Coup de coeur/coup de gueule

Les liens du moment (14 mars 2015)

Dire qu’à un moment, cette rubrique était hebdomadaire… Mais voyons le bon côté des choses en disant que je peux du coup faire une sélection plus riche…

Mais avant de vous donner des ressources en ligne, si vous voulez parler égalité dans l’éducation en direct, et que vous êtes lyonnais, les Vendredis Intellos organisent un brunch avec Anne Verjus, chercheuse au CNRS autour du thème « la famille doit-elle faire respecter l’égalité ? » le samedi 11 avril de 10h à 12h. Tous les renseignements sont ici.

Des sélections d’albums ou de romans

(à noter : j’ai repris pour cette sélection les titres des articles concernés, mais je déplore qu’ils s’adressent en général aux filles et je trouve tout aussi indispensable de faire découvrir ces livres aux garçons)

Une sélection de livres pour enfants qui bousculent les stéréotypes sur le blog du site Naître et grandir, par Mariouche Famelart

6 livres pour enfants qui mettent KO les stéréotypes sur terrafemina

5 « albums géniaux pour élever des femmes fortes »

Une sélection de romans ados (sur le passage des filles à l’âge adulte) et album jeunesse par Nathalie Riché, qui vaut mieux que son titre (« parlons littérature entre filles »)

12 empowering children’s books to add to little girls’ bookshelves : article en anglais, comme son titre l’indique, mais plusieurs titres ont été traduits en français (albums et romans jeunesse).

En image, la sélection de l’école des loisirs pour la journée internationale des droits des femmes : « albums et de romans mettant en scène des femmes dont les droits sont bafoués et des femmes qui se battent » :

selection 8 mars l'école des loisirs

Les 10 ans de Talents Hauts, maison d’édition qui lutte pour l’égalité des sexes

Une rencontre avec les deux éditrices dans l’émission Les Maternelles. Et des articles publiés à l’occasion de leur anniversaire par deux auteurs, Gael Aymon et Clémentine Beauvais.

Leur dernier album, Le zizi des mots d’Elisabeth Brami et Fred L. montre que songent, dans la langue française, le nom au masculin renvoie à une personne, et le même au féminin à un objet. Il est présenté ici et (et c’est beaucoup plus clair en image).

Des coups de gueule

Contre la représentation des pères dans certains albums jeunesse par Gabriel de La mare aux mots

Contre un énième livre sexiste sur une princesse par une libraire

Coup de gueule de Shannon Hale, auteure jeunesse dont une rencontre scolaire a été réservée aux élèves filles, sous prétexte que certains de ses ouvrages présentent des princesses sur leur couverture ou dans leur titre

Des actions des auteurs, des éditeurs…

L’éditeur de comics Boom ! lance une campagne pour faire exploser les stéréotypes

Des actions en bibliothèques

Désapprendre les stéréotypes en BU pour promouvoir l’égalité à Lille (exposition, guides téléchargeables, bilans des animations…) sur le blog de légothèque

La présentation de l’espace « égalité de genre » à la médiathèque Olympe de Gouges de Strasbourg sur le site de la BPI

« Tous genres bienvenus » : retour sur un festival dédié au genre dans les médiathèques de Wallonie-Bruxelles par légothèque

Des ressources pour aider à l’analyse (éducation, stéréotypes, représentations sexuées)

Publication par le ministère de la culture de Questions de genres, questions de culture dont on trouve la table des matières ici et une présentation par légothèque

Les enregistrements de la journée « qui (dé)fait le genre en éducation? » qui a eu lieu en janvier à l’ENS Lyon

Des activités et des analyses sur les représentations sexuées dans l’audiovisuel (publicités, clips, films) pour les fin de primaire, collégiens et lycéens.

Une étude de la DRESS sur les stéréotypes sur les rôles des hommes et des femmes en 2014. Une partie est consacrée à l’éducation des enfants.

Un rapport de l’OCDE sur l’égalité des sexes dans l’éducation : Aptitudes, comportement et confiance

Recherches et colloques

Colloque sur « Débats de société et littérature jeunesse font-ils bon ménage ? Le 18 juin 2015 à Montreuil avec en particulier une table ronde sur « stéréotypes, préjugés, questions d’éthique, comment ne pas tomber dans les bons sentiments, la simplification, le manichéisme ?

Appel à communication pour un colloque qui aura lieu en novembre 2015 à Bordeaux autour du thème « Mauvaises filles en littérature de jeunesse. Éducation & rééducation »

Bonnes lectures ! Et retrouvez  les liens au fil de la semaine sur la page facebook du blog et sur twitter ! J’y suis plus régulière qu’ici.

