Mois: juillet 2014

Fleurus, les filles et les garçons (vive les stéréotypes, 14)

Oui, ça commence à devenir un peu facile de taper sur les collections « P’tite fille »  et « P’tit garçon » de chez Fleurus, mais je suis tombée sur cette analyse intéressante de PopyGali sur twitter (son blog est ).

fleurus garçons : filles

J’en profite pour vous mettre l’article de Superchouette sur cette collection (et pour rappeler que ce blog propose un tag Supergirl pour de chouettes livres qui sortent des stéréotypes).

Et parce qu’avec Fleurus, on n’est jamais déçus niveau stéréotypes, passons au dessin « pour filles » et « pour garçons » (repéré par SaptePupici) :

j'apprends a dessiner garçons

« Des thèmes qui reflètent le goût des garçons pour l’action et l’aventure ! Une compilation de quatre titres : les sports, les dinosaures, les pompiers et les pirates » (présentation de l’éditeur)

j'apprends à dessiner filles

« Une compilation de 4 titres qui enchantent les jeunes dessinatrices : La danse, chevaux et poney, les bébés animaux, les fleurs. 36 modèles pour dessiner ses sujets préférés à partir des formes simples indiquées et les associer : une danseuse étoile et son bouquet de roses, un petit lapin dans un champs de pâquerettes, un cheval et sa cavalière… » (présentation de l’éditeur)

Ca se passe de commentaires, non ?

Les liens de la semaine (27 juillet 2014)

Un moment que je n’avais pas pris le temps de réunir des liens ici… Mais me revoilà avec de la lecture !

– Sur le blog de l’institut Egaligone, une étudiante en psychologie raconte son stage en MJC « pour plus d’égalité via les albums jeunesse » et propose un livret intitulé « l’égalité filles/garçons et les albums jeunesse » :

Ce livret sert donc à montrer ce qui est en jeu dans les albums jeunesse, comment certaines différences entre filles et garçons peuvent passer pour naturelles, alors que construites dans le livre et par la société, comment les personnages/histoires ne sont pas similaires selon le sexe du personnage. C’est donc une vision critique – sans être négative – des livres dédiés aux enfants et jeunes, afin que ceux-ci et celles-ci soient moins exposé.e.s aux stéréotypes ou à des contraintes en raison de leur sexe, mais justement qu’ils et elles puissent faire des choix de la manière la plus libre et autonome possible, de les éclairer sur les questions d’égalité.

Elle propose également une analyse de plusieurs albums jeunesse, comme Suzanne est à la hauteur de Fred L. (Talents hauts, 2011), 65 millions de français de Stéphanie Duval & Sandra Laboucanie (Bayard, 2012), La petite casserole d’Anatole d’Isabelle Carrier (Bilboquet-Valbert, 2009)…

– Un article de 2009 sur l’édition genrée, où on constate que les choses n’ont pas vraiment changé ces dernières années…

livres filles:garçons

(Quand même Gallimard s’y met…)

– Un article des cahiers pédagogiques sur « C’est quoi être une fille ? C’est quoi être un garçon ? » de Stephane Clerget et Florence Lotthé-Glaser (Bayard, 2014). Rappelons que Stephane Clerget est également auteur de « Comment plaire aux filles » et « Comment plaire aux garçons » qui m’avaient fait dresser les cheveux sur la tête il y a quelques temps

Et parmi les présentations et analyses de livres pour enfants, citons un article de la mare aux mots sur le chouette livre d’Alice Brière-Haquet et Lionel Larchevèque, la princesse qui n’aimait pas les princes (Actes Sud Junior, 2010) et un article de Delivrer des livres sur Riposte : comment répondre à la bêtise ordinaire de Jessie Magana et Alain Pilon (Actes Sud Junior, 2014).

C’est génial d’être une fille… et c’est très très caricatural ! (Vive les stéréotypes, 13)

Il y a peu à la bibliothèque, un charmant monsieur est venu nous donner plusieurs cartons de livres. A l’intérieur, plein de livres super, d’autres moins bien, et surtout le livre le plus naze que j’ai jamais vu. J’ai nommé C’est génial d’être une fille, un livre pas cochon de Bob Elsdale (Fetjaine, 2008, heureusement épuisé).

génial d'être une fille elsdale

Ce livre présente donc la vie des filles, et les filles sont représentées par des cochonnes. Oui oui. Avec des jeux de mots pourri sur le fait que c’est « un livre cochon ».

