Romans

Parler d’égalité filles/garçons avec des CM2

J’ai eu l’occasion récemment d’intervenir dans deux classes de CM2 pour parler d’égalité filles garçons. Et j’ai eu envie de vous parler un peu de mon intervention, même si c’était une première expérience et qu’elle est largement perfectible.

J’avais demandé qu’une instit demande aux élèves de sa classe, de me dessiner « une fille et un garçon », sans plus de consigne que ça. Le but c’était de partir de leurs représentations (et j’en ai tiré plein d’enseignements).

On a démarré de deux façons différentes. Dans la première classe, je leur ai proposé d’écrire dans deux colonnes ce qui d’après eux était « pour les garçons » ou « pour les filles ». Quelques uns ont lu ce qu’ils avaient noté. Cela concernait essentiellement les tenues vestimentaires et les métiers. Ensuite, j’ai demandé : « est-ce que vous pensez que les filles peuvent faire tout ce qui est dans la colonnes « pour les garçons » et inversement ? On m’a dit oui pour presque tout. Sauf pour « porter une robe » pour les garçons et certains métiers physiques pour les filles (maçon, bucheron, forgeron).

Dans la seconde classe, je leur ai proposé certains dessins et leur ai demandé : est-ce qu’on reconnait tout de suite qui sont les filles et qui sont les garçons. Est-ce qu’on le voit du premier coup d’œil ? Comment ?

Le rose, les cheveux longs, les robes pour les filles, les couleurs plus sombres, les cheveux courts, la barbe pour les garçons.

 

J’ai ensuite demandé s’ils pensaient que ces différences étaient naturelles. Et s’ils pouvaient me donner des exemples de différences naturelles entre les hommes et les femmes. Dans une des classes, un des élèves m’a répondu que les garçons avaient les cheveux courts et les filles les cheveux longs. On a donné des contre exemples.

Et on en est venus aux différences biologiques entre les hommes et les femmes. Quelles sont elles ? Dans la première classe une fille m’a immédiatement donné l’exemple des règles, et tout a été dit naturellement. Cependant, s’ils connaissaient le mot « pénis », le mot « vulve » leur était inconnu. Dans la seconde classe, il y a eu d’abord une grosse réserve pour parler du corps. Quand j’ai demandé ce qu’avaient les femmes que les hommes n’avaient pas, une gamine a montré sa poitrine sans oser prononcer le mot « seins ». Alors que je parlais de ça, un gamin ricanait, et son copain le reprenait en disant « mais c’est pas drôle !! ». Je suis alors intervenue en disant que parfois on riait pour cacher sa gène et que ça ne me posait pas de problème que quelqu’un rie tant que ce n’était pas de la moquerie. Un garçon a dit le mot pénis. Quand j’ai demandé s’ils savaient comment s’appelait le sexe de la femme, le premier mot qui a été dit, c’est « la fleur ». Puis une des filles m’a répondu « l’utérus ». J’ai donc expliqué que l’utérus était une petite poche à l’intérieur, où un bébé pouvait se développer si la femme le voulait, et que le passage qui le reliait à l’extérieur s’appelait le vagin. A ce moment là, une petite fille a osé dire le mot vulve. C’était important à mes yeux de leur donner ce vocabulaire, des mots qui ne soient ni enfantins (zizi, zezette) ni vulgaires.

Tout ça pour arriver aux notions de sexe et de genre, même si je n’ai pas utilisé les mots :

Capture d’écran 2019-02-19 à 13.24.26Sur comment distinguer les unes des autres, j’ai expliqué qu’on pouvait regarder si c’était des différences qu’on retrouvait toujours et partout ou si c’était seulement maintenant. Je suis partie de la question de la robe/jupe et utilisé cette double page du magnifique Costumes de Joelle Jolivet (Les grandes personnes, 2013) pour expliquer que ce n’était pas depuis toujours et partout que la robe était reservée aux filles.

costumes jollivet

L’exemple de Jules César, figure connue des enfants, qui portait des jupes et était non seulement militaire mais général les a beaucoup marqué.

 

On a continué, avec la 2e classe, avec ce tableau des enfants Habert de Montmor, par Philippe de Champaigne, au milieu du XVIIe siècle, avec cette question toute simple : à votre avis, combien y’a-t-il de filles, combien y’a-t-il de garçons ?

enfants bleu:rose

La réponse fait beaucoup moins l’unanimité parmi les élèves que dans les dessins du début ! L’occasion de montrer que les codes évoluent, que contrairement à aujourd’hui, les petits garçons portent des robes et qu’on les habille en rose ! (pour info, il n’y a qu’une fille, au centre, les autres sont des garçons).

