Milan

Des princesses qui partent à l’aventure

Des princesses héroïques dès le XVIIe siècle :

Dans les contes traditionnels, et dans de nombreux albums contemporains, les princesses restent profondément passives. Heureusement, dès le XVIIe siècle, on trouve des princesses actives, rebelles, qui ne font pas qu’attendre passivement leur prince. Ainsi, l’héroïne de Marmoisan de mademoiselle Lhéritier est une sorte de « Mulan » occidentale qui part combattre déguisée en homme,pour sauver l’honneur de sa famille. On notera qu’elle s’illustre au combat :

« il s’y donna trois grandes batailles, où Marmoisan se distingua d’une manière toute héroïque; et dans l’une desquelles il eut le bonheur de sauver la vie au prince »

Mme d’Aulnoy met aussi en scène, dans Belle-Belle ou le chevalier Fortuné, une femme qui se déguise en homme pour partir à l’aventure.

belle belle ou chevalier fortuné

Le chevalier Fortuné, par Marillier, Dessins pour le Cabinet des fées, 2 vol., 1785 (source)

Anne Defrance écrit ainsi dans Aux sources de la littérature de jeunesse : les princes et princesses des contes merveilleux classiques : « Dans les contes écrits par les premiers auteurs*, qui relèvent d’une esthétique galante et néo-précieuse, une revendication féministe est perceptible. Leurs princesses peuvent être dotées de qualités identiques à celles des princes – audace, générosité, courage, et ce sont à ces filles-soldats que revient ironiquement la charge de donner une leçon de virilité aux petits maîtres efféminés. »

*Rappelons que la grande majorité sont des femmes, même si Charles Perrault est le seul dont on garde vraiment la mémoire…

On reste cependant dans la société du XVIIe siècle, et Marmoisan, toute héroïque, courageuse qu’elle soit, ne peut apparemment pas supporter un peu de linge sale et mal plié :

Cependant Marmoisan ravi de voir sa réputation cavalière bien établie, s’observa peut-être un peu moins que d’ordinaire, et eut l’imprudence de témoigner beaucoup de chagrin, en présence du marquis de Brivas, pour du linge mal blanchi et des habits mal pliés; malgré sa douceur naturelle, il gronda fort ses gens sur ce sujet; et sa mauvaise humeur augmenta encore, remarquant que son pavillon n’était pas bien rangé. Il fit une attention si forte sur toutes ces choses, et entra dans des détails de propreté si pleins de bagatelles qu’il marqua parfaitement bien, en cette occasion, le caractère ordinaire des femmes, dont la plupart affectent dans leurs habits et dans leurs meubles une propreté qu’elles portent quelquefois jusqu’à la bizarrerie la plus ridicule, et dont elles se font un mérite comme d’une délicatesse bien entendue. Celles qui ont l’esprit un peu ferme sont ordinairement exemptes de ces défauts; cependant Marmoisan avec toute sa grandeur d’âme, n’avait pas eu la force de se mettre au-dessus, tant ce penchant est enraciné chez certaines personnes du sexe.

Et aujourd’hui ? 

Les princesses rebelles, actives, sont plus nombreuses. Elle sont plus souvent capables de se débrouiller seule, même pour affronter le danger. Ainsi, dans la princesse qui dit non, de Tristan Pichard et Daphné Hong (Milan Jeunesse, 2014) la princesse se débarrasse seule du sorcier et du dragon qui la retiennent, et quand le chevalier arrive, tout est déjà réglé !

princesse qui dit non

Dans Contes d’un autre genre (Talents Hauts, 2011), Gael Aymon propose des réécritures antisexistes de contes traditionnels (et c’est super et vous trouverez plus de détails ici). Dans la belle éveillée, réécriture de la belle au bois dormant, la princesse n’attend pas le prince. Elle se réveille seule (grâce à une fée qui lui a donné… le pire sommeil du monde !). Elle s’empare alors d’une épée, se fraye un passage dans la forêt de ronces, en sauvant un prince coincé au passage, puis sauve sa mère, ouvre les yeux de son père sur ses dangereux conseillers et obtient de lui de garder sa propre main pour qu’elle ne soit pas offerte à un prince quelconque. Les illustrations de François Bourgeon la représentent active, volontaire et même une épée à la main :