L’auteur commence dans son introduction par expliquer que « il fut un temps où c’était dur pour nous, les filles, d’être traitées comme des êtres humains normaux ». Mais ensuite, il y a eu « la guerre des sexes » (sic) et « ce fut le début de l’âge de la femme » (re-sic). Désormais, « le monde nous appartient » « cela dit, le shopping reste notre sport préféré et les boutiques du monde entier notre terrain de jeu. Quant aux hommes, les pauvres chéris, ils se battent pour être comme nous » « Oui, c’est génial d’être une fille ».

Après cette introduction où un homme utilise la première personne du pluriel pour désigner les femmes, nous entrons dans un univers rose bonbon qui explique qu’être une fille c’est génial en alignant tous les clichés qu’on puisse imaginer. Ainsi, les filles font du shopping, échangent des potins et papotent (mais n’ont pas de conversation sérieuses), se chouchoutent (en se maquillant et se parfumant), appellent âme soeur. Et quand elles s’accordent « des petits excès » (mangent des gâteaux), elles font du sport pour éliminer et se pèsent.

En image, ça donne quoi ? (j’aurais pu photographier toutes les pages, aussi caricaturales les unes que les autres)

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(oui, ça fait mal aux yeux).

Le seul moment où une fille s’empare d’une activité considérée comme masculine (le bricolage), elle le fait « avec beaucoup plus d’élégance » et en rose bonbon :

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Et le livre s’achève en sous-entendant que le meilleur atout d’une fille… ce sont ses fesses !

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Franchement, je n’imaginais même pas qu’un livre comme ça puisse exister !

Et maintenant, j’ai un problème. Ce livre, j’en fait quoi ?

On peut jouer au foot tous ensemble (on progresse, 8)

J’ai parlé récemment de foot dans les albums jeunesse, en présentant un chouette album sur une fille qui veut faire du foot et se retrouve la seule fille dans une équipe de garçons et en m’agaçant face aux stéréotypes ordinaires qui font que dans une très grande majorité des albums jeunesse, seuls les garçons jouent au foot. Et ce matin, à la librairie, je suis tombée sur ce livre :

mimi joue au foot

Lucy Cousins, Mimi joue au foot (Albin Michel Jeunesse, 2014)

Mimi est une héroïne d’une (longue) série d’albums pour enfants où on découvre la vie quotidienne d’une petite souris blanche avec ses amis (et dont j’avoue, en règle générale, ne pas être fan…). Elle rencontre un grand succès auprès des enfants, et il me semble que ses livres sont lus par des enfants des 2 sexes, ce qui est rare pour des séries qui portent le nom d’une héroïne.

Ce livre, sorti peu avant la coupe du monde de foot raconte un match de foot entre amis. Mimi commence par enfiler ses habits de footballeuse et retrouve ses amis pour jouer. Les équipes sont mixtes, les filles jouent aussi bien que les garçons. On remarque que deux filles sont représentées sur la couverture, et un garçon. La place des filles dans le foot n’est absolument pas le sujet, il n’y a ni conflit ni discussion sur la place des filles, on assiste juste à un jeu entre amis. Et ça fait du bien !

L’auteure insiste aussi sur le fait que l’important c’est de jouer, de s’amuser, pas de gagner (le match se conclut par un match nul).

Je l’ai parcouru plutôt rapidement, donc j’espère que je n’ai rien raté, mais je l’ai trouvé très sympa, et une bonne conclusion à cette petite série d’articles. Qui montre qu’on peut s’éloigner des stéréotypes sans forcément faire un livre militant.

Et pour finir, un petit article (un peu ancien) sur les filles et le foot dans les livres jeunesse.

Stéréotypes ordinaires : les mamans s’occupent des enfants, les garçons jouent au foot… (vive les stéréotypes, 12)

Parmi les albums sexistes, il y a le plus visible : les collections « pour filles » avec du rose et des paillettes et « pour garçons » avec des chevaliers et des tracteurs. Mais surtout, il y a dans la plupart des publications à destination de la jeunesse des stéréotypes moins ostensibles, qui peuvent même passer inaperçus si l’on n’y prête pas attention. Pourtant, à mes yeux, c’est à eux qu’il faut particulièrement faire attention, parce qu’ils finissent pas paraître naturels.

Des exemples tirés de Petit Ours Brun et son copain de Marie Aubinais et Danièle Bour publié (Popi, numéro de mars 2014) et Canaille fête son anniversaire de Jean Leroy et Emile Jadoul (Casterman, 2013).

Dans les deux cas, on assiste à des jeux d’enfants.

