Claire Cantais

Ni poupées ni super-héros !

Aujourd’hui, je vais vous parler de rien de moins que d’un « premier manifeste antisexiste ». C’est le sous-titre de Ni poupées ni super-héros ! de Delphine Beauvois et Claire Cantais édité par la ville brûle (2015).

ni poupée ni super héros

« Les filles… les garçons… c’est comme ça… et pas autrement !

Non mais ça va pas la tête !? »

Cet album dit donc non aux clichés et va déconstruire les stéréotypes qu’on impose aux petites filles ou aux petits garçons. Ici, pas de narration, mais des enfants qui parlent à la première personne et qui affirment qu’ils ont le droit de faire ce qu’ils veulent, d’aimer ce qu’ils veulent, de vivre comme ils le souhaitent !

imageimage

De nombreux stéréotypes sont abordés : les jeux et activités « de filles » ou « de garçons », l’idée que les garçons ont le droit d’être sensibles et d’exprimer leurs sentiments, que les filles peuvent être aventurières, que chacun doit avoir le même espace pour s’exprimer, que les filles ne doivent pas être jugées sur leur physique, etc.

image

Un livre qui est donc très complet et surtout ouvre la porte à de nombreuses discussions, à des échanges entre parents et enfants mais aussi entre enfants, comme Chlop le raconte ici.

image

Et puis il y a les magnifiques collages de Claire Cantais : aplats de couleurs, motifs, et les yeux, nez et bouches d’enfants réels qui complètent les visages. Enfants de différentes couleurs de peau, ce qui n’est pas un détail !

image

Ce qui m’a plu, aussi,ce sont les références féministes qu’on y trouve : portraits de Rosie la  riveteuse, de Simone de Beauvoir, de Louise Michel ou d’Angela Davis, slogans et symboles féministes… Même si les enfants n’auront bien sûr toutes les références, certaines sont explicités en fin d’ouvrage, dans une page « documentaire » et j’aime le principe d’intégrer l’objectif d’une éducation antisexiste dans le combat féministe passé, puisqu’il en découle logiquement.

Delphine Beauvois et Claire Cantais avaient d’abord publié, en 2013, on n’est pas des poupées, mon premier manifeste féministe. J’avais adoré la couverture et l’emploi assumé du mot féministe, qu’on trouve rarement en littérature jeunesse, même dans les livres qui abordent les stéréotypes de genre. Puis l’année suivante, elles ont publié on n’est pas des super héros, mon premier manifeste antisexiste. Le premier portait donc sur les stéréotypes pesant sur les filles, e second sur les stéréotypes pesant sur les garçons (et non pas le premier s’adressant aux filles, le second aux garçons).

Les contenus des deux ouvrages ont été mêlés dans cette nouvelle édition et à mes yeux c’est une réussite.

L’auteure, l’illustratrice et l’éditrice ont répondu à une interview expliquant ce projet sur le blog la Mare aux Mots et c’est passionnant. Vous pouvez aussi retrouver des articles sur ces livres chez Chlop, sur la Mare aux mots (on n’est pas des poupées et on n’est pas des super-héros), dans le tiroir à histoires, dans la soupe de l’espace

Ces trois albums ont lancé la collection « jamais trop tôt » des éditions La Ville Brûle, qui publie essentiellement des essais pour adultes. Dans la continuité de leur ligne éditoriale, ils ont fait le choix de ne pas raconter d’histoires mais de publier « des albums-manifestes qui ne tournent pas autour du pot pour dire qui l’on est, pour dire ce que l’on veut (et ce que l’on ne veut pas), pour le dire haut et fort, sans clichés ni périphrases mais avec beaucoup de fantaisie ».  Je présente aujourd’hui un autre de leurs livres sur le blog des vendredis intellos, on n’est pas si différents ! qui parle du handicap. Et leur dernier album, On n’est pas des moutons, insiste sur l’importance de penser par soi-même, d’être unique.

