucie Kosmala ici

Je tiens cependant à indiquer que Castelmore appartient aux éditions Bragelonne dont le directeur de publication et le cofondateur, Stephane Marsan, est accusé de « remarques et de gestes inappropriés, à connotation sexuelle, dans un cadre professionnel« . Plusieurs autrices ont demandé une enquête interne, sans suite à ce jour, à ma connaissance.  

calpurniaCalpurnia de Jacqueline Kelly (école des loisirs, 2013). 

Calpurnia Tate a onze ans. Dans la chaleur de l’été, elle s’interroge sur le comportement des animaux autour d’elle. Elle étudie les sauterelles, les lucioles, les fourmis, les opossums.
Aidée de son grand-père, un naturaliste fantasque et imprévisible, elle note dans son carnet d’observation tout ce qu’elle voit et se pose mille questions. Pourquoi, par exemple, les chiens ont-ils des sourcils ? Comment se fait-il que les grandes sauterelles soient jaunes, et les petites, vertes ? Et à quoi sert une bibliothèque si on n’y prête pas de livres ?
On est dans le comté de Caldwell, au Texas, en 1899. Tout en développant son esprit scientifique, Calpurnia partage avec son grand-père les enthousiasmes et les doutes quant à ses découvertes, elle affirme sa personnalité au milieu de ses six frères et se confronte aux difficultés d’être une jeune fille à l’aube du XXe siècle. Apprendre la cuisine, la couture et les bonnes manières, comme il se doit, ou se laisser porter par sa curiosité insatiable ? Et si la science pouvait ouvrir un chemin vers la liberté ?

Un roman ado (à partir de 11-12 ans) qui a reçu le prix sorcière en 2014 et dont je n’ai entendu que du bien. L’autrice l’a également déclinée en série pour les plus jeunes (Calpurnia, apprentie vétérinaire), à partir de 8 ans. Et le roman a également été adapté en BD, chez Rue de Sèvre, par Daphné Collignon. 

 

Et en sciences humaines ? 

Jusque là on a parlé de sciences dites dures. Mais trouve-t-on des livres sur les chercheuses en sciences humaines ? Alors là, c’est le désert quasi absolu. A moins que des références m’aient échappées.

J’ai trouvé deux livres de la collection « les petits Platons » (collection qui fait découvrir les grand·es philosophies aux enfants à partir de 9 ans) sur des femmes philosophes. La première, c’est la politologue et philosophe Hannah Arendt (1906-1975)

petit théâtre de Hannah Arendt

Le petit théâtre de Hannah Arendt, raconté par Marion Muller-Colard et illustré par Clémence Pollet (les petits Platons, 2014)

En 1975 alors qu’elle travaille à La vie de l’esprit, Hannah Arendt reçoit la visite de la petite fille qu’elle a été. La petite Hannah la suppliant de lui raconter une histoire, elles investissent toutes les deux une scène de théâtre et convoquent Aristote pour écouter son enseignement sur l’espace public et la Cité.

Un autre livre est consacré à Hannah Arendt aux éditions A dois d’âne, mais il est épuisé : Hannah Arendt transforme le monde de Yan Marchand et Anastassia Elias (A dos d’âne, 2017)

La seconde, c’est la philosophe et théologienne Edith Stein (1891-1944)

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Le secret d’Edith Stein raconté par Marguerite Léna et Bénédicte Bouillot et illustré par Anne-Lise Boutin (Les petits Platons, 2016)

Edith Stein explore un mystérieux château qui n’est autre que son propre pays intérieur. Une invitation à découvrir la pensée de la phénoménologue à destination des enfants.

 

Si je n’ai pas trouvé de livres consacrés à des femmes chercheuses en sciences humaines, certaines d’entre elles ont elles-mêmes publié pour la jeunesse. Malheureusement les livres que j’ai repéré sont souvent épuisés…

histoire des femmesMichelle Perrot (née en 1928) , historienne, a répondu aux questions de deux collégiennes dans il était une fois… l’histoire des femmes : Michelle Perrot répond aux questions d’Heloïse et Oriane (Lunes, 2001). 

Voici donc une discussion entre deux jeunes adolescentes et Michelle Perrot, professeur émérite d’histoire contemporaine de l’Université Paris VIII, réputée pour ses ouvrages et son combat en faveur de l’histoire des femmes. Ici, Michelle Perrot, en grande pédagogue, se prête volontiers aux questions des deux jeunes filles, à leurs interrogations actuelles sur le sport, les métiers ou encore les top-models. L’universitaire apporte des réponses simples et surtout resitue ce long combat et la place des femmes dans notre société actuelle.

héritier différence des sexesFrançoise Héritier (1933-2017) , anthropologue, au publié chez Bayard Jeunesse en 2010 un livre intitulé la différence des sexes destiné aux ados. Ce titre est désormais épuisé, mais il a été réédité en 2019, cette fois dans une collection pour adultes, avec le résumé suivant : C’est en fait un condensé de son oeuvre, accessible à tous, que Françoise Héritier nous offre ici. Les différences objectives entre les sexes entraînent-elles des différences d’aptitudes, des différences dans le domaine juridique, professionnel, et la domination d’un sexe sur l’autre ? Ses différences sont-elles naturelles ou culturelles ? Une leçon limpide sur l’égalité entre hommes et femmes, loin d’être acquise dans le monde et même dans nos sociétés. Je le mets quand même ici, puisqu’il a été conçu pour les ados à l’origine. Mais il démontre quelque chose dont je suis persuadée depuis longtemps : les documentaires pour enfants et ados sont aussi une excellente porte d’entrée pour les adultes qui veulent aborder un domaine qu’ils ne connaissent pas bien. 

pourquoi les richesMonique Pinçon-Charlot (née en 1946), sociologue, a écrit avec son mari Michel, pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvre ?, un documentaire pour les enfants à partir de 9-10 ans illustré par Etienne Lécroart et publié aux éditions La ville brûle (1e édition 2014, réédité dans une version enrichie en 2018) : Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon expliquent les mécanismes et les enjeux du monde social. Cette opération de dévoilement permettra aux jeunes (et aux moins jeunes) lecteurs de dépasser le stade du ressenti pour accéder à la compréhension des déterminismes sociaux qui entrent en jeu : les riches, les pauvres oui, c’est injuste… mais pas seulement ! Pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ? s’attaque aux mécanismes de la domination sociale. Qu’est-ce qu’une classe sociale ? À quoi reconnaît-on les riches ? Que font-ils avec leur argent et pourquoi ne le partagent-ils pas avec ceux qui manquent de tout ? A-t-on besoin des riches ? 20 questions pour rendre compte d’une réalité sociale complexe sont croquées ici avec finesse et humour par l’illustrateur Étienne Lécroart. 

 

Voilà qui vous donne un peu de lecture ! N’hésitez pas à donner en commentaire des titres que j’aurais oublié ou pas trouvé, j’ai essayé d’être exhaustive, mais ce n’est pas simple !

Les femmes dans l’histoire de l’art (et la littérature jeunesse)

Vous connaissez sans doute cette image qui concerne les collections du Met de New York.

guerrilla girls

Eh bien on peut faire à peu près la même constatation dans les rayons art en littérature jeunesse (on y trouvera sans doute moins de femmes nues, mais c’est une autre question). J’ai d’ailleurs fait le constat dans la bibliothèque où je travaille. Quand je suis arrivée, TOUTES les monographies sur les artistes concernaient des hommes. 

Autre exemple, dans le centre Pompidou, musée national d’art moderne de la collectioncentre pompidou 1eres découvertes « mes premières découvertes », TOUTES les oeuvres reproduites avaient été créées par des hommes. Les seules femmes présentes sont celles qui ont créé une des toiles de Klein en se roulant dans la peinture. Et je cite celui-là parce qu’une amie l’avait remarqué, mais c’est le cas dans beaucoup de titres de ce genre, d’imagiers d’art ou de collections de découvertes. Les femmes artistes, créatrices, sont trop souvent absentes ou invisibilisées. 

Alors voilà de quoi diversifier un peu vos rayons art, en profitant d’un certain renouveau éditorial sur la question : la plupart des documentaires cités ont moins de cinq ans. 

Mais avant de parler de documentaires sur l’art, je voulais parler de deux albums que j’aime beaucoup, de Claire Cantais, Victoire s’entête (atelier du poisson soluble, 2006) et Votez Victorine (atelier du poisson soluble 2016).

Dans ces albums, Claire Cantais (l’illustratrice du ‘premier manifeste antisexiste’, Ni poupées, ni super-héros ! ) mêle oeuvres d’arts des collections du Louvre pour le premier, du musée d’Orsay pour le second et collages de papiers pour proposer des fictions. Si les oeuvres sont (très) majoritairement des oeuvres d’hommes, les histoires mettent en scène des héroïnes qui sortent de l’ordinaire.

Dans le premier, qui reprend la structure d’un conte, Victoire n’a pas de tête. Son père offre sa main à l’homme qui trouvera la tête qui lui convient. Tous les hommes qui arrivent lui proposent non pas des têtes qui lui conviennent à elle, mais des têtes qui leur ressemblent à eux. Jusqu’à ce qu’arrive un homme qui se demande ce dont elle a réellement besoin…

Dans le second, Victorine vit la vie ennuyeuse des jeunes filles de bonne famille. Jusqu’au jour où ses cousins lui font une vilaine farce et la laissent seule et nue dans la nature. Ca va être le début d’aventures rocambolesques qui vont la conduire jusqu’aux plus hautes fonctions de l’État !

Un gros coup de coeur pour ces deux albums !

Mais revenons aux documentaires. Ces dernières années, plusieurs livres et projets ont été consacrées aux femmes artistes. (je me concentre sur la jeunesse, mais on retrouve le même phénomène dans les livres pour adultes).

