Mois: février 2016

Maman peint, papa fait la cuisine (on progresse, 11)

Comme la semaine dernière, un album qui n’a absolument pas pour sujet le sexisme ou l’antisexisme, mais qui au passage bouscule les stéréotypes.

Elsa Valentin et Ilya Green, Bou et les 3 zours (l’Atelier du poisson soluble, 2008).

J’en ai déjà parlé, le tablier est dans les albums jeunesse un attribut de la mère. Mais ici, c’est le père qui fait la cuisine pendant que la mère peint.

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Nous, on laisse les parents à la maison et on suit la petite Bou dans ses aventures, mais cette remise en cause des stéréotypes reste dans un coin de notre tête…

Je présente cet album (qui est un gros coup de coeur) sur la licorne et ses bouquins.

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La princesse et le dragon

J’ai cité dans l‘article sur les princesses qui partent à l’aventure la princesse et le dragon de Robert Munsch et Michael Martchenko (Talents Hauts, 2005).

princesse et le dragon

Au début de l’histoire, une princesse somptueusement vêtue s’apprête à épouser Ronald, son prince. Mais arrive un dragon, qui brûle le château et les vêtements de la princesse et kidnappe Ronald. Mais la princesse, attrapant la première chose qu’elle trouve pour se couvrir, un sac en papier, décide de poursuivre le dragon et de sauver Ronald…

La princesse est très maligne. Elle va utiliser l’orgueil du dragon pour l’épuiser et ainsi pouvoir délivrer le prince. Elle le pousse par exemple à utiliser toute sa réserve de feu pour l’impressionner :

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On a donc ici l’image d’une princesse qui mène l’action, qui est intelligente et fait preuve de ruse, qui se montre en colère dans l’illustration (sentiment rare chez les princesses !), qui est capable de sauver le prince et qui ne prête pas attention à son apparence. Et c’est le prince qui attend à la fenêtre :

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Pourtant quand elle délivre le prince, la seule chose qu’il trouve à dire, ce sont des reproches, qui rappellent l’obligation pour les princesses d’être belles mais aussi de prêter attention à leur apparence :

« Elisabeth ! Mais… tu es dans un état lamentable ! Tu sens la fumée, tes cheveux sont emmêlés… Et regarde ta robe : un vieux sac en papier ! Reviens quand tu seras habillée comme une véritable princesse »

Mais notre héroïne est loin de se laisser déstabiliser. La fin de l’album est donc particulièrement jubilatoire. Elle lui répond :

« Ronald, dit Elisabeth, tu es très élégant et parfaitement bien coiffé. Tu ressembles à un véritable prince, mais tu n’es qu’un gros nul. »

Et l’album se referme sur une princesse dansant, seule, dans sa robe en papier et les cheveux ébouriffés, sur fond de soleil couchant :

« Et finalement, ils ne se marièrent pas »

Réjouissant, non ?

On a donc ici une remise en cause à la fois de la princesse potiche qui attend d’être sauvée, de la princesse qui doit non seulement être belle mais aussi richement vêtue et soignée et bien sûr de la fin traditionnelle du conte de fée « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants », donc je vous reparle très vite !

Le tout dans un album très agréable à lire, vivant et drôle.

Robert Munsch et Michael Martchenko ont publié dès 1980 ce titre qui est devenu un classique dans le monde anglo-saxon. Il a été traduit et publié en France en 2005 : c’est un des premiers albums publié par Talents Hauts, une maison d’édition qui publie des albums qui a pour objectif de publier des livres « percutants, forts, drôles, qui bousculent les idées reçues », et en particulier qui luttent contre le sexisme.