On a alors pu aborder la question des stéréotypes. On les a comparé à des cases dont la société ne voulait pas qu’on sorte.

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(la définition vient de la ligue des super féministes de Mirion Malle). Je leur ai demandé d’autres exemples. J’ai eu le garçon qui fait de l’équitation même si on lui dit que c’est un sport de filles. Un groupe de footballeuses dans la deuxième classe.

 

Je leur ai ensuite posé la question : en quoi les stéréotypes sont embêtants ?

– les moqueries sont abordées immédiatement. Nous parlons aussi de harcèlement.

– je leur parle aussi d’autocensure. De la difficulté de se projeter hors des cases quand on manque de modèles. Une des classes venait de lire le chouette garçon rose malabar de Claudine Aubrun (Syros, 2018), où le héros rêve de devenir sage-femme : lui a un modèle (un ami de ses parents fait ce métier), mais même comme ça, c’est compliqué d’assumer un choix à contre-courant !

Bien sûr, je suis bien décidée à leur lire des albums ! Je leur lis donc, pour « conclure » cette première partie, Ni poupées ni super-héros de Delphine Beauvois et Claire Cantais (la ville brûle, 2015) dont j’avais parlé ici.

ni poupée ni super héros

Dans une des classes, un garçon m’interroge sur cette page :

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L’occasion d’aborder (très rapidement) la question du consentement, d’insister sur le fait que le non de l’autre doit TOUJOURS être entendu et respecté.

Dans une des classes, j’ai modifié un peu ma présentation parce que l’instit avait déjà parlé un peu des stéréotypes, donc j’ai pu passer plus vite sur certaines parties, mais n’avait pas abordé le m’a demandé si je pouvais aborder le fait qu’on peut aimer qui on veut, parler aussi d’homosexualité. J’ai donc choisi de lire le très bel album de Cathy Ytak et Daniela Tieni, ça change tout (l’atelier du poisson soluble, 2017) dont j’ai un peu parlé ici. Etre amoureux, ça change tout. Que ce soit d’un garçon ou d’une fille, ça ne change rien.

ça change tout

 

Mais même si cette première partie sur l’importance de pouvoir se détacher des stéréotypes, que l’on soit une fille ou un garçon, est très importante, je n’en voulais pas m’arrêter à l’idée que cela pesait autant sur les garçons que sur les filles. Parce que non, les stéréotypes ne touchent pas les hommes et les femmes de la même façon dans notre société. Parce que oui, on vit dans une société inégalitaire et patriarcale (non, je ne leur ai pas dit comme ça ^^).

Dans la seconde classe, j’ai alors lu A calicochon d’Anthony Browne (Kaléidoscope, 2010, 1e édition 1987).

a calicochon

Dans cette famille, la mère s’occupe de l’intégralité des tâches ménagères pendant que son mari et ses fils glandent sur le canapé. Jusqu’au jour où elle en a marre et se casse en leur laissant ce mot « vous êtes des cochons ».

Ce livre a déclenché, comme à peu près à chaque lecture, beaucoup de réactions. Et comme à chaque fois, des gamins m’ont dit « oui moi c’est comme ça chez moi ». Ou « moi mon père il aide un peu ». D’autres au contraire soulignent qu’ils aident leur mère. Une petite fille en garde alternée soulignait que du coup son père faisait la même chose que sa mère. Un autre enfant racontait que chez lui, c’était sa mère qui rentrait tard du travail donc son père qui s’occupait des tâches ménagères.

J’ai donc dit que la répartition dépendait des familles, et dépendait de beaucoup de critères. Mais je suis revenue aux études de l’INSEE et j’ai rappelé qu’en moyenne, les femmes font 3h26 de tâches ménagères (ménage, cuisine, bricolage, courses, lessive, s’occuper des enfants) par jour, les hommes 2h. Donc elles ont moins de temps libre que les hommes pour les loisirs. 