Femmes peintres : elles ont marqué l’histoire de l’art de Sandrine Andrews (Palette, 2018) s’adresse aux enfants à partir de 9 ans. Voilà son résumé par l’éditeur :

Parmi les artistes clés de l’histoire de l’art, peu de femmes sont citées. Elles sont pourtant bien présentes sur la scène artistique, et ce dès le XVe siècle ! Leur influence et leur rayonnement restent encore trop peu mentionnés. Mais à qui doit-on le premier portrait de femme noire comme allégorie de la liberté ? Qui est la véritable pionnière de l’art abstrait ? Cet ouvrage dresse le portrait de douze peintres, injustement oubliées ou peu reconnues. Les artistes à découvrir : Artemisia Gentileschi, Élisabeth-Louise Vigée Le Brun, Marie-Guillemine Benoist, Rosa Bonheur, Berthe Morisot, Paula Modersohn-Becker, Hilma af Klint, Séraphine de Senlis, Frida Kahlo, Sophie Taeuber-Arp, Sonia Delaunay et Marlene Dumas

Chez le même éditeur, Femmes artistes de Mélanie Gentil (Palette, 2017) s’adresse à des plus grands, ados et adultes. Voilà le résumé :

Si les femmes sont extrêmement présentes dans l’art occidental en tant que personnages figurés, force est de constater qu’elles le sont beaucoup moins en tant qu’artistes. L’image sociale de la femme peintre, sculptrice ou photographe fut longtemps déconsidérée. Pour faire tomber ces obstacles, il a fallu des combats politiques et esthétiques, marqués par un féminisme à la fois courageux et créatif. Découvrez dans cet ouvrage des personnalités singulières et très fortes dans l’adversité comme Sonia Delaunay, Frida Kahlo, Niki de Saint Phalle ou plus récemment Shadi Ghadirian.

La chouette revue d’art Dada a consacré son numéro de novembre 2020 aux artistes femmes (mais notons que le magazine n’a consacré que 4 monographies à des femmes artistes en dehors de ce numéro, sur 126 numéros).

Et les femmes artistes, on n’en parle pas que dans les livres !

Petites histoires de grandes artistes, ce sont des vidéos d’animation ludiques et éducatives, à partir de 7 ans; « L’objectif de chaque épisode ? Faire découvrir en 3 min la vie et l’œuvre d’une artiste femme du XXe siècle. Imaginé par la scénariste Sophie Caron, chaque récit transmet l’originalité d’une démarche, son importance au sein d’un courant artistique, certains épisodes biographiques déterminants ainsi que les difficultés que l’artiste aura pu rencontrer dans l’exercice de sa pratique. » Le ton est (peut être un peu trop) didactique. On y croise des figures connues (Camille Claudel) mais aussi des artistes que j’ai personnellement découvertes comme Tarsila do Amaral. Elles sont produites par AWARE, association qui a pour objectif de « réécrire l’histoire de l’art de manière paritaire ».

Enfin, même s’il s’adresse à un public adulte, je voulais quand même citer le MOOC « elles font l’art » du centre Pompidou sur les femmes artistes de 1900 à nos jours, avec des illustrations de Pénélope Bagieu. Il est peut être accessible aux ados ?

Je parlais de l’invisibilisation des femmes artistes, ce n’est pas tout à fait vrai. L’une d’entre elle se détache, est visible. C’est Frida Kahlo.

Les deux Frida

L’artiste mexicaine est une des rares à être régulièrement évoquée dans la littérature jeunesse depuis de nombreuses années (dans la lignée du film de 2003 ?). Elle est aussi dans quasiment tous les livres de “portraits de femmes”. Et ce n’est pas le cas seulement dans les livres. Il y a un marketing énorme autour de cette artiste qui touche aussi les enfants : Barbie Frida Kahlo, carnets, vêtements pour enfants… et même masques depuis le début de la pandémie. Cette exploitation marketing gomme l’engagement politique de cette femme, son handicap, et même très souvent son art, puisqu’on ne montre presque jamais ses tableaux mais toujours un portrait un peu fantasmé. Cette surreprésentation a un fort effet « arbre qui cache la forêt » : il y a une artiste connue, mais si vous voyez on parle des femmes artistes on a un livre sur Frida Kahlo dans notre collection… (on retrouve d’ailleurs cela avec les femmes scientifiques et la figure de Marie Curie)

Ca n’empêche pas que la production de livres autour de cette artiste soit très intéressante. Je vous propose donc une sélection (contrairement aux autres parties de l’article, je n’ai pas cherché à être exhaustive). D’abord, des albums, qui se sont inspirées de la vie et/ou de l’oeuvre de Frida Kahlo pour en proposer une lecture personnelle.

A la recherche de Frida Kahlo, de Catherine Ingram et Laura Callaghan (éditions du centre Pompidou, 2020). Un livre jeu à partir de 5-6 ans, un cherche et trouve dans l’esprit de où est Charlie ? 

Frida Kahlo et ses animaux de Monica Brown et John Parra (Versant Sud, 2019). Album biographique à partir de 4 ans. Ce livre raconte l’histoire de Frida Kahlo et celle de deux singes, d’un perroquet, de trois chiens, de deux dindes, d’un aigle, d’un chat noir et d’un faon.

Des pinceaux pour Frida de Véronique Massenot et Elise Mansot (l’élan vert, 2021), de la collection « Pont des Arts » qui a pour but de faire découvrir l’art par la fiction.

Petite Frida d’Anthony Browne (Kaléidoscope, 2019). Album à partir de 6 ans Une fillette solitaire… Une amitié magique… Voici l’histoire vraie d’une rencontre : celle de Frida Kahlo avec l’amie imaginaire qui l’a accompagnée et inspirée toute sa vie. À travers d’étonnants tableaux, Anthony Browne dresse un portrait très personnel de la petite Frida, avant qu’elle devienne l’une des artistes les plus célèbres au monde.

Frida de Sebastien Pérez et Benjamin Lacombe (Albin Michel Jeunesse, 2016). Album à partir de 9 ans. L’une des plus grandes figures de l’art mexicain du XXe siècle inspire Benjamin Lacombe et Sébastien Perez pour leur nouvelle collaboration.  Pour lui rendre hommage, Benjamin Lacombe propose une immersion inédite dans le processus créatif de l’artiste. Une succession de pages découpées et un texte poétique nous entraînent dans les profondeurs de l’âme de Frida Kahlo. À la manière d’un recueil de pensées, le livre explore les thématiques qui sont chères à Frida : l’amour, la mort, la terre, les animaux… 

Et une petite sélection parmi les documentaires qui lui sont consacrés :

Comment parler de Frida Kahlo aux enfants ? de Sandrine Andrews  (le baron perché, 2013) est malheureusement épuisé, mais vous le trouverez peut être encore en bibliothèque et j’aime beaucoup cette collection qui s’adresse aux parents pour accompagner leurs enfants.

Frida Kahlo de Sarah Barthère et Aurélie Grand (Milan Jeunesse, 2020), documentaire à partir de 5 ans, dans la collection “art” des documentaires Milan.

Frida Kahlo, une peinture de combat de Magdalena Holzhey (Palette, 2005), un documentaire à partir de 8 ans

Frida Kahlo : non à la fatalité d’Elsa Solal (Actes Sud Junior, 2020). Biographie romancée suivie de quelques pages documentaires, dans une collection, “ceux qui ont dit non”, qui propose des figures engagées. A partir de 12 ans

On trouve également un livre sur elle dans la collection Petite et grande de chez Kimane, dans la collection “les grandes vies” de chez Gallimard Jeunesse, dans la collection « Quelle histoire ». Ainsi qu’un numéro de la revue Dada.

Enfin, il me semble important de citer le film Frida de Julie Taymor avec Selma Hayek et Alfred Molina (2003), qui a beaucoup fait, je pense, pour la popularité de l’artiste, et qui peut être regardé par des adolescent·e·s. Voilà la bande annonce :

Frida Kahlo prend “beaucoup de place”, mais on peut trouver des ressources sur d’autres artistes. Je n’ai réuni ici que des monographies. J’ai essayé d’être complète, mais c’est difficile, donc n’hésitez pas à rajouter en commentaire les titres qui m’auraient échappé. (je les présente ici par ordre alphabétique d’artiste).

rosa bonheur buffalo billRosa Bonheur :rosa bonheur audacieuse

Rosa bonheur, l’audacieuse de Natacha Henry (Albin Michel Jeunesse, 2020), un roman pour ado à partir de 13 ans dont voilà le résumé : Rosa, 14 ans, veut vivre de sa passion : la peinture animalière. Le mariage ne rentre pas dans ses plans, d’autant que c’est pour Nathalie, la fille d’amis de son père, que son cœur bat. Mais dans le Paris du XIXe siècle, les femmes ne sont pas libres. Certaines formations, comme les Beaux-Arts, leur sont interdites. Certains lieux sont dangereux si elles s’y rendent seules. Quant à vivre libre? Ce serait le scandale assuré ! Malgré son jeune âge, Rosa compte bien imposer ses choix. Aidée de son père et de Nathalie, elle prend des cours de peinture et se rend au Louvre pour s’inspirer des plus célèbres tableaux de l’Histoire ! Rosa n’accepte aucun compromis. Entrer dans le monde de l’art, pour elle, c’est s’affranchir de la loi des hommes. 

