Attention, un chantier n’est pas un lieu pour les femmes (vive les stéréotypes, 16)

Le magicien a un nouveau livre sur les chantiers. C’est un livre plutôt bien fait, très complet, avec des pages à déplier, des rabats, etc. Mais j’ai quand même jeté un coup d’oeil aux représentations genrées, et là, ça fait mal…

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Attention chantier d’Anne-Sophie Baumann et Vincent Mathy (Gallimard Jeunesse, septembre 2015).

Dans ce livre, donc, il y a 106 personnages, dont… 3 femmes.

Qui sont respectivement :

  • l’aide de l’architecte (l’illustration laisse penser qu’elle est une architecte à part entière, puisqu’elle dessine des plans, mais le texte qui l’accompagne est au masculin singulier, pour qu’on comprenne bien que l’Architecte avec un grand A, c’est l’homme).
  • 2 des futurs propriétaires qui visitent l’immeuble à la fin du chantier (parce qu’on achète un appartement… en couple hétérosexuel).

Il n’y a AUCUNE femme directement sur le chantier. J’aimerais dire que ce livre est une exception, mais c’est quasiment systématique dans les livres sur ce sujet… Une exception cependant, sur le chantier  de Byron Barton où on trouve des femmes comme des hommes parmi les ouvriers.

Je finirais sur une note un peu plus positive en soulignant un effort fait en revanche sur la diversité ethnique des personnages. On trouve en effet de nombreux personnages racisés, et pas seulement parmi les ouvriers, mais aussi parmi les métiers qualifiés (géomètre, architecte) et parmi les futurs propriétaires.

 

(désolée pour l’absence un peu longue, je peine à trouver du temps pour le blog en ce moment, mais j’espère revenir très vite !)

Une princesse qui attend le prince charmant…

Dans les contes traditionnels, le prince accomplit des exploits pour obtenir la main de la princesse. Il la délivre, la sauve, ou triomphe de l’épreuve réclamée par le roi pour l’épouser. La princesse, elle, attend et le regarde affronter les épreuves.

Simone de Beauvoir dit, dans le deuxième sexe, tome 2 (Gallimard, 1949) :

« Elle apprend que pour être heureuse il faut être aimée ; pour être aimée, il faut attendre l’amour. La femme c’est la Belle au Bois Dormant, Pean d’Ane, Cendrillon, Blanche Neige, celle qui reçoit et subit. Dans les chansons, dans les contes, on voit le jeune homme partir aventureusement à la recherche de la femme ; il pourfend les dragons, il combat les géants ; elle est enfermée dans une tour, un palais, un jardin, une caverne, enchaînée à un rocher, captive, endormie : elle attend. Un jour mon prince viendra… Les refrains populaires lui insufflent des rêves de patience et d’espoir »

 

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Dans cet extrait du documentaire pour petits les princesses de Stephanie Ledu et Lucie Brunellière (Milan, 2007), cette passivité s’exprime aussi bien dans le texte que dans l’illustration, avec une princesse assise, les mains jointes, alors que le prince est en train de se battre.

Dans Saint Georges et le dragon de Margaret Hodges et Trina Schart Hyman (Le Genevrier, 2014), la princesse Una va chercher le chevalier, elle est présentée comme courageuse, mais comme dans l’illustration précédente, elle assiste au combat de loin : « Georges pria Una de s’éloigner du danger pour assister au combat » puis « sa gente dame n’osa s’approcher pour le remercier que lorsqu’elle fut vraiment sûre que le dragon ne bougerait plus jamais ».

La princesse est parfois enfermée, ce qui l’empêche d’avoir le moindre rôle actif. C’est le cas dans Raiponce, où elle est enfermée dans une tour. Même lorsque la sorcière l’en chasse, qu’elle se retrouve à l’extérieur, elle se contente d’attendre, et c’est le prince, pourtant aveugle, qui se déplace jusqu’à la retrouver.

