Documentaire

La naissance d’Agnès Rosenstiehl ou comment moderniser un documentaire

Vous connaissez forcément les dessins d’Agnès Rosenstiehl. Mais si, c’est la créatrice de Mimi Cracra ! Et si vous faites partie de ma génération, vous avez grandi avec cette héroïne, ma fois très intéressante au niveau des représentations : publiée à la même époque de Martine fait la cuisine, on découvre une petite fille active, qui n’hésite pas à se salir, et qui joue librement, laisse cours à son imagination et aux découvertes sensorielles.

mimi cracra

Mais la production d’Agnès Rosenstiehl ne s’arrête pas à cela ! Et les éditions la ville brûle  ont réédité fin 2018 trois de ses premiers livres, qui sont tous des merveilles :

Il faudra absolument que je trouve le temps de vous parler des filles, véritable merveille d’abord édité aux éditions des femmes, mais aujourd’hui, parlons de la naissance.

La naissance a été publié pour la première fois en 1973. Ecrit pour expliquer à ses aînés l’arrivée d’un nouvel enfant, c’est à la fois un documentaire et une discussion libre entre deux enfants curieux : un garçon va avoir un petit frère ou une petite soeur. Il discute donc avec une de ses amies, ils s’interrogent, interrogent leurs parents .

C’est de loin mon documentaire préféré sur ce sujet pour les enfants ! J’aime la délicatesse du dessin au trait noir d’Agnès Rosenstiehl (ah, les chevelures des personnages !) et leurs vêtements des années 70. J’aime le mélange d’exactitude concernant les informations données et la poésie qui se dégage de la discussion entre enfants, qu’ils s’interrogent à la fois sur comment se fait la fécondation et sur « pourquoi on veut naître » ou « tu te rappelles quand tu étais dans le ventre de ta mère ? ».

Et j’aime le fait qu’il montre et dise les choses, sans s’embarrasser de métaphores. Qu’il trouve toujours une mesure que je trouve très juste entre explications explicites et pudeur, entre amour et questions techniques.

La relation sexuelle, par exemple, est décrite explicitement : « on aimait être seuls et on s’aimait tellement fort qu’on s’embrassait, on mettait un sexe dans l’autre. C’est fait pour ça, d’ailleurs, les sexes, et ça fait très plaisir ! ». L’illustration de l’étreinte qui l’accompagne est une merveille.

J’aime avoir un livre pour petits qui parle de règles, qui montre un pénis et une vulve, qui utilise le mot sexe en précisant que c’est par là que sort le bébé, qui mentionne la contraception.

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Bref, foncez !

Mais j’ai eu envie de faire cet article, surtout, pour vous montrer le travail qui a été fait lors de la dernière édition. En effet, ce titre a été réédité plusieurs fois à l’identique, en particulier chez Autrement jeunesse en 2008 (c’est dans cette version que je l’ai découvert). Mais la dernière édition, celle de la ville brûle, est différente et a été accompagné d’un gros travail de l’autrice et de l’éditrice, Marianne Zuzula, comme elle l’explique dans ce super article de Lu Cie & Co En effet, « La Naissance » a été écrit en 1972″, explique Marianne Zuzula, « dans une France où une famille, cela ne pouvait être autre chose qu’un père, une mère et des enfants: la loi Veil n’avait pas été votée, les familles mariées étaient, plus encore qu’une norme, une évidence. L’homosexualité n’était pas dite, l’homoparentalité n’était pas envisagée, la PMA n’existait pas (Amandine, le premier bébé éprouvette français, est née en 1982). Agnès Rosenstiehl et moi avons donc retravaillé le texte, sans rien enlever de ses qualités et de sa force, mais en reformulant, en précisant les choses afin d’ouvrir le champ des possibles, des modèles de familles possibles, des amours possibles… Car comment parler d’amour et de sexualité sans parler de liberté? »

 

Certaines modifications sont assez évidentes. En 1975, les naissances hors mariage représentaient moins de 10% des naissances. Actuellement c’est plus de 60%. Cette phrase était plutôt étrange, lue en 2019 !

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A plusieurs reprises dans le livre, les enfants s’imaginent adultes (au passage, quel plaisir de lire qu’ils seront « peut être » une maman ou un papa !). Supprimer l’homme de l’illustration apporte tellement plus de liberté à cette petite fille, qui pourra se marier avec la personne qu’elle aime, quelle qu’elle soit.

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De manière générale, le texte a été revu pour éviter de limiter l’hétérocentrisme et le récit de la naissance uniquement à la reproduction naturelle entre les futurs parents. Attention, le livre n’aborde pas explicitement la PMA, l’adoption, etc. Mais par exemple, la phrase « un enfant nait de l’union des deux corps différents : de son père et de sa mère » qu’on trouvait dans les éditions précédentes a été supprimée.

Et je trouve particulièrement important de montrer aux enfants que les (futurs) pères sont aussi responsable de leurs enfants que les (futures) mères et qu’ils peuvent s’occuper de leurs enfants :

 

Enfin, le texte racontant le moment de la fécondation a été modifié. On passe de (version de 1973) :

Si une cellule de vie sort du sexe de l’homme et entre dans le sexe de la femme, si elle rencontre une cellule de vie qui attend dans le ventre de la femme, ces deux cellules de vie deviennent une seule cellule qui est un tout petit petit petit enfant !

A (version de 2018) :

Si une cellule de vie sort du sexe d’un homme et rencontre dans le sexe d’une femme une autre cellule de vie, elles peuvent créer ensemble un embryon qui deviendra, neuf mois plus tard, un enfant.

Pourquoi ces modifications ? Pour remettre en cause la vision du spermatozoïde actif alors que l’ovule attend passivement qu’on le féconde, ce qui ne correspond pas à la réalité scientifique qui est que la fécondation est « un processus auquel participent les deux parties engagées : la féminine et la masculine, dans une interaction mutuelle » mais est une vision culturelle qui montre l’homme actif et la femme passive. Parce que non, une cellule a peine fécondée n’est pas un enfant, même tout petit petit petit et que la notion d’embryon permettra par la suite d’introduire la notion d’IVG.

 

Un travail de réécriture que je trouve passionnant.

Un livre que j’ai lu souvent à mes enfants et qui a été la base de nombreuses discussions et questions (c’est comme ça que de fil en aiguille je me suis retrouvée à expliquer comment on posait un stérilet à ma fille de 3 ans 1/2). Je tiens, avec mes enfants, à ne pas user de métaphores et à leur expliquer le monde tel qu’il est. Je suis donc contente de pouvoir poser les vrais mots, de leur expliquer explicitement les choses.

Bref, si vous cherchez un livre pour aborder ce sujet avec les enfants, c’est celui-là que je vous conseille !

Parler d’égalité filles/garçons avec des CM2

J’ai eu l’occasion récemment d’intervenir dans deux classes de CM2 pour parler d’égalité filles garçons. Et j’ai eu envie de vous parler un peu de mon intervention, même si c’était une première expérience et qu’elle est largement perfectible.