 

Maman de Louise Bourgeois

Louise Bourgeois :

 Une berceuse en chiffon : la vie tissée de Louise Bourgeois d’Amy Novesky et Isabelle berceuse en chiffonArsenault (La Pastèque, 2016). « Tout comme l’araignée qui tisse sa toile et la répare, la mère de Louise était tisserande et réparait des tapisseries. Pendant son enfance, Louise a fait son apprentissage auprès d’elle, avant de devenir elle-même artiste tapissière. Louise a travaillé le tissu tout au long de sa carrière, et cet album biographique est une illustration de l’expérience qui lui a inspiré ses œuvres les plus célèbres, celle de l’enfant tissant aux côtés d’une mère aimante et attentionnée. Par son récit poétique et superbement nuancé, le livre déploie sous nos yeux la relation entre la mère et la fille, et jette un jour lumineux sur le tissage des souvenirs en chacun de nous. » Un très bel album, avec les illustrations magnifiques d’Isabelle Arsenault. 

louise bourgeois Kimane

Louise Bourgeois de Maria Isabel Sanchez Vegara et Helena Pérez Garcia, collection Petite & grande (Kimane, 2020). La collection Petite & Grande présente des bibliographies en album de femmes célèbres et inspirantes : artistes, scientifiques, militantes..

camille claudel sculptureCamille Claudel : 

Le cas de Camille Claudel est un peu à part. Plusieurs livres pour enfants lui sont consacrés, mais ils parlent beaucoup plus de son histoire d’amour avec Rodin que de son travail de sculptrice. C’est flagrant quand on compare les résumés des ouvrages qui leur sont consacrés. Pour Camille Claudel, on parle d’amour, de folie, on la présente comme une muse influente. Pour Rodin, on parle de génie, de talent, de travail. 

camille claudel

Heureusement, L’incroyable destin de Camille Claudel : la rage de sculpter de Bénédicte Solle-Bazaille et Daphné Collignon (Bayard Jeunesse, 2019) semble éviter ce biais. Déjà, la couverture la montre en train de travailler… C’est un petit roman biographique à partir de 8 ans, complété par quelques pages documentaires. 

On trouve également un numéro de la revue Dada (avril 2017) consacré à son travail. 

kusama oeuvreYayoi Kusama :yayoi kusama phaidon

Yayoi Kusama : l’artiste qui mettait des pois partout (et s’en fichait) de Fausto Gilberti (Phaidon, 2020). A partir de 4 ans. Comme à chaque fois chez Phaidon, le titre est également disponible en anglais

dora maar dadadora maar main coquillageDora Maar : 

La revue Dada consacre son numéro de juin 2019 à la photographe surréaliste. On n’évite pas complètement la caricature, avec un article intitulé « belle et rebelle », mais la revue met en avant son travail et ne se contente pas de la présenter comme la muse de Picasso. 

violettes berthe morisotberthe morisot tableauBerthe Morisot :

    Des violettes pour Berthe Morisot de Christine Flament (école des loisirs, 2011). Les livres de la collection Archimède regroupent une histoire et quelques pages documentaires. Ici, une petite fille livre des fleurs chez Berthe Morisot. Le livre est un peu vieillot mais c’est le seul titre sur cette artiste. A partir de 8 ans. 

    niki-de-saint-phalleNiki de Saint-Phalle :niki-saint-phalle-palette

    séraphine de senlis tableauSéraphine de Senlis :séraphine affiche film

    Je n’ai pas trouvé de livre jeunesse sur cette artiste, mais je voulais parler du film Séraphine de Martin Provost (2008), avec Yolande Moreau dans le rôle titre. C’est par ce film que j’ai découvert cette artiste. J’en garde cependant le souvenir d’un film assez dur, à réserver, donc, aux grands ados. 

    vigée le brunn tableauElisabeth Vigée Le Brun :

    Je n’ai pas trouvé de livre jeunesse sur cette artiste, mais je tenais à citer « la vie extraordinaire de la peintre Elisabeth Vigée Le Brun« , un épisode du podcast « les odyssées » de France inter, en coproduction avec le musée du Louvre. Laure Grandbesançon a un vrai talent pour rendre ses histoires vivantes et addictives, et tous les épisodes du podcast sont un vrai plaisir. A partir de 5-6 ans. 

      Voilà !

      J’ai tenté d’être exhaustive, mais bien sûr j’ai sans doute du rater quelques titres, n’hésitez pas à compléter en commentaire !

      Edit du 27 mai : je viens de tomber sur cet article de télérama avec six biographies de femmes artistes pour inspirer les enfants et les ados.

      Bibliographie du SLIP

      Parfois, les miracles arrivent.

      Et la bibliographie faite il y a 9 mois pour le SLIP (mais si, vous savez, la Société de Libération de l’Imaginaire contre les Préjugés, l’association de lutte contre les stéréotypes dont je fais partie) est ENFIN mise en ligne.

      Vous pouvez la retrouver sur le site du SLIP, dans la partie ressources.

      Mais je vous la met également ici.

      couv biblio

      Bibliographie « pour une littérature jeunesse antisexiste »

      Réalisée pour une rencontre en bibliothèque, elle s’appuie sur les collections de la bibliothèque et n’a donc pas pour vocation d’être exhaustive.
      Mais elle propose des livres pour les enfants de tous âges. Elle est organisée par thème et par type de documents.

      Elle complète donc une autre sélection que j’ai proposé récemment ici.

      J’espère que vous y trouverez votre bonheur !

      Sélection de livres féministes et LGBT+

      J’ai eu l’occasion, plusieurs fois, de faire des bibliographies antisexistes. Au début, je me suis dit que j’allais en faire une, une fois pour toutes. Et en fait ça ne marche pas. Parce que je m’adapte au public, aux demandes, aux livres disponibles, aux nouveautés découvertes entre temps… J’avais par exemple fait celle-ci pour une classe de CM2.

      Là, on m’a demandé une sélection de livres féministes et LGBT+, pour de la consultation sur place, et pour un public adulte et jeunesse. J’ai choisi donc des livres qui se feuillettent facilement, où on peut piocher ou se lisent rapidement plutôt que des romans ou des livres qui demandent une lecture suivie.

      Pour les questions LGBT, je vous propose quelques titres, mais je vous renvoie surtout vers d’autres sources et des gens bien plus compétents que moi sur le sujet.

       

      Féminisme :

      BD :

      Culottées de Pénélope Bagieu (Gallimard, 2016 et 2017). Portraits de femmes d’origines et d’époques diverses « qui ne font que ce qu’elles veulent ». Incontournable !

      La ligue des super féministes de Mirion Malle (la Ville brûle, 2019).  Cette BD documentaire aborde des thèmes inédits en jeunesse : la représentation, le sexisme, le consentement, le corps des filles, les notions de genre et d’identité sexuelle… Conçue pour les enfants dès 9-10 ans, cette BD documentaire est vraiment très bien faite, passionnante, et un excellent accès aussi pour les adultes. 

      Bichon de David Gilson (Glénat, 2013).Bichon est un petit garçon sensible qui aime danser, se déguiser en princesse et jouer à l’élastique. Il transgresse les normes de la société sans même le savoir. BD jeunesse (dès 8-9 ans). Bichon est un héros qui remet en cause les stéréotypes de genre et qui est amoureux d’un garçon de son école. 

       

      Documentaires :

      Histoires du soir pour filles rebelles d’Elena Favilli et Francesca Cavallo (Les Arènes, 2017 et 2018) et Histoires du soir pour filles rebelles, 100 femmes françaises extraordinaires d’Alice Babin, (les Arènes, 2020) Enorme succès de librairie, des portraits de femmes réelles, illustrées chaque fois par une illustratrice différente. Celui sur les femmes françaises vient de sortir.  

      Cher corps, je t’aime : guide pour aimer son corps de Jessica Sanders et Carol Rossetti,(CRACKBOOM!, 2019) Documentaire qui encourage chaque jeune fille à aimer son corps, quel qu’il soit. On trouve une vraie variété de corps, de couleurs de peau, etc dans les illustrations, et ça fait du bien ! 

      Les mots pour combattre le sexisme de Jessie magana et Alexandre Messager (Syros, 2019) Un livre facile d’accès, à la maquette agréable, qui se feuillette facilement. Conçu pour les ados, c’est aussi un excellent pour d’accès pour les adultes. 

      Qui sont les féministes ? de Julie Guiol (Ed. du Ricochet, 2018) Comme le précédent, il est conçu pour les ados mais intéressant pour les adultes. Il s’intéresse à l’histoire du mouvement et aux différents courants du féminisme, aux différents combats. 

      Chère Ijeawele, ou Un manifeste pour une éducation féministe de Chimamanda Ngozi Adichie (Gallimard, 2017) et Tu seras un homme féministe, mon fils ! : manuel d’éducation antisexiste pour des garçons libres et heureux d’Aurélia Blanc (Marabout, 2018) Deux livres complémentaires pour les parents qui veulent réfléchir à l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants. 

      Femmes : 40 combattantes pour l’égalité d’Isabelle Motrot et Véronique Joffre (Gallimard Jeunesse, 2018)  et J’aimerais te parler d’elles de Sophie Carquain et Pauline Duhamel (Albin Michel-Jeunesse, 2019). Dans la lignée des Culottées et des Histoires du soir pour filles rebelles, les recueils de « portraits de femmes » sont nombreux. En voilà deux que j’aime bien. Le premier pour ses illustrations graphiques et ses infos synthétiques. Le second pour le ton. Mais je suis loin de les avoir tous lus donc de pouvoir dire qu’ils sont mieux que les autres.

       

      Albums jeunesse pour les 4-8 ans : 

      Marre du rose de Nathalie Hense et Ilya Green (Albin Michel-Jeunesse, 2009). Une petite fille qui remet en cause les stéréotypes de genres. Avec les magnifiques illustrations d’Ilya Green. 

      Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon de Christian Bruel, Anne Gallard et Anne Bozellec (Thierry Magnier, 2014). Un classique de la littérature jeunesse édité dans les années 70 qui n’a pas pris une ride.

      Ni poupées, ni super-héros ! : mon premier manifeste antisexiste de Delphine Beauvois et Claire Cantais (la Ville brûle, 2015). Un « manifeste » de lutte contre les stéréotypes de genre au dessin percutant, qui peut être utilisé à des âges très différents, de la maternelle au collège. 

      Princesse Kevin de Michaël Escoffier et Roland Garrigue (P’tit Glénat, 2018). Kevin se fiche des moqueries, il a décidé de se déguiser en princesse. Drôle et pertinent. 

