Mois: janvier 2017

La fuite dans la forêt

Je reprends, beaucoup trop longtemps après, ma série d’articles sur les princesses. J’ai parlé de princesses qui attendent passivement le prince charmant. Heureusement, il y a des princesses qui prennent leur destin en main. Et même dans les contes traditionnels, Pierre Péju tempère l’immobilité féminine dans La petite fille dans la forêt des contes (Robert Laffont, 1981), rappelant l’espace de liberté ménagé par la fuite de Blanche-Neige :

« Cette parenthèse forestière ou marginale est présente dans presque tous les contes, et c’est dans ce laps de temps que la petite fille est vraiment elle-même, autonome et aventurière. […] Le conte […] ne pouvait que parler de cette attitude active et marginale des filles qui, refusées ou écrasées, ouvrent ­momentanément d’autres voies. Seulement voilà, la plupart des contes traditionnels ferment, en s’achevant, tout ce qu’ils ont ouvert (ou laissé entendre) afin que tout rentre dans l’ordre. Ils montrent l’échappée de la petite fille, et ils décrivent aussi comment elle est piégée, reprise, réinstallée, en un mot faite reine ! »

blanche-neige-poole

(Blanche neige par Josephine Poole et Angela Barret, kaléidoscope 2003, 1e édition 1991)

Je n’ai pas lu son livre, seulement des articles ou des extraits. Vous pouvez retrouver son analyse des princesses dans les contes dans la seconde partie de cet article.

Il est vrai que de nombreux contes de fées accordent à la future princesse un moment loin des règles sociales, le plus souvent dans la forêt et que cette fuite leur permet d’échapper à un destin tragique.

elle (la princesse) est aussi le signe le plus sûr d’une échappée ou d’une dérobade. L’esquisse d’un renoncement possible aux effets sociaux de sa propre beauté : elle s’enlaidit, se couvre de suie, se transforme en bête, s’enfonce dans les bois. (source)

blanche-neige-juttner

(illustration de Franz Juttner, 1905)

Cependant alors que Piere Péju semble décrire toute la période d’éloignement du château, de la cour et de la position de princesse comme un moment d’autonomie et de liberté, c’est loin d’être le cas. Rappelons que quand Blanche-Neige se sauve dans la forêt et se retrouve… à faire la bonne pour sept nains. Et reste cloitrée dans leur maison. On a vu mieux comme période de liberté !

« Veux-tu faire notre ménage, les lits, la cuisine, coudre, laver, tricoter ? En ce cas, nous te garderons avec nous et tu ne manqueras de rien. »

Blanche-Neige leur promit tout ce qu’ils désiraient et resta chez eux. Elle vaquait aux soins du ménage. Le matin, les nains s’en allaient pour chercher dans les montagnes de l’airain et de l’or ; le soir, ils rentraient au logis, où le diner devait se trouver prêt.

(Jacob et Wilhelm Grimm, Blanche-Neige)

Le sort de Peau d’âne n’est pas plus enviable :

L’Infante cependant poursuivait son chemin,
Le visage couvert d’une vilaine crasse ;
À tous Passants elle tendait la main,
Et tâchait pour servir de trouver une place.
Mais les moins délicats et les plus malheureux
La voyant si maussade et si pleine d’ordure,
Ne voulaient écouter ni retirer chez eux
Une si sale créature.

Elle alla donc bien loin, bien loin, encor plus loin ;
Enfin elle arriva dans une Métairie
Où la Fermière avait besoin
D’une souillon, dont l’industrie
Allât jusqu’à savoir bien laver des torchons
Et nettoyer l’auge aux Cochons.

On la mit dans un coin au fond de la cuisine
Où les Valets, insolente vermine,
Ne faisaient que la tirailler
La contredire et la railler ;
Ils ne savaient quelle pièce lui faire,
La harcelant à tout propos ;
Elle était la butte ordinaire
De tous leurs quolibets et de tous leurs bons mots.

(Perrault, Peau d’âne)

Si je rejoins Pierre Péju quand il dit « Emblème également du féminin vierge, énergique et sauvage, le conte nous dit qu’elle doit être au plus vite conjugalisée et « maternisée » (un jour, son Prince, forcément va venir ! Et ils auront beaucoup d’enfants…) », je suis moins certaine qu’aller faire la vaisselle soit une vraie échappée ^^

Je vous laisse retrouver les différents articles déjà publiés sur les princesses ici, et j’espère revenir dans moins de six mois pour vous parler baiser du prince charmant, coup de foudre et mariage !