J’avais demandé qu’une instit demande aux élèves de sa classe, de me dessiner « une fille et un garçon », sans plus de consigne que ça. Le but c’était de partir de leurs représentations (et j’en ai tiré plein d’enseignements).

On a démarré de deux façons différentes. Dans la première classe, je leur ai proposé d’écrire dans deux colonnes ce qui d’après eux était « pour les garçons » ou « pour les filles ». Quelques uns ont lu ce qu’ils avaient noté. Cela concernait essentiellement les tenues vestimentaires et les métiers. Ensuite, j’ai demandé : « est-ce que vous pensez que les filles peuvent faire tout ce qui est dans la colonnes « pour les garçons » et inversement ? On m’a dit oui pour presque tout. Sauf pour « porter une robe » pour les garçons et certains métiers physiques pour les filles (maçon, bucheron, forgeron).

Dans la seconde classe, je leur ai proposé certains dessins et leur ai demandé : est-ce qu’on reconnait tout de suite qui sont les filles et qui sont les garçons. Est-ce qu’on le voit du premier coup d’œil ? Comment ?

Le rose, les cheveux longs, les robes pour les filles, les couleurs plus sombres, les cheveux courts, la barbe pour les garçons.

 

J’ai ensuite demandé s’ils pensaient que ces différences étaient naturelles. Et s’ils pouvaient me donner des exemples de différences naturelles entre les hommes et les femmes. Dans une des classes, un des élèves m’a répondu que les garçons avaient les cheveux courts et les filles les cheveux longs. On a donné des contre exemples.

Et on en est venus aux différences biologiques entre les hommes et les femmes. Quelles sont elles ? Dans la première classe une fille m’a immédiatement donné l’exemple des règles, et tout a été dit naturellement. Cependant, s’ils connaissaient le mot « pénis », le mot « vulve » leur était inconnu. Dans la seconde classe, il y a eu d’abord une grosse réserve pour parler du corps. Quand j’ai demandé ce qu’avaient les femmes que les hommes n’avaient pas, une gamine a montré sa poitrine sans oser prononcer le mot « seins ». Alors que je parlais de ça, un gamin ricanait, et son copain le reprenait en disant « mais c’est pas drôle !! ». Je suis alors intervenue en disant que parfois on riait pour cacher sa gène et que ça ne me posait pas de problème que quelqu’un rie tant que ce n’était pas de la moquerie. Un garçon a dit le mot pénis. Quand j’ai demandé s’ils savaient comment s’appelait le sexe de la femme, le premier mot qui a été dit, c’est « la fleur ». Puis une des filles m’a répondu « l’utérus ». J’ai donc expliqué que l’utérus était une petite poche à l’intérieur, où un bébé pouvait se développer si la femme le voulait, et que le passage qui le reliait à l’extérieur s’appelait le vagin. A ce moment là, une petite fille a osé dire le mot vulve. C’était important à mes yeux de leur donner ce vocabulaire, des mots qui ne soient ni enfantins (zizi, zezette) ni vulgaires.

Tout ça pour arriver aux notions de sexe et de genre, même si je n’ai pas utilisé les mots :

Capture d’écran 2019-02-19 à 13.24.26Sur comment distinguer les unes des autres, j’ai expliqué qu’on pouvait regarder si c’était des différences qu’on retrouvait toujours et partout ou si c’était seulement maintenant. Je suis partie de la question de la robe/jupe et utilisé cette double page du magnifique Costumes de Joelle Jolivet (Les grandes personnes, 2013) pour expliquer que ce n’était pas depuis toujours et partout que la robe était reservée aux filles.

costumes jollivet

L’exemple de Jules César, figure connue des enfants, qui portait des jupes et était non seulement militaire mais général les a beaucoup marqué.

 

On a continué, avec la 2e classe, avec ce tableau des enfants Habert de Montmor, par Philippe de Champaigne, au milieu du XVIIe siècle, avec cette question toute simple : à votre avis, combien y’a-t-il de filles, combien y’a-t-il de garçons ?

enfants bleu:rose

La réponse fait beaucoup moins l’unanimité parmi les élèves que dans les dessins du début ! L’occasion de montrer que les codes évoluent, que contrairement à aujourd’hui, les petits garçons portent des robes et qu’on les habille en rose ! (pour info, il n’y a qu’une fille, au centre, les autres sont des garçons).

On a alors pu aborder la question des stéréotypes. On les a comparé à des cases dont la société ne voulait pas qu’on sorte.

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(la définition vient de la ligue des super féministes de Mirion Malle). Je leur ai demandé d’autres exemples. J’ai eu le garçon qui fait de l’équitation même si on lui dit que c’est un sport de filles. Un groupe de footballeuses dans la deuxième classe.

 

Je leur ai ensuite posé la question : en quoi les stéréotypes sont embêtants ?

– les moqueries sont abordées immédiatement. Nous parlons aussi de harcèlement.

– je leur parle aussi d’autocensure. De la difficulté de se projeter hors des cases quand on manque de modèles. Une des classes venait de lire le chouette garçon rose malabar de Claudine Aubrun (Syros, 2018), où le héros rêve de devenir sage-femme : lui a un modèle (un ami de ses parents fait ce métier), mais même comme ça, c’est compliqué d’assumer un choix à contre-courant !

Bien sûr, je suis bien décidée à leur lire des albums ! Je leur lis donc, pour « conclure » cette première partie, Ni poupées ni super-héros de Delphine Beauvois et Claire Cantais (la ville brûle, 2015) dont j’avais parlé ici.

ni poupée ni super héros

Dans une des classes, un garçon m’interroge sur cette page :

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L’occasion d’aborder (très rapidement) la question du consentement, d’insister sur le fait que le non de l’autre doit TOUJOURS être entendu et respecté.

Dans une des classes, j’ai modifié un peu ma présentation parce que l’instit avait déjà parlé un peu des stéréotypes, donc j’ai pu passer plus vite sur certaines parties, mais n’avait pas abordé le m’a demandé si je pouvais aborder le fait qu’on peut aimer qui on veut, parler aussi d’homosexualité. J’ai donc choisi de lire le très bel album de Cathy Ytak et Daniela Tieni, ça change tout (l’atelier du poisson soluble, 2017) dont j’ai un peu parlé ici. Etre amoureux, ça change tout. Que ce soit d’un garçon ou d’une fille, ça ne change rien.

ça change tout

 

Mais même si cette première partie sur l’importance de pouvoir se détacher des stéréotypes, que l’on soit une fille ou un garçon, est très importante, je n’en voulais pas m’arrêter à l’idée que cela pesait autant sur les garçons que sur les filles. Parce que non, les stéréotypes ne touchent pas les hommes et les femmes de la même façon dans notre société. Parce que oui, on vit dans une société inégalitaire et patriarcale (non, je ne leur ai pas dit comme ça ^^).