      La fée sorcière de Brigitte Minne et Carll Cneut (école des loisirs, 2017). Une fée qui préfère être une sorcière pour avoir le droit de se salir, faire du patin à roulette et vivre la vie qu’elle veut. Gros coup de coeur pour ce titre. 

      Zette et Zotte à l’uzine d’Elsa Valentin et Fabienne Cinquin (Atelier du poisson soluble, 2018). Deux soeurs lors d’une grève dans leur usine. Les mots fantaisistes d’Elsa Valentin. Un album à la fois féministe et qui met en avant la solidarité et l’action collective. Manifle, grave généreule et révoluture !

       

       

      Livres LGBT : 

      BD :

      En dehors de Bichon (accessible dès 8-9 ans) et de rouge tagada (accessible dès le début du collège), les autres titres sont pour adultes ou grands ados. Les BD ne sont pas ma spécialité, donc je renvoie aux articles de la rainbowthèque pour en savoir plus. 

      Heartstopper d’Alice Oseman (Hachette, 2019). Dans la rainbowthèque

      Rouge tagada de Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini (gulf stream, 2013) BD pour (pré)ados sur une ado qui tombe amoureuse de sa meilleure amie. Dans la rainbowthèque

      Barricades de Charlotte Bousquet et Jaypee (gulf stream, 2018) Sur la transidentité. Même collection que la précédente. Dans la rainbowthèque

      Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh (Glénat, 2013). Dans la rainbowthèque

      Appelez-moi Nathan de Catherine Castro et Quentin Zuttion (Payot, 2018). Dans la rainbowthèque

      la fille dans l’écran de Manon Desveaux, Lou Lubie (Marabout, 2019). Dans la rainbowthèque

      Bichon de David Gilson (Glénat, 2013) BD jeunesse (dès 8-9 ans). Héros qui remet en cause les stéréotypes de genre et qui est amoureux d’un garçon de son école

       

      Documentaire : 

      je suis qui je suis quoi

      Je suis qui ? Je suis quoi ? de Sophie Nanteuil (Casterman, 2019) Livres pour ados avec témoignage de personnes LGBT, réponse aux idées reçues, etc. Bien fait, maquette agréable. Normalement, il y a un article à venir sur ce livre…

       

      Albums jeunesse pour les 4-10 ans : 

      Ca change tout ! de Cathy Ytak et Daniela Tieni (Atelier du poisson soluble, 2017), une belle histoire d’amour entre deux petits garçons. 

      La princesse qui n’aimait pas les princes d’Alice Brière-Haquet et Lionel Larchevèque (Actes Sud Junior, 2014) La princesse n’aime aucun des princes qu’on veut lui faire épouser, mais tombe amoureuse de la fée venue en renfort. Très mignon. 

      Jérôme par coeur de Thomas Scotto et Olivier Tallec (Actes Sud Junior, 2015). Raphael aime Jérôme et le dit, même si ça ne fait pas plaisir à ses parents. Un bijou de douceur et de délicatesse. 

      L’heure des parents de Christian Bruel et Nicole Claveloux (Thierry Magnier, 2013) et Familles de Patricia Hegarty et Ryan Wheatcroft (Père Castor, 2017) présentent de grandes variétés de familles, dont des familles homoparentales. 

       

      Et voilà ! Bonnes découvertes et bonne lecture !

       

      Les liens du moment (octobre 2019)

      Je vous conseille très vivement le blog Sauvages ! qui porte le joli sous titre « l’émancipation par les livres ».

      Capture

      Sur ce blog, tenu par une super bibliothécaire que vous pouvez aussi retrouver sur twitter (@meresauvage). Vous y trouverez de belles analyses de livres, des albums jeunesse jusqu’aux romans adulte, en passant par la BD, avec quand même un accent mis sur les romans ados.

      Vous y trouverez aussi des dépliants inspirés des désormais célèbres dépliants de Maman Rodarde mais avec des images extraites de la littérature jeunesse.

      dépliants littérature jeunesse

      Et the last but not the least, elle propose également un podcast sur la littérature jeunesse. Le premier a pour thème féminisme et littérature jeunesse et elle y présente trois chouettes romans, dont Moxie de Jennifer Mathieu que je viens de dévorer sur son conseil. Et elle complète le podcast de ressources pour aller plus loin. Le second a pour thème le viol. Pour celles et ceux qui n’aiment pas ou ne peuvent pas écouter de podcast, le texte est également publié sur le blog.

       

      1001 héroïnes est un site qui a pour vocation de mettre en avant des héroïnes, des « livres, films et séries qui nous ont marquées, émerveillées, stupéfaites, qui nous ont fait vibrer, grandir, qui nous ont donné envie de nous engager, de nous battre, à côté des filles et des femmes. » En plus des héroïnes, personnages réelles ou imaginées, elles mettent en avant des œuvres de femmes autrices et réalisatrices. Sur leur compte twitter, elles présentent une héroïne chaque jour. Ce n’est pas un projet spécifiquement jeunesse, mais en faisant une recherche sur leur site, vous pouvez sélectionner « Convient à un jeune public ».

      1001 héroïnes

       

       

      Si vous aimez partager des lectures, Mx Cordelia, dont j’ai déjà parlé plusieurs fois, lance son Bookclub LGBT, avec une lecture partagée tous les mois. Le livre choisi pour son lancement,  en septembre, c’était Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers de Benjamin Alire Saenz que j’ai lu au moment de sa sortie et beaucoup aimé. Le second, pour le mois d’octobre, c’est Desorientale de Negar Djavadi. La vidéo de lancement du booktube est , vous pouvez rejoindre le groupe facebook ou utiliser le hashtag #bookclubcordelia sur twitter.

       

      NéonMag donne des pistes pour parler de féminisme aux enfants.

       

      Une chouette sélection de « livres de littérature jeunesse inclusive » par le webzine féministe « les ourses à plumes« , qui a le grand mérite de proposer des titres récents, qui changent, j’en ai d’ailleurs découvert plusieurs, il va falloir que je creuse un peu !

       

      Sur la question de la diversité dans la littérature jeunesse, l’étude du CCBC permet d’avoir des chiffres sur la représentation de personnages racisés dans les albums publiés aux Etats-Unis. On peut les comparer aux chiffres de 2012. Il n’y a (pour le moment) pas d’équivalent sur les livres publiés en France. diversity 2018

      Et un article intéressant sur ce sujet ici.

       

      Plus général, sur l’éducation, cet article très intéressant sur les activités genrées dans les organismes de loisirs (centre de loisirs, colos, etc) : «Dans les centres de loisirs, s’il n’y a pas une volonté affirmée de mixité, filles et garçons se séparent dans des activités distinctes. Souvent on leur propose « danse avec Vanessa ou foot avec Sébastien ». Le garçon qui aimerait danser ne se mélangera pas avec les filles et vice versa. Les activités prescrivent des rôles de genre.»

       

      Bonne lecture !

      Société de Libération de l’Imaginaire contre les Préjugés

      J’ai la grande joie de vous annoncer la création d’une association de lutte contre les stéréotypes sexistes dans l’éducation, la Société de Libération de l’Imaginaire contre les préjugés (ou SLIP pour les intimes).

      bannière_SLIP

      A l’origine de cette association, mon amie Elise (connue parfois sous le pseudo Maman Rodarde) et moi, qui avions la volonté de concrétiser notre engagement par des ateliers, des interventions et des rencontres concrètes, chacune avec sa spécialité (moi la littérature jeunesse, elle la bidouille, au sens noble du terme). Nous avons été rejointes par des ami·e·s, pour les animations ou pour nous soutenir sur le plan organisationnel.

      Cette association s’adresse aux enfants (ateliers, interventions en milieu scolaire comme celle que j’ai faite il y a quelques mois) et aux adultes qui les entourent. Nous organisons par exemple vendredi notre première rencontre-débat autour de la patentalité et du féminisme avec Béatrice Kammerer.

      Nous avons participé à notre premier évènement en juin, en organisant un coin lecture et des ateliers pour enfants au festival féministe G!!!rlz. Nous avons profité de l’été pour créer réellement la structure associative.

      Si vous voulez suivre ce que fait l’association, vous pouvez nous rejoindre sur Facebook ou vous abonner à la newsletter de l’association en attendant le site. Et si vous voulez nous soutenir et nous rejoindre, il suffit de compléter ce formulaire qui nous permettra de mieux vous connaître. Dès que votre demande d’adhésion est validée par le bureau de l’association, nous vous envoyons un lien qui vous permettra d’adhérer pour de bon !

      Logo_SLIP

      Cette association explique aussi (entre autres) pourquoi j’ai été aussi peu présente sur ce blog ces derniers temps. Mais un des objectifs de l’association est de développer une bibliothèque jeunesse antisexiste, et j’aurai donc l’occasion de vous parler ici de nombreux ouvrages ! J’ai aussi dans les tuyaux la constitution d’une bibliographie, mais ça demande encore un peu de maturation…

      A très bientôt !

      La naissance d’Agnès Rosenstiehl ou comment moderniser un documentaire

      Vous connaissez forcément les dessins d’Agnès Rosenstiehl. Mais si, c’est la créatrice de Mimi Cracra ! Et si vous faites partie de ma génération, vous avez grandi avec cette héroïne, ma fois très intéressante au niveau des représentations : publiée à la même époque de Martine fait la cuisine, on découvre une petite fille active, qui n’hésite pas à se salir, et qui joue librement, laisse cours à son imagination et aux découvertes sensorielles.

      mimi cracra

      Mais la production d’Agnès Rosenstiehl ne s’arrête pas à cela ! Et les éditions la ville brûle  ont réédité fin 2018 trois de ses premiers livres, qui sont tous des merveilles :

      Il faudra absolument que je trouve le temps de vous parler des filles, véritable merveille d’abord édité aux éditions des femmes, mais aujourd’hui, parlons de la naissance.

      La naissance a été publié pour la première fois en 1973. Ecrit pour expliquer à ses aînés l’arrivée d’un nouvel enfant, c’est à la fois un documentaire et une discussion libre entre deux enfants curieux : un garçon va avoir un petit frère ou une petite soeur. Il discute donc avec une de ses amies, ils s’interrogent, interrogent leurs parents .

