On progresse !

Maman peint, papa fait la cuisine (on progresse, 11)

Comme la semaine dernière, un album qui n’a absolument pas pour sujet le sexisme ou l’antisexisme, mais qui au passage bouscule les stéréotypes.

Elsa Valentin et Ilya Green, Bou et les 3 zours (l’Atelier du poisson soluble, 2008).

J’en ai déjà parlé, le tablier est dans les albums jeunesse un attribut de la mère. Mais ici, c’est le père qui fait la cuisine pendant que la mère peint.

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Nous, on laisse les parents à la maison et on suit la petite Bou dans ses aventures, mais cette remise en cause des stéréotypes reste dans un coin de notre tête…

Je présente cet album (qui est un gros coup de coeur) sur la licorne et ses bouquins.

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Une écharpe tricotée par son papa (on progresse, 10)

Je le répète souvent, les albums « engagés » où l’antisexisme est le thème même du livre sont importants. Mais il y a aussi des livres dont le sujet n’a rien à voir avec la lutte contre les stéréotypes de genre, mais qui au détour d’une phrase ou d’une illustrations élargissent le champ des possibles. On y voit des pères qui s’occupent de leurs enfants, des femmes qui font du bricolage… sans que ça justifie qu’on s’y arrête, qu’on argumente, simplement parce que la vie, c’est aussi comme ça. Et j’ai envie de les mettre en valeur, aussi.

Alors aujourd’hui, voilà l’anniversaire de Monsieur Guillaume d’Anaïs Vaugelade (l’école des loisirs, 1994).  Au début de l’album, on voit Monsieur Guillaume sortir de son lit, s’habiller… Et on voit bien au détour d’une phrase qu’on peut sortir du cliché de la femme qui tricote pendant que le père lit le journal et qu’un père peut parfaitement tricoter une belle écharpe jaune !

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Je présente ce chouette album plus en détail sur mon blog perso !

Les maîtres et les maîtresses (on progresse, 9)

Je ne consacrerai pas d’article ici aux attentats de Paris, parce que ce n’est pas le lieu pour le faire. Si vous chercher des ressources pour en parler à vos enfants, les cahiers pédagogiques en ont réunies ici.  A mes yeux, il faut être aujourd’hui encore plus qu’hier attentif à être ouverts à une société plus diverse, et au respect de chacun de ses membres, et ce afin de « répondre » à la fois au terrorisme et aux militants d’extrême droite qui tentent de récupérer la question à coup d’islamomphobie.

Alors aujourd’hui, je fais une pose dans ma série sur les princesses et je reprends ma catégorie « on progresse » qui a pour but de présenter des livres qui prennent soin de présenter des situations non sexistes et non stéréotypées, alors même que ce n’est pas le sujet principal de l’album.

Aujourd’hui, des extraits d’un documentaire de Stephanie Ledu et Magali Clavelet, les maîtres et les maîtresses dans la collection « mes p’tits docs » chez Milan, 2015. Le titre même qui présente maîtres et maîtresses à égalité se détache de la production actuelle sur le sujet, où l’enseignant est quasiment toujours une maîtresse.

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Dans cet album, il y a (aussi) des pères qui emmènent leur enfant à l’école. Et c’est un homme qui a un peut être un peu peur. Dans cette école, les enfants ont toutes les couleurs de peau. Et cette diversité est importante afin que tous les enfants puissent se retrouver et retrouver leur environnement dans ce livre. (une enseignante est également racisée).

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Dans cet album, les hommes aussi apportent le café et préparent le repas pendant que leur femme travaille.

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Ici, le maître console alors que la maîtresse représente l’autorité :

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Et on évoque aussi la vie de famille hors du travail des hommes :

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Et pour finir, on propose aux filles comme aux garçons de jouer au maître et à la maîtresse.

Alors sur le sujet, c’est un petit documentaire qui fait du bien.

Quant au contenu du documentaire, il est plutôt bien fait mis à part qu’il insiste un peu trop à mon goût sur les règles, l’autorité et les punitions.