Dans la seconde classe, j’ai alors lu A calicochon d’Anthony Browne (Kaléidoscope, 2010, 1e édition 1987).

a calicochon

Dans cette famille, la mère s’occupe de l’intégralité des tâches ménagères pendant que son mari et ses fils glandent sur le canapé. Jusqu’au jour où elle en a marre et se casse en leur laissant ce mot « vous êtes des cochons ».

Ce livre a déclenché, comme à peu près à chaque lecture, beaucoup de réactions. Et comme à chaque fois, des gamins m’ont dit « oui moi c’est comme ça chez moi ». Ou « moi mon père il aide un peu ». D’autres au contraire soulignent qu’ils aident leur mère. Une petite fille en garde alternée soulignait que du coup son père faisait la même chose que sa mère. Un autre enfant racontait que chez lui, c’était sa mère qui rentrait tard du travail donc son père qui s’occupait des tâches ménagères.

J’ai donc dit que la répartition dépendait des familles, et dépendait de beaucoup de critères. Mais je suis revenue aux études de l’INSEE et j’ai rappelé qu’en moyenne, les femmes font 3h26 de tâches ménagères (ménage, cuisine, bricolage, courses, lessive, s’occuper des enfants) par jour, les hommes 2h. Donc elles ont moins de temps libre que les hommes pour les loisirs. 

Sautant du coq à l’âne, je leur ai demandé de me citer des présidents de la république française. Les mômes ont tout de suite vu où je voulais en venir : que des hommes. Et si on revient à l’échelon plus local… 16% des maires sont des femmes (mais c’était le cas dans les deux communes où je suis intervenue ^^). Je leur ai rappelé que le droit de votes des femmes, c’était en 1944 (un enfant connaissait la date !). Et que donc mon arrière-grand-mère accompagnait mon arrière-grand-père mais n’avait pas le droit de voter.

Troisième exemple utilisé pour montrer les inégalités hommes/femmes : la cour de récré.  Avec cette image (source) :cour de récré

Et la question : est-ce que c’est comme ça dans votre école ? Dans la première classe, l’instit, qui est aussi la directrice de l’école, explique que c’est pour ça que le foot est interdit pendant les récrés, afin de mieux partager l’espace. Bien sûr, le « mais les filles sont nulles c’est pour ça qu’elles ont pas le droit de jouer/qu’elles sont dans les cages » arrive vite. On discute, on parle de l’opportunité de s’exercer, de s’entrainer, qui permet de progresser et de mieux jouer. On parle aussi de la notion de sport d’équipe et de l’importance du jouer ensemble, au lieu de la valorisation du niveau individuel. On parle du club de foot voisin où les filles sont apparemment nombreuses mais où les entrainements ne sont pas mixtes.

De ces trois exemples, on tire la notion d’inégalité entre les hommes et les femmes. Et de la nécessité de la combattre. Et on en arrive au féminisme.

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Et je suis drôlement contente d’en être arrivée là !

 

Je me suis ensuite attaquée plus frontalement à mon sujet de prédilection : la question de la représentation.

J’avais prévu de débuter avec ce slide sur les personnages de contes et leur représentation, mais on est passé dessus beaucoup plus rapidement que ce que je pensais.

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Finalement, cet extrait de la ligue des super féministes de Mirion Malle (la ville brûle, 2019) a été plus parlant. fullsizeoutput_5d4f

Je me suis aussi appuyé sur ce livre pour parler des représentations (tout ce bouquin est très bien et cette double page est à la fois précise et accessible c’est un super boulot) :

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Et expliqué que des chercheurs, des sociologues avaient montré que les représentations avaient un impact. On a pris l’exemple d’une petite fille qui veut devenir scientifique. Quel impact si les livres, les séries ne montrent que des hommes, que les scientifiques interviewés à la télé où dans les journaux sont des hommes, que les scientifiques dont elle entend parler à l’école ne sont que des hommes ?

Il était important pour moi de ne pas être culpabilisante ou jugeante sur les choix des enfants. J’ai donc insisté grâce à cette image sur la liberté de choisir ce qu’on aime, de lire et de regarder des choses même si on a conscience que c’est stéréotypé. Que je n’étais certainement pas là pour dire aux filles de ne plus lire de livres « pour filles » et aux garçons de ne plus lire de livres « pour garçon », juste de réfléchir sur ce qu’on lit et peut être essayer d’apporter un peu plus de diversité.

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Cela donne aussi la possibilité de détourner les stéréotypes, d’en rire (j’avais à ce moment là prévu de lire la pire des princesses d’Anna Kempt et Sara Ogilvie (Milan, 2013) et parler du détournement des contes traditionnels, mais je n’ai pas pu récupérer le bouquin à temps…).

Je voulais aussi parler un peu de la notion de marketing genré. Pour cela, on est parti des collections « bibliothèque rose » et « bibliothèque verte » dont j’avais déjà parlé ici.

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Ceux qui fabriquent les livres différencient donc les livres « pour filles » et « pour garçons ». On a parlé des thèmes, des couleurs, mais aussi des positions des personnages  : les garçons sont dans l’action alors que les filles posent. Le but là encore : avoir consciences des cases, rappeler qu’on n’est jamais obligé d’y rester.

Je soulève ensuite la question des modèles, en partant de documentaires et d’une question simple : combien y’a-t-il, à votre avis, d’homme et de femmes dans chacun de ces livres ?

(respectivement 4 femmes sur 50, 16 femmes sur 100, 7 femmes sur 40 et 6 femmes sur 40)

Pourquoi c’est embêtant ?

Je reprends l’exemple de la petite fille qui voudrait être scientifique. Une gamine s’écrit alors : « mais il y a des femmes scientifiques, aussi ! » Moi : « bien sûr, est-ce que vous pouvez m’en citer ? » Tous ont cité Marie Curie. Mais personne n’a su donner d’autre noms. Je leur ai alors montré les dépliants de Maman rodarde (que vous connaissez tous, j’imagine, sinon il faut vite les découvrir !), en leur disant qu’ils allaient pouvoir en découvrir plein d’autres. J’ai regretté de ne pas avoir prévu la chouette affiche d’Elise Gravel sur le sujet.

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J’ai souligné l’importance de la diversité des modèles, pour que chacun puisse se projeter dans les livres, mais aussi découvrir des personnages et des fonctionnements différents de ceux qu’il voit au quotidien. Parlé de l’importance de voir des femmes, mais aussi des personnages racisés, des personnages handicapés, etc, dans toutes les situations.

J’ai dit qu’heureusement, il y avait une prise de conscience sur cette question ces dernières années.

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Certains ont fait le choix d’un livre présentant autant de femmes que d’hommes, et prenant soin de visibiliser les femmes dès la couverture.

D’autres ont fait le choix, pour rééquilibrer, de faire des livres avec que des femmes (j’en ai pris 3 un peu au hasard, mais je vous prépare une présentation de ces bouquins de portraits de femmes).