      C’est de loin mon documentaire préféré sur ce sujet pour les enfants ! J’aime la délicatesse du dessin au trait noir d’Agnès Rosenstiehl (ah, les chevelures des personnages !) et leurs vêtements des années 70. J’aime le mélange d’exactitude concernant les informations données et la poésie qui se dégage de la discussion entre enfants, qu’ils s’interrogent à la fois sur comment se fait la fécondation et sur « pourquoi on veut naître » ou « tu te rappelles quand tu étais dans le ventre de ta mère ? ».

      Et j’aime le fait qu’il montre et dise les choses, sans s’embarrasser de métaphores. Qu’il trouve toujours une mesure que je trouve très juste entre explications explicites et pudeur, entre amour et questions techniques.

      La relation sexuelle, par exemple, est décrite explicitement : « on aimait être seuls et on s’aimait tellement fort qu’on s’embrassait, on mettait un sexe dans l’autre. C’est fait pour ça, d’ailleurs, les sexes, et ça fait très plaisir ! ». L’illustration de l’étreinte qui l’accompagne est une merveille.

      J’aime avoir un livre pour petits qui parle de règles, qui montre un pénis et une vulve, qui utilise le mot sexe en précisant que c’est par là que sort le bébé, qui mentionne la contraception.

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      Bref, foncez !

      Mais j’ai eu envie de faire cet article, surtout, pour vous montrer le travail qui a été fait lors de la dernière édition. En effet, ce titre a été réédité plusieurs fois à l’identique, en particulier chez Autrement jeunesse en 2008 (c’est dans cette version que je l’ai découvert). Mais la dernière édition, celle de la ville brûle, est différente et a été accompagné d’un gros travail de l’autrice et de l’éditrice, Marianne Zuzula, comme elle l’explique dans ce super article de Lu Cie & Co En effet, « La Naissance » a été écrit en 1972″, explique Marianne Zuzula, « dans une France où une famille, cela ne pouvait être autre chose qu’un père, une mère et des enfants: la loi Veil n’avait pas été votée, les familles mariées étaient, plus encore qu’une norme, une évidence. L’homosexualité n’était pas dite, l’homoparentalité n’était pas envisagée, la PMA n’existait pas (Amandine, le premier bébé éprouvette français, est née en 1982). Agnès Rosenstiehl et moi avons donc retravaillé le texte, sans rien enlever de ses qualités et de sa force, mais en reformulant, en précisant les choses afin d’ouvrir le champ des possibles, des modèles de familles possibles, des amours possibles… Car comment parler d’amour et de sexualité sans parler de liberté? »

       

      Certaines modifications sont assez évidentes. En 1975, les naissances hors mariage représentaient moins de 10% des naissances. Actuellement c’est plus de 60%. Cette phrase était plutôt étrange, lue en 2019 !

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      A plusieurs reprises dans le livre, les enfants s’imaginent adultes (au passage, quel plaisir de lire qu’ils seront « peut être » une maman ou un papa !). Supprimer l’homme de l’illustration apporte tellement plus de liberté à cette petite fille, qui pourra se marier avec la personne qu’elle aime, quelle qu’elle soit.

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      De manière générale, le texte a été revu pour éviter de limiter l’hétérocentrisme et le récit de la naissance uniquement à la reproduction naturelle entre les futurs parents. Attention, le livre n’aborde pas explicitement la PMA, l’adoption, etc. Mais par exemple, la phrase « un enfant nait de l’union des deux corps différents : de son père et de sa mère » qu’on trouvait dans les éditions précédentes a été supprimée.

      Et je trouve particulièrement important de montrer aux enfants que les (futurs) pères sont aussi responsable de leurs enfants que les (futures) mères et qu’ils peuvent s’occuper de leurs enfants :

       

      Enfin, le texte racontant le moment de la fécondation a été modifié. On passe de (version de 1973) :

      Si une cellule de vie sort du sexe de l’homme et entre dans le sexe de la femme, si elle rencontre une cellule de vie qui attend dans le ventre de la femme, ces deux cellules de vie deviennent une seule cellule qui est un tout petit petit petit enfant !

      A (version de 2018) :

      Si une cellule de vie sort du sexe d’un homme et rencontre dans le sexe d’une femme une autre cellule de vie, elles peuvent créer ensemble un embryon qui deviendra, neuf mois plus tard, un enfant.

      Pourquoi ces modifications ? Pour remettre en cause la vision du spermatozoïde actif alors que l’ovule attend passivement qu’on le féconde, ce qui ne correspond pas à la réalité scientifique qui est que la fécondation est « un processus auquel participent les deux parties engagées : la féminine et la masculine, dans une interaction mutuelle » mais est une vision culturelle qui montre l’homme actif et la femme passive. Parce que non, une cellule a peine fécondée n’est pas un enfant, même tout petit petit petit et que la notion d’embryon permettra par la suite d’introduire la notion d’IVG.

       

      Un travail de réécriture que je trouve passionnant.

      Un livre que j’ai lu souvent à mes enfants et qui a été la base de nombreuses discussions et questions (c’est comme ça que de fil en aiguille je me suis retrouvée à expliquer comment on posait un stérilet à ma fille de 3 ans 1/2). Je tiens, avec mes enfants, à ne pas user de métaphores et à leur expliquer le monde tel qu’il est. Je suis donc contente de pouvoir poser les vrais mots, de leur expliquer explicitement les choses.

      Bref, si vous cherchez un livre pour aborder ce sujet avec les enfants, c’est celui-là que je vous conseille !

      Les liens du moment (avril 2019)

      Je commence par un peu d’autopro :

      La petite bibliographie que j’ai faite pour mon intervention en classe a également été mise en ligne sur le site des bibliothèques de la ville de Paris.

      J’ai aussi parlé un peu de lutte contre les clichés dans les livres de jeunesse avec une journaliste de Grazia. Qui a interrogé plein d’autres personnes super intéressantes. Ca donne ce chouette article (même si y’aurait des trucs à dire sur certains albums choisis pour l’illustrer…).

       

      Nouveautés de l’édition jeunesse

      • Les éditions Talents Hauts viennent de créer une nouvelle collection, les plumées, rééditant des textes de femmes qui ont eu du succès lors de leur publication mais sont tombées dans l’oubli. Voilà un article du monde et un article d’Actualitté présentant ce projet. plumées
      • Planète Diversité publie chaque mois la liste des romans ados/jeunes adultes publiés abordant des questions LGBT ou plus largement de diversité. Voici la liste d’avril 2019.
      • Sophie Gourion, militante féministe, a publié récemment chez Gründ les filles peuvent le faire aussi ! / les garçons peuvent le faire aussi !, album déconstruisant les stéréotypes de genre. Elle le présente sur son blog et en parle dans cette interview. (je vous en reparle !)filles garcons

       

      Bibliographie

      Pour fêter la Journée internationale des droits des femmes, le Centre National de Littérature pour la Jeunesse a mis à l’honneur des héroïnes de la littérature jeunesse, à travers un abécédaire de personnages féminins. « Soit 26 héroïnes d’ici et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui, d’album, de roman, de conte ou de bande dessinée… » d’Adèle Blanc-Sec à Zita de Boule à zéro, en passant par Mireille des petites reines de Clémentine Beauvais ou par Maman Quichon…

      Analyse des stéréotypes dans la littérature jeunesse

      • Une vidéo des castors éclairés tournés à l’occasion du salon du livre de Montreuil où ils donnent la parole à des éditeurs  et qui me semble être une bonne introduction à ce sujet.

       

      • Un podcast cette fois ! Lors du salon du livre de Paris, l’émission de france culture « être et avoir » a enregistré une émission sur la révolution féministe de l’édition jeunesse. Y participent Sophie Gourion, autrice, Laurence Faron, éditrice chez Talents Hauts, Marianne Zuzula, éditrice à La Ville Brûle et Nelly Chabrol Gagne, enseignante chercheuse.

       

      • Encore un podcast passionnant, Miroir miroir, « Livres pour enfants, ce reflet déformant » où Laura Nsafou s’interroge : « que faire pour que les livres pour enfants soient plus inclusifs ? Quel rôle peuvent jouer les lecteur·trice·s, les parents, les écoles et les maisons d’édition pour une littérature jeunesse plus universelle ? »

       

      • Une journée d’étude a eu lieu à l’ESPE de Paris intitulée « littérature jeunesse, genre, discriminations ». Le programme : Isabelle Collet : Former à une pédagogie de l’égalité ; Anne Schneider, Vers l’égalité filles/garçons: métiers, jeux et rôles dans la littérature de jeunesse ; Laurence Joselin, Les filles et femmes handicapées dans les albums: les figures invisibles? et une Présentation des Éditions Talents Hauts. Vous pouvez retrouver un LT de la journée ici.

       

       

      • Dans sa thèse de 2013, Le genre et les modèles amoureux dans la littérature de jeunesse : eléments de compréhension de l’éducation sentimentale des jeunes en France, Virginie Houadec a travaillé sur la liste de référence de livres jeunesse de l’éducation nationale pour le cycle 3. Elle se demande « Comment, à travers l’étude de la littérature de jeunesse, analyser la permanence du modèle amoureux illustré par le couple « bonne ménagère, prince charmant » et les transformations ou les déclinaisons de ce modèle ? Les livres pour la jeunesse enregistrent-ils ces changements ? Les reflètent-ils ? Comment et jusqu’où ? Les valeurs et les modèles amoureux mis en scène sont-ils différents selon le sexe du personnage ?« 

       

      Les acteurs et actrices du livre s’engagent…

      • L’association DIVEKA, qui « fait la promotion et valorise la littérature jeunesse, les séries TV, les films et toutes les oeuvres culturelles à destination du jeune public, faisant la part belle à la diversité, qu’elle soit mélanique, culturelle, de genre, d’identifications sexuelles mais aussi le handicap », a son nouveau site, tout beau tout neuf !
      • Un article d’Actualitté présentant les sensitivity readers, qui « traquent les extraits pouvant être reçu comme racistes, homophobes, ou encore misogynes par le public et qui pourraient échapper à l’auteur ».
      • La charte des auteurs et illustrateurs jeunesse s’engagent en lançant un « plan d’action Egalité« . Elle annonce, entre autres, la « nécessité de faire un état des lieux » via une enquête interne concernant les droits d’auteur, revenus accessoires, invitations en salons, attribution de bourses, prix littéraires dotés… et « questionner également la place des stéréotypes filles-garçons dans les ouvrages de littérature de jeunesse ». Elle prévoit l’organisation d’un colloque et des ressources sur ces sujets seront mises en ligne sur son site. Son nouveau président, Guillaume Nail, s’était déjà engagé sur le sujet en juin 2017 dans cet article très intéressant.