Les mots indispensables pour parler du sexisme de Jessie Magana et Alexandre Messager

J’ai déjà cité ce livre à plusieurs reprises sur le blog, en particulier dans mon article consacré aux documentaires pour adolescents chez Syros. Il était temps que je vous en parle plus en détails.

mots indispensables pour parler du sexisme

« Deux auteurs, un homme et une femme, ont échangé, déconstruit leurs représentations. L’une a du prendre de la distance, l’autre a découvert des aspects du sexisme qu’il ne soupçonnait pas. Ce livre est l’histoire d’un échange, d’un partage dans une relation d’égalité. Ce que devrait être une société sans sexisme, en somme ».

Jessie Magana est une auteure très attachée à l’égalité hommes-femmes, et a publié plusieurs ouvrages sur le sujet : Comment parler de l’égalité filles-garçons aux enfants aux éditions du Baron Perché (2014), Gisèle Halimi, non au viol dans la collection « ceux qui ont dit non » chez Actes Sud Junior (2013) ou Riposte : comment répondre à la bêtise ordinaire chez Actes Sud Junior (2014) qui apporte aux enfants des arguments contre le sexisme mais aussi contre d’autres formes de discrimination. Elle intervient aussi auprès de scolaires, de groupes : « J’envisage vraiment ces livres comme un point de départ ; ce qui m’intéresse c’est d’intervenir auprès de parents ou de professionnels, dans les classes, etc. » (source). Je l’ai trouvée très intéressante dans la super émission de radio « Ecoute ! Il y a un éléphant dans le jardin. »

Alexandre Messager est journaliste et auteur de documentaires pour la jeunesse. Il a en particulier publié, dans la même collection les mots indispensables pour parler du racisme.

Et qu’y a-t-il donc dans ce livre ?

60 noms communs ou noms propres, classés par ordre alphabétique (on commence avec Amazones pour conclure avec Zizi/zezette) qui permettent à la fois d’aborder (succinctement) l’histoire du féminisme et les défis de la société actuelle. De nombreuses illustrations (photographies, publicités, dessins…). Et surtout, pour chaque article, des renvois internes mais aussi de nombreuses références pour aller plus loin, livres, sites internet ou films. A chaque fois, une signalétique indique à quel public ils peuvent s’adresser (collège/lycée/adultes). A mes yeux, c’est une des grandes richesses de ce documentaire car il en fait un point de départ idéal pour les ados mais aussi les adultes qui veulent en savoir plus. Un seul regret peut être : alors que les auteurs citent de nombreux films de fiction, ils se limitent, pour les livres, aux documentaires et essais.

Voilà comment cela se présente :

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Vous pouvez en découvrir d’autres extraits sur le site de l’éditeur, ici.

Il est difficile de résumer ce livre, en raison même de sa forme. Mais on trouve des articles définissant les termes indispensables quand on aborde le féminisme (féminisme, stéréotypes, genre…) et d’autres consacrés à l’éducation (mere/père, jouets, rose/bleu, littérature jeunesse, manuels scolaires…), à l’inégalité hommes/femmes dans la société et le monde du travail (discrimination, harcèlement sexuel, métier…), à la culture populaire (Hip-hop, Wonder Woman…), au corps ou comment les différences biologiques sont utilisées pour justifier le sexisme (Nature, Cerveau, Utérus) et aux pressions exercées sur le corps des femmes (Beauté, jupe, kilos, seins…). Il prend soin d’être ouvert sur le monde, sans pour autant minimiser le sexisme occidental (voir en particulier l’article Égalité des sexes). Concernant les grands débats qui traversent le féminisme aujourd’hui, les différentes positions sont présentées (voir l’article ‘Prostitution » par exemple).

On revient aussi (brièvement) sur l’histoire du féminisme avec les biographies de grandes figures du féminisme : Simone de Beauvoir, Angela Davis (on y parle d’intersectionnalité entre racisme, sexisme et classisme, sans prononcer ce mot cependant), Marguerite Durand, Olympe de Gouges, Louise Michel et Virginia Woolf.

Ce livre est donc un excellent point de départ, pour prendre conscience du sexisme dans notre société, pour avoir des arguments solides et, si on souhaite aller plus loin, pour trouver de nombreuses références. Il me semble donc que c’est un excellent outil  et un très bon ouvrage de vulgarisation, destiné aussi bien aux adolescents qu’aux adultes.

