Y’a-t-il des princesses moches ?

Des princesses toujours belles

S’il y a un stéréotype qui a la peau dure, c’est bien la beauté des princesses ! Même dans les livres qui remettent en cause les clichés, même quand elles sont rebelles, vivantes, actives, etc, les princesses restent toujours belles. Certes, une des princesses de Riquet à la Houppe est laide, mais elle restera seule et il épousera la jolie princesse sans esprit.

On peut tempérer en disant qu’on trouve parfois certaines princesses moches dans l’illustration. On m’a cité la princesse Finemouche ou la princesse Dézécolle, qui n’apparaissent pas forcément comme belles. Mais elles ne sont pas présentées comme laides dans le texte, ou perçues comme telle par leur entourage.

Certaines princesses sont momentanément rendues laides par un sortilège ou un déguisement (Peau d’âne, la jolie petite princesse de Nadja, etc) mais retrouvent leur beauté.

Des princesses vraiment laides, je n’en ai trouvé que trois. Autant dire que cela pèse peu sur l’énorme production des albums de princesses.

L’horrible petite princesse de Nadja (Ecole des loisirs, 2005) :

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Elle est horrible tant au niveau de son apparence, comme le montre la présence du miroir, que de son caractère, comme le montre le martinet qu’elle tient  la main. Et elle s’en réjouit !

Nadja et Solotareff ont également inventé une soeur très moche à la Belle au bois dormant dans la laide au bois dormant (Ecole des loisirs, 1991) dans leurs Anticontes de fées. Celle-ci est rejetée par sa mère à la naissance. Mais pourra vivre libre et heureuse pendant le sommeil de sa soeur et du reste du château (et transformera sa mère en pou).

Princesse moche, une BD de Jean-Christophe Mazurie (P’tit Glénat, 2009), que je n’ai pas eu l’occasion de feuilleter.

Des princesses en salopettes

Si les princesses restent belles, certaines prennent en revanche leurs distances avec les robes, pierreries et autres habits de princesses qui ne sont franchement pas pratiques.

C’est parfois accidentellement. Dans la princesse et le dragon de Robert Munsch et Michael Martchenko (Talents Hauts, 2005), la princesse Elisabeth est « somptueusement vêtue » jusqu’à ce qu’un dragon brûle tous ses vêtements, détruise son château et enlève son fiancé.

Elisabeth décida de poursuivre le dragon et de sauver Ronald. Elle chercha autour d’elle de quoi s’habiller mais tout ce qu’elle pu trouver fut un sac en papier épargné par le feu. Alors elle revêtit le sac en papier et suivit le dragon.

Mais le renoncement aux tenues princières est la plupart du temps volontaire. Dans Même les princesses doivent aller à l’école de Susie Morgenstern (Ecole des loisirs, 1992), la princesse Alystère se rend vite compte que ses vêtements ne sont pas adaptée à la vie d’une petite écolière :

Son retour à la maison causait des drames. Ses broderies majestueuses étaient déchirées, ses escarpins en soie étaient pleins de boue, sa houppelande était éclaboussée. sa mère disait chaque jour « Tu ne retourneras plus à cet endroit, Ce n’est pas pour une princesse » (…) « Au contraire, Mère. Levez-vous s’il vous plait. Il faut que vous veniez m’acheter des tennis. Je ne peux pas courir avec ces maudits escarpins » (…) Alystère élimina la crinoline et courut ainsi beaucoup mieux avec les tennis, mais sa jupe l’empêchait d’améliorer son record. (…) Sa mère accepta petit à petit de lui acheter un jean, des pulls, des chaussettes et tout l’attirail des non-princesses. »

Léontine, princesse en salopette (de Séverine Vidal et Soufie, les P’tits Bérêts, 2011) explique :

« J’ai jeté à la poubelle mes pantoufles de vair, mes robes de bal à dentelle et mes manteaux brodés au fil d’or. Adieu vêtements ridicules de princesse. Maintenant, je ne porte plus que mon tee-shirt tête de mort, ma salopette en jean pour être à l’aise quand je grimpe aux arbres et mes bottes avec des grenouilles vert flou dessus ».

Quand à la princesse Finemouche (Babette Cole, Seuil Jeunesse, 1986), elle passe de la salopette à la tenue de motarde.

princesse finemouche moto

Ces princesses se débarrassent cependant rarement de leur couronne. Sinon, comment saurait-on qu’elles sont des princesses ?

« Tout le monde aurait oublié qu’Alystère était une princesse s’il n’y avait eu la minuscule couronne qu’on lui avait offerte à sa naissance et qui restait en permanence sur sa tête, perchée en haut comme si elle y était collée ». (Même les princesses doivent aller à l’école)

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7 commentaires

  1. Looool, trop drôle le thème de ton article !! C’est vrai que j’ai rarement le des albums avec des princesses moches, pourtant ça changerait un peu 🙂 ! En tout cas, je suis conquise par l’idée de la princesse en salopette 🙂 ! Bisous

  2. Aussi, les éditions Vifs Argent avaient publié en 1985 La Princesse aux deux visages de Béatrice Tanaka inspiré par un conte indien.

    L’héroïne, seule héritière du roi, a été élevée pour faire la guerre et ne se soucie pas des vêtements de femme, de parures ou de beauté. Excellente guerrière, elle e moque des sconseils de ses nourrices inquiètes en la voyant développer une musculature trop importante. Mais après avoir rencontré le très beau dieu Arjurna qui se moque de son apparence masculine, désespérée et amoureuse, elle fait le voeu de devenir belle et de pouvoir porter bijoux et beaux atours pendant un an, prend une nouvelle identité et séduit Arjurna.
    Au bout d’un an, son royaume est en danger et les villageois se désespèrent de retrouver leur meilleure guerrière, leur seul espoir qui a mystérieusement disparue. Ils ne veulent pas du dieu qui propose ses services, ils veulent leur princesse. Et la voilà qui reprend justement son apparence normale. Arjurna se sent d’abord trompé sur la marchandise : il pensait avoir passé un an avec une beauté, pas avec ce laideron aux traits masculins mais l’héroïne lui assure qu’elle est toujours la même et qu’elle a un destin à accomplir. En combattant à ses côtés, Arjurna est témoin de ses grandes qualités de chef de guerre et admet qu’il peut continuer à l’aimer sans qu’elle ait besoin de retrouver sa « beauté » artificielle.

    Je trouve ça dommage que ce livre ne soit plus édité mais c’était un joli exemple de princesse dite laide qui a pourtant droit à son happy end!

  3. C’est bien vrai et bien dommage. Et il est bien difficile (mais nécessaire) de se détacher de cette idée selon laquelle la beauté est une obligation si on veut accéder au pouvoir/au succès/à la visibilité en tant que femme !

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