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En effet, plus besoin désormais de se déguiser en homme pour combattre ou partir à l’aventure. La princesse attaque (Delphine Chedru, Helium, 2012) porte sans souci une armure sur ses cheveux longs et une fleur pour la décorer.

princesse attaque

 

Et c’est elle qui va  libérer son compagnon, le chevalier Courage, prisonnier du cyclope à l’oeil vert. En effet, les princesses n’agissent pas que quand elles sont contraintes, pour s’échapper ou sauver leur vie. Elles n’hésitent plus à partir à l’aventure, à aller délivrer le prince. Dans la princesse et le dragon de Robert Munsch et Michael Martchenko (que je vous présente en détails très vite), elle part affronter le dragon qui retient le prince prisonnier.

Et dans le chevalier noir de Michaël Escoffier et Stéphane Sénégas (Frimousse, 2014), la princesse est bien décidée à défendre son territoire, sa tour, et n’hésite pas à en venir aux mains contre le chevalier ! (plus de détails ici)

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Même si on trouve encore des princesses potiches, on trouve donc des princesses actives, aventurières, et ça fait du bien !

Si vous avez d’autres titres en tête, les commentaires vous ouvrent les bras !

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Les maîtres et les maîtresses (on progresse, 9)

Je ne consacrerai pas d’article ici aux attentats de Paris, parce que ce n’est pas le lieu pour le faire. Si vous chercher des ressources pour en parler à vos enfants, les cahiers pédagogiques en ont réunies ici.  A mes yeux, il faut être aujourd’hui encore plus qu’hier attentif à être ouverts à une société plus diverse, et au respect de chacun de ses membres, et ce afin de « répondre » à la fois au terrorisme et aux militants d’extrême droite qui tentent de récupérer la question à coup d’islamomphobie.

Alors aujourd’hui, je fais une pose dans ma série sur les princesses et je reprends ma catégorie « on progresse » qui a pour but de présenter des livres qui prennent soin de présenter des situations non sexistes et non stéréotypées, alors même que ce n’est pas le sujet principal de l’album.

Aujourd’hui, des extraits d’un documentaire de Stephanie Ledu et Magali Clavelet, les maîtres et les maîtresses dans la collection « mes p’tits docs » chez Milan, 2015. Le titre même qui présente maîtres et maîtresses à égalité se détache de la production actuelle sur le sujet, où l’enseignant est quasiment toujours une maîtresse.

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Dans cet album, il y a (aussi) des pères qui emmènent leur enfant à l’école. Et c’est un homme qui a un peut être un peu peur. Dans cette école, les enfants ont toutes les couleurs de peau. Et cette diversité est importante afin que tous les enfants puissent se retrouver et retrouver leur environnement dans ce livre. (une enseignante est également racisée).

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Dans cet album, les hommes aussi apportent le café et préparent le repas pendant que leur femme travaille.

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Ici, le maître console alors que la maîtresse représente l’autorité :

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Et on évoque aussi la vie de famille hors du travail des hommes :

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Et pour finir, on propose aux filles comme aux garçons de jouer au maître et à la maîtresse.

Alors sur le sujet, c’est un petit documentaire qui fait du bien.

Quant au contenu du documentaire, il est plutôt bien fait mis à part qu’il insiste un peu trop à mon goût sur les règles, l’autorité et les punitions.

des ronds bleus pour les garçons, des ronds roses pour les filles (Vive les stéréotypes, 15)

après la récré

Dans Après la récré de Christophe Loupy (Milan, 2015), l’auteur a décidé de représenter les personnages par des ronds. Et devinez quelles couleurs il a choisi ?

Bleu pour les garçons et rose pour les filles, bien sûr !