Un seul article m’a posé problème, celui sur le « masculinisme » présenté comme luttant contre la misandrie et le sexisme anti-hommes, disant que seuls les extrêmes tombaient dans la stigmatisation de l’autre sexe. Pour moi l’ensemble du mouvement masculinisme est un mouvement sexiste, donc luttant contre les progrès des droits des femmes (mais si certains connaissent des associations qui évitent les excès, je suis preneuse).

Sinon, j’ai quelques mini réserves sur des points de détail. Des phrases qui auraient du, selon moi, être tournées autrement ou des petites inexactitudes. Prenons l’article « contraception » reproduit plus haut : dans l’histoire, les femmes ont toujours travaillé, malgré les grossesses. Et je ne considère pas que la pilule soit plus sûre que d’autres moyens de contraception comme le stérilet, même si effectivement son invention a changé la vie des femmes. Ou dans l’article « mère/père », l’idée de nouvelle répartition des tâches me paraît enjoliver la réalité, et il aurait été intéressant d’ajouter une phrase sur les clichés touchant les pères au foyer ou vraiment investis. Mais il faut dire qu’une ou deux pages pour aborder certains sujets, c’est très court, et j’aurais eu souvent envie de développer, de détailler, de compléter… ou résumé un peu différemment. Mais rien qui ne remet en cause la qualité de l’ensemble.

 Si vous voulez d’autres avis sur ce livre, il y a eu un article dans Ouest France. Et sur les blogs, la mare aux mots, les livres de Georges, Lireado, le bateau livre, le blog des ados de Mollat.

Identité masculine et adolescence

Aujourd’hui, j’avais juste envie de partager avec vous une citation de Gael Aymon à propos de la construction de l’identité masculine, à l’occasion de la publication de son dernier roman chez Actes Sud Junior, Oublier Camille.

« Le roman aborde la construction d’une identité masculine parmi tant d’autres, ni la mienne, ni une masculinité « universelle ». L’adolescence est l’âge où l’on apprend qu’il faut porter des masques, endosser un rôle, pour se conformer aux attentes de la société. Une des représentations imposées aux garçons est qu’un homme se construirait seul, instinctivement, sans mystère et sans faillir. Chaque homme un tant soit peu honnête sait pourtant intimement que cela est un mensonge. »

 

Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus sur le roman que je n’ai pas (encore ?) lu, voilà le résumé de l’éditeur :

« Yanis est sincèrement amoureux de Camille. Ils se sont rencontrés trois ans plus tôt. Pourtant, “être un mec” et “assurer” avec les filles, c’est plus facile à dire qu’à faire. Devenir un homme oui, mais quel homme ? Et est-ce que tous les hommes sont censés savoir instinctivement quoi faire ? Camille le trompe, lassée d’attendre qu’il fasse le premier pas, et lui avoue son dérapage dans une lettre. Yanis coupe brutalement les ponts avec elle, vacille, doute sur son identité. Il fait de nouvelles rencontres même si, une fois encore, il réalise que ce n’est jamais simple d’aller vers les autres… Auprès de son cousin Manu, apprenti comédien de passage à Paris, il trouve le réconfort et les conseils qui lui manquaient. Il découvre le théâtre, la prise de risques, le bonheur de jouer et de vivre les mots des autres. »

Vous pouvez aussi retrouver  cet article de Maman Baobab, celui d’enfantipages, et de nombreux autres avis réunis ici par l’auteur. Gael Aymon s’intéresse à la remise en cause des stéréotypes dans les albums jeunesse et a publié plusieurs albums et contes chez Talents Hauts. J’aurai sans doute l’occasion d’en reparler !

Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon

Aujourd’hui, on vous parle, avec Gabriel de la Mare aux Mots, de l’histoire de Julie qui avait une ombre de garçon de Christian Bruel, Anne Galland et Anne Bozellec. Vous pouvez retrouver sa chronique ici.

Histoire Julie ombre garçon sourire qui mort      histoire de julie qui avait une ombre de garçon

Histoire Julie ombre garçon Thierry Magnier

 

Ce livre c’est le portrait de Julie.