Inspirée par Ni poupées, ni super-héros, Claire Cantais a créé un cahier d’activité, mon super cahier d’activités antisexistes.

super cahier d'activités antisexistes

On y trouve des labyrinthes, des dessins, des collages, un jeu de l’oie, des histoires à créer, des masques…

Un cahier très riche, donc, et surtout très beau puisqu’on retrouve les illustrations de Claire Cantais, que le papier est épais, que les activités sont variées… Mais il nécessite parfois d’être accompagné par un adulte, puisque certains textes sont ouvertement là pour ouvrir un échange.

Et on termine avec un slogan féministe que j’aime beaucoup :

image

Alors, vous avez trouvé ?

Publicités

Les liens de la semaine (30 septembre 2014)

(oui, je sais, mes semaines ont des durées variables en ce moment…)

 

Les livres pour enfants :

Il y a eu les chroniques croisées avec la Mare aux mots et Maman Baobab : la Mare aux mots a parlé, comme moi, de l’Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon et de la dictature des petites couettes en citant gentiment mon avis, et Maman Baobab a parlé de l’Histoire de Julie, mais aussi de Rose bonbon et de la série Zazie. Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de lire leurs chroniques, faites le vite !

Toujours sur la Mare aux mots, une interview d’Elise Gravel, auteure de Tu peux, album numérique antisexiste gratuit (téléchargeable ici).

Encore un article de la Mare aux mots sur un album intitulé l’heure des mamans de Yael Hassan et Sophie Rastegar qui souligne que justement, les mères ne sont pas les seules à aller chercher leurs enfants à l’école.

Chlop parle de la dictature des petites couettes d’Ilya Green dont j’ai parlé ici.

Bouma parle du chouette Votez Victorine de Claire Cantais.

Méli-mélo de livres parle d’Oublier Camille de Gaël Aymon.

Phypa parle sur les vendredis intellos du Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses de Catherine Dufour que j’avais évoqué ici. Au passage, je vous conseille vivement de découvrir la catégorie Modèles féminins de son blog.

L’édition genrée :

Un intéressant témoignage de Clémentine Beauvais sur le fait d’être auteure de romans pour les 7-10 ans et en particulier sur la difficulté d’éviter que l’éditeur n’en fasse un livre genré :

« Le problème étant que même quand on dit et répète qu’on NE VEUT PAS UN LIVRE GENRé et qu’on écrit une histoire qu’on considère parfaitement dégenrée, l’éditeur dit oui oui bien sûr et au final on se retrouve quand même avec une couverture rose à paillettes ou bleu marine métallisé, et les chroniques se succèdent qui annoncent ‘une histoire qui devrait plaire à toutes les petites filles’ ou ‘qui va enfin faire lire les petits garçons’. »

La recherche :

Voilà le programme de la journée d’étude «Etre une fille, un garçon dans la littérature de jeunesse européenne de 1950 à 2014 » à Bordeaux le 22 octobre.

Et même si ça ne concerne pas directement la littérature jeunesse, une journée d’étude « Que faire de la théorie du genre ? » à Lyon le 17 octobre.

Les anti-genres :

Plus énervant, Farida Belghoul propose des lectures collectives de contes traditionnels pour lutter contre la théorie du genre avec vérification de la compréhension par les enfants et réponses toutes faites (c’est par là si jamais vous avez besoin des réponses).

Et la manifestation prévue le 5 octobre risque d’apporter son lot de propos qui donnent envie de s’arracher les cheveux…

Les liens de la semaine (15 juin 2014)

On commence avec l’analyse sur Twitter de Comment plaire aux garçons et de Comment plaire aux filles par @SaptePupici et @FloZ. Je les ai rajouté en lien dans mon article sur Comment plaire aux garçons.

Je je vous parlais la semaine dernière des menaces sur l’ABCD de l’égalité, les reacs en profitent pour attaquer à nouveautés ABCD et les nouvelles news publient un article sur le sujet.

Une sélection de livres contre le sexisme en littérature jeunesse par la librairie Ombres blanches à Toulouse.

Et des articles sur deux albums antisexistes, Salut ! de Perrine Dorin par Claire et Votez Victorine de Claire Cantais dans le cabas de Za.

