Gael Aymon

Les liens du moment (janvier 2018)

Une sélection très riche aujourd’hui, à tel point que je n’ai pas encore pu l’explorer en entier (j’ai bcp de mal à trouver du temps pour regarder des vidéos), mais je la publie quand même sinon on y sera toujours dans 3 mois !

 

Sélection d’albums antisexistes

Une belle sélection de « 10 albums jeunesse dénichés à Montreuil qui bousculent le genre » réalisée par Nelly Chabrol-Gagne, qui ne se contente pas de les citer mais est passionnante dans sa manière d’en parler et de les présenter !

Un article très riche et une sélection avec des titres un peu différents de ce qu’on trouve habituellement, et quelques pistes d’utilisation pédagogique dans « l’égalité entre les garçons et les filles: lutter contre les stéréotypes sexistes grâce à la littérature jeunesse« .

 

Analyse des stéréotypes dans la littérature jeunesse

Une vidéo d’une table ronde de décembre 2017 sur les stéréotypes de genre dans la littérature et les médias pour la jeunesse avec Gaël Aymon  (écrivain pour la jeunesse), Mélanie Decourt (directrice éditoriale chez Nathan Jeunesse, cofondatrice des éditions Talents Hauts, ancienne présidente de l’association Mix-Cité) et Gwendoline Gaciarz (libraire jeunesse à la librairie du Parc de la Villette).

Dans le dernier épisode du podcast Quoi de Meuf, pour une littérature jeunesse féministe, Clémentine Gallot et Mélanie Wanga vous parlent littérature jeunesse et replongent dans les livres qui ont marqué leur enfance. Intéressant par leur position de lectrice (éclairée) et non de professionnelles du livre. (et elle citent le blog !)

En novembre a lieu une nouvelle session de Feminibooks, projet qui consiste à « Présenter tout au long du mois le féminisme au travers du prisme de la littérature. Romans, essais ou même bandes dessinées pourront ainsi s’ils vous ont marqué ou ouvert au sujet permettre à de potentiels lecteurs de s’ouvrir à leur tour à ce thème une fois présenté. » Vous pourrez retrouver l’ensemble des contributions sur la page Facebook ou le compte twitter. Plusieurs participantes ont choisi d’aborder la littérature jeunesse. Mabu parle sur son blog, le vent dans les pages de « ces héroïnes qui dès l’enfance sortent des carcans imposés par la société, de ces petites filles qui d’une certaine manière incarnent les valeurs du féminisme… » et revient sur les pionnières dans la littérature jeunesse du XIXe siècle. On trouve aussi une vidéo sur les héroïnes de Pierre Bottero, une autre sur les clichés sexistes dans la littérature pour enfants « et notamment de la ridicule participation des pères dans la vie familiale », une autre qui s’interroge : est-ce qu’un livre est féministe parce qu’il a une héroïne ? 

Un article de blog qui parle de la figure des héroïnes guerrières dans la littérature pour grands ados sur le fil rouge.

 

des personnages trans dans les romans jeunesse

Plusieurs romans ont été publiés récemment avec des personnages trans.

J’en parlais sur twitter en en présentant plusieurs ici. Vous trouverez également une sélection sur le blog Face de citrouille (que j’ai ajouté au passage à mes favoris…). Et enfin, cette vidéo de Mx Cordelia sur les romans avec des héroïnes trans : 

J’en profite au passage pour vous parler en deux mots de sa chaine Youtube qui s’intéresse aux représentations dans la littérature (plutôt young adult) en général, et aux représentations LGBT en particulier. J’attire votre attention sur deux vidéos récentes, une sur la diversité féminine dans ses dernières lectures, une autre, dans le cadre de Féminibooks, cité plus haut, sur un recueil de témoignages intitulé adolescences lesbiennes.

Bibliothèques 

Tout un dossier professionnel sur « les bibliothèques face aux défis de la diversité » : « Comment faire de la bibliothèque un espace de dialogue interculturel ? Comment et pourquoi bâtir une politique documentaire de fonds en version originale ? Quel rôle les bibliothèques peuvent-elles jouer dans l’accueil des migrants et des réfugiés ? Comment répondre aux besoins des publics non francophones ?… Autant de  questions soulevées par ce dossier, autant de pistes de réflexion et d’actions possibles, nourries de retours d’expérience et d’informations pratiques. »

 

Pour finir, j’ai assisté hier à une formation sur la politique et le politique dans l’album par Christian Bruel. J’en reparlerai ici, mais en attendant, voilà un livre des années 70, découvert hier, la raison des plus grands n’est pas toujours la meilleure d’Albert Cullum, (Harlin Quist, 1976). J’en ai posté plein d’images ici.