 

Les liens du moment (4 janvier 2017)

Oups, ça fait 9 mois que je ne suis pas venue ici… Pourtant ce n’est pas l’envie qui m’en manque. C’est le temps. Les quelques mois qui viennent de s’écouler n’ont pas été de tout repos et j’ai été occupée par d’autres projets et par mes enfants. Je ne perds cependant pas espoir de réussir à reposter régulièrement ici ! Je reprends avec une petite revue de presse/de blogs. Je vous donne ainsi de la lecture ailleurs à défaut d’en proposer suffisamment ici !

Littérature jeunesse

Un nouveau blog très chouette, les livres de Mumu. La maman de Muriel, petite fille métisse, « cherche continuellement une littérature jeunesse plus diversifiée et débarrassée des clichés de genre. Je pense que nos enfants méritent des livres, des films, des produits culturels dédiés plus riches et plus proches des réalités d’aujourd’hui et de ce qu’ils vivent. » Elle est également active sur twitter.

Le placard sous l’escalier ou PlacardProject est un séminaire organisé par des étudiants de l’ENS : « Genres, sexualités et identités queer dans les productions culturelles pour la jeunesse (1945-2015) ». Deux séances sont encore à venir. On trouve un blog, un compte twitter et une page facebook. Il y a un LT de chaque séance sur twitter et des enregistrements des séances devraient être bientôt disponibles. J’ai pu assister pour le moment à deux séances et je n’ai pas été complètement convaincue, sans doute parce que mon point de vue était trop différent de celui des intervenants, étudiants ou chercheurs mais pas professionnels du livre.

Seize livres pour combattre les stéréotypes dans les contes de fées, où l’on découvre que Madame Figaro peut faire une belle sélection de livres antisexistes.

Une analyse de la répartition fille/garçon dans le magazine « les belles histoires » qui souligne la sur-représentation des garçons et qui est l’occasion d’une réflexion plus globale très intéressante sur la représentation dans la littérature jeunesse.

Un « guide à l’usage des auteurs qui écrivent des livres sexistes (mais qui ne le font pas exprès) » qui souligne les « pièges » dans lesquels les auteurs tombent trop souvent (« Vos personnages féminins sont décrits avant tout par leurs attributs physiques »,  » Vous avez le syndrome de la Shtroumpfette »). S’il ne parle pas spécifiquement de littérature jeunesse, les conseils et analyses marchent aussi pour ce secteur !

Vous voulez découvrir des femmes qui ont contribué à changer le monde ? Allez voir ces femmes incroyables qui ont changé le monde de Kate Pankhurst (pour les petits) ou l’ABCD…Z des héroïnes de Marylin Degrenne et Florette Benoit (pour les plus grands).

Sur le bog des Vendredis Intellos, Philippe Aim dénonce le sexisme d’un extrait de  documentaire récemment paru à l’école des loisirs, Le mystère de la vie de Jan Paul Schutten et Floor Rieder. Suite à cet article, une analyse de l’ensemble du livre a été publié sur le blog LU cie & co.

Anne GE propose sur son blog Women and fiction un article passionnant consacré à l’étiquette « féminine » en littérature : lectures de filles, écriture de filles. « Les lectures féminines ne doivent donc être appréhendées uniquement à partir de raisonnements de type « les filles préfèrent [tels livres]… » mais comme des pratiques culturelles complexes; du point de vue, certes, de leur contenu formel et thématique, mais surtout du point de vue de leur intégration à l’économie du livre (leur marketing) et à des pratiques culturelles socialement construites. »  De manière générale, je vous recommande vivement ce blog, qui s’intéresse aux liens entre genre et expérience de lecture.

Cité dans l’article précédent, une étude de Christine Détrez et Fanny Renard : « Avoir bon genre ? : les lectures à l’adolescence sur les pratiques de lecture des adolescents selon leur genre.  Ainsi que, de Christine Détrez et Mohamed Dendani, « lectures de filles, lectures de garçons en classe de troisième« .

Filles d’album, les représentations du féminin, une conférence de Nelly Chabrol-Gagne au salon du livre jeunesse de Namur en 2011 :

Je rappelle au passage que c’est également le titre d’un livre qu’elle a publié à l’atelier du poisson soluble et que c’est ce livre qui a donné son nom à mon blog.

 

Education, genre et féminisme

Je n’ai même pas pris le temps de vous parler ici de mon nouveau projet ! Voilà Maternités Féministes et @MereFeministe, le blog et le compte twitter d’un groupe de mères féministes dont je fais partie qui réfléchit à la maternité et à l’éducation d’un point de vue féministe, mais surtout d’un point de vue très concret, sur la manière de faire au quotidien, nos réussites mais aussi nos difficultés ou nos échecs. Pour en savoir plus, allez lire ce très beau texte, le manifeste du projet.

 

J’espère revenir très vite ! En attendant, n’hésitez pas à fureter dans la page Analyse des représentations genrées ou à me suivre sur twitter où je suis beaucoup plus active !