« L’inconvénient – ou, si vous préférez, l’avantage – d’être une princesse est de demeurer profondément passive. Vous vous contentez de rester assise là, sur votre trône, ou sur quelque rocher avoisinant : que les prétendants et les dragons règlent donc leurs affaires entre eux ! Poussée à l’extrême, cette passivité devient sommeil ou catalepsie. » (Alison Lurie, Ne le dites pas aux grands, essai sur la littérature enfantine, Rivages, 1999). Ainsi dans princesses oubliées ou inconnues de Philippe Lechermeier et Rebecca Dautremer (Gautier-Languereau, 2004) on découvre, avec une ironie certaine, la princesse de la Molle qui « a pour règle absolue de ne rien faire qui puisse lui couter le moindre effort. Elle se couche tôt, se lève tard et ne manque jamais la moindre sieste. Entre ces moments de repos et afin de se détendre, elle se prélasse sur d’immenses coussins dont la mollesse est légendaire ».

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Mais l’exemple le plus évident reste bien sûr la belle au bois dormant où la princesse dort pendant 100 ans et qui est réveillée par le prince.

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Les albums contemporains reprennent fréquemment cette image de la princesse qui attend. Quand on lit par exemple la princesse, le dragon et le chevalier intrépide de Geoffroy de Pennart (Kaleidoscope, 2013), on s’attend à un détournement du schéma traditionnel du conte (la princesse a un métier, le dragon est son ami, le chevalier est bête), et pourtant, c’est bien le chevalier qui part à l’aventure, affronte des monstres, pendant que la princesse le regarde de loin avec des jumelles et a beau crier qu’il faut l’aider, ne fait rien du tout. Elle finit bien sûr par tomber amoureuse de lui. (cet album a été analysé en détails par Egaligone ici).

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La princesse est donc passive, observatrice voire endormie, pendant que le prince mène l’action. Elle se contente d’attendre le baiser du prince…

Princesse nulle, princesse horrible

Dans les contes, les princesses sont, comme nous l’avons vu, belles, intelligentes, délicates, gentilles… Difficile de s’éloigner de cette image, même dans les albums plus récents où les princesses sont actives, aventureuses, courageuses.

Cependant, Nadja a créé toute une série d’albums avec des petites princesses. Certaines sont jolies et aimables, comme la jolie petite princesse ou la petite princesse de Noël (ce qui n’empêche pas ces albums de proposer une réflexion sur l’image de la princesse. La première se demande justement si on l’aime pour ce qu’elle est vraiment ou pour son apparence). Mais elle ose aussi présenter deux petites princesses qui s’écartent clairement de ce modèle : une petite princesse nulle et une horrible petite princesse.

horrible petite princesse

L’horrible petite princesse (l’école des loisirs, 2004) est une princesse VRAIMENT horrible. Aussi bien laide physiquement (comme je l’ai déjà dit) que méchante, cruelle et désagréable. J’avoue trouver assez jouissive tant de méchanceté assumée.

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Ce qui est appréciable, surtout, dans la remise en cause des stéréotypes, c’est qu’il ne s’agit pas d’un état passager et que l’horrible petite princesse ne devient ni gentille, ni adorable à la fin du livre (même si la toute dernière page laisse une piste de réflexion aux enfants sur les raisons de sa méchanceté, qui renvoie malheureusement un peu trop la responsabilité de la chose à la mère). Elle rencontre un monstre aussi méchant et horrible qu’elle, ils se marient (on n’échappe donc pas au mariage ici) et ils ont beaucoup d’enfants tout aussi atroces.

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La petite princesse nulle (l’école des loisirs, 2006), elle, est comme le titre l’indique, complètement nulle.

petite princesse nulle

Gentille, attentionnée, mais tellement nulle en tout que ses parents n’en peuvent plus, que les princes s’enfuient après l’avoir rencontré.

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Là encore, le mariage avec un prince est présenté comme un incontournable. Mais alors que les princes, « quand ils s’aperçurent à quel point la princesse était nulle… ils repartirent dare-dare dans leurs royaumes ou ailleurs », arrive un prince différent :

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Là encore, pas de transformation radicale de la princesse. Ce qu’elle a préparé à manger ne semble pas plus appétissant qu’au début du livre, ses dessins sont toujours aussi moches et elle regarde pour la 4002e fois le même film. Et pourtant, le prince l’aime comme elle est. Un message important, donc : mieux vaut être soit-même qu’un modèle imposé, la nullité est très relative…

Message souligné par deux enfants qui discutent à la dernière page :

-En fait, elle n’était pas si nulle que ça !