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Précisons que ce choix de différencier uniquement les garçons et les filles n’a pas d’intérêt dans le livre au niveau narratif. Le choix graphique aurait par exemple pu être une occasion d’insister sur la variété des enfants en proposant des couleurs différentes. Après tout, on sait depuis Petit bleu et petit jaune de Léo Lionni que les enfants peuvent être des ronds de toutes les couleurs.

Mais malheureusement c’est souvent plus confortable de reproduire les stéréotypes…

Cet auteur avait déjà publié Dans la cour de l’école sur le même principe.

dans la cour de l'école loupy Visiblement cet album est souvent exploité en maternelle. Et je comprends parfaitement l’intérêt au niveau des capacités d’abstraction, de représentation dans l’espace, etc. Mais dans les idées d’exploitation en classe, on note rarement une remise en cause des stéréotypes, bien au contraire. On propose de trier les enfants de la classe avec les filles sur fond rose et les garçons sur fond bleu, ou on réalise un petit livret sur le même principe, avec les filles qui jouent d’un côté, les garçons de l’autre (même si le texte précise que ce n’est que « parfois », c’est cette situation qui est illustrée), et quand un garçon est du côté des filles, « mais il y a un garçon qui s’est trompé ». Quand l’école reprend les stéréotypes qu’elle est censée combattre…

La presse pour petites filles : ressources et compléments

Je vous parlais il y a quelques jours de la presse pour petites filles. Je m’étais appuyée essentiellement sur les numéros que j’avais pu lire et l’analyse des sujets, des couvertures… J’ai depuis continué à faire quelques recherches (je vous prépare également un article sur la presse « mixte ») et je suis tombée sur quelques ressources supplémentaires intéressantes.

On commence avec cette très intéressante vidéo d’entretien avec Corinne Destal consacrée à la presse pour petite fille et à la presse pour adolescentes.

Elle revient rapidement sur l’histoire de la presse pour petites filles et analyse le contenu de la presse pour fillettes et de la presse pour adolescentes. A propos de la presse pour fillettes, elle insiste sur le fait que la remise en cause des stéréotypes reste très marginale dans ces titres ou source de difficultés. Les femmes sont liées à la sphère privée, et on encourage les filles à s’en emparer via la décoration et les conseils d’organisation, de rangement…

Dans la presse pour adolescentes, « le phare est braqué sur le corps » et sur les hommes pour qui elles transforment ce corps. L’adolescente a des moyens pour travailler cette image, et doit y consacrer du temps (et de l’argent). Elle reste maîtresse des relations amoureuses et sexuelles. C’est son pouvoir. En revanche, en terme d’orientation professionnelle, on encourage les filles à des filières courtes. « On pose la femme comme devant avoir une vie professionnelle (…) mais sans faire de carrière, parce qu’elle aura autre chose à faire ».

Un article de Caroline Caron « Que lisent les jeunes filles? Une analyse thématique de la « presse ados » au Québec » (Pratiques psychologiques, 2003, no 3, p. 49-61). Les titres ne sont pas les mêmes qu’en France, mais je pense qu’on trouve des résultats comparables. Elle conclut :

« L’hypothèse selon laquelle ce contenu est conservateur plutôt qu’égalitaire est validée et permet de considérer ce média comme un agent de socialisation traditionnelle. La répartition des articles selon le thème révèle que près des deux tiers (64,8 %) du contenu produit par les équipes rédactionnelles traitent de la beauté, de la mode, des garçons, des relations hétérosexuelles et des vedettes masculines. Plus du tiers (35,2 %) touche au développement personnel et social, mais la lecture attentive révèle qu’ils négligent la dimension sociale de l’identité, au profit d’une insistance marquée pour la dimension personnelle. »

Un autre extrait :

Alors qu’elles apprennent à se définir et à trouver leur place dans la société, les lectrices adolescentes (et pré-adolescentes) se voient offrir, dans ces revues, une conception somme toute conservatrice de la féminité et des rapports entres les hommes et les femmes.