Je leur ai pour finir distribué une petite bibliographie que vous pourrez retrouver ici 

 

Et j’ai fini par une lecture, un de mes albums préférés, la fée sorcière de Brigitte Minne et Carll Cneut (il en existe deux éditions différentes, là j’avais la première (Pastel, 2000), mais je vous mets aussi la seconde (école des loisirs, 2017) déjà parce qu’elle est sublime même si la couverture est moins parlante, et parce que c’est l’édition qui est actuellement disponible).

 

J’ai ensuite affiché ces trois affiches d’Elise Gravel.

Et les enfants ont eu un temps libre pour regarder ces affiches, les livres de la bibliographie que j’avais apportés, les dépliants antisexistes de Maman Rodarde (les filles et les garçons) qui avaient été imprimés, discuter. Cela permettait des échanges moins formels. Dans une des classes, cela s’est fait entre eux, la plupart des enfants se sont plongés dans des bouquins. Dans l’autre, par contre, ça a été un moment de discussion à partir des dépliants. Ils ont commencé par chercher les photos de femmes à la tête rasée, parce que nous avions abordé le sujet des cheveux en début de séance, puis se sont emparés de l’ensemble des dépliants. Ça a été l’occasion de définir les mots « homosexuel », « bisexuel », « trans » et nous avons pas mal parlé de transidentité. C’est intéressant de voir que les seules images qui ont provoqué des réactions horrifiées des filles comme des garçons, ce sont les femmes avec des poils. D’ailleurs, en début de séance, lorsque j’ai parlé de différences biologiques, les poils ont été présentés comme masculins et j’avais déjà rappelé que les femmes aussi en avaient et que l’épilation était bien une pratique culturelle.

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Voilà, j’espère que ce n’est pas trop brouillon, je pensais au départ juste présenter le PPT utilisé mais je me suis rendu compte que ça n’avait pas de sens sans les commentaires, sans les réactions des enfants. Et puis même si j’avais beaucoup préparé ces interventions, je tenais aussi à laisser de l’espace pour des échanges plus libres, pour laisser dévier la conversation. On a entre autres, suite à des questions, parlé de Malala, du match de rugby féminin passé la veille à la télé, etc. Si le power point vous intéresse, n’hésitez pas à me le demander !

Ces livres qui ont attiré mon attention… #1

Très souvent, en fouinant sur un site d’éditeur ou en librairie, ou au boulot, je tombe sur un livre dont je me dis « celui-là, il faudrait que je le regarde de plus près/il faudrait que j’en parle sur le blog ». Souvent, j’en prends quelques photos à la va-vite, et j’en parle sur twitter, mais j’aimerais en garder une trace plus durable.

Alors j’ai décidé d’en faire une nouvelle série d’article ici. Je reviendrai parfois sur certains de façon plus détaillée par la suite, d’autre non (les journées n’ont que 24h, tout ça tout ça).

Je précise donc, avant de commencer, que je n’ai en général pas lu ces livres en détail. J’en ai vu la couverture, un résumé, quelques mots, ou je l’ai parcouru rapidement.. Je ne peux donc pas garantir qu’ils ne soient pas décevant. Mais je suis sûre que beaucoup seront des pépites. Si vous les avez lu, vu, en avez parlé sur votre blog, n’hésitez pas à m’en parler dans les commentaires !

 

Si vous vous intéressez à la littérature jeunesse antisexiste, vous avez sans doute remarqué la publication en français du livre d’Elena Favilli et Francesca Cavallo, histoires du soir pour filles rebelles (les Arènes, 2017).

histoires du soir pour filles rebelles

 

J’en avais déjà entendu parlé lors de sa publication en anglais, grâce à cette vidéo que je trouve très parlante, malgré sa visée publicitaire, pour montrer les stéréotypes toujours présents dans la littérature jeunesse aujourd’hui :

Il a aussi bénéficié de pas mal de presse au moment de sa publication en français, dont cet article dans Libération. Je serais très curieuse de le découvrir, en ayant entendu beaucoup beaucoup de bien et j’adhère à son ambition de «Rêvez plus grand, visez plus haut, luttez plus fort. Et, dans le doute, rappelez-vous : vous avez raison.». Je reste cependant dubitative sur son titre et ce « pour fille » genré, quand bien même elles sont rebelles, contre lequel je m’insurge dans la littérature jeunesse.

 

Un documentaire pour pré-ados et ados sur les règles, par Elise Thiébaut qui a déjà publié, pour adultes, Ceci est mon sang, Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font (la Découverte, 2017) et illustré par Mirion Malle, dont vous connaissez sans doute le blog, Commando Culotte. Et en plus, c’est publié par la ville brûle, maison d’édition engagée, qui a déjà publié de chouettes albums.

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Voilà ce qu’en dit l’éditeur !

« Les règles, les ragnagnas, les affaires ou les machins… Une fois par mois environ, les filles et les femmes entre 12 et 52 ans saignent pendant quelques jours mais on n’en parle jamais, alors même que cela concerne la moitié de l’humanité.

Les règles ont longtemps été un instrument qui a permis d’opprimer les femmes et de leur donner l’impression qu’elles étaient impures et capables de moins de choses que les hommes. Les règles sont donc un véritable enjeu féministe auquel il n’est jamais trop tôt pour s’intéresser…

Parler des règles, c’est aussi parler du patriarcat, de sexualité, de religion… Dans Les règles… quelle aventure !, Elise Thiébaut et Mirion Malle abordent le sujet avec humour, de façon décomplexée et décalé, avec de solides références culturelles, mythologiques, médicales et féministes pour piquer la curiosité et enrichir la connaissance des préados et ados, filles et garçons. »

 

Encore un documentaire, mais pour les petits cette fois, repéré par Beatrice Kammerer, Zizi et zezette de Camille Laurans et Jess Pauwels (Milan, 2017)

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Ce documentaire destiné aux 3-6 ans parle simplement des sexes aux enfants (et si le titre parle de zizi et zezette, les mots pénis et vulve sont également utilisés), et aussi d’érection, de masturbation. Béatrice Kammerer en a parlé sur son compte Facebook, et je lui emprunte ces quelques photos :

Les près de 350 commentaires qui s’accumulent sous son post Facebook montrent bien la difficulté qu’il y a encore à parler aux enfants de leur sexe.

 

Un album sur l’homoparentalité, les papas de Violette d’Emilie Chazerand et Gaelle Souppart (Gautier-Languereau, 2017).

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Violette, face aux moqueries homophobes de ses camarades de classes, parle de sa vie avec ses deux papas, de la manière dont ils prennent soin d’elle, de ce qu’elle partage avec eux. Vous pouvez en voir plus ici. Personnellement, j’ai trouvé le propos un peu trop appuyé, mais il a l’intérêt de mettre en scène des humains réalistes, et il est utile si vous cherchez un album concret et réaliste sur la question.