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Refuser la censure

Etant donné le sujet de ce blog, je ne pouvais pas ne pas aborder ce qui se passe en ce moment autour de la littérature jeunesse. Je dois avouer que j’ai certaines références sur la littérature antisexiste depuis longtemps dans mon ordi, que ça faisait longtemps que j’avais envie d’aborder ce sujet (je l’ai fait parfois, au passage, à propos d’un album). Et que toute cette agitation autour de la littérature jeunesse m’a décidé à ouvrir ce blog. Pas tant parce que je pense qu’il est nécessaire que je « réponde » à ces attaques (d’autres l’ont très bien fait), mais parce que cette effervescence sur les blogs de littérature jeunesse et chez les professionnels du livre a montré qu’il y avait plein de gens qui voulait proposer des livres beaux, avec du sens et capable de bousculer et de faire réfléchir enfants comme parents. Et c’est ces initiatives là, ces livres là que j’ai envie de réunir sur ce blog.

Revenons aux attaques contre la littérature jeunesse de ces derniers jours. Pour commencer, un lien vers un article qui résume plutôt bien la situation, je trouve. A un détail près, mais qui est significatif : le blog d’extrême droite « le salon belge » a lancé une offensive contre les livres « à la gloire du gender » quelques jours AVANT que Jean-François Copé s’attaque à « tous à poil ». J’ai du mal à croire à la coïncidence. Pour moi, c’est un signe que l’UMP est prête à faire beaucoup pour draguer ce public d’extrême droite.

Le salon beige (je n’ai volontairement pas mis de lien et je pense vraiment que vous pouvez éviter d’aller sur ce site) est un site proche du « printemps français », un groupuscule constitué par les membres les plus radicaux de la manif pour tous autour de Béatrice Bourges. Dès le 4 février, ils dénoncent la présence d’articles « à la gloire du gender » dans les bibliothèques, en encourageant leurs lecteurs à contacter les bibliothèques ou les mairies pour exiger que ces livres soient retirés des rayons. Parmi les livres cités :

Mademoiselle Zazie et la robe de Max de Thierry Lenain (Nathan, 2011)

Mademoiselle Zazie a-t-elle un zizi? de Thierry Lenain (Nathan, 1998, réédité en 2011). La réaction de l’auteur et celle de l’éditeur.

Mes deux papas de Juliette Parachini-Deny et Marjorie Bréal (Des ronds dans l’O, 2013)

Jean à deux mamans d’Ophélie Texier (l’école des loisirs, 2004)

Papa porte une robe de Piotr Barsony, musique de Bumcello (Seuil, 2004, épuisé). La réaction de l’auteur.

La princesse qui n’aimait pas les princes d’Alice Brière-Haquet et Lionel Larchevêque (Actes Sud Junior, 2010). La réaction de l’auteur.

Frederic et Frédérique de Virginie Dumont et Michel Boucher (Actes Sud Junior, 1996)

Le jour du slip /je porte la culotte d’Anne Percin et Thomas Gornet (Rouergue, 2013). Ce livre a fait également l’objet d’attaques immondes sur le site la soupe de l’espace qui répond aux commentaires avec cet article. Le libraire a été menacé. Thomas Gornet a répondu sur son blog. Anne Percin y a répondu également et a décidé de fermer son blog suite aux réactions haineuses. Maman Baobab y consacre un article.

La fille qui voulait être un garçon de Stephanie Blake (l’école des loisirs, 2001, épuisé)

La nouvelle robe de Bill d’Anne Fine (l’école des loisirs, 1997)

Papa c’est quoi un homme haut sekçuel? d’Anna Boulanger (Zoom édition, 2007)

Un mariage vraiment gai de Muriel Douru (Ed. gaies et lesbiennes, 2004)

Tango a deux papas, et pourquoi pas ? de Béatrice Boutignon (Le baron perché, 2010, épuisé mais va être réédité en mars 2014). La réaction de l’auteur.

Quelques jours plus tard (le dimanche 9 février), Jean-François Copé s’attaque à la télévision au livre Tous à poil de Claire Franek et Marc Daniau (Rouergue, 2011).

tous à poil

Il affirme (entre autre) que montrer un policier ou une maîtresse « à poil » dans un album jeunesse sape l’autorité des policiers et des maîtresses. Il en vient même à affirmer, quelques jours plus tard, que cet album « c’est la défense de la lutte des classes. Car vous comprenez bien que le choix des profils qui ont été déshabillés dans Tous à poil c’est aussi pour montrer qu’on ne veut plus de la marque d’autorité » (source : ici).

