Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon

Aujourd’hui, on vous parle, avec Gabriel de la Mare aux Mots, de l’histoire de Julie qui avait une ombre de garçon de Christian Bruel, Anne Galland et Anne Bozellec. Vous pouvez retrouver sa chronique ici.

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Histoire Julie ombre garçon Thierry Magnier

 

Ce livre c’est le portrait de Julie.

Julie n’est pas polie

elle suce encore son pouce

Julie est très jolie

mais voudrait être rousse

Julie n’est pas très douce

elle n’aime pas les peignes

et se cache sous la mousse

pour ne pas qu’on la baigne

Julie sait ce qu’elle veut

elle en parle à son chat

ils ont de drôles de jeux

que ses parents n’aiment pas

Mais elle voudrait qu’on l’embrasse quand même

Ses parents lui reprochent tellement d’être un « garçon manqué » qu’un jour, elle se réveille avec une ombre de garçon.

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Une ombre de garçon dont elle n’arrive pas à se débarrasser et qui va finir par la faire douter. Et si c’est l’ombre qui avait raison ? Si elle n’était qu’un garçon manqué ? Heureusement, une rencontre avec un petit garçon va lui permettre de comprendre qui elle est vraiment : « Julie-chipie, Julie-furie, Julie-Julie ». Et qu’être soi-même, quoiqu’en disent les autres, quels que soient les bocaux dans lesquels ils veulent nous enfermer, « on a le droit ».

 

Le texte est superbe, les illustrations en noir et blanc, avec quelques touches de rouge vif, magnifiques. Les touches de rouge étaient roses dans la première édition du Sourire qui mord. J’aime ce rouge vif qui ajoute du peps.

Cet album est complètement bouleversant quand il aborde le décalage entre ce qu’est Julie et ce que ses parents, attachés aux stéréotypes et à l’image d’une petite fille modèle, attendent d’elle. Et les dégâts que cela cause à leur fille.  « Julie ne sait plus qui elle est puisqu’elle devrait toujours faire comme quelqu’un d’autre pour être aimée. »

« On l’aime bien quand elle n’est pas coiffée comme Julie.

On l’aime bien quand elle s’assied mieux que Julie.

On l’ame bien quand elle parle moins que Julie.

Et c’est quand elle est « déguisée » en petite fille modèle, quand elle a perdu son sourire espiègle que sa mère s’exclame « je te reconnais, maintenant ».

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Ici, les adultes ne sont d’aucun secours. Ce sont les enfants, seuls, qui s’affirment tels qu’ils sont.

 

Histoire du livre et des éditions du Sourire qui mord :

En plus d’être un album magnifique, ce livre est le début d’un projet éditorial captivant. Au début des années 1970, Christian Bruel crée le collectif « pour un autre merveilleux » qui rassemble des intellectuels d’origines diverses : universitaires, journalistes, artistes, psychologues… Ils étudient la littérature jeunesse de l’époque, et s’intéressent en particulier à « la façon dont elle aborde les thèmes contemporains tels les statuts de la femme et de l’enfant, les représentations du monde du travail et des relations sociales entre individus ». Suite à cette réflexion est imprimé en 1975 l’Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon. Suite au succès de ce livre est créée une maison d’édition appelée Le sourire qui mord (c’est pas génial, comme nom ? ). Ce nom « fait référence à la volonté des éditeurs de dénoncer la mièvrerie ambiante de la littérature pour enfants alors en vigueur, au profit de livres dynamisant les rapports avec l’enfant et n’hésitant pas à aborder les sujets les plus subversifs. Elle transmet également une certaine idée de l’enfance qui, selon Christian Bruel, « n’est pas rose ; et derrière le sourire, se cachent [souvent] les dents… » ». Christian Bruel insiste sur le fait que l’enfant n’est pas inférieur à l’adulte, qu’il n’a pas besoin de protection mais d’ouverture sur le monde, afin d’affronter celui-ci. Les livres ne sont pas uniquement destinés aux enfants mais à tout lecteur intéressé, car chacun peut « quel que soit son âge, y trouver matière à rêver, à penser, à changer son rapport à l’autre »

Chaque album est conçu au sein d’un groupe de plusieurs auteurs et illustrateurs et donc issu d’un travail collectif où chaque individu apporte son expérience. Les projets élaborés sont ensuite montrés à des enfants. Il s’agit de « tester » les livres auprès de leur public sans pour autant se conformer strictement aux remarques des enfants, afin de ne pas tomber dans la facilité et de continuer à éveiller un questionnement chez eux. (les informations sur les éditions du Sourire qui mord sont issues de ce passionnant mémoire, Les albums pour enfants des maisons d’édition Des femmes et Le Sourire qui mord).

Les éditions du Sourire qui mord publieront 79 livres en 20 ans. Deux ans après la fin de cette maison d’édition, Christian Bruel crée les éditions Etre, où il réédite certains titres des éditions du Sourire qui mord, en particulier l’Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon en 2009. Mais l’activité de cette maison d’édition est également suspendue. Depuis 2012, les éditions Thierry Magnier ont réédité certains titres du Sourire qui mord. L’histoire de Julie qui avait une ombre de garçon, donc, parue le 10 septembre 2014, mais aussi l’heure des parents qui présente toute la variété des familles existantes, y compris des familles homoparentales ou monoparentales, ce que mangent les maîtresseles chatouilles (fortement attaqué par l’extrême droite qui y voit une promotion de la sexualité infantile voire de la pédophilie) ou encore un jour de lessive (magnifique éloge de l’imaginaire que j’ai présenté ici).

Ce livre date de 1975 et pourtant, il est particulièrement d’actualité en ce moment. Il continue à faire réfléchir, à remuer. Il continue aussi à choquer. Voilà comment on l’a retrouvé il y a quelques mois à la bibliothèque :

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Autres ressources sur ce livre : 

Il y a bien sûr la chronique de la mare aux mots, déjà citée, publiée aujourd’hui même. Et celle de Maman Baobab qui participe à cette chronique croisée.

La présentation par Christian Bruel au moment de sa réédition chez Etre.

Il y a cette vidéo du site cligne-cligne qui montre des images de l’édition originale.

On en parle aussi sur Lu cie & CoAltersexualité, d’une berge à l’autre, le blog du magazine Citrouille, une page lue chaque soir, le carré jaune

Profitez de cette réédition pour le découvrir !

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