Sautant du coq à l’âne, je leur ai demandé de me citer des présidents de la république française. Les mômes ont tout de suite vu où je voulais en venir : que des hommes. Et si on revient à l’échelon plus local… 16% des maires sont des femmes (mais c’était le cas dans les deux communes où je suis intervenue ^^). Je leur ai rappelé que le droit de votes des femmes, c’était en 1944 (un enfant connaissait la date !). Et que donc mon arrière-grand-mère accompagnait mon arrière-grand-père mais n’avait pas le droit de voter.

Troisième exemple utilisé pour montrer les inégalités hommes/femmes : la cour de récré.  Avec cette image (source) :cour de récré

Et la question : est-ce que c’est comme ça dans votre école ? Dans la première classe, l’instit, qui est aussi la directrice de l’école, explique que c’est pour ça que le foot est interdit pendant les récrés, afin de mieux partager l’espace. Bien sûr, le « mais les filles sont nulles c’est pour ça qu’elles ont pas le droit de jouer/qu’elles sont dans les cages » arrive vite. On discute, on parle de l’opportunité de s’exercer, de s’entrainer, qui permet de progresser et de mieux jouer. On parle aussi de la notion de sport d’équipe et de l’importance du jouer ensemble, au lieu de la valorisation du niveau individuel. On parle du club de foot voisin où les filles sont apparemment nombreuses mais où les entrainements ne sont pas mixtes.

De ces trois exemples, on tire la notion d’inégalité entre les hommes et les femmes. Et de la nécessité de la combattre. Et on en arrive au féminisme.

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Et je suis drôlement contente d’en être arrivée là !

 

Je me suis ensuite attaquée plus frontalement à mon sujet de prédilection : la question de la représentation.

J’avais prévu de débuter avec ce slide sur les personnages de contes et leur représentation, mais on est passé dessus beaucoup plus rapidement que ce que je pensais.

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Finalement, cet extrait de la ligue des super féministes de Mirion Malle (la ville brûle, 2019) a été plus parlant. fullsizeoutput_5d4f

Je me suis aussi appuyé sur ce livre pour parler des représentations (tout ce bouquin est très bien et cette double page est à la fois précise et accessible c’est un super boulot) :

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Et expliqué que des chercheurs, des sociologues avaient montré que les représentations avaient un impact. On a pris l’exemple d’une petite fille qui veut devenir scientifique. Quel impact si les livres, les séries ne montrent que des hommes, que les scientifiques interviewés à la télé où dans les journaux sont des hommes, que les scientifiques dont elle entend parler à l’école ne sont que des hommes ?

Il était important pour moi de ne pas être culpabilisante ou jugeante sur les choix des enfants. J’ai donc insisté grâce à cette image sur la liberté de choisir ce qu’on aime, de lire et de regarder des choses même si on a conscience que c’est stéréotypé. Que je n’étais certainement pas là pour dire aux filles de ne plus lire de livres « pour filles » et aux garçons de ne plus lire de livres « pour garçon », juste de réfléchir sur ce qu’on lit et peut être essayer d’apporter un peu plus de diversité.

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Cela donne aussi la possibilité de détourner les stéréotypes, d’en rire (j’avais à ce moment là prévu de lire la pire des princesses d’Anna Kempt et Sara Ogilvie (Milan, 2013) et parler du détournement des contes traditionnels, mais je n’ai pas pu récupérer le bouquin à temps…).

Je voulais aussi parler un peu de la notion de marketing genré. Pour cela, on est parti des collections « bibliothèque rose » et « bibliothèque verte » dont j’avais déjà parlé ici.

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Ceux qui fabriquent les livres différencient donc les livres « pour filles » et « pour garçons ». On a parlé des thèmes, des couleurs, mais aussi des positions des personnages  : les garçons sont dans l’action alors que les filles posent. Le but là encore : avoir consciences des cases, rappeler qu’on n’est jamais obligé d’y rester.

Je soulève ensuite la question des modèles, en partant de documentaires et d’une question simple : combien y’a-t-il, à votre avis, d’homme et de femmes dans chacun de ces livres ?

(respectivement 4 femmes sur 50, 16 femmes sur 100, 7 femmes sur 40 et 6 femmes sur 40)

Pourquoi c’est embêtant ?

Je reprends l’exemple de la petite fille qui voudrait être scientifique. Une gamine s’écrit alors : « mais il y a des femmes scientifiques, aussi ! » Moi : « bien sûr, est-ce que vous pouvez m’en citer ? » Tous ont cité Marie Curie. Mais personne n’a su donner d’autre noms. Je leur ai alors montré les dépliants de Maman rodarde (que vous connaissez tous, j’imagine, sinon il faut vite les découvrir !), en leur disant qu’ils allaient pouvoir en découvrir plein d’autres. J’ai regretté de ne pas avoir prévu la chouette affiche d’Elise Gravel sur le sujet.