Les liens de la semaine (1er juin 2014)

Cette semaine :

Une sélection des livres des éditions Didier Jeunesse qui abordent la question de l’identité fille/garçon. On y trouve des livres d’Ilya Green, de Stéphane Servant…

Légothèque, un blog de l’Association des Bibliothécaires de France un blog sur les bibliothèques, la construction de soi et la lutte contre les stéréotypes. Il s’intéresse à la fois à l’antisexisme et au multiculturalisme.

Je découvre en retard que l’université Lyon 1 a organisé le 5e festival science et manga sur le thème du genre. Si la manifestation est terminée, on peut encore trouver sur le blog du festival des ressources intéressantes, en particulier une sélection de mangas analysés du point de vue du genre et des conférences filmées.

Une présentation des éditions Talents Haut par Camille Labousse. Son article a été commenté sur les vendredis intellos.

Pour ce qui est des livres antisexistes, la maison d’édition Des ronds dans l’O publie des bandes dessinées regroupant des courts récits d’auteurs et d’illustrateurs différents, intitulées En chemin, elle rencontre, sur les droits des femmes. L’éditeur leur a consacré des pages internet détaillées, avec présentation du projet et lien vers des articles de journaux ou de blogs qui en parlent. Le  premier volume s’intitule les artistes s’engagent contre la violence faite aux femmes, le second les artistes se mobilisent pour le respect du droit des femmes et le dernier les artistes se mobilisent pour l’égalité Femme-Homme. Ce dernier volume est également présenté (avec des images) par Noukette.

Je vous invite également à lire l’article de Delivrer des livres sur On n’est pas des poupées, mon premier manifeste féministe de Delphine Beauvois et Claire Cantais (la ville Brûle, 2013) et un article de Toute la culture sur la déclaration des droits des filles et la déclaration des droits des garçons d’Elisabeth Brami et Estelle Billon-Spagnol (Talents Hauts, 2014).

Et retrouvez toujours les liens sur la page facebook du blog ! Bonne lecture.

Les liens de la semaine (25 mai 2014)

Cette semaine :

Ca y est, l’émission « Ecoute, il y a un éléphant dans le jardin » du 14 mai peut être réécoutée en ligne. L’invitée est Jessie Magana, auteure entre autres de :

  • Comment parler de l’égalité filles-garçons aux enfants, de Jessie Magana, le Baron perché, pour adultes
  • Riposte ! comment répondre à la bêtise ordinaire, de Jessie Magana, illustré par Alain Pilon, Actes Sud junior, à partir de 9 ans
  • Les mots indispensables pour parler du sexisme, de Jessie Magana et Alexandre Messager, Syros, pour grands ados et adules

Je n’ai pas encore eu le temps de l’écouter, mais je suis sûre que c’est passionnant, et j’ai justement prévu de vous parler très bientôt des documentaires pour ados de chez Syros.

 

Un article d’une bibliothécaire sur la nécessité de proposer aux enfants des livres variés et des livres qui abordent entre autres les questions d’égalité des sexes (et sur le fait que ça se fait dans le cadre d’une politique d’acquisition réfléchie) : « Les documentaires comme les albums et les romans traitent parfois de sujets de société comme la famille, la parité, le sexisme ou encore l’homosexualité. Ce sont des thèmes qui intéressent les enfants au même titre que les volcans ou les dinosaures. Si le traitement de l’information est adapté dans le documentaire, si le roman et l’album présentent de vraies qualités littéraires alors le livre sera acheté. » 

Un compte-rendu de lecture sur le livre de Catherine Monnot, Petites filles d’aujourd’hui, l’apprentissage de la féminité (Autrement, 2009), découvert grâce au blog de l’institut Egaligone.

Un article du blog Des livres et des enfants à propos de l’album Votez Victorine de Claire Cantais (qui avait déjà illustré On n’est pas des poupées, mon premier manifeste féministe). Encore un album dont il faut que je vous parle !).

 

Et retrouvez toujours les liens sur la page facebook du blog ! Bonne lecture.