Actes Sud Junior

Homosexualité dans les albums jeunesse, partie 2

Comme je le disais à propos du fils des géants de Gael Aymon, plusieurs auteur·e·s utilisent l’univers bien connu des contes de fées pour mettre en scène des couples homosexuels. Ici, il n’est plus question d’homoparentalité, mais d’histoire d’amour naissantes, de rencontres. Un détournement du coup de foudre de la princesse et du prince charmant que l’on trouve si souvent (ça me fait penser que je n’ai toujours pas publié l’article sur le coup de foudre de la princesse et du prince charmant, pourtant il y a énormément à dire d’un point de vue féministe !).

Commençons donc avec des princesses lesbiennes !

Cela a commencé dès Camelia et Capucine d’Adela Turin et Nella Bosnia (Actes Sud Junior, 2000, épuisé), auteures de rose bombonne aux éditions des femmes en 1975.

camélia et Capucine

Je ne l’ai malheureusement pas trouvé, donc je ne peux vous en donner que le résumé de l’éditeur : « Camélia passe le plus clair de son temps chez Capucine, une amie qui lui apprend la musique, des recettes savoureuses ou l’art d’interpréter les rêves. Depuis sa plus tendre enfance, Camélia est promise à un prince, riche et beau. Quand il la demande en mariage, son arrogance déplaît à Camélia, qui se débarrasse de sa bague de fiançailles. Ses parents mettent le château sens dessus dessous pour la retrouver. En vain. Capucine prend alors un malin plaisir, en interprétant les rêves du roi, à bouleverser tout le château. Scandalisé, le prince prend la fuite. Au grand soulagement de Camélia et de Capucine qui, depuis, coulent ensemble des jours heureux. »

Dans Cristelle et Crioline de Muriel Douru (KTM, 2011), la princesse Cristelle doit se marier. Mais elle n’est guère intéressée par le « crapaud charmant » ! Elle tombe amoureuse d’une petite grenouille, Crioline, et contrairement à ses craintes, son père le roi est ouvert d’esprit et les marie.

Cristelle et Crioline

Ce livre est publié par KTM, un éditeur spécialisé dans les romans lesbiens pour adulte et qui a publié seulement cet album pour la jeunesse. Si je trouve le texte sympa, je dois avouer que je trouve les illustrations sans intérêt.

Dans la princesse qui n’aimait pas les princes d’Alice Brière-Haquet et Lionel Larchevêque (Actes Sud Junior, 2010), on retrouve la princesse comme on l’imagine : blonde, en robe rose… et bien sûr, elle doit se marier ! Alors son père, le roi, fait défiler tous les prétendants afin qu’elle se décide, les princes du monde entier, et même « des super héros aux capes belles comme des drapeaux, et quelques très savants sorciers bien calés sur leurs balais. Il y avait aussi : de géniaux scientifiques aux mille inventions fantastiques, et de grands champions du monde, de foot, de course ou d’aviron ». Mais aucun ne lui convient.

princesse qui n'aimait pas les princes

Il fait alors appel à une fée pour dénouer la situation et là… le coup de foudre : « En une seconde, elle comprit que c’était Elle. En deux secondes, elle montait derrière sa selle. En trois secondes, elles galopaient sous le grand ciel ».

princesse qui n'aimait pas les princes 1

Un livre que j’aime beaucoup ! Et signalons au passage que la fée est noire, ce qui est particulièrement rare, dans les albums jeunesse en général, déjà, et dans les albums sur ce sujet en particulier, à croire que les LGBT sont tous blancs (ou alors des animaux !). Et qu’il ne tait pas les difficultés auxquelles les couples de même sexe doivent faire face dans notre société (même si la question du mariage a évolué depuis la sortie du livre), puisqu’il s’achève ainsi : « Elles ne purent pas vraiment se marier, et pour faire des bébés, ce fut un peu plus compliqué… mais toutes les deux, elles vécurent heureuses. Et c’est ainsi que doit s’achever tout véritable conte de fées. »

Heu-reux de Christian Voltz (Rouergue, 2016), reprend le même scénario, sauf que cette fois c’est le prince qui doit se choisir une épouse dans la foule de prétendantes que son père fait défiler devant lui. A tel point que j’ai eu une impression de quasi plagiat un peu désagréable à la première lecture. Mais en le relisant, et en le lisant à voix haute, j’ai aussi vu à quel point ce livre était un régal à lire et tout l’humour qu’on y trouve.

heureux voltz

Ici, le père s’affirme résolument moderne. Il veut que son fils soit « heureux ! ». Alors s’il doit renoncer à que son fils épouse une vache, il est suffisamment ouvert d’esprit pour que son fils épouse une chèvre. Ou une truie. Oh puis après tout, il peut épouser qui il veut. ça tombe bien, le prince est amoureux d’Hubert le Bélier !

heureux voltz

Les illustrations de Christian Voltz sont chouettes et pleines de détails et d’humour. Le détournement du défilé des prétendantes fonctionne très bien. Chlopitille en parle .