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Des princesses qui partent à l’aventure

Des princesses héroïques dès le XVIIe siècle :

Dans les contes traditionnels, et dans de nombreux albums contemporains, les princesses restent profondément passives. Heureusement, dès le XVIIe siècle, on trouve des princesses actives, rebelles, qui ne font pas qu’attendre passivement leur prince. Ainsi, l’héroïne de Marmoisan de mademoiselle Lhéritier est une sorte de « Mulan » occidentale qui part combattre déguisée en homme,pour sauver l’honneur de sa famille. On notera qu’elle s’illustre au combat :

« il s’y donna trois grandes batailles, où Marmoisan se distingua d’une manière toute héroïque; et dans l’une desquelles il eut le bonheur de sauver la vie au prince »

Mme d’Aulnoy met aussi en scène, dans Belle-Belle ou le chevalier Fortuné, une femme qui se déguise en homme pour partir à l’aventure.

belle belle ou chevalier fortuné

Le chevalier Fortuné, par Marillier, Dessins pour le Cabinet des fées, 2 vol., 1785 (source)

Anne Defrance écrit ainsi dans Aux sources de la littérature de jeunesse : les princes et princesses des contes merveilleux classiques : « Dans les contes écrits par les premiers auteurs*, qui relèvent d’une esthétique galante et néo-précieuse, une revendication féministe est perceptible. Leurs princesses peuvent être dotées de qualités identiques à celles des princes – audace, générosité, courage, et ce sont à ces filles-soldats que revient ironiquement la charge de donner une leçon de virilité aux petits maîtres efféminés. »

*Rappelons que la grande majorité sont des femmes, même si Charles Perrault est le seul dont on garde vraiment la mémoire…

On reste cependant dans la société du XVIIe siècle, et Marmoisan, toute héroïque, courageuse qu’elle soit, ne peut apparemment pas supporter un peu de linge sale et mal plié :

Cependant Marmoisan ravi de voir sa réputation cavalière bien établie, s’observa peut-être un peu moins que d’ordinaire, et eut l’imprudence de témoigner beaucoup de chagrin, en présence du marquis de Brivas, pour du linge mal blanchi et des habits mal pliés; malgré sa douceur naturelle, il gronda fort ses gens sur ce sujet; et sa mauvaise humeur augmenta encore, remarquant que son pavillon n’était pas bien rangé. Il fit une attention si forte sur toutes ces choses, et entra dans des détails de propreté si pleins de bagatelles qu’il marqua parfaitement bien, en cette occasion, le caractère ordinaire des femmes, dont la plupart affectent dans leurs habits et dans leurs meubles une propreté qu’elles portent quelquefois jusqu’à la bizarrerie la plus ridicule, et dont elles se font un mérite comme d’une délicatesse bien entendue. Celles qui ont l’esprit un peu ferme sont ordinairement exemptes de ces défauts; cependant Marmoisan avec toute sa grandeur d’âme, n’avait pas eu la force de se mettre au-dessus, tant ce penchant est enraciné chez certaines personnes du sexe.

Et aujourd’hui ? 

Les princesses rebelles, actives, sont plus nombreuses. Elle sont plus souvent capables de se débrouiller seule, même pour affronter le danger. Ainsi, dans la princesse qui dit non, de Tristan Pichard et Daphné Hong (Milan Jeunesse, 2014) la princesse se débarrasse seule du sorcier et du dragon qui la retiennent, et quand le chevalier arrive, tout est déjà réglé !

princesse qui dit non

Dans Contes d’un autre genre (Talents Hauts, 2011), Gael Aymon propose des réécritures antisexistes de contes traditionnels (et c’est super et vous trouverez plus de détails ici). Dans la belle éveillée, réécriture de la belle au bois dormant, la princesse n’attend pas le prince. Elle se réveille seule (grâce à une fée qui lui a donné… le pire sommeil du monde !). Elle s’empare alors d’une épée, se fraye un passage dans la forêt de ronces, en sauvant un prince coincé au passage, puis sauve sa mère, ouvre les yeux de son père sur ses dangereux conseillers et obtient de lui de garder sa propre main pour qu’elle ne soit pas offerte à un prince quelconque. Les illustrations de François Bourgeon la représentent active, volontaire et même une épée à la main :

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En effet, plus besoin désormais de se déguiser en homme pour combattre ou partir à l’aventure. La princesse attaque (Delphine Chedru, Helium, 2012) porte sans souci une armure sur ses cheveux longs et une fleur pour la décorer.

princesse attaque

 

Et c’est elle qui va  libérer son compagnon, le chevalier Courage, prisonnier du cyclope à l’oeil vert. En effet, les princesses n’agissent pas que quand elles sont contraintes, pour s’échapper ou sauver leur vie. Elles n’hésitent plus à partir à l’aventure, à aller délivrer le prince. Dans la princesse et le dragon de Robert Munsch et Michael Martchenko (que je vous présente en détails très vite), elle part affronter le dragon qui retient le prince prisonnier.

