Ecole des loisirs

Chambre rose pour les filles, bleue pour les garçons (Vive les stéréotypes, 17)

Ca faisait un moment que je n’avais pas publié dans cette catégorie, mais ça me fait du bien, parfois, de partager mes énervements avec vous. Y’a pas de raison que je sois la seule à me mettre en colère !

Aujourd’hui, donc, la chambre de la fille de Perceval Barrier & Mathieu Sylvander (Ecole des loisirs, 2015).

chambre de la fille

Madame Souris a décidé qu’elle aurait 2 enfants, une fille et un garçon. Elle a aménagé deux chambres en conséquence, une bleue pour le garçon et une rose pour la fille, hein, histoire de bien enfoncer le clou des stéréotypes.

Mais quand arrive un deuxième fils…

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Et on va enfoncer le clou des clichés jusqu’au bout. Monsieur qui fait du bricolage dans la chambre bleue des garçons qui jouent au ballon…

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…pendant que Madame pleurniche dans une chambre de fille forcément rose avec des poupées et des fleurs. IMG_2533

Je pense que je n’ai pas besoin d’expliquer pourquoi une telle prolifération de stéréotypes m’exaspère.

Pour finir, Madame Souris finit par avoir sa fille même si ce n’est pas exactement la petite fille qu’elle attendait. Et tout est bien qui finit bien la fille dans la chambre rose pour fille et les garçons dans la chambre bleue pour garçon, histoire de ne surtout bousculer aucun cliché.

Quand au message « il faut forcément avoir des enfants des deux sexes pour être heureux », il m’agace profondément.

Je suis d’autant plus déçue que j’avais beaucoup aimé l’humour grinçant de ces deux auteurs dans leur précédent livre, trois contes cruels.

Une écharpe tricotée par son papa (on progresse, 10)

Je le répète souvent, les albums « engagés » où l’antisexisme est le thème même du livre sont importants. Mais il y a aussi des livres dont le sujet n’a rien à voir avec la lutte contre les stéréotypes de genre, mais qui au détour d’une phrase ou d’une illustrations élargissent le champ des possibles. On y voit des pères qui s’occupent de leurs enfants, des femmes qui font du bricolage… sans que ça justifie qu’on s’y arrête, qu’on argumente, simplement parce que la vie, c’est aussi comme ça. Et j’ai envie de les mettre en valeur, aussi.

Alors aujourd’hui, voilà l’anniversaire de Monsieur Guillaume d’Anaïs Vaugelade (l’école des loisirs, 1994).  Au début de l’album, on voit Monsieur Guillaume sortir de son lit, s’habiller… Et on voit bien au détour d’une phrase qu’on peut sortir du cliché de la femme qui tricote pendant que le père lit le journal et qu’un père peut parfaitement tricoter une belle écharpe jaune !

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Je présente ce chouette album plus en détail sur mon blog perso !

Princesse nulle, princesse horrible

Dans les contes, les princesses sont, comme nous l’avons vu, belles, intelligentes, délicates, gentilles… Difficile de s’éloigner de cette image, même dans les albums plus récents où les princesses sont actives, aventureuses, courageuses.

Cependant, Nadja a créé toute une série d’albums avec des petites princesses. Certaines sont jolies et aimables, comme la jolie petite princesse ou la petite princesse de Noël (ce qui n’empêche pas ces albums de proposer une réflexion sur l’image de la princesse. La première se demande justement si on l’aime pour ce qu’elle est vraiment ou pour son apparence). Mais elle ose aussi présenter deux petites princesses qui s’écartent clairement de ce modèle : une petite princesse nulle et une horrible petite princesse.

horrible petite princesse

L’horrible petite princesse (l’école des loisirs, 2004) est une princesse VRAIMENT horrible. Aussi bien laide physiquement (comme je l’ai déjà dit) que méchante, cruelle et désagréable. J’avoue trouver assez jouissive tant de méchanceté assumée.

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Ce qui est appréciable, surtout, dans la remise en cause des stéréotypes, c’est qu’il ne s’agit pas d’un état passager et que l’horrible petite princesse ne devient ni gentille, ni adorable à la fin du livre (même si la toute dernière page laisse une piste de réflexion aux enfants sur les raisons de sa méchanceté, qui renvoie malheureusement un peu trop la responsabilité de la chose à la mère). Elle rencontre un monstre aussi méchant et horrible qu’elle, ils se marient (on n’échappe donc pas au mariage ici) et ils ont beaucoup d’enfants tout aussi atroces.

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La petite princesse nulle (l’école des loisirs, 2006), elle, est comme le titre l’indique, complètement nulle.

petite princesse nulle

Gentille, attentionnée, mais tellement nulle en tout que ses parents n’en peuvent plus, que les princes s’enfuient après l’avoir rencontré.

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Là encore, le mariage avec un prince est présenté comme un incontournable. Mais alors que les princes, « quand ils s’aperçurent à quel point la princesse était nulle… ils repartirent dare-dare dans leurs royaumes ou ailleurs », arrive un prince différent :

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Là encore, pas de transformation radicale de la princesse. Ce qu’elle a préparé à manger ne semble pas plus appétissant qu’au début du livre, ses dessins sont toujours aussi moches et elle regarde pour la 4002e fois le même film. Et pourtant, le prince l’aime comme elle est. Un message important, donc : mieux vaut être soit-même qu’un modèle imposé, la nullité est très relative…

Message souligné par deux enfants qui discutent à la dernière page :

-En fait, elle n’était pas si nulle que ça !

-Ouais… C’est comme quand tu dis que je suis nul… c’est toi qui me trouve nul… en fait, je suis PAS nul !

En un mot, deux albums qui changent et qu’on peut proposer aux enfants dès 4 ans.