Les absences parlent aussi. En omettant de traiter des actualités nationales et internationales, de la violence faite aux femmes, de la vie citoyenne, de la planification financière, des inégalités sociales, et des autres sujets de la catégorie « société(s) et enjeux sociopolitiques », les magazines omettent d’aborder la dimension sociale de l’identité; ils confinent les jeunes filles au domaine du personnel, à la culture des sentiments et à l’entretien des relations interpersonnelles.

Une autre étude, plus spécifique celle-là, sur « Le corps prescrit : Sport et travail de l’apparence dans la presse pour filles » par Martine Court dans Cahiers du Genre 2010/2 (n° 49) : les objets de l’enfance (l’ensemble du numéro a l’air passionnant !). « L’objectif de cet article est d’analyser les prescriptions formulées au sujet du sport et du travail de l’apparence dans un segment particulier de la presse pour enfants, celle qui s’adresse spécifiquement aux filles. » Il se penche plus particulièrement sur Julie et Witch Mag (devenu depuis Disney Girl)

(Les deux magazines) « leur adressent, en effet, des invitations récurrentes à s’occuper et se préoccuper de leur beauté. Comme on l’a indiqué plus haut, les deux magazines publient des pages sur la mode dans tous leurs numéros et livrent régulièrement des astuces pour embellir son corps ou sa chevelure. (…) Dans Witch Mag comme dans Julie, la norme de la minceur est rappelée de manière très claire.

L’article souligne cependant des différences entre les deux magazines, liés aux différences de capital économique et culturel des lectrices. C’est le cas pour la vision du sport :

Dans Witch Mag, la pratique sportive est quasiment inexistante. (…). Les héroïnes de fiction sont, quant à elles, rarement représentées en train de faire du sport, et quand elles le sont, c’est exclusivement dans deux sports très fortement féminisés : la danse et l’équitation. Julie, en revanche, publie une rubrique « Sport » dans la plupart des numéros. (…) La présence de cette rubrique « Sport » dans Julie est à mettre en relation avec la visée ‘éducative’ de ce magazine. Par définition, la presse ‘éducative’ a en effet pour projet de favoriser le ‘bon’ développement de l’enfant, et ce ‘bon’ développement est défini aujourd’hui de manière dominante comme un développement équilibré du corps et de l’esprit, qui suppose en particulier la pratique régulière d’une activité physique ou sportive, pour les garçons comme pour les filles. (…) Dans les numéros de l’année 2007, Julie consacre, certes, plusieurs articles à des sports pratiqués massivement par des filles ou des femmes — la grs, les claquettes, la voltige à cheval, le yoga, l’équitation, la gymnastique d’entretien — mais il présente aussi des sports plus mixtes, et même des sports pratiqué majoritairement par des garçons — le surf, le ski nautique, l’escalade, le rugby, le judo, et enfin les sports collectifs. (…) Il n’est pas impossible que cet équilibre résulte d’une « tentative de contrôle du sexisme » de la part des rédacteurs de Julie. Si les stéréotypes de genre n’apparaissent pas en ce qui concerne les sports présentés aux lectrices, ils sont en revanche très visibles dans ce qui est dit sur les modalités de la pratique sportive féminine. (…)

Dans les deux magazines étudiés, les filles sont à la fois encouragées à se préoccuper de leur apparence et invitées à faire du sport selon des modalités socialement définies comme féminines — en pratiquant la danse ou l’équitation dans Witch Mag, en étant prudentes, en faisant preuve de sérieux et en se désintéressant de la compétition dans Julie.

La presse pour petites filles et adolescente vue comme une presse d’initiation, par Corinne Destal : elle présente aux petites filles une image stéréotypée des parents : la mère règne sur l’univers domestique, le père assure dans la sphère professionnelle. Si la mère travaille, elle garde du temps pour sa famille. « Et chacun semble y trouver son compte, sans souci, sans regrets ». C’est l’avenir qu’on propose à ces petites filles (cf orientation proposée). Les petites filles sont orientées vers la sphère intime (décoration d’intérieur…) et vers l’apparence : la coquetterie est encouragée.