Dans Titiritesse de Xerardo Quintia et Maurizio A. C. Quarello (OQO, 2008), la princesse Titiritesse fuit sa mère qui veut qu’elle se comporte « comme une princesse » et la préceptrice qui vient lui enseigner les bonnes manières. Avec l’aide de l’âne Buffalet, elle va délivrer Wendoline du monstre Avalesix Duncoup.

titiritesse

Au moment où elles se rencontrent, « une brise joueuse se souleva alors et leur fit des chatouillis dans la tête ».

Un album vraiment original, autant par ses illustrations que par son histoire : si on retrouve de nombreux éléments détournés du conte de fée traditionnel, l’album nous entraine ensuite dans un voyage onirique très particulier, où les princesses découvriront un « mot pour rire », Trukulutru !

 

 

Amour entre enfants

Certains livres pour enfants se placent dans un univers beaucoup plus réaliste et racontent des histoires d’amour, comme peuvent les vivre les enfants. Avec des réactions d’adultes plus ou moins bienveillantes…

J’avais déjà parlé ici de la BD Bichon de David Gilson (Glénat, 2013). Depuis, les volumes 2 et 3 sont sortis (en 2015 et 2017).

 

Dans Philomène m’aime de Jean-Christophe Mazurie (P’tit Glénat, 2011), tous les garçons sont amoureux de Philomène.

philomène m'aime

Quand elle passe en vélo, tout s’arrête. Mais les garçons sur son chemin l’indifférent car elle est amoureuse de Lili.

 

Jérôme par coeur de Thomas Scotto et Olivier Tallec a été publié chez Actes Sud en 2009 et est disponible actuellement dans leur collection « poche » encore une fois.

jérome par coeur

Et c’est un petit bijou.

« Raphael aime Jérôme, je le dis. Très facile ». Raphael aime Jérôme parce qu’il lui tient toujours la main, très accroché, pour le 100% coton de son sourire et parce qu’il raconte des mensonges qui ressemblent à de vraies histoires. Le soir, il fait « des provisions de lui pour la nuit ». Et parfois il en rêve, même. Mais la façon dont il parle de Jérôme ne plait pas à ses parents. Alors forcément, Raphael s’interroge. Mais la force de ses sentiments est là.

Le quotidien des enfants, la force de leur amour, la délicatesse des illustrations d’Olivier Tallec qui répond à celle des mots de Thomas Scotto… Ce livre est un gros coup de coeur.

 

Deux garçons et un secret d’Andrée Poulin et Marie Lafrance (éditions de la Bagnole, 2016), qui nous vient du Québec mais est également distribué en France, nous présente aussi deux petits garçons qui s’aiment et les réactions de leurs parents.

deux garçons et un secret

Emile et Mathis sont les meilleurs amis du monde. Un jour, Emile trouve une bague dans le bac à sable du square. Et ça lui donne une idée : ils vont se marier ! Comme ça, quand ils seront grand, ils habiteront ensemble et Emile pourra emprunter à Mathis son camion de pompiers. Alors avec leurs amis, ils préparent un beau mariage.

deux garçons et un secret mariage

Mais quand Emile le raconte à ses parents, le soir, son père affirme qu' »un gars ne se marie pas avec un gars. Ça ne se fait pas » et lui interdit de garder la bague. Les parents de Mathis, eux, le soutiennent. « Lorsque la maman de Mathis le borde dans son lit, elle lui dit : Quand tu seras grand, si Emile et toi, vous vous aimez encore, vous pourrez vous marier pour de vrai. » Alors Emile et Mathis décident de rester mariés en secret. Parce que « des fois, les parents se trompent, comme les enfants ».

L’illustratrice parle de son travail sur cet album ici.

 

Dans Boum boum et autres petits (grands) bruits de la vie de Catherine Lafaye Latteux et Mam’zelle Roüge (Frimousse, 2011, épuisé, réédité par Pourpenser en 2018), on entend les bruits de la vie.

Les bruits du coeur de Timothée qui pense à Fleur, et les « cling cling » que font les pièces quand ils vont au cinéma ensemble. Mais aussi le « snif snif » de José qui les voit, lui qui aime Timothée en secret.

Mais il va rencontrer un autre garçon, et leur amour fera les mêmes bruits de coeur qui bat, de moments partagés et de joie. « et tant pis si un jour cet amour fait GRAND bruit autour de lui ».

Enfin, un album que j’avais raté (mais il va falloir que je répare ça parce que vraiment il a l’air chouette), ça change tout ! de Cathy Ytak et Daniela Tieni (Atelier du poisson soluble, 2017).