 

Encore un album, overdose de rose de Fanny Joly et Marianne Barcilon (Sarbacane, 2017), sur les stéréotypes de genre, et une petite fille qui grandit sous cloche, sous une avalanche de rose, surprotégée par ses parents.

overdose de rose

Madame Machin-Chose a enfin une fille, après 6 garçons. Cette fille, qu’elle appelle Rose, sera forcément douce, calme, obéissante, gentille, mignonne, choupignonne, trognonne. Rose grandit sous cloche, ravissante et bien coiffée. Jusqu’au jour où…

J’ai été surprise de voir un album antisexiste illustré par Barcilon que j’associais justement un peu aux princesses roses bonbons. Mais je l’ai trouvé, en le parcourant rapidement, plutôt chouette, et abordant beaucoup de sujets : l’éducation genrée et la prédominance du rose, mais aussi la volonté de surprotéger les filles, l’importance qu’on porte à leur apparence, etc.

 

Et enfin, avec Dur·e·s à cuire, 50 athlètes hors du commun qui ont marqué le sport (Cambourakis, 2017), dans lequel il met en avant 25 femmes et 25 hommes hors du commun, Till Lukat est, à ma connaissance, le premier à utiliser l’écriture inclusive dans le titre d’un livre pour enfants (et ça ne m’étonne pas que ce soit chez Cambourakis !). Il avait déjà publié, chez le même éditeur, Dures à cuire, 50 femmes hors du commun qui ont marqué l’histoire en 2016.

dur-e-s à cuire

Attention, un chantier n’est pas un lieu pour les femmes (vive les stéréotypes, 16)

Le magicien a un nouveau livre sur les chantiers. C’est un livre plutôt bien fait, très complet, avec des pages à déplier, des rabats, etc. Mais j’ai quand même jeté un coup d’oeil aux représentations genrées, et là, ça fait mal…

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Attention chantier d’Anne-Sophie Baumann et Vincent Mathy (Gallimard Jeunesse, septembre 2015).

Dans ce livre, donc, il y a 106 personnages, dont… 3 femmes.

Qui sont respectivement :

  • l’aide de l’architecte (l’illustration laisse penser qu’elle est une architecte à part entière, puisqu’elle dessine des plans, mais le texte qui l’accompagne est au masculin singulier, pour qu’on comprenne bien que l’Architecte avec un grand A, c’est l’homme).
  • 2 des futurs propriétaires qui visitent l’immeuble à la fin du chantier (parce qu’on achète un appartement… en couple hétérosexuel).

Il n’y a AUCUNE femme directement sur le chantier. J’aimerais dire que ce livre est une exception, mais c’est quasiment systématique dans les livres sur ce sujet… Une exception cependant, sur le chantier  de Byron Barton où on trouve des femmes comme des hommes parmi les ouvriers.

Je finirais sur une note un peu plus positive en soulignant un effort fait en revanche sur la diversité ethnique des personnages. On trouve en effet de nombreux personnages racisés, et pas seulement parmi les ouvriers, mais aussi parmi les métiers qualifiés (géomètre, architecte) et parmi les futurs propriétaires.

 

(désolée pour l’absence un peu longue, je peine à trouver du temps pour le blog en ce moment, mais j’espère revenir très vite !)

Les mots indispensables pour parler du sexisme de Jessie Magana et Alexandre Messager

J’ai déjà cité ce livre à plusieurs reprises sur le blog, en particulier dans mon article consacré aux documentaires pour adolescents chez Syros. Il était temps que je vous en parle plus en détails.

mots indispensables pour parler du sexisme

« Deux auteurs, un homme et une femme, ont échangé, déconstruit leurs représentations. L’une a du prendre de la distance, l’autre a découvert des aspects du sexisme qu’il ne soupçonnait pas. Ce livre est l’histoire d’un échange, d’un partage dans une relation d’égalité. Ce que devrait être une société sans sexisme, en somme ».

Jessie Magana est une auteure très attachée à l’égalité hommes-femmes, et a publié plusieurs ouvrages sur le sujet : Comment parler de l’égalité filles-garçons aux enfants aux éditions du Baron Perché (2014), Gisèle Halimi, non au viol dans la collection « ceux qui ont dit non » chez Actes Sud Junior (2013) ou Riposte : comment répondre à la bêtise ordinaire chez Actes Sud Junior (2014) qui apporte aux enfants des arguments contre le sexisme mais aussi contre d’autres formes de discrimination. Elle intervient aussi auprès de scolaires, de groupes : « J’envisage vraiment ces livres comme un point de départ ; ce qui m’intéresse c’est d’intervenir auprès de parents ou de professionnels, dans les classes, etc. » (source). Je l’ai trouvée très intéressante dans la super émission de radio « Ecoute ! Il y a un éléphant dans le jardin. »

Alexandre Messager est journaliste et auteur de documentaires pour la jeunesse. Il a en particulier publié, dans la même collection les mots indispensables pour parler du racisme.

Et qu’y a-t-il donc dans ce livre ?

60 noms communs ou noms propres, classés par ordre alphabétique (on commence avec Amazones pour conclure avec Zizi/zezette) qui permettent à la fois d’aborder (succinctement) l’histoire du féminisme et les défis de la société actuelle. De nombreuses illustrations (photographies, publicités, dessins…). Et surtout, pour chaque article, des renvois internes mais aussi de nombreuses références pour aller plus loin, livres, sites internet ou films. A chaque fois, une signalétique indique à quel public ils peuvent s’adresser (collège/lycée/adultes). A mes yeux, c’est une des grandes richesses de ce documentaire car il en fait un point de départ idéal pour les ados mais aussi les adultes qui veulent en savoir plus. Un seul regret peut être : alors que les auteurs citent de nombreux films de fiction, ils se limitent, pour les livres, aux documentaires et essais.

Voilà comment cela se présente :

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Vous pouvez en découvrir d’autres extraits sur le site de l’éditeur, ici.

Il est difficile de résumer ce livre, en raison même de sa forme. Mais on trouve des articles définissant les termes indispensables quand on aborde le féminisme (féminisme, stéréotypes, genre…) et d’autres consacrés à l’éducation (mere/père, jouets, rose/bleu, littérature jeunesse, manuels scolaires…), à l’inégalité hommes/femmes dans la société et le monde du travail (discrimination, harcèlement sexuel, métier…), à la culture populaire (Hip-hop, Wonder Woman…), au corps ou comment les différences biologiques sont utilisées pour justifier le sexisme (Nature, Cerveau, Utérus) et aux pressions exercées sur le corps des femmes (Beauté, jupe, kilos, seins…). Il prend soin d’être ouvert sur le monde, sans pour autant minimiser le sexisme occidental (voir en particulier l’article Égalité des sexes). Concernant les grands débats qui traversent le féminisme aujourd’hui, les différentes positions sont présentées (voir l’article ‘Prostitution » par exemple).

On revient aussi (brièvement) sur l’histoire du féminisme avec les biographies de grandes figures du féminisme : Simone de Beauvoir, Angela Davis (on y parle d’intersectionnalité entre racisme, sexisme et classisme, sans prononcer ce mot cependant), Marguerite Durand, Olympe de Gouges, Louise Michel et Virginia Woolf.