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Les garçons déguisés en chevalier et en pirate, la fille en princesse (robe rose + grandes tresses). Et devinez ce que le copain de Canaille lui offre à son anniversaire ? Un ballon de football ! Bien sûr, les deux garçons aiment le foot alors que la petite fille n’aime pas ça :

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Mais Cannelle va réussir à les forcer à jouer à la dinette. En effet, elle vient au secours de son frère, mais pas grâce à ses talents, juste grâce à ses (faux) cheveux.

Dans Petit Ours Brun aussi, les garçons aiment le foot :

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Activités de garçons d’un côté, activités de filles de l’autre…

Et devinez qui s’occupe des enfants ? « Maman » bien sûr ! Et une maman très attentionnée qui apporte à manger dans Canaille fête son anniversaire

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… et soigne les bobos dans petit ours brun :

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Bien sûr, elle porte une robe.

Et malheureusement ce type de représentation n’est pas une exception, mais est fortement majoritaire dans la littérature jeunesse, comme le montrent les analyses des représentations hommes/femmes dans la littérature jeunesse. Comme le montre Carole Brugeilles ici, les mères sont bien plus présentes que les pères auprès des enfants dans les albums jeunesse et que quand une femme adulte est représentée dans un album jeunesse, elle est mère dans 80% des cas (alors qu’un homme n’est père que dans un album sur 3).

Les liens de la semaine (6 juillet 2014)

Cette semaine, j’ai fait un article consacré aux ABCD de l’égalité en réunissant les nombreux liens sur le sujet.

A part ça, un article sur Poka et Mine, le football de Kitty Crowther dont je parlais moi aussi il y a peu.

Madame Sioux parle sur son blog d’éducation non genrée et participe à une émission de radio sur le sujet où elle pousse un coup de gueule contre la collection Petit garçon / Petite fille chez Fleurus et parle du super livre Contre les jouets sexistes.

Un article sur le sexe et le genre des animaux dans les dessins animés sur le blog du c@fé des sciences, où l’auteur montre que le héros est toujours un homme, même quand il s’agit normalement d’un animal femelle (via Mme Déjantée).

Un article intitulé Que lisent (vraiment) vos enfants ? qui indiquent que les enfants aiment les livres qui se moquent du monde qui les entoure, qui les pousse à s’interroger, qui remet en cause les archétypes. Même s’il n’aborde pas à proprement parler les stéréotypes filles/garçons, il me semble que beaucoup d’albums qui luttent contre les stéréotypes peuvent rentrer dans cette description.

Retrouvez  les liens au fil de la semaine sur la page facebook du blog et sur twitter ! Bonne lecture.

Education à l’égalité filles-garçons à l’école : fin des ABCD de l’égalité, et après ?

Depuis 3 semaines, je donne dans les liens de la semaine des nouvelles des ABCD de l’égalité. Mais avec les annonces de Benoît Hamon lundi et le rapport d’évaluation des ABCD de l’égalité, les articles et les réactions se sont multipliées, et je me suis dit que j’allais réunir les liens vers les articles en question et les commenter ici.

 

D’abord, pourquoi est-ce que je parle des ABCD de l’égalité sur ce blog consacré à la littérature jeunesse ? Parce que leur site est plein de ressources intéressantes concernant l’éducation non genrée et les représentations, les stéréotypes, etc, et que ces ressources sont importantes pour comprendre l’utilité d’une littérature jeunesse antisexiste et pour analyser la production éditoriale. Et puis parce que beaucoup des séquences proposées s’appuient sur des albums jeunesse, et que parmi les ressources des ABCD, on trouve de nombreuses sélections de livres antisexistes, en particulier les deux bibliographies de l’atelier des merveilles.

Parlons d’abord du rapport d’évaluation des ABCD de l’égalité. Est-ce que ça marche ? Benoît Hamon affirme lui-même que le bilan est positif (source). On peut consulter le rapport entier ici. Les formations prévues ont bien été mises en place, et il y a eu des réalisations, même si elles ont été relativement modestes en raison du temps de mise en place et des polémiques qui ont perturbé une partie des personnels engagés. Le rapport insiste sur la « violence symbolique pour les enseignant(e)s qu’ont constituée ces journées ainsi que les polémiques persistantes autour de ce que l’école est accusée de mettre en œuvre dans cette expérimentation.  » La conclusion du rapport :

En matière de préconisations, non seulement il ne peut être proposé de renoncer au projet, il s’agit même de l’amplifier, mais en en faisant évoluer les modalités. L’égalité des droits entre les filles et les garçons ne peut pas relever d’un « dispositif » que les professeur(e)s auraient la faculté de choisir ou de rejeter.