-Ouais… C’est comme quand tu dis que je suis nul… c’est toi qui me trouve nul… en fait, je suis PAS nul !

En un mot, deux albums qui changent et qu’on peut proposer aux enfants dès 4 ans.

 

« féminin – masculin », 100 films pour lutter contre les stéréotypes

Les départements de Drôme et d’Ardèche font décidément de belles choses en matière de ressources pour lutter contre les stéréotypes. Après leurs merveilleuses bibliographies jeunesse Pour l’égalité des filles et des garçons (2009), pour bousculer les stéréotypes fille garçon (2013) et Fille garçon, l’aventure d’être soi (2015),ils publient féminin-masculin, 100 films pour lutter contre les stéréotypes.

100 films contre les stéréotypes

Vous pouvez la trouver en ligne ici.

Cette filmographie a été rédigée par la fédération des oeuvres laïques de la Drôme et est destinée aux jeunes. Pour chaque film, on a une indication de l’âge auquel on peut le voir. On y trouve quelques films visibles dès le CE2, mais la plupart sont destinés aux lycéens.

On y trouve les catégories suivantes : entre elles, héroïnes, le poids de la tradition, les droits n’ont pas de sexe, les stéréotypes c’est pas mon genre,  mon corps et moi, parcours féminins singuliers, qui suis-je ?, révolte et solidarité/s’affranchir, violences et contraintes.

Et voilà le sommaire :

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Une filmographie très utile pour les enseignants de l’école primaire au lycée mais aussi pour les adultes ou les parents de jeunes qui s’intéressent à la question.

Elle rejoint les autres ressources sur la page Bibliographies.

La princesse parfaite

Les princesses présentées précédemment sont loin d’être parfaites. La princesse dont je vous parle maintenant l’est, parfaite. Mais ce n’est pas si enviable…

princesse parfaite

La princesse parfaite de Frédéric Kessler et Valérie Dumas (Thierry Magnier, 2010)

Dans ce royaume, « les princesses ont pour prénom le don qu’elles ont reçu de leur marraine ». Le roi choisit pour sa fille le don de perfection.

Depuis ce jour, Princesse-Perfection est en tout point parfaite. A un an, elle parle parfaitement pour faire plaisir à papa. A deux ans, elle range sa chambre et s’habille seule pour faire plaisir à sa gouvernante. A trois ans, elle sait lire et écrire pour faire plaisir à sa maman. A quatre ans, elle parle dix langues vivantes pour faire plaisir à son professeur de langues vivantes. A cinq ans, elle parle dix langues mortes pour faire plaisir à son professeur de langues mortes. A six ans, pour faire plaisir à sa mère, elle joue du piano en sourdine pour ne pas déranger son père. Et à sept ans, elle sait tout sur tout pour faire plaisir à tout le monde.

Les années passent, et Princesse-Perfection devient une jeune fille parfaitement élégante, cultivée et obéissante pour le plus grand plaisir du roi ».

En cherchant à être parfaite, et donc à satisfaire les désirs de tous pour apparaitre parfaite à leurs yeux, la princesse perd de vue ce qu’elle désire elle. Mais sur les conseils de sa mère, elle choisit une nouvelle marraine pour ses 16 ans, qui la débarrasse de ce don de perfection beaucoup trop encombrant et souligne qu’elle est naturellement capable de nommer ses désirs et choisir ce qui est bon pour sa vie.

« Tu feras des erreurs, sans conte, mais tu recommenceras forte de ton expérience. Tu échoueras parfois, mais tu réussiras aussi. »

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Elle s’autorise alors à créer selon ses désirs et à être fière de ses créations, même si la robe qu’elle coud n’est pas parfaite et qu’elle a raté l’ourlet. Elle s’autorise à vivre SA vie.