Julie n’est pas polie

elle suce encore son pouce

Julie est très jolie

mais voudrait être rousse

Julie n’est pas très douce

elle n’aime pas les peignes

et se cache sous la mousse

pour ne pas qu’on la baigne

Julie sait ce qu’elle veut

elle en parle à son chat

ils ont de drôles de jeux

que ses parents n’aiment pas

Mais elle voudrait qu’on l’embrasse quand même

Ses parents lui reprochent tellement d’être un « garçon manqué » qu’un jour, elle se réveille avec une ombre de garçon.

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Une ombre de garçon dont elle n’arrive pas à se débarrasser et qui va finir par la faire douter. Et si c’est l’ombre qui avait raison ? Si elle n’était qu’un garçon manqué ? Heureusement, une rencontre avec un petit garçon va lui permettre de comprendre qui elle est vraiment : « Julie-chipie, Julie-furie, Julie-Julie ». Et qu’être soi-même, quoiqu’en disent les autres, quels que soient les bocaux dans lesquels ils veulent nous enfermer, « on a le droit ».

 

Le texte est superbe, les illustrations en noir et blanc, avec quelques touches de rouge vif, magnifiques. Les touches de rouge étaient roses dans la première édition du Sourire qui mord. J’aime ce rouge vif qui ajoute du peps.

Cet album est complètement bouleversant quand il aborde le décalage entre ce qu’est Julie et ce que ses parents, attachés aux stéréotypes et à l’image d’une petite fille modèle, attendent d’elle. Et les dégâts que cela cause à leur fille.  « Julie ne sait plus qui elle est puisqu’elle devrait toujours faire comme quelqu’un d’autre pour être aimée. »

« On l’aime bien quand elle n’est pas coiffée comme Julie.

On l’aime bien quand elle s’assied mieux que Julie.

On l’ame bien quand elle parle moins que Julie.

Et c’est quand elle est « déguisée » en petite fille modèle, quand elle a perdu son sourire espiègle que sa mère s’exclame « je te reconnais, maintenant ».

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Ici, les adultes ne sont d’aucun secours. Ce sont les enfants, seuls, qui s’affirment tels qu’ils sont.

 

Histoire du livre et des éditions du Sourire qui mord :

En plus d’être un album magnifique, ce livre est le début d’un projet éditorial captivant. Au début des années 1970, Christian Bruel crée le collectif « pour un autre merveilleux » qui rassemble des intellectuels d’origines diverses : universitaires, journalistes, artistes, psychologues… Ils étudient la littérature jeunesse de l’époque, et s’intéressent en particulier à « la façon dont elle aborde les thèmes contemporains tels les statuts de la femme et de l’enfant, les représentations du monde du travail et des relations sociales entre individus ». Suite à cette réflexion est imprimé en 1975 l’Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon. Suite au succès de ce livre est créée une maison d’édition appelée Le sourire qui mord (c’est pas génial, comme nom ? ). Ce nom « fait référence à la volonté des éditeurs de dénoncer la mièvrerie ambiante de la littérature pour enfants alors en vigueur, au profit de livres dynamisant les rapports avec l’enfant et n’hésitant pas à aborder les sujets les plus subversifs. Elle transmet également une certaine idée de l’enfance qui, selon Christian Bruel, « n’est pas rose ; et derrière le sourire, se cachent [souvent] les dents… » ». Christian Bruel insiste sur le fait que l’enfant n’est pas inférieur à l’adulte, qu’il n’a pas besoin de protection mais d’ouverture sur le monde, afin d’affronter celui-ci. Les livres ne sont pas uniquement destinés aux enfants mais à tout lecteur intéressé, car chacun peut « quel que soit son âge, y trouver matière à rêver, à penser, à changer son rapport à l’autre »

Chaque album est conçu au sein d’un groupe de plusieurs auteurs et illustrateurs et donc issu d’un travail collectif où chaque individu apporte son expérience. Les projets élaborés sont ensuite montrés à des enfants. Il s’agit de « tester » les livres auprès de leur public sans pour autant se conformer strictement aux remarques des enfants, afin de ne pas tomber dans la facilité et de continuer à éveiller un questionnement chez eux. (les informations sur les éditions du Sourire qui mord sont issues de ce passionnant mémoire, Les albums pour enfants des maisons d’édition Des femmes et Le Sourire qui mord).

