Catherine Monnot

La fabrique des filles de Laure Mistral

La fabrique des filles est un documentaire de Laure Mistral à destination des adolescents qui a pour sous-titre « Comment se reproduisent les stéréotypes et les discriminations sexuelles ».

fabrique des filles

Ce livre  s’ouvre par une partie « témoignages ». On y trouve des entretiens avec 4 adolescentes de 14 à 18 ans à propos de la féminité, de la différence fille/garçon, de l’avenir… Il s’agit là de filles qui ne sont pas forcément militantes ni même féministes, mais qui s’interrogent sur le sujet. Il est intéressant de noter que ce qu’elles soulignent le plus, quand on parle de différence entre les filles et les garçons, c’est la plus grande liberté qu’on laisse aux garçons par rapport à elles. On trouve ensuite des entretiens avec des femmes plus âgée : une femme d’une trentaine d’année qui aborde la maternité, l’éducation des enfants et la conciliation vie familiale / vie professionnelle et une femme d’une cinquantaine d’années qui revient sur l’évolution ces dernières années et qui considère qu’on est en pleine régression.

On trouve ensuite 70 pages de « dossier » qui vont démontrer de manière systématique qu’on éduque différemment les filles et les garçons et qu’on fabrique ainsi des différences entre les sexes. Ce dossier est divisé en 7 parties :

  • la fabrique scientifique des filles. On s’intéresse alors au cerveau, on parle de plasticité cérébrale (le cerveau se développe en fonction du vécu et des expériences de l’individu), au rôle (surévalué) des hormones, au mythe de l’instinct maternel.
  • la fabrique familiale des filles, ou comment les parents interprètent différemment les comportements de leur bébé selon son sexe puis éduquent différemment filles et garçons.
  • la fabrique médiatique des filles : « on aurait pu penser que la multiplication des images et des supports permettrait la diffusion d’une plus grande diversité de représentations, de modèles ou de rêves. Or il semblerait au contraire qu’ils renforcent une vision très stéréotypée des sexes et que, si leurs messages sont parfois contradictoires, ils ne s’annulent pas mais au contraire se cumulent pour imposer aux filles une image toujours plus contraignante : il faut être à la fois sage et sexy, drôle mais discrète, à la mode mais sans ostentation, battante mais réaliste… »
  • la fabrique scolaire des filles s’intéresse aux différences de traitement entre filles et garçons au sein d’une classe, au mythe selon lequel les garçons sont matheux et les filles littéraires, à l’orientation et aux études…
  • la fabrique professionnelle : la séparation entre métiers « féminins » et métiers « masculins », le plafond de verre, l’inégalité salariale, les temps partiels imposés…
  • la fabrique politique : la sous-représentation des femmes dans le monde politique et le machisme de ce milieu, mais aussi les femmes dans les syndicats ou les associations
  • la fabrique sociale des filles : la violence faite aux femmes, les religions patriarcales…

On trouve ensuite une partie « entretiens » :

  • un entretien avec Catherine Monnot, anthropologue, à propos de la préadolescence et de l’adolescence face aux médias
  • un entretien avec Christine Bard, historienne, à propos, entre autres, de la séduction, des vêtements et de la situation du féminisme dans la France contemporaine
  • un entretien avec Marie Duru-Bellat, sociologue spécialiste de l’école
  • un entretien avec Françoise Héritier, anthropologue

Enfin, une partie « ressources » propose une bibliographie, une filmographie et la présentation brève de quelques associations féministes.

 

J’ai vraiment trouvé cet ouvrage passionnant et très utile. On pense bien sûr à Du côté des petites filles d’Elena Belotti, mais en beaucoup plus accessible et avec des données actualisées.