      Leur première action a été de s’associer à la Ville de Cherbourg-en-Cotentin pour créer un prix de littérature jeunesse récompensant un ou une jeune auteur ou autrice qui favorise plus d’égalité en luttant contre les stéréotypes.

      sélection livres

      Ce prix égalité jeunesse est présenté sur le site de la Charte et celui d’Actualitté.

      La première édition a récompensé Catherine Castro et Quentin Zuttion pour Appelez moi Nathan.

      • Vous êtes inscrits à la newsletter face de féministe ? Une « newsletter mensuelle pour une littérature jeunesse engagée ». Elle partage plein de ressources intéressantes et elle est beaucoup plus régulière que moi !

       

      En bibliothèque

       

      A l’école

      Composé de fiches pratiques, il aborde de nombreux sujets (du contenu des cours de français à l’aménagement de la salle de classe, en passant par l’éducation sexuelle ou les formulaires d’inscription). La littérature jeunesse sert de support pour plusieurs sujets.

       

      • Un enseignant de CP s’interroge (entre autre) sur l’influence des stéréotypes de genre sur les emprunts de ses élèves à la bibliothèque. Et c’est passionnant : « Dans le cas présent, ma volonté de laisser les élèves libres dans leur lecture et leur exploration du fond de la bibliothèque semble participer à reconduire l’ordre du genre. Ce constat est double : à la fois, les choix des élèves sont extrêmement déterminés par leur genre, mais aussi et surtout, ces choix portent sur des ouvrages mettant en scène des représentations extrêmement outrées et stéréotypées des genres et des relations de genre (…) Cependant, il n’est pas possible pour moi de renoncer à la liberté de choix des élèves. »

       

       

       

      Parler d’égalité filles/garçons avec des CM2

      J’ai eu l’occasion récemment d’intervenir dans deux classes de CM2 pour parler d’égalité filles garçons. Et j’ai eu envie de vous parler un peu de mon intervention, même si c’était une première expérience et qu’elle est largement perfectible.

      J’avais demandé qu’une instit demande aux élèves de sa classe, de me dessiner « une fille et un garçon », sans plus de consigne que ça. Le but c’était de partir de leurs représentations (et j’en ai tiré plein d’enseignements).

      On a démarré de deux façons différentes. Dans la première classe, je leur ai proposé d’écrire dans deux colonnes ce qui d’après eux était « pour les garçons » ou « pour les filles ». Quelques uns ont lu ce qu’ils avaient noté. Cela concernait essentiellement les tenues vestimentaires et les métiers. Ensuite, j’ai demandé : « est-ce que vous pensez que les filles peuvent faire tout ce qui est dans la colonnes « pour les garçons » et inversement ? On m’a dit oui pour presque tout. Sauf pour « porter une robe » pour les garçons et certains métiers physiques pour les filles (maçon, bucheron, forgeron).

      Dans la seconde classe, je leur ai proposé certains dessins et leur ai demandé : est-ce qu’on reconnait tout de suite qui sont les filles et qui sont les garçons. Est-ce qu’on le voit du premier coup d’œil ? Comment ?

      Le rose, les cheveux longs, les robes pour les filles, les couleurs plus sombres, les cheveux courts, la barbe pour les garçons.

       

      J’ai ensuite demandé s’ils pensaient que ces différences étaient naturelles. Et s’ils pouvaient me donner des exemples de différences naturelles entre les hommes et les femmes. Dans une des classes, un des élèves m’a répondu que les garçons avaient les cheveux courts et les filles les cheveux longs. On a donné des contre exemples.

      Et on en est venus aux différences biologiques entre les hommes et les femmes. Quelles sont elles ? Dans la première classe une fille m’a immédiatement donné l’exemple des règles, et tout a été dit naturellement. Cependant, s’ils connaissaient le mot « pénis », le mot « vulve » leur était inconnu. Dans la seconde classe, il y a eu d’abord une grosse réserve pour parler du corps. Quand j’ai demandé ce qu’avaient les femmes que les hommes n’avaient pas, une gamine a montré sa poitrine sans oser prononcer le mot « seins ». Alors que je parlais de ça, un gamin ricanait, et son copain le reprenait en disant « mais c’est pas drôle !! ». Je suis alors intervenue en disant que parfois on riait pour cacher sa gène et que ça ne me posait pas de problème que quelqu’un rie tant que ce n’était pas de la moquerie. Un garçon a dit le mot pénis. Quand j’ai demandé s’ils savaient comment s’appelait le sexe de la femme, le premier mot qui a été dit, c’est « la fleur ». Puis une des filles m’a répondu « l’utérus ». J’ai donc expliqué que l’utérus était une petite poche à l’intérieur, où un bébé pouvait se développer si la femme le voulait, et que le passage qui le reliait à l’extérieur s’appelait le vagin. A ce moment là, une petite fille a osé dire le mot vulve. C’était important à mes yeux de leur donner ce vocabulaire, des mots qui ne soient ni enfantins (zizi, zezette) ni vulgaires.

      Tout ça pour arriver aux notions de sexe et de genre, même si je n’ai pas utilisé les mots :

      Capture d’écran 2019-02-19 à 13.24.26Sur comment distinguer les unes des autres, j’ai expliqué qu’on pouvait regarder si c’était des différences qu’on retrouvait toujours et partout ou si c’était seulement maintenant. Je suis partie de la question de la robe/jupe et utilisé cette double page du magnifique Costumes de Joelle Jolivet (Les grandes personnes, 2013) pour expliquer que ce n’était pas depuis toujours et partout que la robe était reservée aux filles.

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      L’exemple de Jules César, figure connue des enfants, qui portait des jupes et était non seulement militaire mais général les a beaucoup marqué.

       

      On a continué, avec la 2e classe, avec ce tableau des enfants Habert de Montmor, par Philippe de Champaigne, au milieu du XVIIe siècle, avec cette question toute simple : à votre avis, combien y’a-t-il de filles, combien y’a-t-il de garçons ?

      enfants bleu:rose

      La réponse fait beaucoup moins l’unanimité parmi les élèves que dans les dessins du début ! L’occasion de montrer que les codes évoluent, que contrairement à aujourd’hui, les petits garçons portent des robes et qu’on les habille en rose ! (pour info, il n’y a qu’une fille, au centre, les autres sont des garçons).

      On a alors pu aborder la question des stéréotypes. On les a comparé à des cases dont la société ne voulait pas qu’on sorte.

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      (la définition vient de la ligue des super féministes de Mirion Malle). Je leur ai demandé d’autres exemples. J’ai eu le garçon qui fait de l’équitation même si on lui dit que c’est un sport de filles. Un groupe de footballeuses dans la deuxième classe.

       

      Je leur ai ensuite posé la question : en quoi les stéréotypes sont embêtants ?

      – les moqueries sont abordées immédiatement. Nous parlons aussi de harcèlement.

      – je leur parle aussi d’autocensure. De la difficulté de se projeter hors des cases quand on manque de modèles. Une des classes venait de lire le chouette garçon rose malabar de Claudine Aubrun (Syros, 2018), où le héros rêve de devenir sage-femme : lui a un modèle (un ami de ses parents fait ce métier), mais même comme ça, c’est compliqué d’assumer un choix à contre-courant !

      Bien sûr, je suis bien décidée à leur lire des albums ! Je leur lis donc, pour « conclure » cette première partie, Ni poupées ni super-héros de Delphine Beauvois et Claire Cantais (la ville brûle, 2015) dont j’avais parlé ici.

      ni poupée ni super héros

      Dans une des classes, un garçon m’interroge sur cette page :

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      L’occasion d’aborder (très rapidement) la question du consentement, d’insister sur le fait que le non de l’autre doit TOUJOURS être entendu et respecté.

      Dans une des classes, j’ai modifié un peu ma présentation parce que l’instit avait déjà parlé un peu des stéréotypes, donc j’ai pu passer plus vite sur certaines parties, mais n’avait pas abordé le m’a demandé si je pouvais aborder le fait qu’on peut aimer qui on veut, parler aussi d’homosexualité. J’ai donc choisi de lire le très bel album de Cathy Ytak et Daniela Tieni, ça change tout (l’atelier du poisson soluble, 2017) dont j’ai un peu parlé ici. Etre amoureux, ça change tout. Que ce soit d’un garçon ou d’une fille, ça ne change rien.

      ça change tout

       

      Mais même si cette première partie sur l’importance de pouvoir se détacher des stéréotypes, que l’on soit une fille ou un garçon, est très importante, je n’en voulais pas m’arrêter à l’idée que cela pesait autant sur les garçons que sur les filles. Parce que non, les stéréotypes ne touchent pas les hommes et les femmes de la même façon dans notre société. Parce que oui, on vit dans une société inégalitaire et patriarcale (non, je ne leur ai pas dit comme ça ^^).

      Dans la seconde classe, j’ai alors lu A calicochon d’Anthony Browne (Kaléidoscope, 2010, 1e édition 1987).

      a calicochon

      Dans cette famille, la mère s’occupe de l’intégralité des tâches ménagères pendant que son mari et ses fils glandent sur le canapé. Jusqu’au jour où elle en a marre et se casse en leur laissant ce mot « vous êtes des cochons ».