Ce livre est donc un excellent point de départ, pour prendre conscience du sexisme dans notre société, pour avoir des arguments solides et, si on souhaite aller plus loin, pour trouver de nombreuses références. Il me semble donc que c’est un excellent outil  et un très bon ouvrage de vulgarisation, destiné aussi bien aux adolescents qu’aux adultes.

Un seul article m’a posé problème, celui sur le « masculinisme » présenté comme luttant contre la misandrie et le sexisme anti-hommes, disant que seuls les extrêmes tombaient dans la stigmatisation de l’autre sexe. Pour moi l’ensemble du mouvement masculinisme est un mouvement sexiste, donc luttant contre les progrès des droits des femmes (mais si certains connaissent des associations qui évitent les excès, je suis preneuse).

Sinon, j’ai quelques mini réserves sur des points de détail. Des phrases qui auraient du, selon moi, être tournées autrement ou des petites inexactitudes. Prenons l’article « contraception » reproduit plus haut : dans l’histoire, les femmes ont toujours travaillé, malgré les grossesses. Et je ne considère pas que la pilule soit plus sûre que d’autres moyens de contraception comme le stérilet, même si effectivement son invention a changé la vie des femmes. Ou dans l’article « mère/père », l’idée de nouvelle répartition des tâches me paraît enjoliver la réalité, et il aurait été intéressant d’ajouter une phrase sur les clichés touchant les pères au foyer ou vraiment investis. Mais il faut dire qu’une ou deux pages pour aborder certains sujets, c’est très court, et j’aurais eu souvent envie de développer, de détailler, de compléter… ou résumé un peu différemment. Mais rien qui ne remet en cause la qualité de l’ensemble.

 Si vous voulez d’autres avis sur ce livre, il y a eu un article dans Ouest France. Et sur les blogs, la mare aux mots, les livres de Georges, Lireado, le bateau livre, le blog des ados de Mollat.

Les liens du moment (15 décembre 2014)

Coucou, je suis toujours vivante ! J’avoue qu’en ce moment, trouver la route du blog est un peu compliqué, entre un nouvel emploi du temps qui me laisse moins de temps libre pour le blog et une vie perso bien trop remplie. Mais j’espère quand même être plus régulière dans les temps à venir, j’ai plein d’idées d’articles en tête, et même déjà quelques uns entamés dans les brouillons.

Commençons avec ce qu’on a pu trouver sur internet comme ressources ces derniers temps.

Je vais commencer par me faire mousser un peu : ce blog fait partie du top 10 des blogs féministes de Marie-France, et j’avoue que j’étais assez fière, surtout en voyant les 9 autres blogs !

 

Mais revenons à nos moutons :

Littérature jeunesse antisexiste, analyse

Une interview de Melanie Decourt, éditrice et cofondatrice des éditions Talents Hauts, sur le blog la mare aux mots. Elle revient sur l’histoire de la maison d’édition, l’évolution de la production éditoriale depuis 10 ans, le public auquel s’adresse les livres…

Le dico des filles de chez Fleurus a encore fait parler de lui cette année… Et Clémentine Beauvais prend un peu de hauteur pour parler du documentaire jeunesse et de « l’impératif de vérité »… qui n’est qu’une illusion : « Evidemment, le livre documentaire pour la jeunesse doit informer, mais l’information, quelle qu’elle soit, n’est évidemment ni neutre ni objective et elle ne peut l’être. Le Dico en est une illustration particulièrement controversée. »

Une interview de Virginie Houadec sur le blog des vendredis intellos qui revient sur le sexisme en littérature jeunesse, et plus particulièrement sur les relations amoureuses modèles de couple et d’amoureux proposés dans les livres à destination des élèves. Celles et ceux qui veulent aller plus loin pourront consulter sa thèse sur le sujet.

Un article du soir qui souligne que les stéréotypes sexistes sont toujours présents en littérature jeunesse et qu’il est difficile de passer une Saint-Nicolas (ou Noël) loin des stéréotypes sexistes.

Un article de metronews sur l’ouverture de la littérature jeunesse a la famille non traditionnelle avec une sélection de livres.

 

Albums antisexistes

Un article de Lu cie & co sur l’histoire de Julie qui avait une ombre de garçon de Christian Bruel et Anne Bozellec dont j’ai parlé ici.

Après « on n’est pas des poupées, mon premier manifeste féministe« , voilà « on n’est pas des super héros, mon premier manifeste antisexiste » de Delphine Beauvois et Claire Cantais chez la ville brûle. On en parle dans le tiroir à histoires et la mare aux mots (même si je ne suis pas d’accord avec Gabriel sur le mot « antisexiste » à la place du mot « féministe »).

 

Education des filles et des garçons, marketing genré

Un entretien la documentariste Cécile Denjean au moment de la diffusion de son documentaire “Princesses, pop stars et girl power”, qui réfléchit « sur ce qui fonde, construit et contraint la féminité ».

Un article sur la « fabrique des garçons« , ou comment les transgressions et les difficultés scolaires des garçons « sont, le plus souvent et quelque soit leur milieu social d’origine, des conduites liées à la construction même de leur identité masculine ». Crêpe Georgette a résumé le livre de Sylvie Ayral ici.

Une présentation du nouveau plan pour l’égalité à l’école : le nouveau site est ici et Rue89 l’a comparé avec le site des ABCD de l’égalité.

Des idées d’instits pour enseigner l’égalité filles/garçons à l’école.

 

Retrouvez  les liens au fil de la semaine sur la page facebook du blog et sur twitter ! J’y suis plus régulière qu’ici en ce moment. Et bonne lecture.

Technique de séduction pour adolescentes (Vive les stéréotypes, 11)

Samedi, je suis allée faire un tour à la Fnac, chose que j’évite en général. En passant devant les présentoirs pour ados, j’ai été contente d’y trouver « les mots indispensables pour parler du sexisme » de Jessie Magana et Alexandre Messager. Et puis j’ai jeté un coup d’oeil aux titres des livres d’à côté…

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Et j’aurais pas du. Voilà quelques extraits de Comment plaire aux garçons, et surtout à l’un d’entre eux de Stephane Clerget illustré par Soledad Bravi (Limonade, 2014).

Je l’ai feuilleté très rapidement. Mais cela m’a suffi pour y relever quelques perles. On commence par un conseil donné par une fille pour plaire aux garçons :

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Un très bel exemple des injonctions contradictoires que subissent les filles et les femmes : être mince mais pas trop, intelligente mais pas trop, rigolote mais pas trop, coincée mais pas trop… Et surtout, ne pas être une « fille facile », c’est le mal.

Certes, on pourra dire que ce sont les propos d’une adolescente et pas ceux de l’auteur. Mais il n’y a pas de prise de distance avec ce témoignage. Et les propos de l’auteur ne valent parfois pas mieux. J’ai un faible pour la psychologie de la coupe de cheveux :

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Dans le genre « l’important n’est pas de découvrir ce qui te correspond le mieux mais de plaire aux garçons » « je fais de la psychologie à 2 balles » et « vive les injonctions contradictoires », ce passage est pas mal, non ?