Les éditions du Sourire qui mord publieront 79 livres en 20 ans. Deux ans après la fin de cette maison d’édition, Christian Bruel crée les éditions Etre, où il réédite certains titres des éditions du Sourire qui mord, en particulier l’Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon en 2009. Mais l’activité de cette maison d’édition est également suspendue. Depuis 2012, les éditions Thierry Magnier ont réédité certains titres du Sourire qui mord. L’histoire de Julie qui avait une ombre de garçon, donc, parue le 10 septembre 2014, mais aussi l’heure des parents qui présente toute la variété des familles existantes, y compris des familles homoparentales ou monoparentales, ce que mangent les maîtresseles chatouilles (fortement attaqué par l’extrême droite qui y voit une promotion de la sexualité infantile voire de la pédophilie) ou encore un jour de lessive (magnifique éloge de l’imaginaire que j’ai présenté ici).

Ce livre date de 1975 et pourtant, il est particulièrement d’actualité en ce moment. Il continue à faire réfléchir, à remuer. Il continue aussi à choquer. Voilà comment on l’a retrouvé il y a quelques mois à la bibliothèque :

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Autres ressources sur ce livre : 

Il y a bien sûr la chronique de la mare aux mots, déjà citée, publiée aujourd’hui même. Et celle de Maman Baobab qui participe à cette chronique croisée.

La présentation par Christian Bruel au moment de sa réédition chez Etre.

Il y a cette vidéo du site cligne-cligne qui montre des images de l’édition originale.

On en parle aussi sur Lu cie & CoAltersexualité, d’une berge à l’autre, le blog du magazine Citrouille, une page lue chaque soir, le carré jaune

Profitez de cette réédition pour le découvrir !

La dictature des petites couettes

J’ai un faible pour la série « Olga » d’Ilya Green. Alors quand Gabriel de la Mare aux mots m’a proposé une chronique croisée autour du dernier album de cette série, la dictature des petites couettes, j’ai sauté sur l’occasion ! Retrouvez son avis ici.

Voilà les quatre livres précédents :

histoire de l'oeuf ilya green

strongboy ilya green

sophie et les petites salades  le pestacle green

Des livres qui mettent en scène des jeux d’enfants, et ce qui est particulièrement appréciable, des jeux non genrés. Filles comme garçon jardinent, jouent à la marchande ou au « pestacle ». Dans ces albums, les filles peuvent être chefs (mais ça devient compliqué quand elles le sont toutes en même temps), les garçons ont le droit de pleurer. C’est donc une série que j’apprécie particulièrement (j’ai un faible pour Sophie et les petites salades).

Le dernier-né, la dictature des petites couettes, parle de déguisement, et interroge de manière beaucoup plus directe des stéréotypes et des diktats de la mode, qui touchent très vite les enfants.

dictature des petites couettes green

On retrouve dans ce titre les personnages récurrents de la série : Olga, Ana, Sophie, Gabriel, mais aussi le chat géant, l’oiseau et les fourmis. Ana et Sophie ont trouvé un coffre rempli de déguisement. Olga propose d’organiser un concours de beauté. Mais que faut-il pour être beau ? Les filles ont des idées bien arrêtées sur la question. Sophie affirme « les garçons, ça peut pas être beau ! En plus, pour être beau, il faut des petites couettes comme ça ! ». Ana dit au chat « Oh là là, tous ces poils, c’est vraiment pas beau ! Moi, à mon avis, il faut les couper ! ». Mais Gabriel réplique « Nous aussi, on a décidé de participer au concours de beauté, parce que les garçon et les chats aussi ont le droit d’être beaux ! ». Que vont décider les fourmis, grand jury du concours de beauté ?

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On retrouve dans cette série toutes les caractéristiques qui font le charme de cette série. Le texte très dialogué, parfois plus proche de la bande dessinée que du dialogue. Les dessins d’Ilya Green, tout simples sur fond blanc sans décor, les jeux sur les motifs de tissu sont particulièrement réussis ici. (ceux qui me connaissent savent que je suis une inconditionnelle d’Ilya Green. Les autres peuvent, pour se faire une idée, lire mes articles sur Marre du Rose, mais aussi mon arbre, Bulle et Bob, etc). Les jeux d’enfants entre complicité, disputes, certitude d’avoir raison et mauvaise foi. Le décalage entre un côté très réaliste des jeux d’enfants et la présence naturelle avec eux d’un chat géant et de fourmis qui parlent.