Si j’avoue être passée un peu rapidement sur la partie « témoignages », j’ai vraiment apprécié la partie « dossier » qui analyse les différents aspects de la question tout en montrant bien qu’ils sont interconnectés. La démonstration est limpide, se lit très facilement, mais s’appuie sur de nombreuses études. J’ai vraiment apprécié que les exemples soient nombreux, concrets et chiffrés. On y apprend par exemple que si les femmes représentent 57% des employées de la fonction publique, elles ne sont plus que 13,4 % dans les emplois de direction ou d’inspection. Que pour un même emploi, les femmes sont surdiplômées par rapport aux hommes. Que les femmes consacrent deux fois plus de temps par semaine que les hommes aux tâches ménagères et que cette inégalité s’accentue avec l’arrivée des enfants. Que lorsqu’on interroge les parents sur les futurs métiers de leurs enfants, ils souhaitent des horaires souples pour leur filles dans 44% des cas mais seulement dans 19% des cas pour leur fils. Que si l’on s’intéresse aux enseignants, on constate que plus de 80% des enseignants du primaires sont des femmes, elles sont 57% dans les collèges et les lycées et plus que 37% dans l’enseignement supérieur. On peut parfois déplorer des affirmations un peu rapides, mais le sujet est tellement vaste que je le trouve bien synthétisé !

Les entretiens permettent à des chercheuses de vulgariser leurs propres recherches mais aussi à ces femmes engagées de présenter leur réflexion sur la société actuelle. C’est la partie où j’ai appris le plus de choses.

Ce livre s’adresse aux adolescents, mais il me semble parfaitement adapté pour des adultes qui souhaitent une première approche du sujet ou avoir des arguments chiffrés et sourcés. Il faudrait le faire lire à tous les parents qui disent « mais non, maintenant on élève tous les enfants de la même façon » et qui ensuite offrent une poupée à leur fille et une voiture à leur fils.

Il serait vraiment intéressant d’avoir bientôt une « fabrique des garçons », qui n’apparaissent qu’en creux ici.

 

Vous pouvez feuilleter ce livre ici et en découvrir de nombreux passages, et Radicale le présente . Il existe en format papier (13,50 euros), mais aussi en livre numérique (9,49 euros) que vous pouvez acheter ici.

Et moi, très vite, je vous prépare une présentation de la collection « Femmes ! » de chez Syros dans laquelle cet ouvrage s’inscrit.

Les liens de la semaine (25 mai 2014)

Cette semaine :

Ca y est, l’émission « Ecoute, il y a un éléphant dans le jardin » du 14 mai peut être réécoutée en ligne. L’invitée est Jessie Magana, auteure entre autres de :

  • Comment parler de l’égalité filles-garçons aux enfants, de Jessie Magana, le Baron perché, pour adultes
  • Riposte ! comment répondre à la bêtise ordinaire, de Jessie Magana, illustré par Alain Pilon, Actes Sud junior, à partir de 9 ans
  • Les mots indispensables pour parler du sexisme, de Jessie Magana et Alexandre Messager, Syros, pour grands ados et adules

Je n’ai pas encore eu le temps de l’écouter, mais je suis sûre que c’est passionnant, et j’ai justement prévu de vous parler très bientôt des documentaires pour ados de chez Syros.

 

Un article d’une bibliothécaire sur la nécessité de proposer aux enfants des livres variés et des livres qui abordent entre autres les questions d’égalité des sexes (et sur le fait que ça se fait dans le cadre d’une politique d’acquisition réfléchie) : « Les documentaires comme les albums et les romans traitent parfois de sujets de société comme la famille, la parité, le sexisme ou encore l’homosexualité. Ce sont des thèmes qui intéressent les enfants au même titre que les volcans ou les dinosaures. Si le traitement de l’information est adapté dans le documentaire, si le roman et l’album présentent de vraies qualités littéraires alors le livre sera acheté. » 

Un compte-rendu de lecture sur le livre de Catherine Monnot, Petites filles d’aujourd’hui, l’apprentissage de la féminité (Autrement, 2009), découvert grâce au blog de l’institut Egaligone.

Un article du blog Des livres et des enfants à propos de l’album Votez Victorine de Claire Cantais (qui avait déjà illustré On n’est pas des poupées, mon premier manifeste féministe). Encore un album dont il faut que je vous parle !).

 

Et retrouvez toujours les liens sur la page facebook du blog ! Bonne lecture.