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J’ai souligné l’importance de la diversité des modèles, pour que chacun puisse se projeter dans les livres, mais aussi découvrir des personnages et des fonctionnements différents de ceux qu’il voit au quotidien. Parlé de l’importance de voir des femmes, mais aussi des personnages racisés, des personnages handicapés, etc, dans toutes les situations.

J’ai dit qu’heureusement, il y avait une prise de conscience sur cette question ces dernières années.

Ils-et-elles-ont-change-le-monde

Certains ont fait le choix d’un livre présentant autant de femmes que d’hommes, et prenant soin de visibiliser les femmes dès la couverture.

D’autres ont fait le choix, pour rééquilibrer, de faire des livres avec que des femmes (j’en ai pris 3 un peu au hasard, mais je vous prépare une présentation de ces bouquins de portraits de femmes).

Je leur ai pour finir distribué une petite bibliographie que vous pourrez retrouver ici 

 

Et j’ai fini par une lecture, un de mes albums préférés, la fée sorcière de Brigitte Minne et Carll Cneut (il en existe deux éditions différentes, là j’avais la première (Pastel, 2000), mais je vous mets aussi la seconde (école des loisirs, 2017) déjà parce qu’elle est sublime même si la couverture est moins parlante, et parce que c’est l’édition qui est actuellement disponible).

 

J’ai ensuite affiché ces trois affiches d’Elise Gravel.

Et les enfants ont eu un temps libre pour regarder ces affiches, les livres de la bibliographie que j’avais apportés, les dépliants antisexistes de Maman Rodarde (les filles et les garçons) qui avaient été imprimés, discuter. Cela permettait des échanges moins formels. Dans une des classes, cela s’est fait entre eux, la plupart des enfants se sont plongés dans des bouquins. Dans l’autre, par contre, ça a été un moment de discussion à partir des dépliants. Ils ont commencé par chercher les photos de femmes à la tête rasée, parce que nous avions abordé le sujet des cheveux en début de séance, puis se sont emparés de l’ensemble des dépliants. Ça a été l’occasion de définir les mots « homosexuel », « bisexuel », « trans » et nous avons pas mal parlé de transidentité. C’est intéressant de voir que les seules images qui ont provoqué des réactions horrifiées des filles comme des garçons, ce sont les femmes avec des poils. D’ailleurs, en début de séance, lorsque j’ai parlé de différences biologiques, les poils ont été présentés comme masculins et j’avais déjà rappelé que les femmes aussi en avaient et que l’épilation était bien une pratique culturelle.

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Voilà, j’espère que ce n’est pas trop brouillon, je pensais au départ juste présenter le PPT utilisé mais je me suis rendu compte que ça n’avait pas de sens sans les commentaires, sans les réactions des enfants. Et puis même si j’avais beaucoup préparé ces interventions, je tenais aussi à laisser de l’espace pour des échanges plus libres, pour laisser dévier la conversation. On a entre autres, suite à des questions, parlé de Malala, du match de rugby féminin passé la veille à la télé, etc. Si le power point vous intéresse, n’hésitez pas à me le demander !

Un cow-boy en tutu (on progresse, 12)

Je le répète souvent, les albums « engagés » où l’antisexisme est le thème même du livre sont importants. Mais il y a aussi des livres dont le sujet n’a rien à voir avec la lutte contre les stéréotypes de genre, mais qui au détour d’une phrase ou d’une illustrations élargissent le champ des possibles. On y voit des pères qui s’occupent de leurs enfants, des femmes qui font du bricolage… sans que ça justifie qu’on s’y arrête, qu’on argumente, simplement parce que la vie, c’est aussi comme ça. Et j’ai envie de les mettre en valeur, aussi.

Alors aujourd’hui, un coup de coeur pour un premier roman illustré, Charlie et Ouistiti, dans lequel, sans que ce soit même abordé dans le texte, les enfants se détachent des stéréotypes de genre.