Un discours secondaire, qui mériterait d’être analysé, tendrait à entraîner les filles sur le chemin du contrôle de soi, de la modération, notamment dans leur rapport aux autres. Il s’agit surtout de valoriser les attitudes et comportements modérés (évitement des conflits, négociation, douceur, réflexion, patience) sont autant de qualités qui sont posées au fil des pages. Comme si les publications revisitaient les schémas traditionnels en prenant soin d’adapter les qualités féminines à l’évolution de la vie contemporaine. C’est ainsi que la soumission et le dévouement aveugle (vieux clichés traditionnels) ne font plus partie de la panoplie féminine. Mais il s’agit tout de même d’entretenir des stéréotypes de petites filles coquettes, sages et surtout devant avoir des réactions moins «bruyantes» que celles des garçons.

Et si on s’intéresse aux revues pour adolescentes, la figure de la mère disparaît, les magazines se centrent sur l’apparence et les relations amoureuses.

 l’excès des publicités pour cosmétiques ou marques de vêtements, l’avalanche d’articles sur les 1001 façons d’être séduisante et de séduire, les informations omniprésentes sur les «stars» semblent rapprocher la presse adolescente de la presse féminine. Cette dernière semblerait alors être le prolongement «logique» des revues pour jeunes. (…) La plongée des ados dans un monde consommatoire si fervent peut être vécue par eux avec violence. Car cet univers exclut ceux qui n’y adhèrent pas (quelles que soient leurs raisons), et peut les mener tout droit à la faillite (amoureuse, sociale etc.). Une forme de violence faite aux adolescentes se retrouve également dans la multitude de propositions «d’amélioration corporelle». Les conseils dessinant un corps normatif, standard, peuvent générer frustration et déception chez celles qui ne s’en approcheront qu’asymptotiquement. Elles se voient alors démunis d’un outil formidable qu’est le corps séduisant dans la course aux relations idylliques.

L’image des garçons donnée dans ces magazines est également très caricaturale.

Tranchant avec ces analyses, voilà un article favorable à la presse pour fille qui date de 2003. Il parle de la presse qui « semble avoir (re)découvert les vertus d’une déclinaison « sexuée » » et Bayard y défend la mixité « au risque de passer pour réactionnaire ». Un sociologue employé par Fleurus y explique que proposer des magazines pour petites filles, c’est progressiste et qu’on peut faire des magazines pour filles sans clichés.

Très vite, je vous parle de la presse mixte, qui n’est pas pour autant exempte de stéréotypes de genre !

La presse pour petites filles

Régulièrement, je reçois la plaquette d’abonnements de Fleurus. Encore une bonne occasion de m’énerver face aux abonnements « pour filles ». Je n’aborderai ici que les titres s’adressant aux enfants et aux préados, pas la presse pour adolescentes.

Les revues pour filles étaient nombreuses dès le début du XXe siècle comme la semaine de Suzette, et jusqu’aux années 1960. Vous pouvez lire un article très intéressant sur l’histoire de ces magazines ici. Elle disparait ensuite dans les années 1970. C’est Milan Presse (qui s’annonce pourtant engagé pour l’égalité filles/garçons) qui a relancé en 1998 la presse pour fillette avec Julie, bientôt suivi par d’autres éditeurs, en particulier Fleurus. On retrouve dans ces magazines récents beaucoup d’éléments qui étaient déjà présents chez leurs « ancêtres ».

Petit état des lieux actuel :

Chez Milan, on trouve Julie, « le mag qui parle aux filles », pour les 9-13 ans et Manon, pour les 6-9 ans. Chez Fleurus, les p’tites sorcières de 8 à 12 ans, les p’tites princesses de 5 à 8 ans et les p’tites filles à la vanille de 3 à 5 ans. Et chez Disney, Disney Girl pour les 7-11 ans. On trouve également quelques magazines consacrés à une héroïne particulière : Violetta, Charlotte aux fraises… Parmi les grands groupes de presse jeunesse, seul Bayard échappe à cette tendance en ne proposant que des abonnements mixtes. On peut noter qu’il n’existe pas d’équivalent « pour garçon », les autres magazines s’appuyant sur des centres d’intérêts.