L’illustrateur a répondu en disant : « Les enfants sont environnés d’images de corps plus ou moins dévêtus, dans la publicité, sur les abribus, sur les couvertures de journaux peopleNous avons voulu leur proposer un regard plus juste sur le corps. Et surtout, nous le faisons avec humour. »  Il en parle plus longuement ici. L’éditrice répond également à ces attaques et à celle portant sur « le jour du slip / je porte la culotte ».

Sur le blog de l’atelier des merveilles, on trouve une réponse à Jean François Copé, qui dit à propos du livre : « Cet album joueur montre la nudité, naturelle, intergénérationnelle, bienheureusement désérotisée, universelle, comme un acte de liberté, d’égalité et de fraternité : la joie de prendre un bain de mer sous le soleil ».

Une page facebook « Tous à poil » a été créée. La mare aux mots a lancé un pinterest « Tous à poils » ou des illustrateurs ont posté des dessins. Dans l’émission « la tête au carré » du 14 février, la psychanalyste Claude Halmos insiste sur le fait qu’il faut parler aux enfants de la différence des corps, des sexes, de la sexualité… et que les livres pour enfants sont un bon outil pour montrer comment sont fait les corps. « C’est normal que les enfants aient envie de voir ce qu’il y a sous les robes des dames ou dans les pantalons des messieurs, mais ils ont d’autant plus envie de le savoir qu’on ne leur a pas expliqué la sexualité ». Elle ajoute :  « parce qu’il (Jean-François Copé) s’imagine qu’on respecte la maîtresse parce qu’on s’imagine qu’à l’intérieur de sa robe, il y a un tronc d’arbre ? Enfin, c’est absurde »

Dans les faits, la polémique a fait exploser les ventes de Tous à poil, meilleure vente sur Amazon. Et apparemment, les demandes réelles de retirer les livres des rayons des bibliothèques ont été très limitées. Le nouvel obs parle même de « flop de l’offensive du printemps français« . Néanmoins l’article que je citais au début montre qu’au moins deux maires ont réagi. Si le maire DVD du Chesnay (Yvelines) Philippe Brillault n’a pas fait retirer le livre de la bibliothèque, il a fait placer une dizaine de titres auparavant stockés dans un bac accessible aux plus petits en hauteur sur une étagère du « fonds des parents ». Et « le maire UDI Jean-Christophe Fromantin assure, lui aussi, n’avoir reçu « aucune pression », bien qu’il ait reçu deux e-mails et un courrier incriminant cinq livres, dont certains sont en rayon depuis 1994. Les livres sont sur le bureau du maire, qui veut les consulter avant de prendre une décision. S’il juge qu’ils font la promotion de la théorie du genre, il « les retirer[a] après en avoir parlé aux élus. »

En tant que bibliothécaire, je trouve l’intervention directe de maires sur le contenu des bibliothèques très grave. Visiblement, Christophe Fromantin en parlera aux élus… mais ne se dit pas qu’il pourrait en parler avec les bibliothécaires dont c’est le métier ! Et ça, c’est effrayant.

Pas très rassurante non plus la réaction du gouvernement qui fait machine arrière à propos de « tous à poil » et de la pourtant superbe bibliographie de l’atelier des merveilles que je cite dans les ressources bibliographiques. Cet article explique comment cette bibliographie a été constituée et pourquoi elle fait partie des références de l’éducation nationale. (Aurélie Filippetti a cependant réagi vigoureusement).

Sans parler des insultes, menaces, commentaire haineux auxquels ont du faire face de nombreux libraires, auteurs, illustrateurs…

Mais je préfère conclure cet article sur du positif. Sur les réactions de l’ensemble des professionnels du livre, des auteurs illustrateurs (voir le communiqué de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse) aux bibliothécaires (voir le communiqué de l’Association des Bibliothécaires de France), en passant par les éditeurs (voir le communiqué du Syndicat National de l’Edition). En plus des réactions citées plus haut, je voudrais ajouter celles d’un auteur (Claude Ponti). Mais aussi celle d’une éditrice (Emmanuelle Beulque, éditions Sarbacane), d’un autre éditeur (Alain Serre, Rue du Monde). Celle de libraires indépendants (les librairies sorcières). Celle de la directrice du salon du livre jeunesse de Montreuil. Je voudrais aussi citer des réactions de blogueurs en littérature jeunesse, parce qu’à mes yeux ils jouent un rôle important dans la défense de la littérature jeunesse et de sa richesse : la mare aux motsChlop, Laurette.

 

Edit du 15/02/2014 : ajout de liens.