Une analyse de ce rapport sur un blog du Monde. Le figaro parle de « bilan très mitigé » en soulignant tous les points négatifs.

 

Mais le 30 juin, Benoît Hamon et Najat Vallaud-Belkacem ont annoncé la suppression des ABCD de l’égalité en tant que tel, leur justification étant que cette expression était attachée à l’expérimentation. Ils ont présenté leur nouveau plan d’action : une formation à l’égalité dans la formation initiale des enseignants et pouvant être demandée en formation continue par les enseignants déjà en poste et une « mallette pédagogique (…) accessible en ligne (qui) permettra à tous les enseignants de transmettre la valeur d’égalité lors des différents temps de classe, sur la base des modules des ABCD évalués par l’inspection générale comme étant les plus pertinents ». Ce plan a été présenté dans un entretien des deux ministres publié dans le parisien.

Si personnellement je me réjouis d’une systématisation de la formation à l’égalité fille-garçon, car je suis persuadée que nous véhiculons à notre insu de nombreux stéréotypes, et qu’il est prouvé que dans les classes, les enseignants se conduisent différemment avec les filles et les garçons (ce qui met des bâtons dans les roues des enfants des deux sexes), le fait de faire de l’enseignement de l’égalité aux enfants une option, une « mallette » facultative, c’est contre-productif. Cela n’a rien à voir avec inscrire fortement une formation à l’égalité dans les programmes scolaires. Et concernant la mallette, je suis assez d’accord avec ces deux tweets :

C’est ce que dit aussi Daniel Schneidermann sur @rrêt sur image.

Voilà une présentation du nouveau projet du gouvernement en vidéo. Et un article des nouvelles news. Et un article très complet sur Madmoizelle.

Et voici le document présenté par le gouvernement :

Plan d'action égalité filles garçons

 

Les réactions face à ces annonces ont été très nombreuses.

Tous les médias soulignent le recul avec l’abandon du terme ABCD et le recul par rapport à l’ambition affichée. Le monde parle d’un « plan d’action qui cache un recul« , Slate de « gâcher une idée intéressante« … Le point réunit les réactions des éditorialistes.

Martine Storti, inspectrice de l’éducation nationale, fait de l’abandon des ABCD de l’égalité de « symbole de l’abdication idéologique de la gauche« .

On trouve également des réactions de politiques, en colère ou satisfait selon leurs convictions. Esther Benbassa, sénatrice EELV est « déçue qu’on ait reculé devant l’extrême droite« . Le PCF parle d’une « reculade piteuse« . Guaino se félicite de l’abandon des ABCD (et affirme que les sexistes c’est par nous, c’est les immigrés des quartiers). Le figaro recense les réactions (mécontentes) de fédérations de parents d’élèves et de syndicats.

Osez le féminisme, qui avait demandé la généralisation des ABCD il y a quelques temps, réagit vivement. La ligue des droits de l’homme publie également une tribune.

Chez les gens opposés à la « théorie du gender », il y a d’abord eu autocongratulation. Ainsi, cet article se réjouit que « la France renonce au lavage de cerveau » (et affirme que « Quant aux hommes, s’ils n’ont pas envie de faire plus de tâche ménagères, il n’y a aucune raison de les y contraindre. ») (cet article bien gerbant est publié sur le site d’une fondation « reconnue d’utilité publique » !).

Et Farida Belghoul ou Alain Soral se réjouissent :

belghoul

Plus de détails ici. Marie Donzel souligne ce qu’implique la fin des ABCD de l’égalité par rapport aux « anti-genre » :

L’exemple est donné : dites n’importe quoi, calomniez, agitez des spectres terrifiants puis mettez la main sur quelques intellectuel-les prêt-es à apposer un sceau de légitimité sur tout ou partie du propos, et c’est gagné. Désinformer paye, la preuve par l’abandon des ABCD de l’égalité.

Mais désormais, les « anti-genre » soulignent majoritairement que le gouvernement veut continuer à « rééduquer le peuple » (source, mais vous sentez pas obligés de lire) et Christine Boutin affirme « ils nous prennent pour des c… ». Ils vont donc vouloir que le gouvernement recule encore plus.

(et pour une analyse plus précise des mouvements anti-genres et des réponses à leur apporter, cet article par la créatrice du blog ça fait genre !).

En voulant ménager la chèvre et le choux, en renonçant a affirmer publiquement un ancrage dans une politique de gauche, le gouvernement a réussi à mécontenter tout le monde sur cette question.