Et à quoi ils ressemblent, ces magazines ? Malgré quelques variantes (chez Fleurus, il y a dans chaque magazine une grande histoire ou un court roman, qu’on ne retrouve pas ailleurs, Julie a le mérite d’aborder une question d’actualité (mais « vue à travers le prisme des filles ») et de présenter dans chaque numéro un portrait de femme célèbre), on retrouve dans ces différents magazines les mêmes éléments.

  • Le rose omniprésent. Souvent complété par du mauve ou du violet. Dans l’exemplaire des p’tites filles à la vanille, il y a du rose ou du violet sur toutes les pages sauf une. C’est visible dès les couvertures. Et aussi sur le site internet du magazine Disney girl !

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  • Des BD qui mettent en scène des filles, que ce soient des héroïnes connues (Lou ou les sisters par exemple) ou des héroïnes propres aux magazines. On retrouve régulièrement des hors séries « BD de filles » (c’est toujours bien précisé !)

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  • Des bricolages et des recettes de cuisine qui s’ancrent très fortement dans l’univers « girly ». Parmi les activités « bricolage », beaucoup de couture ou de customisation (« la deuxième vie de tes tenues d’été »). Et même les recettes de cuisine sont stéréotypées : des cupcakes, des macarons, des glaçages, du rose…

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  • Des tests, le plus souvent centrées autour de l’amour (« As-tu un coeur d’artichaut ? » « Quel garçon te fait craquer? ») ou des relations entre amies (« Une amie, c’est quoi pour toi? » « Es-tu fidèle en amitié? » « Copines d’un jour ou pour toujours? »).
  • Des pages « fan de ».

 

Et parmi les sujets, des « incontournables » qui reviennent très régulièrement :

  • l’amour, en tête de liste

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  • les relations entre amies, avec l’organisation de boom et de pyjamas parties.

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  • la mode : il faut trouver son « look », son « style ». On trouve également des articles sur comment se coiffer, les accessoires, etc. Un très fort accent est mis sur l’apparence (j’avoue que je trouve le titre « belle mais pas rebelle » particulièrement gratiné !).

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  • être une star. Oui, dans ces magazines, c’est une activité à part entière. Avec des tests (« quelle star sommeille en toi ? »), ses conseils…

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  • l’équitation. Julie, en plus de nombreux numéros consacrés aux chevaux, propose même un hors série spécial équitation 4 fois par an, Julie Cheval. On élargit parfois à d’autres animaux, à condition qu’ils soient « mignons » : chiots et chatons par exemple.

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  • les journaux intimes, où on parle… d’amitié, de mode et de garçons !

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On rejoint ce qui est expliqué, dans Contre les jouets sexistes à propos des jouets (je reprends ce que j’avais noté dans cet article) :

« Les jouets inculquent aux fillettes l’attente du grand évènement de leur vie : l’amour avec un grand A (…). Elles apprennent que c’est lui qui va leur permettre de se réaliser en tant que femme. Et que seul le regard masculin peut valider l’existence de la femme et la rendre heureuse ».

En attendant le grand amour, les filles sont encouragées à l’amitié entre filles, si possible dans un univers girly où on parle amour, beauté, séduction, petits secrets. On encourage également le goût des filles pour les animaux « de préférence mignons, inoffensifs et jeunes ».

« L’empire des sentiments, dévolu aux filles, est en fait l’institution du sentimentalisme comme forme de relation aux autres et au monde. La pensée, la réflexion, l’esprit critique, la science, la connaissance du monde qui les entoure… semblent totalement absents de l’univers des filles ».

J’ajouterai que dans ces magazines, l’importance accordée à l’apparence, aux vêtements et à la mode, et ce dès l’école primaire, est à mes yeux plutôt effrayante.

Autrement dit, ces magazines contribuent à enfermer les filles dans des stéréotypes, et ce dès l’âge de 3 ans. La concentration sur un trop petit nombre de sujets (les sentiments, l’apparence, le mignon…) leur limite l’accès vers d’autres intérêts et d’autres formes d’épanouissement.