Charlie et Oustiti 2

C’est en particulier le cas pour le plus jeune frère, au centre, qui n’hésite pas à porter à la fois un déguisement de cow boy et un tutu de danseuse ! Mais on le retrouve chez la plusieurs personnages, comme la petite fille derrière, en salopette et qui grimpe aux arbres. Bravo à Emily Hughes pour ses illustrations !

charlie et ouistiti Charlie et Ouistiti de Laurel Snyder et Emily Hughes (Little Urban, 2017)

Mary, Solange…

Mais aussi Sami, Joos, Monelle, Lili, Clémence.

J’ai publié récemment sur mon blog personnel, la licorne et ses bouquins, des articles sur deux romans ados/young adult qui auraient tout à fait pu être publiés sur ce blog.

Deux romans historiques où des jeunes femmes vont faire face à l’adversité, vont grandir, murir, s’affirmer.

Deux romans très différents, mais deux énormes coup de coeur pour moi.

D’un trait de fusain de Cathy Ytak, donc (Talents Hauts, 2017).

d'un trait de fusain

1992. Mary, Monelle, Julien et Sami sont lycéens dans une école d’art. En cours de dessin, leur modèle préféré s’appelle Joos. Il est jeune, libre et beau. A l’âge des premières expériences amoureuses, l’épidémie de sida s’immisce brutalement dans leurs vies. La plupart des adultes se taisent et semblent ignorer la tragédie. Mary décide de briser le silence, d’affronter le regard de ses parents, de la société, et de s’engager. 

J’en parle ici !

Pourquoi en parler aussi sur Fille d’Album ?

  • parce que c’est le portrait d’une jeune fille venue d’une famille étouffante, méprisée parce qu’elle est née fille, qui va grandir et trouver la force de s’affirmer, de militer, d’agir
  • parce que ça parle du corps des femmes, sans tabou. De celui de l’héroïne, élevée dans la haine de celui-ci et qui parviendra à se le réapproprier, du corps représenté, dessiné, etc
  • parce que ça parle de sexualité sans tabou ni stéréotypes, de masturbation, de rapports sexuels, et que non, clitoris n’est pas un gros mot.
  • parce que ça parle d’homosexualité, sans la réduire à l’homophobie et au sida
  • parce que ça parle d’homophobie
  • parce que ça parle du sida, d’Act Up, de militantisme
  • parce que ce roman est superbe et que j’ai envie de le faire lire !

 

 

Là où tombent les anges de Charlotte Bousquet (Gulfstream, 2015)

là où tombent les anges

Solange, Lili et Clémence. En 1912, ces trois couturières découvrent la vie parisienne. Solange épouse Robert Maximilien, qu’elle n’aime pas et qui est tyrannique mais qui lui apporte un certain confort. Elle s’occupe de sa vieille tante maussade. Lili, audacieuse et joyeuse, se produit comme chanteuse dans les cabarets. Clémence, jeune ouvrière, tombe éperdument amoureuse de Pierre. Mais la guerre arrive…

J’en parle ici !

Pourquoi en parler aussi sur Fille d’Album ?

  • parce que c’est le portrait d’une jeune fille venue d’une famille maltraitante, dans une société où les femmes ont très peu de libertés, qui va grandir et trouver la force de s’affirmer, de trouver une place
  • parce qu’au delà de l’héroïne, ce sont toutes les femmes qui se croisent dans ce roman: des bourgeoises, des ouvrières d’usines de munition, des veuves de guerre, des artistes, des journalistes…
  • parce qu’alors que l’Histoire met généralement en avant les hommes, ici ce sont des figures historiques féminines que l’on découvre, militantes, journalistes, artistes…
  • parce qu’on y parle de mariage abusif, de viol conjugal
  • parce que l’héroïne est bisexuelle, que plusieurs personnages secondaires sont lesbiennes
  • parce que ce roman est superbe et que j’ai envie de le faire lire !

 

J’ai mis ici l’accent sur ce qui me semblait important et intéressant du point de vue des représentations. Des aspects qu’on voit rarement dans la littérature pour ado. Mais on ne peut bien sur pas réduire ces romans à ces listes. J’espère avoir montré comment ils m’avaient emporté dans les articles en lien !

Identité masculine et adolescence

Aujourd’hui, j’avais juste envie de partager avec vous une citation de Gael Aymon à propos de la construction de l’identité masculine, à l’occasion de la publication de son dernier roman chez Actes Sud Junior, Oublier Camille.