L’auteur, Stephane Clerget, psychiatre spécialiste de l’adolescence, s’est exprimé à propos des stéréotypes filles/garçons dans le figaro. Ca vaut son pesant de cacahouètes.

Pourquoi les garçons sont meilleurs en math ? « Il y a sans doute plusieurs explications. L’imprégnation d’hormones mâles sur le fœtus influe sur le cerveau, ce qui explique les différences – certes beaucoup moins nombreuses qu’on ne l’a longtemps cru – entre le cerveau des garçons et celui des filles. Cette imprégnation hormonale favorise l’agressivité des garçons, ce qui encouragerait leur esprit cartésien. » (il n’a probablement pas entendu parler de cette expérience). « Et pourquoi les garçons jouent-ils à la guerre et pas les filles? Lorsqu’ils réalisent, vers 4 ans, qu’ils ne pourront jamais avoir un bébé dans leur ventre, qu’il ne pourront pas donner la vie, c’est un drame. Ils décident alors de donner la mort, qui est un pouvoir équivalent à celui de donner la vie. Voilà des explications psychologiques qui ne sont pas liées à l’éducation mais bien à la réalité biologique. »

 

EDIT : @SaptePupici en a fait un compte-rendu de lecture sur twitter, qu’on peut trouver ici.

Documentaires antisexistes pour ados chez Syros

Il y a quelques jours, je vous parlais de la fabrique des filles de Laure Mistral, passionnant documentaire sur l’éducation genrée. Il s’inscrit dans une collection intitulée « Femmes ! » dont j’avais envie de vous parler aujourd’hui.

La collection « Femmes ! » est construite sur le modèle de la collection « j’accuse ! », à partir de témoignages. Elle a pour but « d’amener chaque lecteur – fille, femme, garçon ou homme – à s’engager dans les grands combats pour l’égalité entre femmes et hommes ». Elle est dirigée par Philippe Godard et certains titres sont publiés en partenariat avec le mouvement français pour le planning familial (MFPF).

Dans un entretien, Sandrine Mini, directrice des éditions Syros, en parle ainsi :

Je souhaitais depuis plusieurs années développer des collections de livres qui puissent aider à lutter contre le sexisme et les discriminations de genre. (…) Nous sommes nombreux à être inquiets par la recrudescence des collections spéciales « filles » et spéciales « garçons » qui, au lieu de promouvoir la mixité, renforcent de manière scandaleuse des stéréotypes déjà trop ancrés dans les mentalités. Lorsque Elise Thiébaut et Agnès Boussuge, auteures du « J’accuse ! » sur l’excision Le pacte d’Awa, m’ont fait part de leur envie (et de l’urgence) de voir naître, enfin, une collection entièrement consacrée aux questions d’égalité entre les hommes et les femmes, il a paru évident que Syros était la maison qui pouvait et devait se lancer dans une telle entreprise. J’ai donc décidé de reprendre le nouveau modèle de « J’accuse ! » (témoignages et documents), et de publier cette série de titres sous le nom de « Femmes ! » pour qu’ils soient immédiatement identifiables. Contrairement à « J’accuse ! », les titres « Femmes » n’ont pas tous vocation à dénoncer les violations de droits humains mais ils s’attachent, en donnant matière à débat, à démontrer l’importance d’un combat pour l’égalité des sexes. Philippe Godard a accepté de prendre la direction de ces titres et nous avons confié la rédaction des deux premiers ouvrages à Elise Thiébaut et Agnès Boussuge. Il s’agit de Si j’étais présidente, Des femmes en politique et J’appelle pas ça de l’amour, La violence dans les relations amoureuses.

Parmi les titres existants, on trouve donc La fabrique des filles, en version papier ou en version numériquele droit de choisir, un livre numérique sur l’avortement en France et dans le monde. Deux titres plus anciens sont épuisés, mais sans doute trouvables en bibliothèque : si j’étais présidente, sur les femmes en politique, et j’appelle pas ça de l’amour, la violence dans les relations amoureuses. On peut y ajouter un titre de la collection « j’accuse ! » le pacte d’Awa, pour en finir avec les mutilations sexuelles, lui aussi épuisé. Il ne semble plus y avoir de publication dans cette collection.

Mais les éditions Syros viennent de publier dans une autre collection les mots indispensables pour parler du sexisme de Jessie Magana et Alexandre Messager. Il s’agit là encore d’un documentaire pour les ados et les adultes. Il est décrit ainsi sur le site de l’éditeur :

Le sexisme est plus que jamais d’actualité. Même si notre société a évolué, l’égalité entre les hommes et les femmes, entre les filles et les garçons, est loin d’être réalisée. Nous sommes encore prisonniers de nos clichés, de nos stéréotypes sexistes. Ils peuvent avoir de lourdes conséquences et nous empêchent de nous réaliser pleinement. Parler du sexisme, c’est tenter de le comprendre pour mieux le combattre. Tel est l’objectif de ce livre, qui, sous la forme d’un abécédaire en 60 mots, décrypte tous les aspects du sexisme, passés et présents : de « Amazones » à « Zizi/Zézette », en passant par « Beauté », « Égalité des sexes », « Foot », « Manuels scolaires », « Violences »…

mots indispensables pour parler du sexisme

Je n’ai pas encore eu l’occasion de le lire, j’espère que ça sera le cas rapidement, mais j’en ai entendu beaucoup de bien et les extraits que j’ai lus ici (merci Syros pour les extraits en ligne) m’ont semblé très prometteurs. Si vous voulez en savoir plus, il y a eu un article dans Ouest France. Et sur les blogs, la mare aux mots, les livres de Georges, Lireado, le bateau livre, le blog des ados de Mollat.

Les auteurs ont été invités dans l’émission « Tous les chats sont gris » sur France inter. Jessie Magana, auteure engagée, a publié de nombreux livres autour des droits des femmes (Comment parler de l’égalité filles-garçons aux enfants, Riposte ! comment répondre à la bêtise ordinaireGisèle Halimi non au viol !…). Elle a été l’invitée de l’émission « Ecoute, il y a un éléphant dans le jardin » du 14 mai (que j’avais déjà mis dans ma sélection de liens du 25 mai) et elle est super à écouter. On trouve également un entretien avec elle ici.

La fabrique des filles de Laure Mistral

La fabrique des filles est un documentaire de Laure Mistral à destination des adolescents qui a pour sous-titre « Comment se reproduisent les stéréotypes et les discriminations sexuelles ».