Cet album insiste sur le fait que savoir ce que l’on désire, être capable de faire des choix et de les faire pour soi et pas seulement pour les autres, c’est beaucoup plus important qu’être parfaite au regard des autres. Quelque chose de très important à rappeler à nos enfants, et peut être encore plus aux filles à qui on a tendance à apprendre à « faire plaisir ». On s’éloigne donc fortement de l’image de perfection finalement très artificielle des princesses.

On retrouve, pour le reste de l’histoire, les classiques des contes : des fées marraines, une reine qui meurt trop tôt, une marâtre, et pour finir un mariage heureux avec un prince charmant. Et, le plus gênant à mes yeux au niveau des stéréotypes de genre, une femme qui sacrifie son indépendance et son pouvoir par amour alors que l’homme ne renonce à rien.

J’ai cependant apprécié, à la fin de l’histoire,

La princesse vécut encore quelques années au château avec son père, sa belle-mère et ses demi)frères et soeurs. Entre elle et Margareth ce ne fut jamais le grand amour, mais au fil du temps chacune finit par trouver sa place afin de vivre en bonne entente.

Une chronique de cet album sur Ricochet.

Histoires de caprices et de pets

Bien élevées, polies, élégantes et raffinées… en un mot, parfaites ! Certaines princesses des albums contemporains se détachent clairement de ce modèle.

Des princesses pas toujours bien élevées…

Les princesses capricieuses se multiplient dans les albums contemporains et les premiers romans. On peut ainsi citer Mélisse, princesse capricieuse, qui s’ennuie. Elle exige de son père, le roi Isidore, d’avoir une peur bleue ou elle quittera le château (Benoît Broyart et Elsa Fouquier, les caprices de Mélisse, Milan, 2013). La princesse aux 1000 caprices de Christophe Miraucourt (Flammarion, 2002, épuisé) soumet tout le royaume, les paysans, le château et même son père le roi, à ses désirs les plus insolites. Dans l’usine à caprices d’Agnès de Lestrade et Claire Wortemann (Milan, 2013), le roi cède à tous les caprices de sa fille, et son serviteur, Blaise, travaille jour et nuit pour satisfaire tous les désirs de la princesse.

usine à caprices

Cependant, la princesse est généralement rappelée à la raison et change son comportement. Dans la princesse aux 1000 caprices, par exemple, l’héroïne « se perd dans la forêt et est recueillie par un couple de bûcherons qui vont lui apprendre les comportements simples de la vie en société. Elle va devoir participer aux tâches ménagères, prendre de l’eau au puits, nettoyer son bol. Elle en reviendra transformée. » (Ricochet). On est donc loin d’une remise en cause subversive de l’image de la princesse.

… ni très distinguées !

« A force de hoqueter, gargouiller et renifler, la Princesse Petits-Bruits, de Gudule et Marjolein Pottie (Mijade, 2013), ne séduit qu’un prince affligé de flatulences. Les Chaussettes de l’archiduchesse (Colas Gutman, Ecole des loisirs, Mouche, 2007) expliquent, par leur odeur méphitique, le célibat prolongé de l’héroïne. » (source)

Les princesses qui pètent sont finalement plutôt nombreuses. Pétunia est la princesse des pets (Dominique Demers et Catherine Lepage, Petunia princesse des pets, Dominique et compagnie, 2006, est présenté ici). On trouve une princesse qui pète en application (la princesse aux petits prouts présenté ici et ). Mais après tout, c’est normal, comme le rappellent Ilan Brenman et Magali Le Huche, dans un album réussi et drôle, Même les princesses pètent (P’tit Glénat, 2015).

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La mare aux mots parle de ce livre ici, la soupe de l’espace .

On trouve aussi au moins une princesse qui rote, la princesse Burp d’El Gora et Eléonore Thuillier (Kaléidoscope, 2014) dont là mare aux mots parle ici (« Même si cette princesse attend un peu passivement le prince charmant et sourit à tous les prétendants, et qu’on aimerait la voir prendre sa vie en main de manière un peu plus indépendante, elle finira par réussir à s’épanouir en s’acceptant telle qu’elle est ! »).