« Le roman aborde la construction d’une identité masculine parmi tant d’autres, ni la mienne, ni une masculinité « universelle ». L’adolescence est l’âge où l’on apprend qu’il faut porter des masques, endosser un rôle, pour se conformer aux attentes de la société. Une des représentations imposées aux garçons est qu’un homme se construirait seul, instinctivement, sans mystère et sans faillir. Chaque homme un tant soit peu honnête sait pourtant intimement que cela est un mensonge. »

 

Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus sur le roman que je n’ai pas (encore ?) lu, voilà le résumé de l’éditeur :

« Yanis est sincèrement amoureux de Camille. Ils se sont rencontrés trois ans plus tôt. Pourtant, “être un mec” et “assurer” avec les filles, c’est plus facile à dire qu’à faire. Devenir un homme oui, mais quel homme ? Et est-ce que tous les hommes sont censés savoir instinctivement quoi faire ? Camille le trompe, lassée d’attendre qu’il fasse le premier pas, et lui avoue son dérapage dans une lettre. Yanis coupe brutalement les ponts avec elle, vacille, doute sur son identité. Il fait de nouvelles rencontres même si, une fois encore, il réalise que ce n’est jamais simple d’aller vers les autres… Auprès de son cousin Manu, apprenti comédien de passage à Paris, il trouve le réconfort et les conseils qui lui manquaient. Il découvre le théâtre, la prise de risques, le bonheur de jouer et de vivre les mots des autres. »

Vous pouvez aussi retrouver  cet article de Maman Baobab, celui d’enfantipages, et de nombreux autres avis réunis ici par l’auteur. Gael Aymon s’intéresse à la remise en cause des stéréotypes dans les albums jeunesse et a publié plusieurs albums et contes chez Talents Hauts. J’aurai sans doute l’occasion d’en reparler !

Quand le marketing genré s’invite dans les collections de notre enfance… (vive les stéréotypes, 8)

La présentation de la bibliothèque rose et de la bibliothèque verte sur le site des éditions Hachette, ou comment transformer une segmentation par âge (la bibliothèque rose était destinée aux 6-12 ans, la bibliothèque verte aux ados) en segmentation par genre.

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Les bibliothèques roses et vertes s’adressent désormais aux mêmes tranches d’âges. La bibliothèque rose met donc en avant l’humour et l’émotion avec trois filles en illustration, plein de roses et du violet. La bibliothèque verte qui met en avant « l’action et l’aventure » avec (quelle surprise !) trois personnages de sexe masculin, avec armure et/ou en action alors que les filles posent.

 

Et quand on entre dans les détails, ça ne s’améliore pas :

Image 1 Image 2Les séries de notre enfance sont réunies dans une série particulière de la bibliothèque rose, avec des textes simplifiés (voir ici pour le club des cinq). Je crois que pour le reste, ça se passe de commentaires…

 

 

 

 

Les ressources de la bibliothèque municipale de Lyon

Grâce à la réponse du guichet du savoir à Picsou magazine dont je donnais le lien hier, j’ai découvert que la bibliothèque municipale de Lyon donnait de nombreuses ressources pour une littérature jeunesse non sexiste. En particulier grâce au point G. C’est un « centre de ressources sur le genre, identités, sexualité, mémoire gay et lesbienne » qui « a pour objectif de rassembler un ensemble documentaire ciblé sur les questions d’identité de genre et d’orientation sexuelle ». Il propose de nombreuses bibliographies dont :

Même si cela concerne moins directement notre sujet, Point G propose d’autres bibliographies concernent l’orientation sexuelle, l’homosexualité, l’homophobie, l’homoparentalité. Celle destinée à la jeunesse est ici et on y trouve la référence d’un mémoire de Thomas Chaimbault, l’homosexualité dans la littérature de jeunesse (2002). 

Le guichet du savoir a également publié une réponse qui donne des pistes de recherche sur l’image de la femme dans la littérature jeunesse. On y trouve de nombreuses références déjà présentes sur la page Analyse des représentations genrées, comme Filles d’Albums de Nelly-Chabrol Gagne ou la thèse d’Hélène Montardre, mais aussi de nombreux titres que je découvre :

– Isabelle Smadja, le temps des filles (PUF, 2004) qui « analyse trois romans destinés à la jeunesse : À la croisée des mondes de P. Pullmann, L’élue et Le passeur de Loïs Lowry, dans lesquels les femmes et la féminité sont mises en avant, non pas dans la fonction de mère, mais plutôt dans celle d’héroïne, de sauveur et de protectrice des valeurs » et qui est présenté ici.