ça change tout

Camille aime Baptiste. Alors Camille lui donne des poèmes sur des petits papiers. Et Baptiste lui répond avec des Bulles de savon.

Je n’ai pas pu voir le livre en dehors des extraits sur le site de l’éditeur, aussi je vous cite un extrait de sa critique par Gabriel sur la mare aux mots en vous encourageant vivement à aller voir son article où il propose des livres jeunesses LGBTQ+ (notons ici que Gabriel m’a beaucoup aidé pour cette série d’articles, en me donnant des références, en me prêtant des livres, etc) : « L’autrice joue avec la surprise (nos visions hétérocentrées penseront d’abord que Camille est une fille). On est loin ici des clichés et, contrairement à la plupart des livres sur le sujet, rien n’arrive de négatif aux deux héros de l’histoire. À noter que ici, et c’est tellement exceptionnel qu’il faut le signaler, on parle de bisexualité car les héros ont aussi été amoureux de filles. »

 

Voilà pour aujourd’hui, j’espère vous avoir donné envie avec tous ces chouettes albums. J’ai un troisième article en préparation pour compléter tout ça (en espérant le publier dans moins de 3 mois…) et parler de la banalisation de l’homoparentalité, de l’homophobie ou de la transidentité dans les albums jeunesse, et pour vous proposer quelques ressources supplémentaires.

Identité masculine et adolescence

Aujourd’hui, j’avais juste envie de partager avec vous une citation de Gael Aymon à propos de la construction de l’identité masculine, à l’occasion de la publication de son dernier roman chez Actes Sud Junior, Oublier Camille.

« Le roman aborde la construction d’une identité masculine parmi tant d’autres, ni la mienne, ni une masculinité « universelle ». L’adolescence est l’âge où l’on apprend qu’il faut porter des masques, endosser un rôle, pour se conformer aux attentes de la société. Une des représentations imposées aux garçons est qu’un homme se construirait seul, instinctivement, sans mystère et sans faillir. Chaque homme un tant soit peu honnête sait pourtant intimement que cela est un mensonge. »

 

Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus sur le roman que je n’ai pas (encore ?) lu, voilà le résumé de l’éditeur :

« Yanis est sincèrement amoureux de Camille. Ils se sont rencontrés trois ans plus tôt. Pourtant, “être un mec” et “assurer” avec les filles, c’est plus facile à dire qu’à faire. Devenir un homme oui, mais quel homme ? Et est-ce que tous les hommes sont censés savoir instinctivement quoi faire ? Camille le trompe, lassée d’attendre qu’il fasse le premier pas, et lui avoue son dérapage dans une lettre. Yanis coupe brutalement les ponts avec elle, vacille, doute sur son identité. Il fait de nouvelles rencontres même si, une fois encore, il réalise que ce n’est jamais simple d’aller vers les autres… Auprès de son cousin Manu, apprenti comédien de passage à Paris, il trouve le réconfort et les conseils qui lui manquaient. Il découvre le théâtre, la prise de risques, le bonheur de jouer et de vivre les mots des autres. »

Vous pouvez aussi retrouver  cet article de Maman Baobab, celui d’enfantipages, et de nombreux autres avis réunis ici par l’auteur. Gael Aymon s’intéresse à la remise en cause des stéréotypes dans les albums jeunesse et a publié plusieurs albums et contes chez Talents Hauts. J’aurai sans doute l’occasion d’en reparler !

Les liens de la semaine (7 septembre 2014)

Aujourd’hui, on commence avec un livre pour ados bourré de stéréotypes sexistes. Quelques mois après l’article de Mme Déjantée, le dico des filles (Fleurus) refait parler de lui sur des sites québécois, la gazette des femmes et la presse.

 

Mais on poursuit heureusement avec plein de chouettes albums :

Elise Gravel, auteure et illustratrice, propose gratuitement sur son site un album pour enfants numérique intitulé « tu peux » pour lutter contre les stéréotypes de genre. « vous y trouverez des filles qui pètent, des garçons sensibles, des filles drôles et des garçons qui prennent soin des plus petits. »

tu peux elise gravel

Un article de radio Canada présente le projet ici.

A l’occasion de sa réédition le 24 septembre chez Actes Sud Junior, La Mare aux Mots parle du super Rose bonbon d’Adela Turin et Nella Bosnia, initialement publié aux éditions des femmes, dans la collection du côté des petites filles. On y trouve aussi un article sur le chevalier noir de Michaël Escoffier et Stephane Sénégas (Frimousse, 2014) qui va compléter ma liste présentant des princesses pas niaises. Vous pouvez en voir quelques extraits ici. Enfin, on y parle de Jérôme par Coeur de Thomas Scotto et Olivier Tallec album dans lequel Raphaël aime Jérôme, ce qui perturbe les adultes de son entourage qui cherchent à coller une étiqueter sur leur relation (amitié ? amour ?). On trouve également des articles sur ce livre dans Causette et dans le cabas de Za.