Et dans le chevalier noir de Michaël Escoffier et Stéphane Sénégas (Frimousse, 2014), la princesse est bien décidée à défendre son territoire, sa tour, et n’hésite pas à en venir aux mains contre le chevalier ! (plus de détails ici)

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Même si on trouve encore des princesses potiches, on trouve donc des princesses actives, aventurières, et ça fait du bien !

Si vous avez d’autres titres en tête, les commentaires vous ouvrent les bras !

Les liens de la semaine (30 septembre 2014)

(oui, je sais, mes semaines ont des durées variables en ce moment…)

 

Les livres pour enfants :

Il y a eu les chroniques croisées avec la Mare aux mots et Maman Baobab : la Mare aux mots a parlé, comme moi, de l’Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon et de la dictature des petites couettes en citant gentiment mon avis, et Maman Baobab a parlé de l’Histoire de Julie, mais aussi de Rose bonbon et de la série Zazie. Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de lire leurs chroniques, faites le vite !

Toujours sur la Mare aux mots, une interview d’Elise Gravel, auteure de Tu peux, album numérique antisexiste gratuit (téléchargeable ici).

Encore un article de la Mare aux mots sur un album intitulé l’heure des mamans de Yael Hassan et Sophie Rastegar qui souligne que justement, les mères ne sont pas les seules à aller chercher leurs enfants à l’école.

Chlop parle de la dictature des petites couettes d’Ilya Green dont j’ai parlé ici.

Bouma parle du chouette Votez Victorine de Claire Cantais.

Méli-mélo de livres parle d’Oublier Camille de Gaël Aymon.

Phypa parle sur les vendredis intellos du Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses de Catherine Dufour que j’avais évoqué ici. Au passage, je vous conseille vivement de découvrir la catégorie Modèles féminins de son blog.

L’édition genrée :

Un intéressant témoignage de Clémentine Beauvais sur le fait d’être auteure de romans pour les 7-10 ans et en particulier sur la difficulté d’éviter que l’éditeur n’en fasse un livre genré :

« Le problème étant que même quand on dit et répète qu’on NE VEUT PAS UN LIVRE GENRé et qu’on écrit une histoire qu’on considère parfaitement dégenrée, l’éditeur dit oui oui bien sûr et au final on se retrouve quand même avec une couverture rose à paillettes ou bleu marine métallisé, et les chroniques se succèdent qui annoncent ‘une histoire qui devrait plaire à toutes les petites filles’ ou ‘qui va enfin faire lire les petits garçons’. »

La recherche :

Voilà le programme de la journée d’étude «Etre une fille, un garçon dans la littérature de jeunesse européenne de 1950 à 2014 » à Bordeaux le 22 octobre.

Et même si ça ne concerne pas directement la littérature jeunesse, une journée d’étude « Que faire de la théorie du genre ? » à Lyon le 17 octobre.

Les anti-genres :

Plus énervant, Farida Belghoul propose des lectures collectives de contes traditionnels pour lutter contre la théorie du genre avec vérification de la compréhension par les enfants et réponses toutes faites (c’est par là si jamais vous avez besoin des réponses).

Et la manifestation prévue le 5 octobre risque d’apporter son lot de propos qui donnent envie de s’arracher les cheveux…

Identité masculine et adolescence

Aujourd’hui, j’avais juste envie de partager avec vous une citation de Gael Aymon à propos de la construction de l’identité masculine, à l’occasion de la publication de son dernier roman chez Actes Sud Junior, Oublier Camille.

« Le roman aborde la construction d’une identité masculine parmi tant d’autres, ni la mienne, ni une masculinité « universelle ». L’adolescence est l’âge où l’on apprend qu’il faut porter des masques, endosser un rôle, pour se conformer aux attentes de la société. Une des représentations imposées aux garçons est qu’un homme se construirait seul, instinctivement, sans mystère et sans faillir. Chaque homme un tant soit peu honnête sait pourtant intimement que cela est un mensonge. »

 

Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus sur le roman que je n’ai pas (encore ?) lu, voilà le résumé de l’éditeur :