– Joëlle Nouhet-Roseman, Les mangas pour jeunes filles, figures du sexuel à l’adolescence2011. 

 – Bérangère Bitsch, La littérature de jeunesse : la place de la femme dans la littérature de jeunesse (mémoire de master, 2010).

– Christian Chelebourg avec la collaboration de Danièle André et Danièle Henky, Représenter la jeunesse pour elle-même, 2010 (On y trouve une analyse des représentations de la jeunesse dans la littérature qui lui est adressée : la sexualité et le genre dans la littérature pour la jeunesse  :survie des stéréotypes, « hypersexualisation » des adolescents, la fratrie dans l’adaptation cinématographique du roman de Christophe Honoré, « Tout contre Léo ») 

– Anne-Bénédicte Damon, Représentation des femmes et des jeunes filles pendant la Seconde Guerre mondiale dans la littérature de jeunesse de langue anglaise (1940-2005)  (thèse, 2008)

– Elisabeth Rezbanyay, Les modèles féminins dans les romans pour filles de l’Amérique victorienne (thèse, 2008)

– Daniela Di Cecco, Entre femmes et jeunes filles : le roman pour adolescentes en France et au Québec2000.

– Catherine Chamboux-Hales,  Petites filles et femmes dans la littérature de jeunesse en France (1978-1981) (thèse, 1997).

Ces références rejoignent les pages Analyse des représentations genrées et Bibliographies.

 

On trouve enfin un article de Point d’actu de 2008 intitulé Cerveau masculin / cerveau féminin qui fait le point sur l’état des recherches sur le cerveau et l’influence du sexe et du genre sur celui-ci, avec de nombreuses références.

Bonne lecture !

Coup de talon de Sylvie Deshors

Aujourd’hui, roman pour ados !

Coup de Talon de Sylvie Deshors (Talents Hauts, 2013)

coup de talon deshors

La collection Ego de chez Talents Hauts présente de courts romans pour ados écrits à la première personne, « pour réfléchir, comprendre, s’émouvoir, se libérer » et qui abordent « Sexisme, identité, différence, discrimination, amour, violence, résistance, solidarité, égalité, liberté… » Après un roman consacré aux dangers d’internet et un autre à la violence conjugale, c’est Sylvie Deshors qui écrit le troisième roman et nous parle d’agression sexuelle.

Alors qu’elle descend du métro, Laure se fait agresser. Un sac volé, des insultes, une jupe déchirée, et des mains entre ses cuisses.

C’est sa soeur Lucie qui prend la parole dans ce roman. Lucie qui décrit les conséquences de cette agression, sa soeur qui se renferme, la promesse qu’elle a faite de n’en parler à personne.

« En la voyant si desespérée, si malade de honte, j’ai cédé. J’ai juré. Au moment de m’endormir, cette affreuse nuit-là, j’ai imaginé leurs mains entre les cuisses de Laure et j’ai pleuré. »

Lucie qui va tout faire pour aider sa soeur mais qui va se sentir tellement désemparée face à sa tristesse mais aussi à sa colère.

 

Les agressions sexuelles sont malheureusement fréquentes. C’est donc important de trouver un roman qui aborde le sujet et qui s’adresse à ados à qui, malheureusement, ça peut arriver (Laure et Lucie sont au collège). Sans en minimiser les conséquences, pour la personne mais aussi pour son entourage, le roman montre une adolescente qui finit par trouver le moyen de remonter la pente, de donner le coup de talon, au fond de l’eau, qui permet de remonter à la surface. Le chemin qu’elle va trouver, ce sera la solidarité féminine. S’appuyer sur sa soeur, mais aussi d’autres filles, elles aussi confrontées au sexisme. Et se rappeler que les victimes ne sont pas coupables et qu’elles n’ont pas à avoir honte.

« Eloa conclut l’air rebelle :

– Etre fière d’être une femme. Devenir forte pour se faire respecter, c’est la solution.

Le visage de Laure s’épanouit soudain :

– C’est bon d’être plusieurs. »

 

Au delà du sujet abordé, j’ai apprécié le fait que ce soit la soeur qui parle, ce qui permet de montrer les conséquences d’une telle agression sur Laure sans tomber dans des descriptions psychologiques. La relation de deux soeurs à la fois très proches et très différentes, « la brindille et le galet », est joliment décrite. Les parents vont faire confiance à la plus jeune pour aider sa soeur. J’ai aussi aimé l’amitié de Lucie avec Timéo, qui la soutient. Une amitié entre une fille et un garçon sans romance, c’est rare !