 Mais puisque nous sommes ici avant tout pour parler représentations filles/garçons et antisexisme…

Les critères de beauté présentés par les enfants, même s’ils peuvent faire sourire, paraître dérisoires, sont cependant très proches de leur vécu, et pas foncièrement différents de ceux qui pèsent sur les adultes. Comme chez les adultes, les critères de beauté et les normes à respecter pèsent davantage chez les filles que chez les garçons. Elles les connaissent, les ont intégrées. Et cherchent à les reproduire, à les imposer aux autres. Elles sont certaines que ces critères relatifs sont absolus. La chute va rappeler que ce n’est pas le cas.

Mais est-ce que les enfants vont en prendre conscience seuls, simplement en écoutant la lecture de l’album ? Je n’en suis pas certaine. Je pense qu’une discussion, voire une explication sera nécessaire.

On peut jouer au foot tous ensemble (on progresse, 8)

J’ai parlé récemment de foot dans les albums jeunesse, en présentant un chouette album sur une fille qui veut faire du foot et se retrouve la seule fille dans une équipe de garçons et en m’agaçant face aux stéréotypes ordinaires qui font que dans une très grande majorité des albums jeunesse, seuls les garçons jouent au foot. Et ce matin, à la librairie, je suis tombée sur ce livre :

mimi joue au foot

Lucy Cousins, Mimi joue au foot (Albin Michel Jeunesse, 2014)

Mimi est une héroïne d’une (longue) série d’albums pour enfants où on découvre la vie quotidienne d’une petite souris blanche avec ses amis (et dont j’avoue, en règle générale, ne pas être fan…). Elle rencontre un grand succès auprès des enfants, et il me semble que ses livres sont lus par des enfants des 2 sexes, ce qui est rare pour des séries qui portent le nom d’une héroïne.

Ce livre, sorti peu avant la coupe du monde de foot raconte un match de foot entre amis. Mimi commence par enfiler ses habits de footballeuse et retrouve ses amis pour jouer. Les équipes sont mixtes, les filles jouent aussi bien que les garçons. On remarque que deux filles sont représentées sur la couverture, et un garçon. La place des filles dans le foot n’est absolument pas le sujet, il n’y a ni conflit ni discussion sur la place des filles, on assiste juste à un jeu entre amis. Et ça fait du bien !

L’auteure insiste aussi sur le fait que l’important c’est de jouer, de s’amuser, pas de gagner (le match se conclut par un match nul).

Je l’ai parcouru plutôt rapidement, donc j’espère que je n’ai rien raté, mais je l’ai trouvé très sympa, et une bonne conclusion à cette petite série d’articles. Qui montre qu’on peut s’éloigner des stéréotypes sans forcément faire un livre militant.

Et pour finir, un petit article (un peu ancien) sur les filles et le foot dans les livres jeunesse.

Poka et Mine, le football par Kitty Crowther

Poka et Mine sont les héros d’une série d’album de Kitty Crowther, deux insectes que l’on suit dans leur vie quotidienne, à la pêche, au musée ou au cinéma. Il s’agit d’un père et de sa fille :

Ça me plaisait de nouveau de raconter une histoire monoparentale. Il y en beaucoup d’histoires très belle qui fonctionnent sur ce principe en Suède. Cela ne veut pas forcément dire que le père ou la mère est absent. Mais la relation que mon fils a avec moi n’est pas la même que celle qu’il a avec son père. Et dans l’histoire de Poka & Mine, je voulais raconter une histoire de père et de fille. (source)

L’opus qui nous intéresse ici, c’est « le football » :

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Poka & Mine, le football de Kitty Crowther (Pastel, 2010). Existe en lutin poche (l’école des loisirs, 2012).