Mais là encore, cela s’accompagne pas forcément d’une remise en cause profonde de l’image de la princesse. En témoigne la fin de Même les princesses pètent :

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Les écoles de princesses

Je reprends aujourd’hui, ma série sur les princesses.

Dans les contes classiques, les princesses semblent grandir « en sagesse, en beauté et en vertu » sans réelle intervention. Il y a là l’idée que les princesses, par leur sang noble, sont naturellement supérieures au tout-venant.

Mais aujourd’hui s’est développée l’idée que les princesses doivent être éduquées. On les rapproche par cela des petites filles « normales » (j’y reviendrai). Cependant, ce n’est malheureusement pas une occasion de remettre en question les stéréotypes, bien au contraire.

Rares sont les princesses qui, comme Alystère dans Même les princesses doivent aller à l’école (Susie Morgenstern, l’école des loisirs, 1991) fréquentent l’école publique. (D’ailleurs, son père est très réticent à l’idée de l’inscrire à l’école Saint-Just !).  

Ainsi, dans le documentaire de Stephanie Ledu et Lucie Brunellière, les princesses (Milan, 2007), la princesse a une gouvernante et des professeurs particuliers, et les leçons évoquées n’évoquent que le maintien, l’étiquette et la distinction, et en aucun cas une formation intellectuelle (les livres servant à la faire se tenir droite en les portant sur la tête).

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Mais se développe aussi, dans la littérature jeunesse contemporaine, des récits ayant lieu au sein d’écoles spéciales pour les princesses. Et là encore, les clichés sont au rendez-vous, à la fois dans les illustrations (omniprésence du rose, en particulier) et dans les cours qui y sont dispensés. Pas question de formation intellectuelle, le plus souvent, on y parle danse et quelques matières artistiques, cours qui concernent l’aspect physique et l’élégance (révérence, coiffure et maquillage…). L’univers fantastique des contes de fées y fait parfois irruption avec des cours de dressages de dragons ou de potions magique.

Citons par exemple :

L’école crinoline de Serge Carrère et Gregory Saint-Felix (4 tomes, BD Kids 2012-2014)

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« Sous l’autorité bienveillante de mademoiselle Milune, les petites filles vont faire connaissance, découvrir le château et surtout… apprendre à devenir des princesses ! Au programme : cours de révérence, ballades en forêt, leçons de chant, apprentissage de la danse, etc. Celle-ci n’est pas sans importance, car le point d’orgue de l’année est le bal de fin d’année, organisé conjointement avec une école de petits princes… » (source)

Dans Princesse : les aventures à dessiner de Guilhem Salines (Grund, 2013, épuisé) dont la mare aux mots parle ici, « Tu es une petite princesse et tu viens d’être acceptée à l’école des princesses. Quelle chance ! Tu vas pouvoir suivre des cours de danse, de dressage de dragon, de coiffure et de maquillage, bref, tu vas t’amuser ! »

La palme est atteinte par la série Princesse academy de Vivian French, publiée depuis 2006 dans la collection Bibliothèque rose et toujours en cours (le volume 50 est à paraître) :

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Dans cette « institution pour princesses modèles », les petites princesses suivent des cours de dragonologie, de haute-couture royale, de cuisine fine, de sortilèges appliqués, de voeux bien choisis, de maintien et d’élégance. « Le jour de la rentrée, chaque princesse est priée de se présenter à l’Académie munie d’un minimum de :

  • Vingt robes de bal, dessous assortis
  • Cinq paires de souliers de bal
  • Douze tenues de jour
  • Trois paires de pantoufle de velours
  • Sept robes de coktail
  • Deux paires de bottes d’équitation
  • Douze diadèmes, capes, manchons, étoles, gants et autres accessoires indispensables »

Il est question, dans ces livres, de bals, de fêtes, de petits animaux mignons, de pierres précieuses et de fleurs. D’amitié et de rivalité entre filles, aussi. Elles apprennent à être belles, distinguées, etc, mais pas à être intelligente, cultivées, capables de diriger un royaume. Quelque chose me dit qu’une école de princes serait bien différente…

Et on trouve également des livres où Barbie apprend à être une princesse, un magazine « l’école des princesses« … Et même en Angleterre une école pour apprendre aux petites filles à être une princesse, où on apprend « Comment faire une courbette lors d’une future rencontre avec la reine Elizabeth ? Ou Comment servir le thé ? Comment lire un livre en compagnie de son futur époux le prince? »

C’est donc tout une production très stéréotypée qui s’est développée. C’est à se demander si on ne préfèrerait pas quand les princesses devenaient parfaites « naturellement » !