J’ai parfois trouvé le roman un peu court (100 pages, écrit gros, lu en 1h) pour les sujets qu’il aborde, mais je pense que cela peut permettre d’accrocher aussi de faibles lecteurs.

 

Voilà ce que j’avais à en dire en quelques mots. Si vous voulez trouver une chronique mieux écrite ou plus complète, ça tombe bien, on a pas mal parlé de ce roman ! Dans la presse, on trouve des chroniques dans l’humanité (2e titre), le monde des ados, la Revue des livres pour enfantsRicochet. Quant aux blogs, on en parle sur la mare aux mots, Enfantipageles lectures de Val, d’un livre à l’autre, the Café Book, dimension ados,  et A lire au pays des merveilles.

 

« littérature de jeunesse pour l’égalité » et « éduquer contre l’homophobie » par le SNUIPP

Une nouvelle bibliographie vient de rejoindre ma liste.

Il s’agit d’une sélection d’ouvrages concernant l’égalité homme/femmes et la lutte contre l’homophobie et l’acceptation des familles homoparentales. Elle réunit des ouvrages de fiction, albums pour les petits, romans pour les plus grands et les ados et un peu de poésie, de théâtre et de BD. La plupart des titres s’accompagnent d’un résumé et d’une recommandation d’âge. On y trouve en particulier les titres des éditions de femmes d’Adela Turin et Nella Bosnia réédités chez Actes Sud, des premiers romans de Thierry Lenain, des albums de Christian Bruel…

Elle a été créée par le SNUIPP, Syndicat National Unitaire des Instituteurs et des Professeurs des écoles et des PEGC. Elle est donc destinée à des enseignants et regroupe les documents par niveau scolaire (pour les petits / CM2-6e / Second degré).

Vous pouvez découvrir la première partie ici et la seconde partie .

 

éduquer contre l'homophobie SNUIPP

Le SNUIPP a aussi publié, en mai 2013, un numéro spécial de sa revue « Fenêtre sur cours » intitulé « éduquer contre l’homophobie« .

Comment est-il possible que l’insulte « pédé » soit la plus fréquente des cours de récréation et que, la plupart du temps, les enseignants n’en parlent pas ? De là est né le projet de s’intéresser à ce que font déjà les enseignantes et les enseignants, les équipes d’école, et de proposer des outils spécifiques, comme cela se fait en Belgique, au Pays-Bas ou au Canada. Les expérimentations prennent souvent comme point de départ des ouvrages de littérature jeunesse. Elles montrent que parler de sujets difficiles n’est pas un problème pour les élèves, même très jeunes, mais peut l’être pour les adultes. Les réticences, la crainte de réactions de parents et d’un manque de soutien de la hiérarchie, la conviction de ne pas savoir faire, empêchent les enseignantes et les enseignants de consacrer un temps suffisant au débat, aux représentations diverses des uns et des autres. Car il ne s’agit pas de « prosélytisme » ni d’imposer une parole du maître qui dirait ce qui est bien (ce qui est néanmoins nécessaire dans le cadre des rappels à la loi) ; au contraire il est question d’apprendre aux élèves à interroger ce qu’ils pensent et à le confronter aux autres, à entendre que d’autres ont des idées différentes, à apprendre à penser par eux-mêmes.

Ce dossier très intéressant présente des projets menés dans des classes, le plus souvent autour d’albums jeunesse, mais aussi des ressources (livres, films d’animation) et des entretiens avec des auteurs, des associatifs, des éditeurs…

Il apporte en particulier des outils et des réflexions autour des familles homoparentales, des relations amoureuses, des réponses à apporter aux insultes homophobes, le lien avec la déconstruction des stéréotypes genrés…

On y trouve des entretiens avec :

– Dominique Richard, auteur du journal d’une grosse patate

– Béatrice Boutignon, auteure de Tango a deux papas et Une histoire de familles

– Jean-Christophe Mazurie, auteur de Philomène m’aime

– les éditrices de Talents Hauts.

J’aime particulièrement les compte-rendus d’expériences menées dans les classes, montrant l’ouverture des enfants et la richesse des échanges permis par des livres.