Retrouvez  les liens au fil de la semaine sur la page facebook du blog et sur twitter ! Bonne lecture.

Les liens de la semaine (27 juillet 2014)

Un moment que je n’avais pas pris le temps de réunir des liens ici… Mais me revoilà avec de la lecture !

– Sur le blog de l’institut Egaligone, une étudiante en psychologie raconte son stage en MJC « pour plus d’égalité via les albums jeunesse » et propose un livret intitulé « l’égalité filles/garçons et les albums jeunesse » :

Ce livret sert donc à montrer ce qui est en jeu dans les albums jeunesse, comment certaines différences entre filles et garçons peuvent passer pour naturelles, alors que construites dans le livre et par la société, comment les personnages/histoires ne sont pas similaires selon le sexe du personnage. C’est donc une vision critique – sans être négative – des livres dédiés aux enfants et jeunes, afin que ceux-ci et celles-ci soient moins exposé.e.s aux stéréotypes ou à des contraintes en raison de leur sexe, mais justement qu’ils et elles puissent faire des choix de la manière la plus libre et autonome possible, de les éclairer sur les questions d’égalité.

Elle propose également une analyse de plusieurs albums jeunesse, comme Suzanne est à la hauteur de Fred L. (Talents hauts, 2011), 65 millions de français de Stéphanie Duval & Sandra Laboucanie (Bayard, 2012), La petite casserole d’Anatole d’Isabelle Carrier (Bilboquet-Valbert, 2009)…

– Un article de 2009 sur l’édition genrée, où on constate que les choses n’ont pas vraiment changé ces dernières années…

livres filles:garçons

(Quand même Gallimard s’y met…)

– Un article des cahiers pédagogiques sur « C’est quoi être une fille ? C’est quoi être un garçon ? » de Stephane Clerget et Florence Lotthé-Glaser (Bayard, 2014). Rappelons que Stephane Clerget est également auteur de « Comment plaire aux filles » et « Comment plaire aux garçons » qui m’avaient fait dresser les cheveux sur la tête il y a quelques temps

Et parmi les présentations et analyses de livres pour enfants, citons un article de la mare aux mots sur le chouette livre d’Alice Brière-Haquet et Lionel Larchevèque, la princesse qui n’aimait pas les princes (Actes Sud Junior, 2010) et un article de Delivrer des livres sur Riposte : comment répondre à la bêtise ordinaire de Jessie Magana et Alain Pilon (Actes Sud Junior, 2014).

Les liens de la semaine (25 mai 2014)

Cette semaine :

Ca y est, l’émission « Ecoute, il y a un éléphant dans le jardin » du 14 mai peut être réécoutée en ligne. L’invitée est Jessie Magana, auteure entre autres de :

  • Comment parler de l’égalité filles-garçons aux enfants, de Jessie Magana, le Baron perché, pour adultes
  • Riposte ! comment répondre à la bêtise ordinaire, de Jessie Magana, illustré par Alain Pilon, Actes Sud junior, à partir de 9 ans
  • Les mots indispensables pour parler du sexisme, de Jessie Magana et Alexandre Messager, Syros, pour grands ados et adules

Je n’ai pas encore eu le temps de l’écouter, mais je suis sûre que c’est passionnant, et j’ai justement prévu de vous parler très bientôt des documentaires pour ados de chez Syros.

 

Un article d’une bibliothécaire sur la nécessité de proposer aux enfants des livres variés et des livres qui abordent entre autres les questions d’égalité des sexes (et sur le fait que ça se fait dans le cadre d’une politique d’acquisition réfléchie) : « Les documentaires comme les albums et les romans traitent parfois de sujets de société comme la famille, la parité, le sexisme ou encore l’homosexualité. Ce sont des thèmes qui intéressent les enfants au même titre que les volcans ou les dinosaures. Si le traitement de l’information est adapté dans le documentaire, si le roman et l’album présentent de vraies qualités littéraires alors le livre sera acheté. » 

Un compte-rendu de lecture sur le livre de Catherine Monnot, Petites filles d’aujourd’hui, l’apprentissage de la féminité (Autrement, 2009), découvert grâce au blog de l’institut Egaligone.

Un article du blog Des livres et des enfants à propos de l’album Votez Victorine de Claire Cantais (qui avait déjà illustré On n’est pas des poupées, mon premier manifeste féministe). Encore un album dont il faut que je vous parle !).

 

Et retrouvez toujours les liens sur la page facebook du blog ! Bonne lecture.