Les maîtres et les maîtresses (on progresse, 9)

Je ne consacrerai pas d’article ici aux attentats de Paris, parce que ce n’est pas le lieu pour le faire. Si vous chercher des ressources pour en parler à vos enfants, les cahiers pédagogiques en ont réunies ici.  A mes yeux, il faut être aujourd’hui encore plus qu’hier attentif à être ouverts à une société plus diverse, et au respect de chacun de ses membres, et ce afin de « répondre » à la fois au terrorisme et aux militants d’extrême droite qui tentent de récupérer la question à coup d’islamomphobie.

Alors aujourd’hui, je fais une pose dans ma série sur les princesses et je reprends ma catégorie « on progresse » qui a pour but de présenter des livres qui prennent soin de présenter des situations non sexistes et non stéréotypées, alors même que ce n’est pas le sujet principal de l’album.

Aujourd’hui, des extraits d’un documentaire de Stephanie Ledu et Magali Clavelet, les maîtres et les maîtresses dans la collection « mes p’tits docs » chez Milan, 2015. Le titre même qui présente maîtres et maîtresses à égalité se détache de la production actuelle sur le sujet, où l’enseignant est quasiment toujours une maîtresse.

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Dans cet album, il y a (aussi) des pères qui emmènent leur enfant à l’école. Et c’est un homme qui a un peut être un peu peur. Dans cette école, les enfants ont toutes les couleurs de peau. Et cette diversité est importante afin que tous les enfants puissent se retrouver et retrouver leur environnement dans ce livre. (une enseignante est également racisée).

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Dans cet album, les hommes aussi apportent le café et préparent le repas pendant que leur femme travaille.

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Ici, le maître console alors que la maîtresse représente l’autorité :

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Et on évoque aussi la vie de famille hors du travail des hommes :

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Et pour finir, on propose aux filles comme aux garçons de jouer au maître et à la maîtresse.

Alors sur le sujet, c’est un petit documentaire qui fait du bien.

Quant au contenu du documentaire, il est plutôt bien fait mis à part qu’il insiste un peu trop à mon goût sur les règles, l’autorité et les punitions.

« La princesse grandit en sagesse, en beauté et en vertu »

La beauté des princesses dont je parlais récemment est généralement associée à de nombreuses qualités morales. « Si les princesses sont belles, elles sont en général bonnes, intelligentes, généreuses, c’est-à-dire globalement aimables, car le sujet dominant les intrigues est l’amour. » Anne Defrance (source).

Ainsi, dans le mouton de Mme D’Aulnoy, la princesse s’appelle Merveilleuse. Dans la belle au bois dormant (Minedition, 2014) : « les années passèrent et la princesse grandit en sagesse, en beauté et en vertu, si bien que tous ceux qui l’approchaient ne pouvaient s’empêcher de l’aimer ». Peau d’âne est dotée de « tant de vertus ». Chez Perrault, la Belle au bois dormant est parée de « toutes les perfections imaginables ». Cendrillon est « d’une douceur et d’une bonté sans exemple ».

Ainsi, dans l’abécédaire des princesses (Line Paquet et Géraldine Collet, Play Bac, 2015), la liste des qualités est longue !