      Ce livre a déclenché, comme à peu près à chaque lecture, beaucoup de réactions. Et comme à chaque fois, des gamins m’ont dit « oui moi c’est comme ça chez moi ». Ou « moi mon père il aide un peu ». D’autres au contraire soulignent qu’ils aident leur mère. Une petite fille en garde alternée soulignait que du coup son père faisait la même chose que sa mère. Un autre enfant racontait que chez lui, c’était sa mère qui rentrait tard du travail donc son père qui s’occupait des tâches ménagères.

      J’ai donc dit que la répartition dépendait des familles, et dépendait de beaucoup de critères. Mais je suis revenue aux études de l’INSEE et j’ai rappelé qu’en moyenne, les femmes font 3h26 de tâches ménagères (ménage, cuisine, bricolage, courses, lessive, s’occuper des enfants) par jour, les hommes 2h. Donc elles ont moins de temps libre que les hommes pour les loisirs. 

      Sautant du coq à l’âne, je leur ai demandé de me citer des présidents de la république française. Les mômes ont tout de suite vu où je voulais en venir : que des hommes. Et si on revient à l’échelon plus local… 16% des maires sont des femmes (mais c’était le cas dans les deux communes où je suis intervenue ^^). Je leur ai rappelé que le droit de votes des femmes, c’était en 1944 (un enfant connaissait la date !). Et que donc mon arrière-grand-mère accompagnait mon arrière-grand-père mais n’avait pas le droit de voter.

      Troisième exemple utilisé pour montrer les inégalités hommes/femmes : la cour de récré.  Avec cette image (source) :cour de récré

      Et la question : est-ce que c’est comme ça dans votre école ? Dans la première classe, l’instit, qui est aussi la directrice de l’école, explique que c’est pour ça que le foot est interdit pendant les récrés, afin de mieux partager l’espace. Bien sûr, le « mais les filles sont nulles c’est pour ça qu’elles ont pas le droit de jouer/qu’elles sont dans les cages » arrive vite. On discute, on parle de l’opportunité de s’exercer, de s’entrainer, qui permet de progresser et de mieux jouer. On parle aussi de la notion de sport d’équipe et de l’importance du jouer ensemble, au lieu de la valorisation du niveau individuel. On parle du club de foot voisin où les filles sont apparemment nombreuses mais où les entrainements ne sont pas mixtes.

      De ces trois exemples, on tire la notion d’inégalité entre les hommes et les femmes. Et de la nécessité de la combattre. Et on en arrive au féminisme.

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      Et je suis drôlement contente d’en être arrivée là !

       

      Je me suis ensuite attaquée plus frontalement à mon sujet de prédilection : la question de la représentation.

      J’avais prévu de débuter avec ce slide sur les personnages de contes et leur représentation, mais on est passé dessus beaucoup plus rapidement que ce que je pensais.

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      Finalement, cet extrait de la ligue des super féministes de Mirion Malle (la ville brûle, 2019) a été plus parlant. fullsizeoutput_5d4f

      Je me suis aussi appuyé sur ce livre pour parler des représentations (tout ce bouquin est très bien et cette double page est à la fois précise et accessible c’est un super boulot) :

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      Et expliqué que des chercheurs, des sociologues avaient montré que les représentations avaient un impact. On a pris l’exemple d’une petite fille qui veut devenir scientifique. Quel impact si les livres, les séries ne montrent que des hommes, que les scientifiques interviewés à la télé où dans les journaux sont des hommes, que les scientifiques dont elle entend parler à l’école ne sont que des hommes ?

      Il était important pour moi de ne pas être culpabilisante ou jugeante sur les choix des enfants. J’ai donc insisté grâce à cette image sur la liberté de choisir ce qu’on aime, de lire et de regarder des choses même si on a conscience que c’est stéréotypé. Que je n’étais certainement pas là pour dire aux filles de ne plus lire de livres « pour filles » et aux garçons de ne plus lire de livres « pour garçon », juste de réfléchir sur ce qu’on lit et peut être essayer d’apporter un peu plus de diversité.

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      Cela donne aussi la possibilité de détourner les stéréotypes, d’en rire (j’avais à ce moment là prévu de lire la pire des princesses d’Anna Kempt et Sara Ogilvie (Milan, 2013) et parler du détournement des contes traditionnels, mais je n’ai pas pu récupérer le bouquin à temps…).

      Je voulais aussi parler un peu de la notion de marketing genré. Pour cela, on est parti des collections « bibliothèque rose » et « bibliothèque verte » dont j’avais déjà parlé ici.

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      Ceux qui fabriquent les livres différencient donc les livres « pour filles » et « pour garçons ». On a parlé des thèmes, des couleurs, mais aussi des positions des personnages  : les garçons sont dans l’action alors que les filles posent. Le but là encore : avoir consciences des cases, rappeler qu’on n’est jamais obligé d’y rester.

      Je soulève ensuite la question des modèles, en partant de documentaires et d’une question simple : combien y’a-t-il, à votre avis, d’homme et de femmes dans chacun de ces livres ?

      (respectivement 4 femmes sur 50, 16 femmes sur 100, 7 femmes sur 40 et 6 femmes sur 40)

      Pourquoi c’est embêtant ?

      Je reprends l’exemple de la petite fille qui voudrait être scientifique. Une gamine s’écrit alors : « mais il y a des femmes scientifiques, aussi ! » Moi : « bien sûr, est-ce que vous pouvez m’en citer ? » Tous ont cité Marie Curie. Mais personne n’a su donner d’autre noms. Je leur ai alors montré les dépliants de Maman rodarde (que vous connaissez tous, j’imagine, sinon il faut vite les découvrir !), en leur disant qu’ils allaient pouvoir en découvrir plein d’autres. J’ai regretté de ne pas avoir prévu la chouette affiche d’Elise Gravel sur le sujet.

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      J’ai souligné l’importance de la diversité des modèles, pour que chacun puisse se projeter dans les livres, mais aussi découvrir des personnages et des fonctionnements différents de ceux qu’il voit au quotidien. Parlé de l’importance de voir des femmes, mais aussi des personnages racisés, des personnages handicapés, etc, dans toutes les situations.

      J’ai dit qu’heureusement, il y avait une prise de conscience sur cette question ces dernières années.

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      Certains ont fait le choix d’un livre présentant autant de femmes que d’hommes, et prenant soin de visibiliser les femmes dès la couverture.

      D’autres ont fait le choix, pour rééquilibrer, de faire des livres avec que des femmes (j’en ai pris 3 un peu au hasard, mais je vous prépare une présentation de ces bouquins de portraits de femmes).

      Je leur ai pour finir distribué une petite bibliographie que vous pourrez retrouver ici 

       

      Et j’ai fini par une lecture, un de mes albums préférés, la fée sorcière de Brigitte Minne et Carll Cneut (il en existe deux éditions différentes, là j’avais la première (Pastel, 2000), mais je vous mets aussi la seconde (école des loisirs, 2017) déjà parce qu’elle est sublime même si la couverture est moins parlante, et parce que c’est l’édition qui est actuellement disponible).

       

      J’ai ensuite affiché ces trois affiches d’Elise Gravel.

      Et les enfants ont eu un temps libre pour regarder ces affiches, les livres de la bibliographie que j’avais apportés, les dépliants antisexistes de Maman Rodarde (les filles et les garçons) qui avaient été imprimés, discuter. Cela permettait des échanges moins formels. Dans une des classes, cela s’est fait entre eux, la plupart des enfants se sont plongés dans des bouquins. Dans l’autre, par contre, ça a été un moment de discussion à partir des dépliants. Ils ont commencé par chercher les photos de femmes à la tête rasée, parce que nous avions abordé le sujet des cheveux en début de séance, puis se sont emparés de l’ensemble des dépliants. Ça a été l’occasion de définir les mots « homosexuel », « bisexuel », « trans » et nous avons pas mal parlé de transidentité. C’est intéressant de voir que les seules images qui ont provoqué des réactions horrifiées des filles comme des garçons, ce sont les femmes avec des poils. D’ailleurs, en début de séance, lorsque j’ai parlé de différences biologiques, les poils ont été présentés comme masculins et j’avais déjà rappelé que les femmes aussi en avaient et que l’épilation était bien une pratique culturelle.

      Capture d’écran 2019-03-21 à 12.42.50

       

      Voilà, j’espère que ce n’est pas trop brouillon, je pensais au départ juste présenter le PPT utilisé mais je me suis rendu compte que ça n’avait pas de sens sans les commentaires, sans les réactions des enfants. Et puis même si j’avais beaucoup préparé ces interventions, je tenais aussi à laisser de l’espace pour des échanges plus libres, pour laisser dévier la conversation. On a entre autres, suite à des questions, parlé de Malala, du match de rugby féminin passé la veille à la télé, etc. Si le power point vous intéresse, n’hésitez pas à me le demander !

      Homosexualité dans les albums jeunesse, partie 2

      Comme je le disais à propos du fils des géants de Gael Aymon, plusieurs auteur·e·s utilisent l’univers bien connu des contes de fées pour mettre en scène des couples homosexuels. Ici, il n’est plus question d’homoparentalité, mais d’histoire d’amour naissantes, de rencontres. Un détournement du coup de foudre de la princesse et du prince charmant que l’on trouve si souvent (ça me fait penser que je n’ai toujours pas publié l’article sur le coup de foudre de la princesse et du prince charmant, pourtant il y a énormément à dire d’un point de vue féministe !).

      Commençons donc avec des princesses lesbiennes !