Un beau jour, Mine annonce à Poka qu’elle veut faire du foot :

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Poka va donc accepter sans difficulté d’inscrire sa fille au foot et de lui acheter le matériel nécessaire. Mais au club, elle est la seule fille. Elle débute, et les garçons se moquent d’elle. Elle doit attendre que les douches soient disponibles, et se retrouve seule.

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Mais elle ne se laisse pas abattre. Elle décide de s’entrainer dur, seule chez elle, pour s’améliorer. Et bien sûr, c’est grâce à elle que l’équipe va finalement gagner le match.

Le livre se termine par un écho au début :

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On a donc ici une petite fille bien consciente des stéréotypes qui pèsent sur ces deux activités, mais qui est bien décidée à ne pas en tenir compte pour faire ce qui lui plait à elle. L’auteure, cependant, ne masque pas les difficultés, les moqueries. Est-ce qu’un débutant arrivant dans un club serait moquée comme Mine, à qui on reproche dès le premier jour de mal jouer ? Et l’isolement surtout.

Mais à force de persévérance et d’enthousiasme, Mine sera montrer qu’elle est tout à fait capable de bien jouer au foot et sera donc acceptée dans l’équipe.

Poka est un père attentionné, qui s’il tend à véhiculer des stéréotypes (« c’est un sport de garçon »/ »c’est un sport de filles », il veut aller « dire deux mots à l’entraineur » et donc défendre sa fifille), respecte les choix et les décisions de Mine. leur complicité, le respect qu’il y a entre eux est manifeste.

On retrouve dans ce livre les dessins délicats de Kitty Crowther, au crayon de couleur, que j’aime beaucoup. Mais comme je le disais à propos d’un autre de ses livres sur mon blog perso, sous cette apparente simplicité on découvre une grande richesse et beaucoup de détails.

Pour en savoir plus, on en parle aussi sur Ricochet, lire aux enfants, enfantillages, le blog de la librairie Comptines, et on trouve des pistes pédagogiques pour l’utiliser en classe ici.

PS : le choix de ce titre n’a rien à voir avec l’actualité footballistique. C’est juste que je l’ai pris à la bibliothèque il y a un moment (doux euphémisme) et qu’il faut vraiment que je le rapporte !

Achat de livre pour enfants : choix des livres et genre (on progresse ? 7)

Lu dans une « étude de lectorat » lancée par Babelio intitulée « Littérature jeunesse, qui sont les prescripteurs ? »

J’ai envie de voir le verre à moitié plein. 3 personnes sur 4 ne prennent pas en compte le genre de l’enfant à qui ils vont offrir un livre.

 

Mais j’ai quelques réserves.

Déjà, une personne sur 4 qui choisit d’offrir un livre selon le genre du destinataire, c’est (encore ?) beaucoup trop.

Et puis le panel n’est pas forcément représentatif. Il s’agit ici d’un questionnaire envoyé aux membres du site Babelio, et ont répondu majoritairement des femmes (84,4%), plutôt jeunes (28% entre 18 et 34 ans), grosses lectrices et lisant surtout des romans jeunesse.

Et surtout, l’achat genré n’est pas forcément conscient. Il s’agit là d’un questionnaire purement déclaratif. Mais mon expérience personnelle me pousse à dire qu’il y a peut être un décalage entre le choix conscient et la réalité. Il y a 2 ou 3 ans, j’aurais affirmé en toute bonne foi que « mes choix de livres ne différaient pas » selon le genre de l’enfant. Mais une réflexion plus poussée sur le sujet ces dernières années m’a montré qu’il était en fait extrêmement difficile de ne pas être influencée par le genre de l’enfant à qui on destine le livre. J’ai ainsi réalisé que sans en être consciente, je proposais plus volontiers un livre sur les voitures à un garçon qu’à une fille. Et qu’il ne me serait même pas venue à l’idée de proposer de la chick litt’ à un garçon. Et même aujourd’hui, je trouve cela très compliqué de me détacher complètement des stéréotypes de genre.

D’ailleurs, quand un parent me demande conseil de livre pour ses enfants, il me dit systématiquement « c’est pour un garçon de tel âge » « c’est pour une fille de tel âge ». Il faut presque toujours que je demande pour avoir d’autres informations pourtant plus pertinentes (goûts en terme de livre, niveau de lecture…).