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Ces dons leur permettent de se distinguer du commun des mortelles et de justifier en quelque sorte leur condition (il est normal qu’elles aient un statut supérieur, soit de naissance, soit par le mariage, parce qu’elles sont exceptionnelles). On peut souligner qu’elles n’ont aucun effort à accomplir : elles acquièrent leurs qualités soit « naturellement » en grandissant, soit par magie, comme dans La Belle au Bois dormant des frères Grimm :

La fête fut donnée avec faste et lorsqu’elle se termina les femmes sages vinrent pour offrir leurs merveilleuses offrandes : une lui offrit la Vertu, une autre la Beauté, la troisième la Richesse et encore tout ce qui peut se souhaiter dans ce monde.

Cependant, en dehors de la description de la princesse, la plupart de ces qualités sont peu évoquées dans les contes, car les princesses ont peu l’occasion de les utiliser. En effet, alors qu’elles s’apprêtent à devenir reines, on ne les voit quasiment jamais prendre des décisions, avoir un quelconque pouvoir politique ou « social ». Comme le souligne Anne Defrance, le but est d’être aimable, pas d’agir. On a donc tendance à oublier les qualités « intellectuelles » pour mettre en avant les qualités liées à l’apparence : beauté, délicatesse, élégance…

Un bon exemple de cela est la princesse au petit pois : on met en doute son identité de princesse car elle est trempée et donc non présentable. Mais c’est sa délicatesse, et non aucune de ses autres qualités, qui la fera reconnaître comme une princesse :

Quelle femme, sinon une princesse, pouvait avoir la peau aussi délicate ?

La délicatesse et l’élégance de la princesse en ont fait peu à peu un modèle de bonnes manières. Ainsi, dans l’imagerie des princesses de Emilie Beaumont et Sophie Toussaint (Fleurus, 2003), plusieurs pages sont consacrées aux bonnes manières et à ce qu’une princesse doit faire ou non :

« une princesse ne prend pas ses couverts à pleines mains, mais avec élégance, en essayant de ne pas éclabousser la nappe avec la sauce en coupant sa viande. Une princesse porte ses aliments à la bouche en restant bien droite. Finalement, une princesse se tient à table de la même manière que tous les gens bien élevés ».

Une princesse sage et vertueuse est ainsi avant tout une princesse élégante et bien élevée. Tout destin de pouvoir, de royaume à diriger, de possibilité d’action est écartée. Les qualités de la princesse sont là uniquement pour attirer l’attention du prince charmant et être bonne à aimer et à épouser.

Edit du 11 novembre : J’ai reçu un message de l’auteure de l’abécédaire des princesses dont je parle plus haut. Elle y dit : « Je regrette un tout petit peu que vous n’ayez pas retenu dans les qualités que nos princesses doivent avoir le goût du voyage pour découvrir le monde. Nous tentons dans cette série avec les éditions Play Bac et Line Paquet, l’illustratrice, de proposer des princesses actives. Nos trois copines restent roses, élégantes mais pas que. Je ne peux que vous conseiller de parcourir la série parce qu’on est bien d’accord, les princesses neu neu, bin, nous non plus n’en voulons pas trop…d’où l’idée de créer des princesses qui prennent des initiatives seules et mènent l’action plutôt que de la subir. » Et elle a raison, je ne rends pas justice à ce livre, qui sert ici de simple illustration. Car s’il est un peu trop rose et « girly », et que la part consacrée à l’apparence, aux vêtements des princesses est trop importante à mon goût, il a le mérite de présenter des princesses qui apprennent, se cultivent et sont actives. L’article « princesse » se conclut ainsi : « pour être une vraie princesse, il faut aussi avoir très envie de vivre d’incroyables aventures… Car le temps où les princesses restaient sagement au château en attendant leur prince charmant est heureusement terminé ! ».

Y’a-t-il des princesses moches ?

Des princesses toujours belles

S’il y a un stéréotype qui a la peau dure, c’est bien la beauté des princesses ! Même dans les livres qui remettent en cause les clichés, même quand elles sont rebelles, vivantes, actives, etc, les princesses restent toujours belles. Certes, une des princesses de Riquet à la Houppe est laide, mais elle restera seule et il épousera la jolie princesse sans esprit.

On peut tempérer en disant qu’on trouve parfois certaines princesses moches dans l’illustration. On m’a cité la princesse Finemouche ou la princesse Dézécolle, qui n’apparaissent pas forcément comme belles. Mais elles ne sont pas présentées comme laides dans le texte, ou perçues comme telle par leur entourage.