« Yanis est sincèrement amoureux de Camille. Ils se sont rencontrés trois ans plus tôt. Pourtant, “être un mec” et “assurer” avec les filles, c’est plus facile à dire qu’à faire. Devenir un homme oui, mais quel homme ? Et est-ce que tous les hommes sont censés savoir instinctivement quoi faire ? Camille le trompe, lassée d’attendre qu’il fasse le premier pas, et lui avoue son dérapage dans une lettre. Yanis coupe brutalement les ponts avec elle, vacille, doute sur son identité. Il fait de nouvelles rencontres même si, une fois encore, il réalise que ce n’est jamais simple d’aller vers les autres… Auprès de son cousin Manu, apprenti comédien de passage à Paris, il trouve le réconfort et les conseils qui lui manquaient. Il découvre le théâtre, la prise de risques, le bonheur de jouer et de vivre les mots des autres. »

Vous pouvez aussi retrouver  cet article de Maman Baobab, celui d’enfantipages, et de nombreux autres avis réunis ici par l’auteur. Gael Aymon s’intéresse à la remise en cause des stéréotypes dans les albums jeunesse et a publié plusieurs albums et contes chez Talents Hauts. J’aurai sans doute l’occasion d’en reparler !

Les liens de la quinzaine (23 mars 2014)

J’étais en vacances la semaine dernière, voilà donc une double dose de liens !

– Une intervention de Gael Aymon, auteur engagé dans la lutte contre les stéréotypes dans la littérature jeunesse, à propos de la polémique récente (découverte grace à Chlop) :

Ces polémiques ont aussi mis en évidence un isolement de la littérature jeunesse. Peu ou pas d’auteurs, ni d’éditeurs, de littérature générale pour s’émouvoir de ce que cette mise en cause des livres jeunesse représentait une attaque en règle contre tous les livres. (…). On commence pourtant très souvent par pointer du doigt les livres jeunesse pour mieux s’attaquer ensuite à tous les autres. (…) La littérature jeunesse française a une diversité et une richesse uniques. Aujourd’hui que le soufflé médiatique semble retomber, la crainte de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse et d’une grande partie des professionnels du secteur est de voir s’opérer un glissement insidieux vers une littérature jeunesse à l’anglo-saxonne, sans prise de risque, n’abordant aucun sujet délicat ni thème de société. Une littérature dédiée au divertissement, sans fond, ni ambitions autres que commerciales. Notre profession était déjà extrêmement précarisée. Nous craignons donc une autocensure des auteurs et une frilosité des éditeurs face aux risques économiques que représentent désormais certains sujets. Frilosité des libraires aussi, peu tentés de se retrouver avec de coûteux stocks de livres polémiques sur les bras, mais également des enseignants, livrés à eux-mêmes, qui ne se risqueront plus à étudier en classe des ouvrages susceptibles de leur attirer les foudres de certains parents devenus suspicieux.

– Une représentation de la pièce « Oh Boy » (adaptée du roman de Marie-Aude Murail) devant une classe de primaire a été annulée par l’inspection académique par crainte d’une réaction hostile des parents d’élèves, car le personnage principal est homosexuel. Voilà un article de l’express sur le sujet, le communiqué de presse du syndicat Sud, une analyse sur le blog de Pierre-Michel Robert et une réaction de Lu-cie and co. Personnellement, je n’ai pas vu la pièce mais je considère le roman de Marie-Aude Murail comme un chef d’oeuvre. Et cela me semble une bien triste illustration de la « frilosité » et de « l’autocensure » dont parle Gael Aymon.

– Une analyse théorique de la littérature jeunesse engagée en deux partie (début, fin)  et un article sur la notion d’adulte caché par Clémentine Beauvais qui me semblent indispensables pour réfléchir à la littérature jeunesse antisexiste.

– Dans libération, Philippe Reigné se demande s’il faut brûler le club des cinq dans lequel « Claude a horreur d’être une fille et, pour lui faire plaisir, nous l’appelons Claude, ce qui fait plus masculin » (je modererais quand même l’aspect « révolutionnaire » du club des cinq en rappelant que le personnage d’Annie est au contraire très stéréotypé. Un exemple : « Annie avait fait griller du pain, et les garçons lui dirent qu’elle était une fameuse petite ménagère. Ce compliment la combla de joie.« ).

– Je vous avais déjà mis un lien vers la pétition  Lets Books be books qui lutte contre les livres « pour filles » et « pour garçons », voilà la réaction en anglais de la critique littéraire à The Independant Katy Guest qui annonce que les livres « pour filles » ou « pour garçons » ne seront plus chroniqués et le second article qu’elle a écrit pour répondre aux commentaires sur le premier article. Le premier article a été traduit en français par l’observatoire de la théorie du binaire, tumblr que je viens de découvrir mais qui est déjà dans mes favoris, qui propose chaque jour des ressources sur le thème du genre.

– Un article d’Anne-Charlotte Husson qui regroupe des ressources pour parler de féminisme et du genre à des enfants et des ados.

 

bonne lecture !