      Cela a commencé dès Camelia et Capucine d’Adela Turin et Nella Bosnia (Actes Sud Junior, 2000, épuisé), auteures de rose bombonne aux éditions des femmes en 1975.

      camélia et Capucine

      Je ne l’ai malheureusement pas trouvé, donc je ne peux vous en donner que le résumé de l’éditeur : « Camélia passe le plus clair de son temps chez Capucine, une amie qui lui apprend la musique, des recettes savoureuses ou l’art d’interpréter les rêves. Depuis sa plus tendre enfance, Camélia est promise à un prince, riche et beau. Quand il la demande en mariage, son arrogance déplaît à Camélia, qui se débarrasse de sa bague de fiançailles. Ses parents mettent le château sens dessus dessous pour la retrouver. En vain. Capucine prend alors un malin plaisir, en interprétant les rêves du roi, à bouleverser tout le château. Scandalisé, le prince prend la fuite. Au grand soulagement de Camélia et de Capucine qui, depuis, coulent ensemble des jours heureux. »

      Dans Cristelle et Crioline de Muriel Douru (KTM, 2011), la princesse Cristelle doit se marier. Mais elle n’est guère intéressée par le « crapaud charmant » ! Elle tombe amoureuse d’une petite grenouille, Crioline, et contrairement à ses craintes, son père le roi est ouvert d’esprit et les marie.

      Cristelle et Crioline

      Ce livre est publié par KTM, un éditeur spécialisé dans les romans lesbiens pour adulte et qui a publié seulement cet album pour la jeunesse. Si je trouve le texte sympa, je dois avouer que je trouve les illustrations sans intérêt.

      Dans la princesse qui n’aimait pas les princes d’Alice Brière-Haquet et Lionel Larchevêque (Actes Sud Junior, 2010), on retrouve la princesse comme on l’imagine : blonde, en robe rose… et bien sûr, elle doit se marier ! Alors son père, le roi, fait défiler tous les prétendants afin qu’elle se décide, les princes du monde entier, et même « des super héros aux capes belles comme des drapeaux, et quelques très savants sorciers bien calés sur leurs balais. Il y avait aussi : de géniaux scientifiques aux mille inventions fantastiques, et de grands champions du monde, de foot, de course ou d’aviron ». Mais aucun ne lui convient.

      princesse qui n'aimait pas les princes

      Il fait alors appel à une fée pour dénouer la situation et là… le coup de foudre : « En une seconde, elle comprit que c’était Elle. En deux secondes, elle montait derrière sa selle. En trois secondes, elles galopaient sous le grand ciel ».

      princesse qui n'aimait pas les princes 1

      Un livre que j’aime beaucoup ! Et signalons au passage que la fée est noire, ce qui est particulièrement rare, dans les albums jeunesse en général, déjà, et dans les albums sur ce sujet en particulier, à croire que les LGBT sont tous blancs (ou alors des animaux !). Et qu’il ne tait pas les difficultés auxquelles les couples de même sexe doivent faire face dans notre société (même si la question du mariage a évolué depuis la sortie du livre), puisqu’il s’achève ainsi : « Elles ne purent pas vraiment se marier, et pour faire des bébés, ce fut un peu plus compliqué… mais toutes les deux, elles vécurent heureuses. Et c’est ainsi que doit s’achever tout véritable conte de fées. »

      Heu-reux de Christian Voltz (Rouergue, 2016), reprend le même scénario, sauf que cette fois c’est le prince qui doit se choisir une épouse dans la foule de prétendantes que son père fait défiler devant lui. A tel point que j’ai eu une impression de quasi plagiat un peu désagréable à la première lecture. Mais en le relisant, et en le lisant à voix haute, j’ai aussi vu à quel point ce livre était un régal à lire et tout l’humour qu’on y trouve.

      heureux voltz

      Ici, le père s’affirme résolument moderne. Il veut que son fils soit « heureux ! ». Alors s’il doit renoncer à que son fils épouse une vache, il est suffisamment ouvert d’esprit pour que son fils épouse une chèvre. Ou une truie. Oh puis après tout, il peut épouser qui il veut. ça tombe bien, le prince est amoureux d’Hubert le Bélier !

      heureux voltz

      Les illustrations de Christian Voltz sont chouettes et pleines de détails et d’humour. Le détournement du défilé des prétendantes fonctionne très bien. Chlopitille en parle .

      Dans Titiritesse de Xerardo Quintia et Maurizio A. C. Quarello (OQO, 2008), la princesse Titiritesse fuit sa mère qui veut qu’elle se comporte « comme une princesse » et la préceptrice qui vient lui enseigner les bonnes manières. Avec l’aide de l’âne Buffalet, elle va délivrer Wendoline du monstre Avalesix Duncoup.

      titiritesse

      Au moment où elles se rencontrent, « une brise joueuse se souleva alors et leur fit des chatouillis dans la tête ».

      Un album vraiment original, autant par ses illustrations que par son histoire : si on retrouve de nombreux éléments détournés du conte de fée traditionnel, l’album nous entraine ensuite dans un voyage onirique très particulier, où les princesses découvriront un « mot pour rire », Trukulutru !

       

       

      Amour entre enfants

      Certains livres pour enfants se placent dans un univers beaucoup plus réaliste et racontent des histoires d’amour, comme peuvent les vivre les enfants. Avec des réactions d’adultes plus ou moins bienveillantes…

      J’avais déjà parlé ici de la BD Bichon de David Gilson (Glénat, 2013). Depuis, les volumes 2 et 3 sont sortis (en 2015 et 2017).

       

      Dans Philomène m’aime de Jean-Christophe Mazurie (P’tit Glénat, 2011), tous les garçons sont amoureux de Philomène.

      philomène m'aime

      Quand elle passe en vélo, tout s’arrête. Mais les garçons sur son chemin l’indifférent car elle est amoureuse de Lili.

       

      Jérôme par coeur de Thomas Scotto et Olivier Tallec a été publié chez Actes Sud en 2009 et est disponible actuellement dans leur collection « poche » encore une fois.

      jérome par coeur

      Et c’est un petit bijou.

      « Raphael aime Jérôme, je le dis. Très facile ». Raphael aime Jérôme parce qu’il lui tient toujours la main, très accroché, pour le 100% coton de son sourire et parce qu’il raconte des mensonges qui ressemblent à de vraies histoires. Le soir, il fait « des provisions de lui pour la nuit ». Et parfois il en rêve, même. Mais la façon dont il parle de Jérôme ne plait pas à ses parents. Alors forcément, Raphael s’interroge. Mais la force de ses sentiments est là.

      Le quotidien des enfants, la force de leur amour, la délicatesse des illustrations d’Olivier Tallec qui répond à celle des mots de Thomas Scotto… Ce livre est un gros coup de coeur.

       

      Deux garçons et un secret d’Andrée Poulin et Marie Lafrance (éditions de la Bagnole, 2016), qui nous vient du Québec mais est également distribué en France, nous présente aussi deux petits garçons qui s’aiment et les réactions de leurs parents.

      deux garçons et un secret

      Emile et Mathis sont les meilleurs amis du monde. Un jour, Emile trouve une bague dans le bac à sable du square. Et ça lui donne une idée : ils vont se marier ! Comme ça, quand ils seront grand, ils habiteront ensemble et Emile pourra emprunter à Mathis son camion de pompiers. Alors avec leurs amis, ils préparent un beau mariage.

      deux garçons et un secret mariage

      Mais quand Emile le raconte à ses parents, le soir, son père affirme qu' »un gars ne se marie pas avec un gars. Ça ne se fait pas » et lui interdit de garder la bague. Les parents de Mathis, eux, le soutiennent. « Lorsque la maman de Mathis le borde dans son lit, elle lui dit : Quand tu seras grand, si Emile et toi, vous vous aimez encore, vous pourrez vous marier pour de vrai. » Alors Emile et Mathis décident de rester mariés en secret. Parce que « des fois, les parents se trompent, comme les enfants ».

      L’illustratrice parle de son travail sur cet album ici.

       

      Dans Boum boum et autres petits (grands) bruits de la vie de Catherine Lafaye Latteux et Mam’zelle Roüge (Frimousse, 2011, épuisé, réédité par Pourpenser en 2018), on entend les bruits de la vie.

      Les bruits du coeur de Timothée qui pense à Fleur, et les « cling cling » que font les pièces quand ils vont au cinéma ensemble. Mais aussi le « snif snif » de José qui les voit, lui qui aime Timothée en secret.

      Mais il va rencontrer un autre garçon, et leur amour fera les mêmes bruits de coeur qui bat, de moments partagés et de joie. « et tant pis si un jour cet amour fait GRAND bruit autour de lui ».

      Enfin, un album que j’avais raté (mais il va falloir que je répare ça parce que vraiment il a l’air chouette), ça change tout ! de Cathy Ytak et Daniela Tieni (Atelier du poisson soluble, 2017).

      ça change tout

      Camille aime Baptiste. Alors Camille lui donne des poèmes sur des petits papiers. Et Baptiste lui répond avec des Bulles de savon.

      Je n’ai pas pu voir le livre en dehors des extraits sur le site de l’éditeur, aussi je vous cite un extrait de sa critique par Gabriel sur la mare aux mots en vous encourageant vivement à aller voir son article où il propose des livres jeunesses LGBTQ+ (notons ici que Gabriel m’a beaucoup aidé pour cette série d’articles, en me donnant des références, en me prêtant des livres, etc) : « L’autrice joue avec la surprise (nos visions hétérocentrées penseront d’abord que Camille est une fille). On est loin ici des clichés et, contrairement à la plupart des livres sur le sujet, rien n’arrive de négatif aux deux héros de l’histoire. À noter que ici, et c’est tellement exceptionnel qu’il faut le signaler, on parle de bisexualité car les héros ont aussi été amoureux de filles. »

       

      Voilà pour aujourd’hui, j’espère vous avoir donné envie avec tous ces chouettes albums. J’ai un troisième article en préparation pour compléter tout ça (en espérant le publier dans moins de 3 mois…) et parler de la banalisation de l’homoparentalité, de l’homophobie ou de la transidentité dans les albums jeunesse, et pour vous proposer quelques ressources supplémentaires.