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Ce livre  s’ouvre par une partie « témoignages ». On y trouve des entretiens avec 4 adolescentes de 14 à 18 ans à propos de la féminité, de la différence fille/garçon, de l’avenir… Il s’agit là de filles qui ne sont pas forcément militantes ni même féministes, mais qui s’interrogent sur le sujet. Il est intéressant de noter que ce qu’elles soulignent le plus, quand on parle de différence entre les filles et les garçons, c’est la plus grande liberté qu’on laisse aux garçons par rapport à elles. On trouve ensuite des entretiens avec des femmes plus âgée : une femme d’une trentaine d’année qui aborde la maternité, l’éducation des enfants et la conciliation vie familiale / vie professionnelle et une femme d’une cinquantaine d’années qui revient sur l’évolution ces dernières années et qui considère qu’on est en pleine régression.

On trouve ensuite 70 pages de « dossier » qui vont démontrer de manière systématique qu’on éduque différemment les filles et les garçons et qu’on fabrique ainsi des différences entre les sexes. Ce dossier est divisé en 7 parties :

  • la fabrique scientifique des filles. On s’intéresse alors au cerveau, on parle de plasticité cérébrale (le cerveau se développe en fonction du vécu et des expériences de l’individu), au rôle (surévalué) des hormones, au mythe de l’instinct maternel.
  • la fabrique familiale des filles, ou comment les parents interprètent différemment les comportements de leur bébé selon son sexe puis éduquent différemment filles et garçons.
  • la fabrique médiatique des filles : « on aurait pu penser que la multiplication des images et des supports permettrait la diffusion d’une plus grande diversité de représentations, de modèles ou de rêves. Or il semblerait au contraire qu’ils renforcent une vision très stéréotypée des sexes et que, si leurs messages sont parfois contradictoires, ils ne s’annulent pas mais au contraire se cumulent pour imposer aux filles une image toujours plus contraignante : il faut être à la fois sage et sexy, drôle mais discrète, à la mode mais sans ostentation, battante mais réaliste… »
  • la fabrique scolaire des filles s’intéresse aux différences de traitement entre filles et garçons au sein d’une classe, au mythe selon lequel les garçons sont matheux et les filles littéraires, à l’orientation et aux études…
  • la fabrique professionnelle : la séparation entre métiers « féminins » et métiers « masculins », le plafond de verre, l’inégalité salariale, les temps partiels imposés…
  • la fabrique politique : la sous-représentation des femmes dans le monde politique et le machisme de ce milieu, mais aussi les femmes dans les syndicats ou les associations
  • la fabrique sociale des filles : la violence faite aux femmes, les religions patriarcales…

On trouve ensuite une partie « entretiens » :

  • un entretien avec Catherine Monnot, anthropologue, à propos de la préadolescence et de l’adolescence face aux médias
  • un entretien avec Christine Bard, historienne, à propos, entre autres, de la séduction, des vêtements et de la situation du féminisme dans la France contemporaine
  • un entretien avec Marie Duru-Bellat, sociologue spécialiste de l’école
  • un entretien avec Françoise Héritier, anthropologue

Enfin, une partie « ressources » propose une bibliographie, une filmographie et la présentation brève de quelques associations féministes.

 

J’ai vraiment trouvé cet ouvrage passionnant et très utile. On pense bien sûr à Du côté des petites filles d’Elena Belotti, mais en beaucoup plus accessible et avec des données actualisées.

Si j’avoue être passée un peu rapidement sur la partie « témoignages », j’ai vraiment apprécié la partie « dossier » qui analyse les différents aspects de la question tout en montrant bien qu’ils sont interconnectés. La démonstration est limpide, se lit très facilement, mais s’appuie sur de nombreuses études. J’ai vraiment apprécié que les exemples soient nombreux, concrets et chiffrés. On y apprend par exemple que si les femmes représentent 57% des employées de la fonction publique, elles ne sont plus que 13,4 % dans les emplois de direction ou d’inspection. Que pour un même emploi, les femmes sont surdiplômées par rapport aux hommes. Que les femmes consacrent deux fois plus de temps par semaine que les hommes aux tâches ménagères et que cette inégalité s’accentue avec l’arrivée des enfants. Que lorsqu’on interroge les parents sur les futurs métiers de leurs enfants, ils souhaitent des horaires souples pour leur filles dans 44% des cas mais seulement dans 19% des cas pour leur fils. Que si l’on s’intéresse aux enseignants, on constate que plus de 80% des enseignants du primaires sont des femmes, elles sont 57% dans les collèges et les lycées et plus que 37% dans l’enseignement supérieur. On peut parfois déplorer des affirmations un peu rapides, mais le sujet est tellement vaste que je le trouve bien synthétisé !

Les entretiens permettent à des chercheuses de vulgariser leurs propres recherches mais aussi à ces femmes engagées de présenter leur réflexion sur la société actuelle. C’est la partie où j’ai appris le plus de choses.

Ce livre s’adresse aux adolescents, mais il me semble parfaitement adapté pour des adultes qui souhaitent une première approche du sujet ou avoir des arguments chiffrés et sourcés. Il faudrait le faire lire à tous les parents qui disent « mais non, maintenant on élève tous les enfants de la même façon » et qui ensuite offrent une poupée à leur fille et une voiture à leur fils.

Il serait vraiment intéressant d’avoir bientôt une « fabrique des garçons », qui n’apparaissent qu’en creux ici.

 

Vous pouvez feuilleter ce livre ici et en découvrir de nombreux passages, et Radicale le présente . Il existe en format papier (13,50 euros), mais aussi en livre numérique (9,49 euros) que vous pouvez acheter ici.

Et moi, très vite, je vous prépare une présentation de la collection « Femmes ! » de chez Syros dans laquelle cet ouvrage s’inscrit.

Une policière, une chercheuse : oui, une fille peut exercer le métier qu’elle veut (on progresse, 6)

Dans la littérature jeunesse, la représentation du travail est souvent très stéréotypée. Très souvent, le père travaille, la mère s’occupe des enfants. Quand une femme travaille, c’est presque toujours dans les métiers de l’enseignement, du soin et du service.

Dans les documentaires, les représentations sont souvent similaires : on trouve des maîtresses, des vendeuses, des policiers et des pompiers.

Heureusement, certains livres proposent un peu de variété. J’avais déjà montré une mécanicienne chez Byron Barton, dans Quel est ton métier ? 50 devinettes animées de Pronto et Justine de Lagausie (Seuil, 2013), on trouve une policière et une chercheuse :

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Il ne s’agit pas ici d’inversion systématique, puisque la plupart des métiers présentent un représentant du sexe attendu (le mécanicien, l’institutrice, l’infirmière), juste de rappeler, au passage, qu’hommes et femmes peuvent exercer tous les métiers et de montrer un peu de diversité.

Dans une société ou seuls 17 % des métiers sont mixtes, c’est-à-dire comportent entre 40 et 60% d’hommes et de femmes (statistique découverte chez Sophie Gourion), c’est quelque chose qu’il me semble indispensable de montrer.

Et j’ai donc aussi envie de vous citer le livre de Catherine Dufour, le guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses (que je n’ai pas lu) présenté par Maia Mazaurette ici et de vous dire de regarder cette vidéo où Catherine Dufour en parle.