Certaines princesses sont momentanément rendues laides par un sortilège ou un déguisement (Peau d’âne, la jolie petite princesse de Nadja, etc) mais retrouvent leur beauté.

Des princesses vraiment laides, je n’en ai trouvé que trois. Autant dire que cela pèse peu sur l’énorme production des albums de princesses.

L’horrible petite princesse de Nadja (Ecole des loisirs, 2005) :

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Elle est horrible tant au niveau de son apparence, comme le montre la présence du miroir, que de son caractère, comme le montre le martinet qu’elle tient  la main. Et elle s’en réjouit !

Nadja et Solotareff ont également inventé une soeur très moche à la Belle au bois dormant dans la laide au bois dormant (Ecole des loisirs, 1991) dans leurs Anticontes de fées. Celle-ci est rejetée par sa mère à la naissance. Mais pourra vivre libre et heureuse pendant le sommeil de sa soeur et du reste du château (et transformera sa mère en pou).

Princesse moche, une BD de Jean-Christophe Mazurie (P’tit Glénat, 2009), que je n’ai pas eu l’occasion de feuilleter.

Des princesses en salopettes

Si les princesses restent belles, certaines prennent en revanche leurs distances avec les robes, pierreries et autres habits de princesses qui ne sont franchement pas pratiques.

C’est parfois accidentellement. Dans la princesse et le dragon de Robert Munsch et Michael Martchenko (Talents Hauts, 2005), la princesse Elisabeth est « somptueusement vêtue » jusqu’à ce qu’un dragon brûle tous ses vêtements, détruise son château et enlève son fiancé.

Elisabeth décida de poursuivre le dragon et de sauver Ronald. Elle chercha autour d’elle de quoi s’habiller mais tout ce qu’elle pu trouver fut un sac en papier épargné par le feu. Alors elle revêtit le sac en papier et suivit le dragon.

Mais le renoncement aux tenues princières est la plupart du temps volontaire. Dans Même les princesses doivent aller à l’école de Susie Morgenstern (Ecole des loisirs, 1992), la princesse Alystère se rend vite compte que ses vêtements ne sont pas adaptée à la vie d’une petite écolière :

Son retour à la maison causait des drames. Ses broderies majestueuses étaient déchirées, ses escarpins en soie étaient pleins de boue, sa houppelande était éclaboussée. sa mère disait chaque jour « Tu ne retourneras plus à cet endroit, Ce n’est pas pour une princesse » (…) « Au contraire, Mère. Levez-vous s’il vous plait. Il faut que vous veniez m’acheter des tennis. Je ne peux pas courir avec ces maudits escarpins » (…) Alystère élimina la crinoline et courut ainsi beaucoup mieux avec les tennis, mais sa jupe l’empêchait d’améliorer son record. (…) Sa mère accepta petit à petit de lui acheter un jean, des pulls, des chaussettes et tout l’attirail des non-princesses. »

Léontine, princesse en salopette (de Séverine Vidal et Soufie, les P’tits Bérêts, 2011) explique :

« J’ai jeté à la poubelle mes pantoufles de vair, mes robes de bal à dentelle et mes manteaux brodés au fil d’or. Adieu vêtements ridicules de princesse. Maintenant, je ne porte plus que mon tee-shirt tête de mort, ma salopette en jean pour être à l’aise quand je grimpe aux arbres et mes bottes avec des grenouilles vert flou dessus ».

Quand à la princesse Finemouche (Babette Cole, Seuil Jeunesse, 1986), elle passe de la salopette à la tenue de motarde.

princesse finemouche moto

Ces princesses se débarrassent cependant rarement de leur couronne. Sinon, comment saurait-on qu’elles sont des princesses ?

« Tout le monde aurait oublié qu’Alystère était une princesse s’il n’y avait eu la minuscule couronne qu’on lui avait offerte à sa naissance et qui restait en permanence sur sa tête, perchée en haut comme si elle y était collée ». (Même les princesses doivent aller à l’école)